L’enfant de personne/21-3

En avant pour de meilleurs lendemains

Nous avons fixé notre mariage pour le 8/05/1945.

Mais auparavant je suis allée voir, seule mon cousin Pierrot. Il est dans un état terrifiant, maigre, méconnaissable. Comme je suis enceinte je n’ai pas eu le droit de rentrer dans le sanatorium. Nous sommes restés dans le jardin et il était dans un fauteuil roulant. Chaque fois qu’il toussait il portait à sa bouche son mouchoir et quand il l’ enlevait de ses lèvres il était plein de sang.

Il m’a raconté ce que son père lui faisait faire, c’était horrible. Et puis il m’a demandé pardon, m’a ajouté je vais mourir, je n’arrive pas à remonter la pente. Je voudrais que tu me pardonnes.

-Bien entendu que je te pardonne

il était le souffre-douleur de son père et il le battait s’il refusait de faire des choses immondes. Il m’avoue aussi que prisonnier il n’a rien fait pour survivre et que sur un organisme faible la tuberculose avait rapidement fait des ravages sur lui.

Ne pouvant l’embrasser je lui ai promis que je reviendrais, il m’a souri et je suis partie.

Mon père m’attendait dans la voiture, pendant que je promenais mon cousin il avait rencontré le médecin du sanatorium et lui avait demandé ce qu’il pensait de son neveu.

– Tu vois Magdeleine il culpabilise, il se puni lui-même, je pense que nous devrions lui parler du petit Hans et lui dire pourquoi son père me détestait. Je pense qu’il aurait un but dans sa vie et se battrait davantage. Son meilleur ami au camp en Pologne était un juif, il l’a protégé. Et lui l’a soigné avec abnégation quand il était malade. Et c’est grâce à Roger qu’il a été rapatrié car Roger était un kapo au camp et médecin en Pologne avant la guerre.

-Il s’appelait Roger comment ?

-Je ne sais pas , Pierrot ne s’en souvient pas. Si Roger est vivant je pense qu’il saura retrouver Pierrot. Et même je pense que ce n’était pas son prénom Roger. Mais c’était mieux et ça lui a sûrement évité un camp de concentration.

-Il faut qu’il vive or il en n’a pas envie.

– Je vais avertir Émilie, elle aime son frère, elle pense s’occuper de son demi-frère. Et si cette branche de la famille pouvait vivre heureuse je me dirais qu’enfin cette malédiction est terminée.

Fin avril un matin , nous avons vu arriver à la propriété un Monsieur maigre c’était le père d’Anna et David, il avait réussi à survivre chez des gens qui l’avait caché. J’étais dehors quand il est arrivé, il m’a demandé Mr Pitaval , vu son âge j’ai pensé à mon futur beau-père. Pierre s’est levé et la serré dans ses bras en lui disant:

– Daniel comme mon père va être content, tu es vivant. Reste là je cours chercher mon père et ton fils. Anna est sûrement pas loin elle promène le cousin de ma future femme.

-Je les ai rencontré sur le chemin qui va aux vignes de ton père. Elle va remonter mais ce que je lui ai dit la secouer.

-Ah ! C’est ta femme

-Oui, je ne sais pas où elle est, nous avons été séparé lors d’une rafle. J’espère qu’elle va revenir. Il se dit tellement de choses.

Et brusquement cet homme de l’âge de mon père s’est mis à pleurer. Cela me serrait tellement la poitrine que je me suis sentie défaillir et je serais tombée si Mr Doumer qui sortait de la maison ne m’avait pas récupéré au vol.

-Magdeleine, Magdeleine parle-moi, c’est le bébé il arrive.

Au moment où je vais pour lui dire non j’ai la poche des eaux qui se rompt.Il s’affole, mais Sarah et Marianne alerté par le cri de Pierre me font emmener dans la chambre où je dors avec lui et appelle le Dr Morand. Il va arriver sa bonne et cuisinière le voit qui parle sur la place du village. Pierre veut rester, il veut assister à la naissance de notre enfant, mais sa mère l’envoie avertir son père.

Trente minutes plus tard j’accouche d’un second petit garçon. Il est magnifique bien plus gros que Noël, cette fois-ci c’est Pierre qui pèse notre enfant avec la balance qui sert habituellement à peser le sucre ou la farine.

-Et bien toi tu es un beau bébé. Magdeleine, il pèse 3 kg 890.

Je me souviens que Noël lui pesait un kilo de moins mais il avait un mois d’avance. Notre bébé lui avait une semaine de retard.Nous avions pensé à un prénom bien avant sa naissance et nous nous étions aperçu que tous les deux nous avions un grand-père qui s’appelait Baptiste. Aussi tout naturellement nous l’avons appelé ainsi.

Quand le Docteur Morand arrive, il voit que tout est fini et que la mère et l’enfant se portent à merveille.

-Vous pourrez préparer la noce. Car je compte bien vous marier maintenant que j’ai repris mes fonctions de maire.

Pierre est allé chercher notre petit garçon, il est arrivé avec un ourson marron et il a voulu embrasser son petit frère. Son père l’a mis sur le lit à côté de moi et il a pris sa première photo avec son leïka, un appareil photo que mon père lui avait offert avant de repartir chercher son frère et sa famille ainsi que ma cousine Émilie qui avait eu 15 jours de vacances. Ils assisteront tous à notre mariage.

Seul Pierrot ne sera pas là, il s’est éteint il y a trois jours serré dans les bras de Daniel qui devait ressembler à Roger. Il m’a amené au sanatorium car Pierre allait au plus mal, il lui a dit en le voyant :

-Roger je savais que tu viendrais, maintenant je peux partir. Encore pardon Magdeleine. Dis adieu à Émilie et qu’elle prenne bien soin de notre petit frère et dis lui de lui donner un nom de baptême. Hans fait trop allemand.

Daniel l’a pris dans ses bras et avec un sourire il est mort.

Lorsque papa a su que mon fils était né et que son neveu s’en était allé il a dit l’un meurt l’autre naît, la vie continue.

C’est le 7 mai que le bruit a couru que la guerre était terminée, demain 8 mai on se mariait et la capitulation de l’Allemagne nazie serait signé.

Pierre voulait que je sois la plus belle des mariées d’après-guerre. J’avais comme témoin Félix et ma cousine Émilie. Pierre avait José et Sarah la femme de Moshé. Ma robe était trop belle, blanche immaculée, Pierre se fichait pas mal que nous ayons consommé avant le mariage. Il voulait se marier à l’église, j’ai tout d’abord hésité mais il a su me convaincre. Vivant on était vivant et il voulait que tout le Cerdon entende sonner les cloches. C’était puéril mais après ce que nous avions vécu je ne pouvais que m’incliner. Le maire et le curé tous les deux appartenaient au Maquis du Bugey/Ain-Jura ne nous ont pas contredit.

On était sorti de cette sale guerre avec des plaies et des bosses mais notre famille s’était agrandie. Alors quand le Cerdon a coulé à flot j’ai entendu Noël se pencher sur le landeau de son frère en lui disant :

– Toi aussi tu boiras du vin rosé pétillant qui s’appelle Cerdon quand un autre bébé sera né. Moi j’en ai bu une cuillère à café, c’était super bon. Pépé Paul en a donné à notre petit cousin qui ne s’appelle plus Hans mais Jean-Marie. C’était sûrement ça son secret avec son grand-père. Notre voyage de noce a eu lieu au lac de Nantua nous sommes parti 4 jours. A notre retour nous avons préparé nos bagages, demain nous partons tous les quatre dans un appartement sur Saint-Etienne où l’hôpital a fait appel à Pierre ainsi qu’à mon père. Emilie et son petit frère Jean-Marie partent aussi avec nous. En attendant que Pierre s’achète une voiture nous prenons le train.

Cet été nous reviendrons passer nos vacances et en septembre nous serons là pour les prochaines vendanges. C’est la promesse que j’ai faites aux trois soeurs de Pierre. Sur le quai de la gare après les embrassades, j’ai ri en voyant le chef de gare lever son pouce, et me dire lorsque je le croisais :

 » -Il vous va merveilleusement bien ce tailleur jaune. » Heureusement que je l’ai gardé précieusement.

-Pourquoi il t’a dit ça le Mr avec la casquette qui siffle pour que le train démarre.

-Quand tu seras plus grand je te raconterais l’histoire de ce tailleur jaune.Il est beau il a la couleur du soleil.

-Oui !

C’est bien pour ça qu’il attirait l’oeil.

Allez Noël, Baptiste votre Père et moi nous allons vous offrir une vie merveilleuse.

FIN

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « L’enfant de personne/21-3 »

  1. Maintenant, il va falloir que je relise.
    Mes yeux ont bien trop de mal pour que je puisse me souvenir de tout.
    Une fin à la mesure des personnages : belle, malgré la mort.
    J’ai aimé. Peut-être aussi parce que cette période est restée ancrée en moi, même, comme le dit mon mari si j’étais bien top petite. Il est toujours étonné de m’entendre parler de certains épisodes de cette période.
    Bisous EvaJoe.

    Aimé par 1 personne

  2. Tu as raison. cette fin va super bien! Bien que je sois plutôt branchée ces dernières années sur le genre héroic Fantaisy, j’ai bien aimé ton roman. C’est bien construit, bien mené. Tu as su donner pas mal d’épaisseur à tes personnages. Le suspense nous tient souvent à bout de souffle.
    Bravo!
    Gros bisous

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