L’enfant de personne/19

Retrouvailles

Notre frère aîné était ce que l’on appelle maintenant un voyou, il commettait des larcins. Il a évité de justesse la prison grâce à notre père le Comte de Polignac qui a versé une somme conséquente aux autorités.
Jean était cynique, rien ne lui faisait peur. Enfant il tuait les animaux sans verser une larme. Quand il a épousé Jeanne la fille d’un viticulteur, il s’est vu à la tête d’une grande propriété. Son beau-père lui a tout appris. C’est à cette période que ton père et moi avons pensé qu’il était rentré dans le rang. Pourtant son mauvais côté a repris le dessus. Tout ce qui portait jupons il lui fallait les posséder. Nous ignorons combien de femmes il a mis enceinte.

Il y a même eu un scandale étouffé dans l’oeuf par notre grand-père qui ne voulait pas que notre nom soit entaché et sali par la stupidité et les penchants de notre aîné. Un père courroucé est venu frappé à notre demeure un soir. Notre père étant absent c’est notre grand-père qui l’a reçu. Il voulait voir notre père et lavé l’honneur de sa fille par un duel.
Comme tu dois hélas t’en souvenir ce n’était pas l’homme bon qu’il laissait paraître à l’extérieur. Chez lui on devait se plier à sa bonne volonté. Les bonnes, on l’a su plus tard ont dû toutes subir des violences sexuelles ou des châtiments corporels si par malheur elles se refusaient à lui.

Je passe sur les horreurs et nous avons été bouleversés d’apprendre par ta cousine ce qu’il vous a fait subir. Car même sa propre fille a été violenté.
Sur le visage de mon oncle et mon père je voyais couler leurs larmes. Je me suis rapprochée d’eux, les ai enlacé en leur disant


-Je suis là, je ne vous en veut pas, vous ne saviez pas tout.
-Magdeleine pour comprendre pourquoi tu t’es retrouvé chez mon frère, il faut que tu écoutes Germain jusqu’au bout continue:
-Au moment d’être appelé sous les drapeaux à l’âge de 20 ans. Jean a réussi à se faire réformer, il a dû se trouver une maladie. Il était doué que pour le mal. Étant son cadet d’un an j’ai devancé l’appel. A l’époque on partait pour 3 ans. Nous étions en 1912, j’ai enchaîné directement avec la guerre. En 1916 alors que ton père avait 17 ans, Jules l’a saoulé et a réussi à falsifier son âge, nous n’avons jamais su comment, l’a fait arrêter par les gendarmes, il a été enrôlé de force malgré ses cris et il est parti au front en première ligne dans une unité diciplinaire.
Il lui a volé l’insouciance de sa jeunesse. Il n’aurait jamais dû partir au front. Il ne connaissait rien aux armes. Une fois enrôlé son chef a bien vu qu’il ne connaissait rien aux maniements des armes. Il lui a vaguement expliqué et il a fièrement combattu. Il a plusieurs médailles. Mais il l’a payé très cher.


Ton père fait parti des geules cassées. Seule une partie de son visage n’a pas été touché.

Laisse ! C’ est à mon tour d’expliquer à Magdeleine ce qu’il m’est arrivé.
J’étais aux Dardanelles lorsque l’armistice a été signé, dans un régiment diciplinaire comme vient de te le dire Germain. Un obus a explosé à côté de moi, c’était le 13 novembre 1918 et j’ai plongé dans un trou noir, un gouffre sans fond.
Ce sont mes camarades de tranchées qui m’ont sauvé. Cependant j’avais eu la moitié du visage d’arraché mais que d’un côté, j’étais amnésique, aveugle et sourd. Germain a pensé quand il m’a découvert dans un hôpital de l’armée sur Lyon que j’avais perdu la raison.
J’ai rencontré ta mère dans l’hôpital où l’on m’a emmené. Elle s’était engagée comme médecin en se faisant passer pour un homme, elle était plus âgée que moi. Elle se penchait sur mon lit en me disant des mots de réconfort, me prenait la main, me caressait ce qu’il me restait de joue, de temps en temps elle ne disait rien mais un jour j’ai su qu’elle pleurait car sur ma main ses larmes coulaient. J’ai subi des opérations pour me redonner un visage à peu près humain. J’ai recouvert la vue et j’ai pu enfin voir la femme qui m’a redonné envie de vivre. C’est elle qui a eu l’idée de ce masque. Au début elle me l’a fabriqué en tissus puis plus tard je m’en suis fait faire un en cuir.
Tout naturellement une idylle c’est nouée entre Macha et moi. Nous avons quitté la Turquie en janvier1919 où j’ai été démobilisé. Nous nous sommes établis à Lyon car j’avais d’autres opérations. Elle t’as mise au monde le 20 janvier 1920. Hélas une fièvre l’a emporté en quelques semaines.

J’étais désespéré et seul avec un bébé d’à peine trois semaines et j’étais tout juste majeur. Je ne sais si c’est le choc de sa mort mais je me suis réveillé un matin en me souvenant de tout. La trahison de mon frère aîné, la guerre, les opérations multiples, et enfin le bonheur avec Macha et ta venue au monde. Douze mois de bonheur intense et plus rien. Tes pleurs me réveillaient, je n’arrivais plus à dormir. Je suis donc rentré chez nous et pensant bien faire je t’ai confié à ta grand-mère maternelle, fort âgé mais qui t’as aimé de suite. J’ai vécu auprès d’elle une quinzaine de jours, reculant le moment de la séparation…

-Aimé ! Ah mais pourquoi me repoussait-elle, me faisant souvent tombé. Elle ne me prenait jamais dans ses bras.

-Ta grand-mère maternelle était la bonté personnifiée, ma mère par contre, enfin notre mère était dure avec nous et sur ces dernières années elle était ingérable.
Alors ce devait être ma grand-mère paternelle, je n’étais pas grande j’ai dû les confondre. Pourtant le fils de l’oncle me disait que ce n’était pas sa grand-mère.
Ton cousin … Il était soi disant simplet, je ne pense pas que ce soit le cas, c’est son père qui le faisait passer pour un nigaud et qui lui donnait des leçons sexuelles… Enfin tu m’as compris. Aux dernières nouvelles il est prisonnier en Pologne.
Pour en revenir à la mère de ta maman je n’ai pas fait attention qu’elle te confondais avec sa fille, elle te disait Macha. Déjà elle n’avait plus sa tête. Et je suis parti, te laissant auprès d’elle avec la ferme intention de me venger de mon frère aîné.
Hélas rien ne s’est passé comme je pensais. J’avais juste avant la guerre commis avec des copains un vol dans une ferme, pour rire j’avais emprunté le tracteur du père d’un copain. Hélas ne sachant pas le conduire je l’avais accidenté. Ne me demande pas comment j’avais fait je ne m’en suis pas souvenu et encore maintenant je n’en ai aucun souvenir. Mes copains s’ils étaient revenu de la guerre auraient pu confirmer ou non les paroles de mon frère. Hélas ils y sont resté. Il m’a dit que j’avais mis la honte sur la famille avec les frasques que j’avais commises. J’ai parlementé lui disant que les siennes étaient pire, mais j’ai dû faire profil bas car il a essayé de m’etrangler.

Il m’a posé un ultimatum pour rembourser la somme que notre père avait déboursé pour payer le tracteur.
J’ai eu beau lui dire que ma fille avait besoin de son père à proximité, que ma belle-mère âgée avait besoin que je l’aide pécuniairement, rien n’a été possible. Germain n’était pas là pour me défendre, de plus j’étais anéanti par la mort de ta mère. C’était l’aîné aussi ai-je été obligé d’accepter que ma belle-mère rentre à son service, il lui assurait le gîte et le couvert, mais comme tu étais avec elle ma pauvre petite je t’ai jeté dans la gueule du loup. Ne pouvant se venger sur moi il a fait de toi sa chose et il a profané ton corps. Puisses-tu me pardonner mes folies de jeunesse.


Père ne dites plus rien, je vous ai retrouvé, je ne veux plus rien savoir, je sais que je suis le fruit de votre amour. Je ne suis plus l’enfant de personne.

A suivre

Une petite précision. Il y a bien eu une femme médecin pendant la guerre de 14/18, elle s’est faites passer pour un homme. Aussi bizarre que ce soit j’avais écrit ce passage et pris d’un doute ( en avais-je entendu parler… Je ne sais pas) j’ai vérifié et j’ai donc laissé mon écrit imaginaire.

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « L’enfant de personne/19 »

  1. Quelle famille tout de même ! Une véritable ordure ce frère aîné.
    Mais Magdeleine a enfin retrouvé son père et c’est le principal pour retrouver des origines. Maintenant il va falloir qu’elle pense à son petit Noël et à Pierre.
    Bises et bon vendredi – Zaza

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  2. J’avais omis ce N°19. Donc, maintenant, je comprends mieux.
    Pourquoi faut-il qu’il y ait toujours des saletés d’hommes.
    Maintenant, elle connait ses origines. Auprès de Pierre et avec son petit Noël, elle va avancer dans le bonheur. Je crois qu’elle l’a mérité.
    Bisous EvaJoe

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