à la Une

Clapotis d’une barque

Photos de l’arrière plan

Brisant l'éclat du soleil, la barque effleure l'eau
Elle rêve de voiles gonflant sous le vent
Afin de fuir la foule des estivants
Elle, toute petite n'a rien d'un vaisseau.

Abreuvé d'amour, il la caresse comme une femme
I fait corps avec celle à qui il a donné son âme.

Le chuchotis de l'eau clapote sur la barque
Encore un coup de rames, elle s'éloigne du rivage
Où dans son écrin de verdure, la voici vitrine en voyage
Pour enfin atteindre les rives ombragées d'un parc.

Le Corbeau

​Il n’est pas le messager des ténèbres banales,

Mais le gardien pensif des cimes et des vents,

Tissant avec soin, de ses plumes automnales,

Le berceau suspendu pour ses futurs enfants.

​Dans le ciel il dessine des runes

Silhouette d’encre noire sur l’azur éphémère

Lui qui connaît les bois et les secrets des lunes

Et porte en son regard la sagesse austère.

​Il guette le printemps du haut des branches nues

Bâtisseur infatigable au cœur méthodique

Ce n’est pas un corbeau, c’est une âme inconnue

Qui écrit dans l’espace un poème gothique.

​Sous son aile d’ébène, il protège et il veille

Dans le silence fier d’un monde qu’il comprend

Il est la sentinelle, à la pointe de l’éveil

Le maître du mystère, libre et persévérant.

EvaJoe avril 2026

Lettre à une professionnelle

Ceci est un cri que je n’ai pu hurler, aussi suite à cinq courriels que l’on m’a envoyé en deux jours, j’ai pris ma plume enfin de me libérer. J’en ai ri, l’ai prise pour une idiote, elle n’en saura rien. Mais moi j’ai pris le contre-pied de sa bêtise humaine.

Cinq fois le signal, cinq fois l’impolitesse,

D’un message identique arrivé en trombe.

Elle, dont on vante partout la justesse,

Laisse sur mon bureau le poids d’une tombe.

​Trois semaines déjà que l’envoi fut scellé,

Six pièces jointes dorment dans son dossier noir.

Mais elle revient encore, l’esprit aveuglé,

Réclamer la carte qu’elle refuse de voir.

​Sous le calme apparent de ma plume polie,

Je contiens l’incendie, le cri et l’effroi.

Est-ce un jeu, un mépris, ou une simple folie,

De ne pas savoir lire ce qui vient de moi ?

​Le PDF attend, figé dans le réseau,

Trésor invisible pour ses yeux si savants.

Je ne lâcherai rien, je n’offre plus de cadeau,

À celle qui ignore le travail des vivants.

​Qu’elle fouille ses mails, qu’elle apprenne le clic,

Le respect ne se donne pas, il se mérite aussi.

Devant son vide immense, je reste stoïque,

Mais mon silence, madame, est un dernier sursis.

Depuis quelques mois j’ai une musette pleine d’incohérence de ces professionnels qui pensent être meilleurs que vous ou moi, mais qui se découvrent petit à petit comme méprisable et idiote.

EvaJoe

Le Rivage des Ombres : Récit d’une absence habitée

Il y a des séismes qui ne font aucun bruit de démolition, des effondrements qui se produisent dans le secret d’une artère, quelque part sous la boîte crânienne. En un instant, la géographie de notre vie a basculé. Ce n’est pas seulement son corps qui a flanché, c’est tout le réseau de nos routes communes qui s’est effacé.

Juillet 2023 reste gravé comme un dernier phare avant la tempête. Il fêtait ses soixante-dix ans. Je revois encore les sourires, j’entends les éclats de rire, je sens cette chaleur d’un été qui semblait nous promettre encore de longues années de douceur. Ce jour-là, il était pleinement lui, il a chanté  en entraînant familles et amis à le suivre. Nous avons tous vibré  de cette joie partagée qui est aujourd’hui mon seul refuge. C’était notre dernier territoire de bonheur pur.

Puis, novembre 2024 est arrivé comme une lame. En un instant, l’homme de juillet s’est évaporé, laissant place à un enfer que je n’aurais jamais pu imaginer.
Pendant huit mois, j’ai vécu dans l’antichambre de l’espoir, comptant les jours de rééducation. Mais quand il est enfin rentré dans notre appartement pour six mois, le miracle avait un goût de cendre. Il était là, mais son esprit semblait avoir pris la mer. Son côté gauche restait immobile, comme une ancre trop lourde. Le lit était devenu son refuge, une île où il s’enfermait. Les connexions s’étaient tues ; les ponts de son cerveau avaient sauté, laissant des gouffres là où il y avait autrefois des pensées et des désirs

Le plus douloureux, c’est ce reproche qu’il nous adresse. Il nous en veut, à mon fils aîné et à moi, de lui avoir sauvé la vie. Il nous reproche d’avoir lutté contre la fatalité, d’avoir choisi pour lui ce souffle qui lui semble aujourd’hui un fardeau. Porter le poids de son ressentiment est une croix quotidienne. Nous avons sauvé l’homme, mais nous avons perdu sa paix.

Aujourd’hui, dans sa chambre d’EHPAD, je pratique une archéologie du cœur. Parfois, je l’oublie. Je l’oublie pour ne pas hurler, pour m’autoriser à respirer. C’est un bouclier contre le chagrin. Si je pouvais briser la vitre blindée que la maladie a posée entre nous, je lui dirais : « Regarde-moi. On n’a pas voulu ton malheur, on a voulu ton retour. On a agi par un amour qui ne pouvait se résoudre à te laisser partir. Est-ce un crime de s’accrocher à ce qu’on a de plus cher ? »

Dans mon silence, je l’imagine me répondre qu’il n’est jamais revenu. Alors je lui murmure de ne plus nous en vouloir, de se reposer. Dans ma tête, il est toujours celui de juillet, celui qui riait sous le soleil. C’est cet homme-là que je ramène avec moi chaque soir. L’autre, celui qui souffre, je le confie aux soignants, mais l’homme que j’aime reste intact dans ma mémoire, là où aucune lésion ne pourra jamais l’atteindre.

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MILKA : de l’ombre à la lumière.

Il y a dix ans, la vie avait mal commencé pour toi. Abandonné à seulement deux mois, avec tes trois frères et ta petite sœur, tu ne savais pas encore que ton destin allait croiser le mien.

Mais quand nos regards se sont rencontrés, j’ai su que nous ne nous quitterions plus.

​On t’a appelé Milka, à cause de tes trois couleurs chocolat, un nom aussi doux que ton caractère. Toi, le « bébé d’amour » qui avait été délaissé, tu as passé le reste de ta vie à nous prouver que tu n’étais que sagesse et tendresse.

​Pendant dix ans, tu as été le plus merveilleux des compagnons. Tu as fêté tes dix ans en juillet dernier, et même si cette tumeur au cerveau t’a emporté ce matin, elle n’effacera jamais la trace que tu laisses.

Tu es passé de ce chiot vulnérable à un grand sage, toujours prêt pour un câlin, toujours présent pour nous rassurer.

​Mon beau Milka, merci d’avoir partagé ton chemin avec le mien. Tu as commencé ta vie sans famille, mais tu l’as terminée entouré d’un amour immense. Tu vas terriblement nous manquer.

Ton souvenir restera aussi doux que les couleurs de ton pelage.

​Repose en paix, mon petit cœur en chocolat…

Cooyright décembre 2025

Un conte de Noël

Et c’est ainsi que finit mon conte chapitre 13

Quand les enfants furent couchés, la maison retrouva son calme.La neige continuait de tomber doucement derrière les vitres.Dans le salon, seule Mamie Rose restait éveillée, son tricot posé à côté d’elle.Elle sortit de sa poche un petit morceau de papier bleu — le même que celui des cadeaux.Elle le caressa du bout des doigts et sourit.

Depuis des années, elle offrait à Élise un cadeau choisi avec soin :jamais un jouet banal, jamais un objet au hasard.Un cadeau bleu, toujours bleu.Un cadeau qui pouvait révéler quelque chose…non pas de magique au sens spectaculaire,mais de vrai, de profond, de lumineux.

Elle ferma les yeux.Au fond d’elle, elle sentit cette sensation familière :les émotions des autres, comme des petits frémissements, des éclats discrets qu’elle percevait depuis l’enfance. Elle avait toujours su voir ce qui se glissait dans les cœurs,sans jamais forcer,sans jamais effrayer.Cette année, pourtant, quelque chose avait changé.Son don, elle le sentait, devenait plus léger en elle. Comme une brume qui s’efface doucement le matin.Et un autre cœur, dans la maison,commençait à briller.Elle rouvrit les yeux.

Hugo se tenait dans l’encadrement de la porte, silencieux.

— Mamie… murmura-t-il.Comment tu savais que je pouvais… sentir les choses ?

Mamie Rose tapota le canapé pour l’inviter à s’asseoir.

— Parce que, mon garçon, les dons de notre famille ne se perdent jamais.Ils… changent simplement de mains.Hugo baissa les yeux.

— C’est pour ça que tu m’as demandé de déposer le cadeau bleu ?

— Oui. Je voulais voir si ton cœur entendrait le bon moment.Et tu l’as trouvé.Comme si tu l’avais toujours fait.Hugo réfléchit.Il repensa à Élise, à ses émotions qu’il avait senties avant même qu’elle parle. À la petite lumière qui avait brillé sur la photo. À ce frisson doux quand elle souriait.

— C’est… difficile à expliquer, avoua-t-il.C’est comme si tout devenait clair un instant.Comme si je comprenais sans que quelqu’un me le dise.

Mamie Rose posa une main chaude sur sa joue.

— C’est exactement ça.Tu ne lis pas les pensées.Tu entends les émotions.Tu vois ce qui est… invisible pour les autres.

— Et Élise ? Elle saura un jour ?

— Peut-être, répondit Mamie Rose.Mais pas parce qu’on lui dira.Parce qu’elle le découvrira avec son cœur à elle. Le cadeau bleu l’y aide chaque année.Il lui apprend à regarder… au-delà.

Hugo sourit, touché.Mamie Rose ajouta :

— Toi, tu feras comme moi : tu utiliseras ton don pour protéger, pour apaiser…pour faire briller les autres.C’est tout ce qu’il demande.Elle reprit doucement le morceau de papier bleu, le déposa sur la table et dit :

— Tant que le papier bleu existe… la magie circule encore.

Hugo serra sa main.

— Je continuerai, Mamie.Promis.

Et dans la pénombre du salon, illuminé par le sapin endormi,on aurait juré voir une petite lueur dorée se glisser entre eux…comme un fil de magie transmis d’un cœur à un autre. La neige tombait.Le cadeau bleu avait accompli son rôle.Et Noël, cette année-là, avait un goût de secret bien gardé.

ÉPILOGUE

Le lendemain de Noël, la maison réveillée sentait encore la cannelle et le chocolat chaud. Élise et Zoé jouaient dans le salon, riant à chaque photo prise par le nouvel appareil. La lumière du matin rebondissait sur les guirlandes et les décorations comme si tout brillait un peu plus que d’habitude.

— Regarde, Zoé ! On dirait que la boule argentée cligne de l’œil !

— Oh, fais voir ! s’exclama Zoé en se penchant. Hugo les observait de loin. Chaque fois qu’Élise souriait, il sentait comme une petite chaleur dans sa poitrine :la certitude qu’elle se sentait bien, vraiment bien.Il n’avait plus peur de ce don tout neuf. Il apprenait à l’apprivoiser. Mamie Rose entra dans la pièce en s’appuyant légèrement sur sa canne.Elle regarda ses petits-enfants et leurs éclats de rire rebondir contre les murs.Elle posa une main sur l’épaule d’Hugo, sans un mot.Il comprit.Élise leva soudain la tête, les joues rosies par le jeu.

— Mamie ! Ce cadeau bleu… il vient vraiment du Père Noël, tu crois ?

Mamie Rose eut un sourire mystérieux.Le même que lorsqu’elle racontait ses histoires d’enfance : les flocons qui chuchotent, les décorations qui s’éveillent, la neige qui écoute.

— Je crois, répondit-elle doucement, que certains cadeaux savent trouver leur chemin tout seuls.Il suffit d’un peu de cœur… et d’un soupçon de magie.Élise sembla réfléchir, puis hocha la tête, pleinement satisfaite.Elle prit une nouvelle photo.Sur l’écran, une petite lueur dorée flotta un instant avant de disparaître.

— Oh ! Vous avez vu ? s’écria-t-elle.Mais Zoé avait cligné des yeux trop vite.Hugo avait détourné le regard — comme s’il savait déjà.

Et Mamie Rose… souriait encore.La neige, dehors, recommença à tomber.Fine, légère, presque musicale.Dans la maison, tout était calme et chaleureux.Et quelque part, bien rangé dans un tiroir que seule Mamie ouvrait,un petit carré de papier bleu attendait déjà l’année prochaine.

Fin ( mais j’ai écrit une note pour les parents et grands-parents à lire … )

Ce conte de Noël raconte une soirée féerique dans une famille chaleureuse.Élise, une petite fille curieuse, prépare Noël avec son amie Zoé, son grand frère Hugo et leur Mamie Rose, une grand-mère douce et malicieuse qui adore raconter des histoires magiques liées à ses souvenirs d’enfance.

Chaque année, Élise reçoit au pied du sapin un mystérieux cadeau bleu dont personne ne revendique l’origine. Cette année, c’est un petit appareil photo. En jouant avec, Élise capture sans le vouloir un phénomène lumineux étrange et bienveillant, qui ajoute une touche de magie au réveillon.

Au fil de la soirée, Hugo découvre qu’il possède, comme sa grand-mère, un don très discret : une capacité intuitive à ressentir les émotions des autres. Mamie Rose l’aide à comprendre que ce don doit être utilisé avec douceur, pour protéger et réconforter — jamais pour deviner des secrets gênants. C’est une métaphore de l’empathie et de la sensibilité aux autres.

Le conte se termine sur la complicité retrouvée de la famille, la magie légère des décorations et de la neige, et un dernier clin d’œil au mystérieux papier bleu, symbole d’une tradition tendre que Mamie souhaite transmettre.

C’est une histoire douce, non effrayante, centrée sur :• la magie de Noël (flocons, lumière, décorations)• la relation entre frères et sœurs• la transmission familiale• l’écoute, la sensibilité et l’empathie• un mystère féerique mais jamais inquiétant.

Elle convient parfaitement aux enfants à partir de 7/8 ans. Et même avant c’est laissé à chacun d’entre vous de voir et d’adapter à l’âge de vos enfants et petits enfants. Ma petite fille aura huit ans en mars…