Shana face à un choix 31

Léo a expliqué à son jeune frère que changer de nom était une démarche longue et complexe. Maël, qui écoute son frère avec une admiration sans faille, a parfaitement compris.

Cela va permettre à Thomas et Léo de poursuivre leurs recherches sur les autres enfants — notamment sur la fille née la même année que Mila. Elle se fait peut-être appeler Inès, ou bien c’est tout simplement son vrai prénom.

Les informations dont ils disposent sont maigres : six adresses, probablement exactes, puisque Léo a bien reçu sa lettre. Mais trois d’entre elles ne mentionnaient aucun prénom. Un détail, cependant, a attiré mon attention dans les deux autres : le prénom de l’un d’eux. Il s’appelle Louis Capet. Et celui-là pourrait bien être le fils légitime de Capet.

C’est donc vers la généalogie que Shana et moi nous tournons dans un premier temps. Hélas, nous devons rapidement nous rendre à l’évidence : aucun d’eux ne semble avoir entrepris de véritables démarches. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils ne cherchent pas à retrouver leur famille.

Thomas propose à Léo de se rendre à l’adresse liée à celui qui porte le nom de Louis. Une piste fragile, mais assez prometteuse pour ne pas être ignorée.

À peine ont-ils évoqué leur départ que Maël, qui ne laisse rien passer lorsqu’il s’agit de ceux qu’il imagine déjà comme des frères ou des sœurs, exprime le désir de venir avec eux.Mais Léo, fidèle à son instinct protecteur, refuse avec douceur mais fermeté. Il mesure l’écart immense entre une simple intuition et une vérité susceptible de bouleverser une vie. Il promet à son petit frère qu’il ne lui cachera rien — qu’il saura tout, en temps voulu.

Avant de partir, je m’approche de Léo, presque en secret, et lui murmure quelques mots. Je veux qu’il me promette une chose : quoi qu’ils découvrent, nous déciderons ensemble du moment et de la manière d’en parler à Maël.Pour l’instant, il a accueilli son « frère » avec une belle générosité, sans soupçonner qu’ils partagent le même père. Et ce secret, si lourd soit-il, doit encore rester en suspens. Il entre bientôt en troisième. Ce n’est pas le moment de le perturber. Il a besoin de vivre ses vacances, de rire, de respirer, comme Mila.D’ailleurs, heureusement qu’elle est partie pour un mini-camp de quatre jours. Sinon, il aurait fallu user de mille détours et justifications pour ne pas l’emmener avec nous. Et, je le sens, ni Léo ni moi n’en avions la force.

Après la visite à la mairie du XVI ieme nous nous dirigeons vers la Cité des 4000 à la Courneuve. Heureusement qu’il y a une adresse précise car comment se retrouver dans tous ces ensembles en béton. Louis CAPET Rue du Cherche Midi Bâtiment X logement 250. Sur la boîte à lettres , il y a deux prénoms Louis Capet et Ingrid Schonberg. L’étage est le vingtième. Léo n’a jamais pris l’ascenseur, je vois qu’il n’est pas à l’aise.

Sur la porte il est écrit ne pas sonner mais frapper discrètement… Léo frappe, une jeune femme ouvre, elle a dans les bras un beau bébé d’environ un an aux belles boucles blondes.

C’est elle qui engage la conversation la première: je ne vous demande pas qui vous êtes, certainement de la famille de mon compagnon car la ressemblance est frappante.

Louis travaille chez un pépiniériste non loin d’ici. Il adore son travail, mais il ne rentre pas avant dix sept heures. Voulez-vous l’attendre ?

C’est Léo qui répond mais ne veut pas déranger. La jeune femme nous dit qu’elle ne connait personne, qu’ils viennent d’arriver. Et qu’elle est ravie de pouvoir discuter avec nous.

On entend l’arrivée de l’ascenseur , Ingrid regarde l’heure et nous dit c’est Louis, je vous laisse, faites connaissance. Et après je viendrais vous rejoindre.

Louis referme la porte derrière lui. Dès qu’il entre, il reconnaît quelque chose sans pouvoir le nommer : une ressemblance, une tension familière dans le visage de l’inconnu assis dans son salon. Il reste debout, à distance.

— Qui es-tu ? Enfin je me pose la question mais vu notre ressemblance je pense le savoir. Est-ce toi qui.m’a écrit ?

— Je m’appelle Léo. Capet, comme toi. J’ai 19 ans. Et j’crois qu’on a le même géniteur.

— Je préfère géniteur, ce type n’est nullement notre père, certes il a aimé notre mère, il l’a amusé en lui disant être son amour et du coup tous les mômes portant ce nom de roi guillotiné se croit être de notre famille.

— La lettre… c’est toi ?

— Non. C’est Mila. Notre demi-sœur. Elle a découvert qu’on était plusieurs. C’est Capet qui lui l’a dit. Elle voulait connaître une partie de son histoire. L’autre lui a donné l’adresse des enfants qu’il connaissait.

Louis raconte à Léo ce que ce dernier ne se souvient pas. Toi et moi avons vécu ensemble pendant quatre ans. Puis un jour notre mère est réapparue. Elle voulait t’emmener, mais notre grand-père s’y est opposé.

— Le vieux à la canne au pommeau d’argent.

— Vous le connaissez ?

— Pas du tout, mais j’en ai entendu parler lors du procès de votre géniteur. Je suis le père adoptif de votre demi soeur Mila qui aura seize ans dans huit jours et de votre frère Maël qui vient d’avoir quatorze ans, encore faudra-t-il s’en assuré, si vous y consentez à vous faire faire des tests ADN. Mais pour l’instant nous n’en sommes pas là.

Louis appelle sa compagne et lui raconte en quelques mots ce qu’il vient d’apprendre, sa joie à retrouver Léo, ce petit frère qui avait disparu alors qu’il était à l’école. Et un choc en apprenant qu’il y a un plus petit frère de quatorze ans, et une demi-sœur de tout juste seize ans. Ingrid est ravie pour son compagnon.

Léo se lève, il va pour serrer la main d’Ingrid mais elle l’embrasse, il est ému. Louis quant à lui serré la main de Thomas et les deux frères s’embrassent comme s’il s’était quitté hier.

Quelques jours plus tard Thomas reçoit un courrier émanant de Louis, il accepte de faire un test adn avec Maël mais pour Mila, elle est libre de refuser. Par contre, il n’a pas dit à Léo mais il ne porte plus le nom de Capet, mais il a pris le nom de ceux qui se sont occupé de lui depuis la mort de sa mère, il a été lui aussi adopté. Son adoption est assez récente, c’est depuis son retour de Suède. C’est la raison pour laquelle la lettre de Mila est arrivée à destination.

Dès que Mila apprend que Louis serait aussi son demi-frère, elle accepte de faire le test ADN. Il y a trois semaines d’attente, elle trouve ce temps trop long. Elle en parle à son amie la fille du Colonel, qui lui apprend que sur Instagram elle a vue une fille qui lui ressemble un peu. Mila se crée un pseudo et va à son tour sur Instagram voir la tête et le look de sa sosie. Rapidement elle entre en contact avec Inès une jeune marginale comme l’indique sa présentation. Puis ne voulant pas semer la panique dans sa famille, un soir elle en discute avec ses parents. Et là c’est la désillusion, Thomas lui dit ce qu’il sait au sujet d’Inès et lui donne l’ordre de fermer son compte Instagram.

A suivre

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 30

Lorsque Shana descends faire chauffer les biberons de ses jumeaux, elle croise Léo qui va partir travailler. Elle lui demande s’il a déjeuné. Devant sa négation, elle lui montre où tout se trouve, et met en route la cafetière. Puis elle lui souhaite une bonne journee.

Quelques heures plus tard, Maël est en pyjama, assis à la table du petit déjeuner, encore ensommeillé. Shana verse du chocolat chaud dans sa tasse. Thomas s’installe face à lui avec une douceur inhabituelle dans le regard. Les jumeaux babillent dans leurs transats à côté.

Shana (lui caressant les cheveux) :Tu as bien dormi, mon cœur ?

Maël (hoche la tête, baille) :Oui. J’ai fait un rêve bizarre. Y’avait un garçon dans la maison, mais je savais pas qui c’était…Thomas et Shana échangent un regard silencieux.

Thomas :Ce garçon, c’était Léo. Il est venu dîner avec nous hier soir. Tu te souviens ?

Maël (réfléchit) :Oui… Il m’a donné un biscuit. Il était gentil.

Shana (prend une grande inspiration, reste douce) :Maël, il faut qu’on te dise quelque chose d’important. À propos de toi… et de Léo.

Maël (se redresse un peu, intrigué) :Quoi ?

Thomas :Tu sais que tu as été adopté quand tu étais bébé. On t’a toujours dit que tu étais arrivé dans notre vie comme un cadeau un peu inattendu.

Maël :Oui. Je me rappelle.

Shana :Eh bien… Léo, c’est ton grand frère biologique. Il ne savait pas où tu étais, mais il t’a cherché pendant très longtemps.

Maël (fronce les sourcils) :C’est vrai ? Il me cherchait ?

Thomas (sourit, ému) :Depuis presque dix ans.

Shana :Il a été très ému de te voir hier. Il t’a reconnu tout de suite, tu ressembles à ta Maman, que j’ai connu brièvement. Mais il ne voulait pas te bousculer.

Maël (baisse les yeux, pensif, puis chuchote) :C’est pour ça que je me sentais bien avec lui ?

Thomas (tendrement) :Peut-être. Les liens du cœur sont parfois plus puissants qu’on croit.

Maël (lève les yeux) :Il va revenir ?

Shana (sourit) :Oui. S’il sent que tu es prêt. Rien ne presse, d’accord ? Tu choisis le rythme.

Maël regarde sa tasse, puis les jumeaux qui gazouillent. Puis, simplement, comme un enfant qui a compris bien plus que ce qu’on a dit :

Maël :Alors je suis plus tout seul dans ma tête.

Thomas sourit, ému :Non, mon grand. Tu ne l’as jamais été.

Maël en pleine réflexion, Mila a l’adresse de Léo, je vais lui écrire.

Shana acquiesce et sourit, elle tend à Maël du papier à lettre. Il y a plusieurs couleurs, elle avait acheté il y a quelques temps et personne à ce jour s’en est servi. Maël est enthousiasmé en voyant qu’il y a toutes les couleurs. Il choisit vert en disant à Shana, Maman c’est la couleur de l’espérance.

Salut Léo,

Maman et Papa m’ont dit que t’es mon frère. Mon vrai frère.
Ça fait bizarre. Mais en fait… pas tant que ça.

Quand t’étais à la maison, j’ai pas eu peur. Je me suis senti bien. Comme si je te connaissais déjà un peu.

Maman a dit que tu m’as cherché. Je comprends pas comment on peut chercher quelqu’un pendant si longtemps. Mais ça me touche. C’est gentil.

Je voudrais qu’on se revoie. Peut-être tu peux revenir manger des pâtes ? Ou on peut jouer à Mario Kart si t’es pas trop nul (je suis très fort).

Et si t’as des trucs à me raconter, j’aimerais bien les écouter.

Signé : Maël
(ton p’tit frère pour de vrai)

Deux jours plus tard, Maël reçoit une lettre de couleur verte. De suite il comprend que c’est de son grand-frère.

Salut Maël,

Quand j’ai lu ta lettre, j’ai eu un grand sourire et un petit pincement au cœur en même temps. Un grand sourire parce que tu m’as écrit. Un pincement parce que j’aurais voulu te serrer fort dans mes bras tout de suite.

T’es vraiment fort pour écrire ce que tu ressens. Et pour Mario Kart, fais attention à ce que tu dis… je suis peut-être rouillé, mais j’ai des années d’expérience derrière moi. Tu pourrais être surpris 😄

Oui, j’ai passé beaucoup de temps à espérer que tu sois en vie, quelque part, heureux. Et hier, je t’ai vu. Et tu l’étais. Et ça… ça m’a fait un bien que je saurais même pas t’expliquer.J’aimerais beaucoup te revoir. Pour jouer, parler, rigoler, ou rien faire du tout.

Merci de m’avoir ouvert ton cœur. Je suis fier d’être ton grand frère.

À très vite,

Léo (Ton grand frère pour de vrai, et pour toujours)

En fin d’après-midi Thomas reçoit un appel téléphonique il regarde son téléphone, c’est Léo, il prend l’appel , c’est bref, mais quand il revient il annonce à tous que Léo sera là d’ici trente minutes.

Mael saute de joie, mais c’est de courte durée lorsque Thomas lui demande si sa chambre est bien rangée. Devant son regard coupable Thomas l’envoie rapidement y faire un tour sinon il me 0aura honte devant Léo pour jouer avec sa console. Maël ne se le fait pas dire deux fois, il court la ranger.

Ils sont tous les quatre assis dans la cuisine, les jumeaux font la sieste, et Maël est occupé dans sa chambre. La lumière du jour filtre doucement par la fenêtre. L’ambiance est simple, paisible.

Thomas (souriant) :
Tu sais, Léo… On a beaucoup parlé de nous. Mais toi, on te connaît à peine.
Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

Léo (boit une gorgée, puis sourit, un peu gêné) :
Je suis menuisier. Spécialisé dans la restauration de meubles anciens.
J’ai toujours aimé travailler avec mes mains. Et le bois… ça apaise. Ça demande de la patience, du soin.

Shana (sourit avec tendresse) :
C’est beau, ce que tu fais. Restaurer ce qui a été abîmé…
C’est une forme de réparation, non ?

Léo baisse un peu les yeux, touché.

Léo :
Oui… Je crois que ça m’a sauvé, en fait. Après avoir été baladé de foyers en familles d’accueil, c’était la seule chose qui restait stable : un établi, des outils, et des bouts de bois qui attendaient qu’on leur donne une seconde chance.

Mila (l’observe avec fierté) :
Tu répares les choses. Et maintenant… tu nous as retrouvés.

Thomas :
Et tu habites où ?

Léo :
À un peu plus d’une heure d’ici. Dans une petite maison que je retape doucement. J’y vis seul. Mais depuis quelques jours, elle me semble un peu trop calme…

Ils sourient tous, touchés par sa sincérité.

Shana (avec douceur) :
Tu sais, tu seras toujours le bienvenu ici. Que ce soit pour un week-end, un café… ou un Mario Kart.

Léo (regarde Mila, ému) :
J’avais pas prévu tout ça. Mais maintenant que je vous ai trouvés… j’ai plus envie de repartir.

Léo est reparti depuis la veille. Maël est assis à la table du salon, en train de faire un dessin. On y voit une maison, sept personnages, deux bébés dans leur berceau, une jeune fille avec une robe verte à pois blanc, un jeune garçon qui lève les yeux vers un homme fort grand, ils sont habillé de la même façon un jeans, une chemise blanche à manches courtes et une casquette blanche. Deux autres personnes y figurent. Chacun a son prenom écrits en lettres majuscules.

Shana passe derrière lui et s’arrête, attendrie.

Shana :Tu dessines la famille ?

Maël (sans lever les yeux) :Oui.

Elle regarde plus attentivement. Elle lit : “Mila”, “Maël”, “Léo”, “Maman”,  » Papa », « Matéo et Matis ». Puis Maël pose son crayon, se tourne vers elle, le regard sérieux :

Maël :Maman… Est-ce qu’on peut changer le nom de Léo ?

Shana (surprise, douce) :Changer son nom ? Tu veux dire… qu’il s’appelle comme nous ?

Maël :Oui. Je veux qu’il ait le même nom que moi, que Matéo et Matis, Mila et vous deux. Il est mon frère, non ?Shana s’accroupit doucement à sa hauteur, touchée à vif par cette demande. Elle met ses mains sur les genoux de Maël.

Shana :Oui, mon cœur. C’est ton frère. De sang… et maintenant, peut-être aussi de cœur.

Maël :Alors faut qu’il ait notre nom. Sinon, il va se sentir tout seul encore.Shana l’enlace tendrement, les larmes aux yeux.

Shana (chuchotant) :Tu as un grand cœur, mon petit amour. Je vais en parler avec papa… et avec Léo.Mais je suis sûre que ça lui fera beaucoup de bien d’entendre ça.Tu veux lui écrire une lettre, pour lui dire ?

Maël avec un grand sourire :Non. Je veux lui dire en vrai. Quand il reviendra.

La maison est calme. Les enfants dorment. Shana est assise dans la cuisine, un mug entre les mains, les épaules un peu voûtées.

Thomas entre en silence, s’approche, et pose une main sur sa nuque. Elle ne bouge pas.

Thomas (doucement) :Tu veux en parler ?

Shana (voix basse) :Il est gentil… Léo. C’est pas ça.Il est intelligent, calme, solide.Mais c’est une histoire… qui ne m’appartient pas. Qui me brûle, même de loin.Et là, on me demande de la ramener dans mon foyer. De lui donner notre nom.

Thomas (s’asseyant en face d’elle) :Tu veux dire… le nom que vous portez, toi, Mila, Maël, les jumeaux.Et moi aussi.

Shana (le regarde) :Oui. Ce nom, c’est un refuge.On a tout reconstruit dessus. Après… tout ça. Après lui. Et maintenant, on me demande de l’ouvrir à un fils né de cette noirceur.

Thomas :Mais ce n’est pas lui, Shana. Ce n’est pas son géniteur qu’on accueille.C’est Léo. Un jeune homme que tu n’as pas élevé, mais qui a survécu, seul, sans haine, sans colère.Et qui aujourd’hui ne réclame rien… sauf d’exister quelque part.

Shana (les yeux brillants) :Tu crois que je ne vois pas à quel point il est lumineux ? Il est plus stable que Mila, plus tendre que je ne l’aurais cru possible.Mais j’ai peur. Que cette acceptation réveille trop de choses.Qu’en lui ouvrant notre porte, je laisse entrer mon passé.Qu’il me rappelle ce que j’ai mis vingt ans à enterrer.

Thomas (prend sa main) :Peut-être, oui. Mais regarde Maël. Ce petit garçon, si intuitif, si clair.Il ne sait rien des ténèbres. Il voit juste un frère. Et Mila… elle s’ouvre. Pour la première fois. Pas par colère, mais par lien.

Un silence.

Shana regarde leurs doigts entrelacés. Puis elle murmure .

Shana :Je n’ai pas envie d’être sa mère, Thomas. Pas comme je le suis pour les autres.

Thomas :Tu n’as pas à l’être. Tu peux être Shana. Une femme qui tend la main à un fils qui n’en demandait pas tant.Tu n’as pas à l’élever. Juste à le reconnaître.

Shana (fermant les yeux) :Tu crois qu’on peut l’aimer… sans culpabilité ?

Thomas (souriant doucement) :Moi je crois qu’on peut l’aimer… en liberté.

Elle inspire profondément. Pose la tête contre son épaule. Et dans un souffle :

Shana :Alors on va le faire. On va lui donner notre nom. Mais pas parce qu’on doit. Parce qu’il a su devenir l’homme qu’aucun de nous n’aurait pu prévoir. Puis pour notre fils Maël, je ne veux pas le perturber, il a le droit d’avoir son grand-frère avec lui. J’espère que Jamila leur mère n’est pas celle des autres garçons.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 29

Le repas est terminé. Les assiettes sont vides, les verres presque tous rangés. Les rires de Maël et les petits bruits de Mila qui couche les jumeaux résonnent doucement dans l’appartement. Léo empile les assiettes sans qu’on lui demande, ramasse les couverts, et passe un coup d’éponge distrait sur la table.

Thomas, debout près de l’évier, le regarde faire sans rien dire au début. Puis il lui tend un torchon.

Thomas :Tu sais que t’es pas obligé, hein ?

Léo (sans le regarder) :Je sais. Mais j’ai envie. Ça fait du bien de… faire partie de quelque chose.

Thomas sourit doucement. Il commence à rincer les assiettes pendant que Léo les essuie et les range dans le placard.

Thomas :C’est drôle… J’ai élevé Maël, je change les couches des jumeaux, je vois Mila grandir… et ce soir, j’ai eu l’impression d’avoir un fils de plus à table.

Léo ralentit un peu, touché :Tu dis ça pour me mettre à l’aise ?

Thomas le regarde dans les yeux, calme et sincère :Non. Je dis ça parce que c’est ce que je ressens.

Un petit silence. Léo continue de ranger, les gestes un peu plus lents. Puis il murmure, presque malgré lui.

:Léo :T’as pas peur de m’intégrer comme ça ? Avec ce qu’il y a derrière moi… d’où je viens, je veux dire.

Thomas essuie ses mains, s’appuie contre le plan de travail :Tu veux savoir ce que je vois quand je te regarde ?

Léo (hoche la tête, le regard toujours bas) :Oui…

Thomas :Je vois un jeune homme qui, au lieu de s’enfuir ou de détester le monde, a eu le courage de tendre la main. Qui a traversé l’ombre pour essayer d’aller vers la lumière. Je vois quelqu’un qui protège les bébés, qui rit avec sa sœur, qui débarrasse la table sans qu’on lui dise un mot.

Il s’approche, pose une main sur son épaule, ferme mais douce.

Thomas :Ton passé, Léo, c’est pas toi. Ce que tu choisis maintenant, ça, c’est toi.

Léo cligne des yeux, une émotion retenue au bord des cils. Il hoche la tête, incapable de parler tout de suite.

Puis, dans un souffle :Léo :J’crois que j’ai jamais entendu un truc pareil. Pas venant d’un adulte, en tout cas.

Thomas (sourit) :Ben tu vas devoir t’y habituer, fiston. Parce que t’as ta place ici. Et si tu veux revenir un jour… la porte sera ouverte.

Léo se redresse un peu. Une sorte de fierté calme dans la posture. Il essuie une dernière assiette, puis dit, avec un petit sourire en coin :

Léo :Bon… je suis pas sûr d’aimer les légumes. Mais pour le reste… j’crois que je vais revenir.

Thomas avec un clin d’œil) :C’est noté. On planquera les brocolis la prochaine fois.

La nuit est calme. Le couloir de la caserne est plongé dans la pénombre. Mila raccompagne Léo à la porte. Un silence tendre flotte entre eux, comme une bulle. Léo jette un dernier regard vers le salon où Maël, endormi, est affalé sur le canapé, une peluche contre lui.

Léo (voix basse) :
Mila… je peux te poser une question un peu étrange ?

Mila :
Toujours.

Léo les yeux fixés sur la silhouette endormie de Maël :
Tu m’as dit qu’il avait été trouvé dans une poubelle, c’est ça ?

Mila hoche doucement la tête:
Oui à peine né. Ma mère l’a entendu pleurer, il était dans un sac en papier, il vagissait, il avait à peine quatre heures. Maman l’a adopté et quelques mois plus tard Papa lui a donné son nom.

Léo inspire longuement. Puis il ferme les yeux un instant, comme pour retenir quelque chose.

Léo :
Quand j’étais enfant, un jour ma mère a disparu brutalement, un type, maintenant je sais c’était Capet est venue la chercher pour qu’elle accouche, car elle lui avait dit attendre un garçon. C’est bien plus tard que j’ai appris qu’il y avait eu un problème, ma mère était morte et mon frère avait le cordon autour du cou. Si le père, le vieux a la canne l’a jeté c’est qu’il n’a pas crié. Celui-ci j’aurais aimé le tuer.

Mila reste figée, le souffle coupé. Léo la regarde, les yeux humides mais clairs.

Léo :
Depuis ce jour-là, j’ai cherché. Pas avec des infos concrètes. Juste… l’espoir. Que quelque part, il ait été sauvé. Et ce soir, Mila…
(la gorge nouée)
Ce soir je l’ai regardé dormir. J’ai entendu sa voix.
Et je l’ai su.
C’est lui. C’est celui que je cherchais.

Mila (chuchotant, la main sur la bouche) :
Oh Léo…

Léo (tremble légèrement, mais son sourire est vrai) :
Il est vivant. Il est heureux. Il t’a toi. Il a une vraie famille. Et il m’a même dit bonjour sans savoir que j’étais son frère. C’est fou, non ?

Mila s’approche, les yeux pleins d’émotion. Elle le prend dans ses bras, doucement, comme pour réparer toutes ces années d’attente. Il se laisse faire, sans résister.

Mila :
Tu ne le perdras plus, Léo. Je te le promets.

Thomas a trouvé Léo assis sur la dernière marche des escaliers. Il vient de faire une découverte et il ne peut plus partir. Thomas le console car ce grand gamin, déjà adulte pleure. Il raconte ce qu’il vient de découvrir, Thomas est ému. Il lui montre le salon où se trouve Maël, lui ouvre le canapé, met un drap, attrape un duvet neuf et lui dit :

Ne réveille pas Maël mais tu peux dormir à ses côtés. Il lui met une tape sur l’épaule et lui souhaite une bonne nuit.

La maison est silencieuse. Mila dort. Thomas et Shana sont dans leur chambre. Léo n’a pas encore réussi à partir. Il erre, le sac toujours à la main, comme si son corps refusait de quitter cet endroit. Il s’approche à pas feutrés du canapé où dort Maël, recroquevillé sous une couverture, une peluche contre lui.

Le visage du garçon est paisible. Innocent. Serein.

Léo reste là un long moment. Il l’observe. Ses doigts tremblent légèrement. Il dépose son sac par terre, s’accroupit à côté de lui. Murmure, juste pour lui. Une voix pleine de gravité contenue.

Léo :
Tu sais pas qui je suis. Tu peux pas. Et moi, je savais même pas où tu étais…
Mais je t’ai cherché. Longtemps. Depuis le jour où maman est morte en te donnant la vie.
T’étais à peine né. Moi, j’étais un gamin paumé, avec un père qu’on appelle pas père. Mais j’ai su. Qu’elle t’avait mis au monde. Et qu’après, t’étais… parti. Disparu.
J’ai cru que t’étais mort, tu sais. Que t’avais pas eu de chance.

Il inspire profondément. Une larme roule sur sa joue.

Léo (plus bas) :
Mais t’es là. T’as grandi. T’es entouré, aimé, vivant. T’as une sœur en or. Une maman. Un père.
Et maintenant… t’as un frère aussi.

Il pose doucement une main sur le rebord du canapé, sans le toucher, comme un geste suspendu dans le vide.

Léo :
Je suis là, Maël. Je suis là, petit frère. Et je partirai plus.

Un soupir lui échappe. Il se relève doucement, récupère son sac, regarde une dernière fois le visage endormi de Maël et se couche. Il est heureux.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 28

C’est la fin de l’après-midi. Le ciel est clair, un peu doré. Devant la caserne, Léo hésite, capuche rabattue. Il regarde l’imposant portail métallique, puis sort un petit téléphone et compose un numéro.

Mila (au téléphone, voix douce) :T’es là ? Je descends tout de suite.

Quelques minutes plus tard, la grille s’ouvre. Mila apparaît, habillée simplement, souriante. Léo la regarde, un peu figé.

Mila :Bienvenue chez moi.

Léo (regardant autour, impressionné) :C’est… une vraie caserne.

Mila (avec un petit rire) :Ouais. Des gendarmes partout. Mais aujourd’hui, c’est juste nous deux.

Ils montent un escalier. Mila ouvre la porte de son appartement. L’intérieur est chaleureux : des photos sur les murs, une odeur de gâteau encore tiède, un canapé aux coussins dépareillés. Rien d’imposant, juste une maison qui a une âme.

Mila (refermant la porte doucement) :Tu veux boire quelque chose ? Y a du jus, du thé… ou du coca si tu veux faire genre ado classique.

Léo (sourit, plus détendu) :Du coca. Classique, ouais. Pour une fois.

Mila lui tend un verre, puis s’assied à côté de lui dans le salon. Un silence se pose. Pas gênant. Un silence qui respire.

Mila :Je suis contente que tu sois venu.

Léo (regard bas, sincère) :Moi aussi. J’ai failli faire demi-tour. C’est… bizarre, tout ça. D’être attendu quelque part.

Mila :Tu l’es. Et tu le seras, autant que tu veux.

Elle sort une boîte de photos, la pose sur la table.

Mila :J’ai fait un truc un peu idiot. J’ai trié les photos où je me trouve bien. Pas les plus belles, juste celles où je me sens « moi ».Je me suis dit que tu pouvais les regarder. Voir qui je suis vraiment. Pas juste ce que je raconte dans mes lettres.

Léo (ému, touché par le geste) :T’es incroyable, tu sais ?

Mila (baisse les yeux) :Non. J’essaie juste d’aimer les gens qui pourraient m ressembler, un peu.

Léo regarde les photos. L’enfant qui sourit, l’ado dans un coin de fête, le regard songeur sur un banc. Il repose la boîte. Long silence. Puis :

Léo :Moi j’ai pas de photos. Mais j’peux te raconter. Un jour.

Mila (le regarde dans les yeux) :Prends ton temps. Moi, je suis là.Il esquisse un sourire. Fragile. Mais vrai.

Mila et Léo sont toujours assis dans le salon. Le silence est confortable. Soudain, la porte d’entrée s’ouvre doucement.

Thomas (entrant, avec son calme habituel) :Salut les jeunes.

Léo se redresse un peu, par réflexe. Mila se tourne vers son père, souriante.

Mila :Papa, je te présente Léo.

Thomas (s’approchant, main tendue) :

Bienvenue chez nous, Léo. On est contents de te recevoir.

Léo (hésite une seconde, puis serre la main) : Merci… monsieur.

Thomas (souriant) :Thomas, c’est bien assez.

Juste à ce moment-là, deux pleurs stridents s’élèvent depuis la chambre d’à côté. Les jumeaux. Mila se lève.

Mila :Oh non… les dragons se réveillent.

Thomas (riant doucement) : Je vais chercher les biberons. Tu peux l’aider si tu veux, Léo. Y a pas de honte à nourrir un bébé affamé.

Quelques instants plus tard, Mila revient avec Matéo dans les bras. Thomas tend un biberon à Léo, qui reste figé.

Thomas :Tiens, prends Matis. Il est plus cool quand il mange.

Léo (hésitant, les bras tendus maladroitement) :Je… j’ai jamais tenu un bébé.

Mila (lui tendant doucement le petit) :Alors il sera ton premier. Il est doux. Et il pue un peu le lait caillé, mais on s’y fait.

Léo cale le petit dans ses bras, maladroitement. Le bébé lève les yeux vers lui, puis tète avec application. Léo le regarde avec stupeur, presque ému.

Léo (à mi-voix) :Il me regarde. Comme s’il savait rien de moi, mais qu’il me faisait confiance.

Mila (souriant, elle aussi avec Matéo dans les bras) :C’est ça, un bébé. Ça juge pas. Ça aime tout neuf.

La porte s’ouvre à nouveau. Maël entre en courant, suivi de Shana. Il s’arrête net en voyant Léo, puis sourit timidement.

Maël :C’est lui, Mila ?

Mila :Oui. C’est notre frère.

Shana pose sa main sur l’épaule de Léo, simplement, sans un mot. Il la regarde, surpris, mais elle ne cherche ni excuse ni explication. Juste… une reconnaissance silencieuse.

Léo (la gorge un peu nouée, regarde autour de lui) :C’est fou… je suis resté des années sans famille, et là, j’ai l’impression…(petite pause)…d’avoir atterri dans un truc réel. Pas parfait, mais vivant.C’est étrange. Ça fait pas mal.Ça fait… du bien.

Maël s’assied près de lui. Léo, toujours le bébé dans les bras, le regarde un instant. Puis se penche vers Mila et murmure :

Léo :C’est ça une vraie fratrie, hein ?

Mila (chuchote en retour) :Oui. Et t’en fais partie, Léo.

La lumière dorée du soir baigne le salon. Les biberons sont terminés, les jumeaux somnolent contre les épaules de Mila et Léo.

Maël les observe, impressionné.

Thomas débarrasse quelques tasses. Shana s’approche avec un torchon à la main, les yeux posés sur Léo.

Shana (doucement, presque comme une habitude) :Tu veux rester dîner avec nous, Léo ? On fait simple. Riz, légumes sautés, un peu de poulet, fromages et une glace. C’est pas un festin, mais c’est Thomas qui cuisine et c’est un chef dans tous les sens du terme, mais chez nous de cuisine.

Léo lève les yeux vers elle. Pas de panique dans son regard. Pas de « je veux pas déranger ». Pas de retrait. Juste… un sentiment nouveau : être à sa place.

Léo sourit, franc, sans hésitation :Oui. J’veux bien. J’ai faim, en plus.

Thomas depuis la cuisine :Voilà une réponse honnête. Tu vas voir, ici on mange bien… et beaucoup.

Maël (espiègle) :Mais faut finir les légumes sinon c’est Mila qui les glisse dans ta serviette quand tu regardes pas.

Mila feinte l’innocence :Je ne fais plus ça depuis… trois semaines.

Tout le monde éclate de rire. Même Léo, dont le rire est encore un peu timide, mais authentique. Il regarde autour : Mila qui cajole Matéo, Thomas qui s’agite à la cuisine avec efficacité, Maël qui tourne autour de lui avec un mélange d’admiration et de curiosité, Shana qui range calmement…Et lui, au milieu, avec un bébé endormi contre lui, l’odeur du dîner qui commence à embaumer la pièce, et le cœur qui bat doucement mais différemment. Comme si ce soir, pour la première fois… il n’était plus un invité. Il a l’impression d’être chez lui, dans sa famille.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 27

Quelques semaines plus tard, une seule réponse, une enveloppe arrive,grise. L’écriture est hésitante mais lisible. Mila l’ouvre dans sa chambre. Elle lit à voix basse.

Salut Mila,

J’ai reçu ta lettre. J’ai mis du temps à répondre parce que je ne savais pas quoi te dire.Tu es courageuse d’écrire. Moi, je n’ai jamais osé. Oui, on est frère et sœur. On ne s’est jamais vus, mais je savais que tu existais.

Moi, je suis Léo. J’ai 19 ans. J’ai grandi avec rien. Ma mère au début je vivais avec elle, un jour le vieux est réapparu dans sa vie, ma mère m’a dit de me cacher, de ne rien dire. Je sais maintenant ce qu’il s’est passé. mon géniteur est reparti comme il était venu. Puis quand le moment d’accoucher est arrivé , il est venu la chercher. Quand il m’a vu il m’a confié à une femme. C’est la dernière fois que j’ai vu ma mère. Je n’avais que six ans. Alors ce type n’est pas plus mon père qu’il n’est le tien.

J’ai appris à me méfier de tout, surtout de ce qui porte mon nom. Mais je veux bien te rencontrer. Pas pour refaire le passé — il est trop sale pour ça — mais parce que t’as eu la force de tendre la main. Et moi, j’en ai assez de rester seul. Par contre, Mila… fais attention. Si t’as écrit à la fille aussi, je sais pas si c’est une bonne idée. Je l’ai croisée une fois, y a des années. Elle sait d’où elle vient. Et elle s’en sert. Elle est pas comme toi. Elle prend, puis elle manipule. Je ne peux pas t’imposer quoi que ce soit, je te mets juste en garde. Sois prudente, si tu veux me voir, écris-moi ici. Je te dirai où on peut se retrouver.

À bientôt peut-être,

Léo.

Mila a lu et relu la lettre puis elle est descendue rejoindre ses parents dans le salon. C’est la fin d’après-midi. Thomas lit le journal, Shana trie des papiers. Mila entre, une enveloppe froissée dans la main.

Mila :J’ai eu une réponse.

Thomas et Shana relèvent aussitôt la tête. Mila s’approche, pose la lettre sur la table.

Thomas (calmement) :Un seul ?

Mila (hoche la tête) :Un seul. Il s’appelle Léo, il a 19 ans. Il veut bien me rencontrer, mais… il dit qu’il préfère d’abord qu’on s’écrive.

Shana (prudente) :Il t’a dit pourquoi ?

Mila (lit la lettre à voix basse) : »Tu es courageuse. Moi, je n’ai jamais osé. […] Je veux bien te rencontrer. Pas pour refaire le passé — il est trop sale — mais parce que t’as eu la force de tendre la main. »Elle lève les yeux.

Mila :Il m’a mise en garde contre ma sœur. Il dit qu’elle n’est pas comme moi. Qu’elle joue avec ce qu’elle est.

Thomas (réfléchissant à voix haute) :C’est déjà une preuve de lucidité. S’il avait voulu te manipuler, il t’aurait encouragée à la voir.

Shana (posant une main sur celle de Mila) :Tu veux lui répondre ?

Mila : Oui,mais je ne veux pas le forcer. S’il préfère les lettres pour l’instant, je respecte ça.Je veux juste qu’il sache qu’il peut me parler. Sans peur. Sans honte.

Thomas (avec tendresse) :Alors écris-lui. Tu construis un pont. Même petit. Et tu le fais avec respect. C’est tout ce qui compte.

Apres un échange de deux autres lettres facilités par la période des vacances Léo a proposé à Mila de se rencontrer. C’est aujourd’hui. Il fait très chaud et Mila a pris une robe pas trop courte, sans manche. Elle aurait préféré son short mais Thomas lui a dit prends une jupe ou une robe. Et elle a opté pour la robe qu’elle avait prise pour la remise de prix au collège.

Son père lui a dit tu es très jolie ma fille. Pour l’instant il l’a déposé à proximité du Parc ou Léo lui a donné rendez-vous. Mila l’attend, Maël avant de partir aurait bien aimé l’accompagner, mais sa maman et son père lui ont dit :

Plus tard, si Léo le veut tu accompagneras Mila. Pour l’instant il ne te connais pas. Il ignore jusqu’à ton existence.

Papa Mila lui a parlé de moi

J’ignorais, mais c’est la première fois. Attends que Mila soit de retour. Nous en saurons plus.

Buen entendu Maël n’était pas très content, il aurait bien aimé rencontrer ce grand-frère tombé du ciel. Mais il avait écouté Thomas.

Milz est assise sous la frondaison des arbres, très près d’une fontaine ancienne mais fort belle. Soudain un grand jeune homme apparaît, un peu gauche, sûrement timide mais il est venu. En plus il est à l’heure, Mila apprécie. Elle déteste attendre.

Léo :
Mila ?

Mila (se levant, un sourire timide) :
Oui. T’es Léo ?

Ils se regardent un instant. Même regard, même mâchoire. Le sang ne ment pas.

Léo (hoche la tête) :
Tu ressembles pas à lui. Tant mieux.

Mila (demi-sourire) :
Toi non plus.

Ils s’asseyent. Petit silence.

Léo :
C’est bizarre. T’as l’air… solide. Moi, j’ai toujours eu l’impression d’être bancal.

Mila :
On est tous bancals. Mais j’ai eu des gens pour me recoller un peu.
Toi, t’as dû te recoller tout seul, non ?

Léo (regard au loin) :
Ouais. Et ça laisse des trous. Des bords qui grincent.

Silence, déjà s’installe entre eux deux une complicité fragile, mais réelle.

Mila :
Je veux pas te forcer à quoi que ce soit. On peut continuer par lettres. Juste ça. Si t’es plus à l’aise.

Léo (lève les yeux vers elle) :
Ouais. Pour l’instant, c’est mieux. Mais j’suis pas fermé. T’as été honnête. Alors j’peux l’être aussi.

Mila (sourit doucement) :
Tu viens de l’être. Merci.

Léo :
Alors… on s’écrit. Et on verra.

Mila (se lève, lui tend la main) :
À bientôt, grand frère.

Léo (hésite, puis serre sa main) :
À bientôt, Mila.

Ils se séparent. Deux trajectoires qui s’éloignent, mais qui, cette fois, savent comment se retrouver.

Salut Mila,

Je sais que j’avais dit qu’on s’écrirait, mais j’aurais dû le dire autrement. Parce que ce que je voulais vraiment, ce que j’ai pas réussi à dire en face… C’est que j’aimerais te revoir.

Quand je suis parti du parc, j’ai eu comme un vide dans le ventre. Pas un malaise, non. Plutôt un genre de manque bizarre. Comme si j’avais vu un truc rare et précieux… Et que je l’avais laissé filer.

Je me suis demandé pourquoi c’était si dur de te le dire là-bas. Je crois que j’ai trop l’habitude de me méfier. De croire que si quelque chose est beau, c’est que ça va mal finir.

Mais toi, t’es pas comme ça. T’es vraie. Et j’ai vu dans tes yeux que t’attendais rien d’autre que la vérité. Alors voilà la mienne :J’ai envie de te revoir. Même brièvement. Même juste pour parler de rien.Pas pour parler de lui, pas pour pleurer le passé. Juste… pour exister l’un en face de l’autre. Comme frère et sœur. Pas comme victimes du même cauchemar.Si t’as pas envie, je comprendrai. Mais si t’es d’accord, on pourrait se revoir.

Cette fois, sans courir, sans se cacher.Écris-moi. Dis-moi oui. Ou non. Mais dis-moi.

À bientôt, je l’espère,

Léo

Salut Léo,

Quand j’ai reçu ta lettre, j’ai souri.Pas un sourire forcé, ni un sourire triste mais un vrai. De ceux qu’on fait quand quelque chose de bien commence à peine.Je suis contente que tu aies osé me dire ce que tu n’as pas pu me dire ce jour-là.

Et tu sais quoi ? Moi non plus, je n’ai pas tout dit. Après avoir lu ta lettre, j’en ai parlé avec mes parents. Oui, « mes » parents. Parce qu’ils le sont, pour de vrai, même si avec mon père on n’a pas les mêmes origines.

Thomas, mon père adoptif, est gendarme. On vit dans une caserne. C’est un endroit bizarre pour certains, mais pour moi, c’est là que j’ai appris à me sentir en sécurité. Je te propose de venir ici, si tu veux. Tu seras le bienvenu. C’est pas un piège. C’est pas un test. C’est juste… Ma maison.

On pourra parler tranquillement. Manger un truc. Écouter de la musique.Et si t’as pas envie de parler du passé, on n’en parlera pas. Juste toi et moi. En paix.

Voici l’adresse : Caserne de Gendarmerie j — Bâtiment D — Appartement 3C Le portail est sécurisé, donc appelle-moi quand t’es devant. Je viendrai t’ouvrir.Tu n’es pas obligé de dire oui tout de suite. Mais sache que la porte est ouverte.

À bientôt,

Mila

A suivre…

Copyright Juillet 2025