L’enfant de personne/21-3

En avant pour de meilleurs lendemains

Nous avons fixé notre mariage pour le 8/05/1945.

Mais auparavant je suis allée voir, seule mon cousin Pierrot. Il est dans un état terrifiant, maigre, méconnaissable. Comme je suis enceinte je n’ai pas eu le droit de rentrer dans le sanatorium. Nous sommes restés dans le jardin et il était dans un fauteuil roulant. Chaque fois qu’il toussait il portait à sa bouche son mouchoir et quand il l’ enlevait de ses lèvres il était plein de sang.

Il m’a raconté ce que son père lui faisait faire, c’était horrible. Et puis il m’a demandé pardon, m’a ajouté je vais mourir, je n’arrive pas à remonter la pente. Je voudrais que tu me pardonnes.

-Bien entendu que je te pardonne

il était le souffre-douleur de son père et il le battait s’il refusait de faire des choses immondes. Il m’avoue aussi que prisonnier il n’a rien fait pour survivre et que sur un organisme faible la tuberculose avait rapidement fait des ravages sur lui.

Ne pouvant l’embrasser je lui ai promis que je reviendrais, il m’a souri et je suis partie.

Mon père m’attendait dans la voiture, pendant que je promenais mon cousin il avait rencontré le médecin du sanatorium et lui avait demandé ce qu’il pensait de son neveu.

– Tu vois Magdeleine il culpabilise, il se puni lui-même, je pense que nous devrions lui parler du petit Hans et lui dire pourquoi son père me détestait. Je pense qu’il aurait un but dans sa vie et se battrait davantage. Son meilleur ami au camp en Pologne était un juif, il l’a protégé. Et lui l’a soigné avec abnégation quand il était malade. Et c’est grâce à Roger qu’il a été rapatrié car Roger était un kapo au camp et médecin en Pologne avant la guerre.

-Il s’appelait Roger comment ?

-Je ne sais pas , Pierrot ne s’en souvient pas. Si Roger est vivant je pense qu’il saura retrouver Pierrot. Et même je pense que ce n’était pas son prénom Roger. Mais c’était mieux et ça lui a sûrement évité un camp de concentration.

-Il faut qu’il vive or il en n’a pas envie.

– Je vais avertir Émilie, elle aime son frère, elle pense s’occuper de son demi-frère. Et si cette branche de la famille pouvait vivre heureuse je me dirais qu’enfin cette malédiction est terminée.

Fin avril un matin , nous avons vu arriver à la propriété un Monsieur maigre c’était le père d’Anna et David, il avait réussi à survivre chez des gens qui l’avait caché. J’étais dehors quand il est arrivé, il m’a demandé Mr Pitaval , vu son âge j’ai pensé à mon futur beau-père. Pierre s’est levé et la serré dans ses bras en lui disant:

– Daniel comme mon père va être content, tu es vivant. Reste là je cours chercher mon père et ton fils. Anna est sûrement pas loin elle promène le cousin de ma future femme.

-Je les ai rencontré sur le chemin qui va aux vignes de ton père. Elle va remonter mais ce que je lui ai dit la secouer.

-Ah ! C’est ta femme

-Oui, je ne sais pas où elle est, nous avons été séparé lors d’une rafle. J’espère qu’elle va revenir. Il se dit tellement de choses.

Et brusquement cet homme de l’âge de mon père s’est mis à pleurer. Cela me serrait tellement la poitrine que je me suis sentie défaillir et je serais tombée si Mr Doumer qui sortait de la maison ne m’avait pas récupéré au vol.

-Magdeleine, Magdeleine parle-moi, c’est le bébé il arrive.

Au moment où je vais pour lui dire non j’ai la poche des eaux qui se rompt.Il s’affole, mais Sarah et Marianne alerté par le cri de Pierre me font emmener dans la chambre où je dors avec lui et appelle le Dr Morand. Il va arriver sa bonne et cuisinière le voit qui parle sur la place du village. Pierre veut rester, il veut assister à la naissance de notre enfant, mais sa mère l’envoie avertir son père.

Trente minutes plus tard j’accouche d’un second petit garçon. Il est magnifique bien plus gros que Noël, cette fois-ci c’est Pierre qui pèse notre enfant avec la balance qui sert habituellement à peser le sucre ou la farine.

-Et bien toi tu es un beau bébé. Magdeleine, il pèse 3 kg 890.

Je me souviens que Noël lui pesait un kilo de moins mais il avait un mois d’avance. Notre bébé lui avait une semaine de retard.Nous avions pensé à un prénom bien avant sa naissance et nous nous étions aperçu que tous les deux nous avions un grand-père qui s’appelait Baptiste. Aussi tout naturellement nous l’avons appelé ainsi.

Quand le Docteur Morand arrive, il voit que tout est fini et que la mère et l’enfant se portent à merveille.

-Vous pourrez préparer la noce. Car je compte bien vous marier maintenant que j’ai repris mes fonctions de maire.

Pierre est allé chercher notre petit garçon, il est arrivé avec un ourson marron et il a voulu embrasser son petit frère. Son père l’a mis sur le lit à côté de moi et il a pris sa première photo avec son leïka, un appareil photo que mon père lui avait offert avant de repartir chercher son frère et sa famille ainsi que ma cousine Émilie qui avait eu 15 jours de vacances. Ils assisteront tous à notre mariage.

Seul Pierrot ne sera pas là, il s’est éteint il y a trois jours serré dans les bras de Daniel qui devait ressembler à Roger. Il m’a amené au sanatorium car Pierre allait au plus mal, il lui a dit en le voyant :

-Roger je savais que tu viendrais, maintenant je peux partir. Encore pardon Magdeleine. Dis adieu à Émilie et qu’elle prenne bien soin de notre petit frère et dis lui de lui donner un nom de baptême. Hans fait trop allemand.

Daniel l’a pris dans ses bras et avec un sourire il est mort.

Lorsque papa a su que mon fils était né et que son neveu s’en était allé il a dit l’un meurt l’autre naît, la vie continue.

C’est le 7 mai que le bruit a couru que la guerre était terminée, demain 8 mai on se mariait et la capitulation de l’Allemagne nazie serait signé.

Pierre voulait que je sois la plus belle des mariées d’après-guerre. J’avais comme témoin Félix et ma cousine Émilie. Pierre avait José et Sarah la femme de Moshé. Ma robe était trop belle, blanche immaculée, Pierre se fichait pas mal que nous ayons consommé avant le mariage. Il voulait se marier à l’église, j’ai tout d’abord hésité mais il a su me convaincre. Vivant on était vivant et il voulait que tout le Cerdon entende sonner les cloches. C’était puéril mais après ce que nous avions vécu je ne pouvais que m’incliner. Le maire et le curé tous les deux appartenaient au Maquis du Bugey/Ain-Jura ne nous ont pas contredit.

On était sorti de cette sale guerre avec des plaies et des bosses mais notre famille s’était agrandie. Alors quand le Cerdon a coulé à flot j’ai entendu Noël se pencher sur le landeau de son frère en lui disant :

– Toi aussi tu boiras du vin rosé pétillant qui s’appelle Cerdon quand un autre bébé sera né. Moi j’en ai bu une cuillère à café, c’était super bon. Pépé Paul en a donné à notre petit cousin qui ne s’appelle plus Hans mais Jean-Marie. C’était sûrement ça son secret avec son grand-père. Notre voyage de noce a eu lieu au lac de Nantua nous sommes parti 4 jours. A notre retour nous avons préparé nos bagages, demain nous partons tous les quatre dans un appartement sur Saint-Etienne où l’hôpital a fait appel à Pierre ainsi qu’à mon père. Emilie et son petit frère Jean-Marie partent aussi avec nous. En attendant que Pierre s’achète une voiture nous prenons le train.

Cet été nous reviendrons passer nos vacances et en septembre nous serons là pour les prochaines vendanges. C’est la promesse que j’ai faites aux trois soeurs de Pierre. Sur le quai de la gare après les embrassades, j’ai ri en voyant le chef de gare lever son pouce, et me dire lorsque je le croisais :

 » -Il vous va merveilleusement bien ce tailleur jaune. » Heureusement que je l’ai gardé précieusement.

-Pourquoi il t’a dit ça le Mr avec la casquette qui siffle pour que le train démarre.

-Quand tu seras plus grand je te raconterais l’histoire de ce tailleur jaune.Il est beau il a la couleur du soleil.

-Oui !

C’est bien pour ça qu’il attirait l’oeil.

Allez Noël, Baptiste votre Père et moi nous allons vous offrir une vie merveilleuse.

FIN

L’enfant de personne/21-2

Cauchemars et sentence

As-tu assisté à son execution ?

-J’ai non seulement assisté à son execution mais j’y ai participé. J’ai pris le fusil que l’on me tendait. J’ai ôté le foulard noir sur les yeux de mon frère et je lui ai dit :

« -Si tu es un homme peux-tu me dire la raison pour laquelle tu m’en voulais tant et pourquoi as-tu reporté ta haine sur ma fille ? Il m’a regardé dans les yeux et m’a craché au visage en me disant je ne suis que ton demi-frère, et votre père ne m’aimait pas.

Alors je me suis aligné et lorsque j’ai entendu feu je lui ai visé sa sale tête.

Les premiers jours j’avais du remord, puis j’ai discuté avec mes camarades et j’ai pris sur moi. Enfin j’ai appris que ma balle était à blanc. Mais lui est mort en pensant que je le tuais. Mon remords s’est estompé.

J’ai revu Émilie ta cousine et je ne lui ai pas dit qu’un peloton de Résistants venaient de le mettre à mort.

Enfin il faut que vous sachiez et je m’en excuse auprès de toi Moshé, Sarah mon frère a denoncé des juifs. Donc il n’a eu que ce qu’il méritait.

Puis mon père s’est excusé auprès de nous tous, il a quitté la grande cuisine et est allé marché dans les vignes c’est ce que Félix nous a dit le lendemain matin.

Plus tard j’ai remarqué que mon père n’était pas parti avec Paul faire brûler des sarments. Il n’était pas avec eux. Il était assis sur le banc à l’extérieur sans son masque, il ne le quittait jamais. Sur ses genoux étaient assis mon petit Noël. Il n’avait pas peur, il babillait et mon père buvait ses paroles. Je ne les ai pas dérangé, si mon petit garçon n’hurlait pas c’est que le visage de mon père ne devait pas l’effrayer. Puis papa adorait Noël et il avait une façon de lui parler qui rendait notre fils très heureux.

Après avoir rejoint Pierre qui alignait des chiffres dans le bureau de son père, je ne savais pas comment aborder ce que je venais de voir.

– Que ce passe-t-il Magdeleine c’est ce que nous a raconté ton père hier qui te perturbe.

-Non, car je voulais me venger de mon oncle mais finalement je trouve que ma vengeance ne m’aurait pas guéri de la blessure qu’il m’a infligé. Maintenant qu’il est mort je peux continuer à vivre car il a envoyé des gens à la mort. Moi je suis vivante et heureuse.

-Alors qu’as-tu ?

-Papa a quitté son masque et il a Noël sur ses genoux.

-Ne t’inquiètes pas, ce n’est pas la première fois qu’il le quitte et qu’il y a Noël. La toute première fois j’étais avec lui et Noël lui a demandé :

– » Pépé qui t’as fait bobo »

-Et ton père le plus simplement du monde lui a expliqué. Je les avais laissé, tranquillisé, car notre enfant ne pleurait pas.

-Merci Pierre je me sens soulagée, jamais je n’aurais osé dire à Papa qu’il fallait qu’il garde son masque surtout qu’il doit transpirer là-dessous.

C’est un peu plus tard que loin de tous j’ai discuté en compagnie de Pierre avec mon père voulant savoir ce qu’il était arrivé à ma tante.

– Papa peux-tu nous dire ce qu’il est arrivé à Tante Jeanne ?

-Lorsque mon frère a été arrêté il a osé dire que c’était sa femme qui l’avait poussé dans les bras des allemands et qu’elle n’était pas la dernière à s’envoyer en l’air avec des Bosch. Mais comme personne en avait entendu parlé. Nul n’est venu l’arrêter. Voulant en avoir le cœur net je suis allé à notre maison familiale. La propriété avait été mis sans dessus dessous, les portraits de mes aïeux avaient été piétiné, saccagé, les meubles réduit en miettes. Les murs éventrés. Je ne savais pas qui avait fait ça. Jusqu’à ce que je croise la femme de chambre de ma belle-sœur qui tenait dans ces bras un bébé blond, environ l’âge de Noël. Elle me l’a tendu en me disant voici votre neveu il s’appelle Hans. Je n’en croyais ni mes yeux, ni mes oreilles, ma belle-sœur avait eu un enfant d’un allemand. Quel déshonneur !

-Il est où cet enfant papa, avec ma tante ?

-Ta tante est morte. Son amant l’a empoisonné ne voulant pas être pris par les partisans comme il les appelaient.

-Et son enfant ?

-Il l’a mis dans les bras de Martine, la femme de chambre de ma belle-sœur.

-Et toi tu en as fait quoi ? Ce n’est pas de sa faute.

-Non, ce n’est pas sa faute. Il est chez Germain avec sa nounou.

-Et son père ?

-Lui, je n’en sais rien… Il a disparu. Mort où il a rejoint son armée. E tt je ne veux rien savoir de lui.

-Martine ne sait pas qui a saccagé la métairie de tes parents ?

-Non elle se cachait avec sa fille et Hans. Elle a juste entendu crier, des bruits puis plus rien. Comme l’enfant avait faim elle est sortie et elle a découvert la maison sans dessus dessous. Elle a cherché du lait pour le petit et elle s’est réfugiée dans la cuisine, elle avait suffisamment de provisions pour soutenir un siège.

Après cette confession pénible, mon père s’est effondré sur la table. Encore un drame de plus. Cet enfant de l’âge de Noël qui n’a plus ni son père, ni sa mère comme c’est triste.

J’étais en pleur dans les bras de Pierre, mes larmes n’arrêtaient pas de couler. Ce bébé, car à deux ans on est encore un bébé même si le mien veut être un grand garçon, allait devenir l’enfant de personne. L’histoire recommençait.

A suivre…

L’enfant de personne /21-1

La vie continue et le récit de Marius

L’année 1944 s’est achevée nous espérons tous que 1945 verra la victoire sur l’Allemagne nazie.

Paul a repris son travail dans la vigne très doucement au départ, il a toujours Moshé qui l’aide et David. A eux tous le travail avance vite. La cuvée d’octobre 44 est délicieuse. Lorsque l’on connaît sa fabrication on comprend que ce vin effervescent est pure. Il est de couleur rosé et on y ajoute ni levure ni sucre. Il est servi pour les mariages. Sa couleur rosée très feminine plaît bien aux mariées.

C’est Paul qui me l’a dit ce matin en m’emmenant chez le Docteur Morand qui a repris du service. Il boîte un peu mais c’est toujours un excellent médecin. Je viens pour mon cinquième mois de grossesse. Vu dans quelles conditions mon petit Noël est venu au monde je ne me fais pas de soucis pour cette nouvelle grossesse mais c’est le docteur qui a insisté pour me suivre. Pour le premier je n’ai eu aucun problème ce sera bien le cas pour celui-ci.

Mais Pierre pourtant fort courageux quand il était dans la résistance s’émeut de tout ce qu’il m’arrive. J’éternue il me dit de ne pas sortir. Bientôt je ne lui dirais plus rien.

Pourtant je lui confie mes doutes, mes questions, mes peurs surtout en ce qui concerne Noël. Devrons-nous un jour lui dire qui était son père ?

Mais Pierre me dit non, tu ne peux pas dire son père, car c’est moi. Dis plutôt son géniteur. C’est totalement différent. De toutes façons le bébé qui va naître lui ressemblera. Il prendra un peu de toi, un peu de moi. Et nous les aimerons aussi fort l’un que l’autre. Je ne ferais jamais de différences. Sois en sûr et ai confiance.

Je regarde Pierre, l’embrasse sur la bouche en un long baiser et lui dit :

– J’ai toujours eu confiance en toi, y compris le jour où j’ai porté ce tailleur jaune.

C’est le mardi 15/03/1945 que mon père est de retour, nous l’attendons, Paul a hâte de le rencontrer. Il sait qu’il est revenu de la guerre de 14/18 avec le visage défiguré. C’est une gueule cassée. Avant 1939 il était chirurgien, cela lui avait été difficile au départ de se faire accepter en salle d’opération, le « mandarin de l’époque  » pensait qu’il avait un oeil en verre. Il sait aussi qu’il porte un masque.

A eux deux ils forment un tout lui a-t-il dit après s’être salué. Ce qui a fait sourire mon père.

J’ai atteint mon septième mois de grossesse. Si j’accouche plus tôt il devrait me rester qu’un seul mois. Mais le Docteur Morand aimerait que j’arrive à mon terme. Si pour Noël cela s’est bien passé on ignore si ce sera à nouveau le cas. Je suis bien plus grosse que pour mon bébé qui me dit je suis un grand garçon maintenant.

Noël est le plus heureux des petits bonhommes il a ses deux grands-pères. Ces deux-là l’emmène dans les vignes. Paul lui explique tout. La grandeur des parcelles de vignes, le nombre de bouteilles qui sortent de la propriété. Il lui a même fait toucher les pieds de vigne et il lui a même dit un secret mais il ne nous en a pas parlé, pourtant notre petit homme nous raconte tout à son retour.

Un jour il revient avec dans sa main un sarment de vignes avec une forme bizarre. Il court devant les deux hommes qui discutent et arrivé à notre hauteur, il nous dit :

– Regardez Maman, Papa c’est un serpent.

Il essaie de nous faire peur, nous jouons la comédie il adore ça.

Il pose souvent sa tête sur mon ventre comme il a vu son père le faire. Et il dit à notre enfant. Dépêche toi de venir petit bébé je veux jouer aux voitures.

Pierre lui dit ce sera une petite sœur. Noël pleure, car il ne veut pas.

Ce soir c’est au tour de mon père de nous raconter les derniers événements survenus dans sa propre famille, la mienne bien entendu.

Tout d’abord il n’a aucune nouvelles de Sœur Marie Bénédicte son amie d’enfance arrêtée en pleine rue à Saint-Étienne. Aucun train n’est revenu d’Allemagne, celui de Paul n’avait jamais traversé le Rhin, on avait appris qu’il s’était arrêté au Struthof seul camps de concentration sur le territoire francais mais a annexé par l’Allemagne nazie. Selon le docteur Morand en était descendu que ceux des premiers wagons car dans les deux autres il n’y avait que des résistants torturés. Le train avait eu ordre de rejoindre Strasbourg afin de passer le pont sur le Rhin. Mais avant de le passer, des chemineaux qui travaillaient le long de la voie avait entendu des appels au secours. Ils avaient réussi à détourné le train pour la Suisse. La suite nous la connaissions. Ce camp de la mort avait été libéré en novembre 1944 et on savait exactement ce qu’il s’était passé d’où la peur de mon père pour son amie d’enfance , celle qui m’avait servie de tante mais bien souvent de mère.

Nous apprenons que mon cousin le fils de Jean mon violeur est rentré d’un camp de prisonniers dans un convoi sanitaire. Il a appris par sa sœur qu’il avait contracté la tuberculose et qu’il attendait son transfert à Hauteville-Lompnes.

-C’est à 30 km d’ici. Vous pensez aller le voir Marius lui demande mon beau-père.

-Certes, c’est mon neveu mais je ne sais pas ce qu’en pense Magdeleine.

A ce moment je n’ai aucune idée précise, j’ai des flashes dans ma tête de mon cousin en train de me tripoter. Je ne sais si c’est lui ou si c’est son père. Puis la guerre est passée par-là. Je ne puis répondre à froid. Aussi je réponds que je n’en sais rien.

Mon père enchaîne sur ce qui est arrivé à son propre frère et à sa belle-sœur. Au moment de la libération du Puy-en-Velay, Jean pavoisait dans la rue avec à son bras un joli brin de fille lorsqu’une traction noire s’est arrêtée à sa hauteur, trois hommes en sont descendu, l’un a tiré une balle dans la tête de la femme et les deux autres ont emmenés mon frère dans un premier temps pour une destination inconnue.

-Qui était la femme ?

-Selon mes renseignements une prostituée. Je me trouvais au moment de ces événements ici, si vous vous en souvenez je suis reparti pour trouver des renseignements concernant ma copine d’enfance enfin Sœur Marie Bénédicte. En arrivant à la gare de Chateaucreux j’ai eu l’heureuse surprise de voir ma nièce qui attendait depuis deux jours en gare de Chateaucreux, elle avait appris mon retour par mon frère Germain. Mais ce dernier ignorait le jour. Elle m’a supplié d’intervenir pour mon frère, son père en l’occurrence en me disant ceci :

 » Papa est aux mains de la Résistance et il a demandé à me voir en signalant que j’étais infirmière à Bellevue et comme je portais le même nom de famille on m’a demandé si ce n’était pas mon père. J’ai dit oui.

On m’a fait monter dans une traction direction Le Puy-en-Velay, puis j’ai changé de voitures et on m’a mis un foulard noir sur les yeux. On me l’a ôté une fois que j’étais à l’intérieur d’une maison , il y avait un grand nombre d’hommes en armes, des gendarmes aussi dont un m’a accompagné dans un réduit, genre placard à balai ou mon père était assis à même le sol, menottés, il avait un oeil au beurre noir. »

– Il n’avait pas grand chose clame Pierre.

-Oui comme tu dis.

Mais mon père a ajouté nous ne sommes pas comme eux. Nous ne sommes ni des assassins, ni des bourreaux même si sur certains endroits la Résistance c’est comporté comme les SS.

-Alors que te demandait ma cousine ?

-Elle voulait que j’intercède auprès de la 35 ieme d’Yssingeaux pour faire libérer son père.

-Tu l’as fait ?

-Non .

-Et ?

-Mon frère a trahi plusieurs Résistants, il s’introduisait dans des groupes, proposait ses services et délibérément les dénonçait. Pour lui c’était une revanche sur la vie. Pourtant nos parents nous ont donné une bonne éducation et nous avons tous été le plus loin possible dans nos études, sauf moi qui n’est pas pu passer mon « brevet élémentaire ». Mais lui c’était la brebis galeuse de la famille.

-Mais pourquoi ? En l’honneur de quoi ?

D’une vengeance vraiment Paul, Pierre et tous ceux qui écoutent mon père sont sidéré que des frères d’une même famille puissent être totalement à l’opposé.

-Alors Marius vous l’avez laissé à son triste sort.

-Non, pas tout à fait mais son sort c’est lui qui l’a voulu. Il a eu un procès en bonne et dû forme. Certes ce n’était pas un tribunal. Mais par les copains de la Résistance.

-Avec un avocat

-En quelques sortes

-C’est-à-dire Papa ? Ce n’était pas toi ?

-Non

Son cri à mon père je l’entend encore résonner. Et ses paroles qui ont suivis je me les remémore parfois.

– « C’est ce que mon frère aîné voulait. Que ce soit moi son petit frère qui soit son avocat. Moi qui était parti à sa place en 17. Moi qui était défiguré à tout jamais, Moi qui avait renoncé à vivre avec la femme que j’avais aimé. Non cela m’était impossible.

Je lui ai dit puisque tu sais tout faire, défend toi…

-Par contre j’ai été appelé à la barre de ce tribunal. Je n’ai pas hésité à l’enfoncer davantage décrivant l’homme qu’il était, méchant, sournois sadique, impulsif, violeur, menteur et assassin et qu’il méritait de ne pas vivre. Ou alors qu’il soit condamné à l’exil. J’ai tourné les talons, la tête haute sans un regard pour lui.

– Puis je suis sorti de ce tribunal improvisé et suis revenu une fois que le jury est rendu le verdict.

-Et ?

-La mort,

-Pendu jusqu’à ce que mort s’en suive car pour la guillotine ce n’était pas possible ou par les armes lui demande Pierre ?

-La mort par un peloton d’exécution. Il n’a pas été torturé. On a même demandé au curé du village de l’assister avant d’être passé par les armes.

À -t-il demandé pardon?

– Lui non, mais Il a accepté de mourir et il a juste dit :  » puisse ma fille et ma nièce me pardonner ainsi que mon frère Marius.

-Et vous lui avez pardonné ?

-Non

A suivre…

L’enfant de personne/21

Ce sera la première fois que les vendanges se feront sans Paul.

Pierre qui fait un stage à l’hôpital de Nantua est venu nous apporter de l’aide accompagnés de ses fidèles lieutenants José et Félix. D’autres du maquis de l’Ain sont aussi venu.

Au début l’ambiance était au plus bas, puis ma belle-mère le premier soir les a tous réunis en leur disant:

– Si Paul était là il aimerait vous entendre chanter. Ne baissons pas les bras les vendanges s’annoncent merveilleuses. Et j’aurais besoin de beaucoup d’entre vous pour écraser le raisin. Nous pratiquons une méthode ancestrale depuis que le grand-père de Paul a acheté cette vigne. Bon appétit et reposez-vous bien.

Lorsque ma future belle-mère a achevé son discours improvisé tous sont spontanément venu l’embrasser. La famille Doumer qui avait fuit l’Allemagne nazie avait rejoint le domaine car entre deux guerres ils correspondaient avec Paul. Juifs c’est tout naturellement que Paul leur avait offert l’hospitalité dans une cachette connue de lui seul. Moshé était viticulteur en Saxe et commercialisait un vin pétillant appelé en français » Le petit chaperon rouge » à cause de son bouchon rouge. ( Véridique). Il serait d’un très grand secours.

Sa femme Sarah aidait Marianne en cuisine. Ils avaient deux enfants, deux garçons de 10 et 8 ans, mais avaient recueilli deux jeunes dont les parents n’étaient jamais arrivés à la ferme. Une fille de 14 ans nommée Anna et son frère de 17 ans David. Eux aussi aidaient pour ramasser le raisin.

Alors que mon père était reparti sur Saint-Etienne voulant connaître le sort qui avait été réservé à son amie d’enfance, nous apprenons qu’en gare d’Oyonnax un train arriverait dans l’après-midi depuis la Suisse. Il y aurait à son bord certains du maquis du Bugey que les Allemands auraient abandonné à leur sort après la chute des villes de l’Ain et du Jura. Ne voulant rien dire à la mère de Pierre nous partons accompagnés de Félix , Moshé et David sur Oyonnax distant de 26 km.

A l’arrivée il y a une foule énorme. Des femmes, des soeurs, des familles, des anciens résistants. Pierre n’en finit pas d’embrasser des hommes et des femmes. Certains me disent :- C’est vous la femme à la robe jaune et ils m’embrassent. Je dois être rouge comme un coquelicot devant ses hommes qui ont affronté les Allemands. Porté cette robe c’était juste pour accompagner un SS et il fallait que ce soit crédible.Je ne pouvais pas voyager avec ce vêtement surtout en voyant les regards couroucés de certains voyageurs.

Mais finalement je suis bien contente qu’ils se soient cassé les dents sur ma robe jaune. Mais ces jeunes sont persuadé que j’ai servi d’appât en mon âme et conscience. je ne me prends nullement pour une héroïne. Mais Pierre me dit laisse tu rentreras dans la légende. Et je le vois sourire.

Enfin le train est annoncé quai Numéro 2. Faut-il traverser les voies ou attendre vers la sortie ? Pierre se décide et demande à Félix et Moshé de rester à la sortie au cas où on le manquerait si par un heureux hasard il était dans ce train. Et c’est accompagné de David que nous nous dirigeons vers le quai. C’est un wagon à bestiaux. Le même qui les avaient emmené en Allemagne, c’est ce que dit la foule qui attends dans un silence impressionnant. Soudain un homme en blouse blanche s’approche de Pierre. C’est son chef de service, il lui demande de venir l’aider car il y a beaucoup de malades, de personnes déshydratées. Il y a aussi des blessés par balles et des résistants torturés ayant encore des blessures qui se sont infecté.

Un silence de mort s’installe sur le quai lorsque descendent les premiers survivants du train. Ils sont debout mais dans un état lamentable. Certains s’affaissent épuisés sur le quai. Les brancards et les bras ne sont pas assez nombreux. Aussi Pierre monte sur un des wagons et demandent à ceux présents sur le quai soit de s’en aller dans le hall de la gare soit de soutenir ceux qui arrivent. Aucune des personnes ne s’opposent aux paroles de Pierre. Ceux qui ne peuvent pas aider s’en vont. Je préfère m’en aller je ne suis pas d’un grand secours. Par contre Moshé reste.

Il va s’écouler plus de trois heures avant que nous voyons réapparaître Moshé suivi de Pierre. Ce dernier est pâle à faire peur. Il.s’asseoit à même le sol et nous raconte l’insoutenable vision d’horreur qu’il a eu lorsqu’il est entré dans le wagon ou gisaient pêle-mêle ceux de son réseau et surtout de son père couché sur la cuisse de son frère d’armes son bras droit dans son réseau. C’est le médecin chef de l’hôpital de Nantua qui m’a secoué par l’épaule tant j’étais tétanisé devant les morts et les rares survivants du dernier wagon. Sur 40 seuls trente sont vivant mais dans un sale état. Nous ne nous sommes pas attardé à vérifier ce que chacun d’entre eux avaient, tous ont été dirigé sur l’hôpital d’Oyonnax, pour mon père j’ai demandé à ce qu’il soit amené à Nantua. Mon patron ne s’y est pas opposé, il m’a dit qu’importe l’hôpital votre père est entre la vie et la mort. Allez rassurer les vôtres, je vais d’abord l’examiner et revenez avec votre mère dès cette nuit. Pierre est dans mes bras il pleure comme un enfant. Puis, essuyant ses larmes il dit mon père s’est toujours battu. On va bien l’entourer il va s’en sortir j’en suis sûr il ne peut pas mourir alors qu’il est de retour chez nous.

Nous sommes de retour à la ferme, Mariane est auprès de son amour. Les vendanges se sont achevé. Mais personne n’est rentrée chez eux. Tous espèrent que Mr Paul va s’en sortir. Ils donnent différents coups de mains. Et tout naturellement ils se relaient à l’hôpital pour que Marianne puisse se reposer. Cela fait quinze jours que Paul est à Nantua. Il a une jambe de cassé ainsi qu’un bras. Différentes plaies et contusions un peu de partout mais ceci est en train de guérir. Par contre sa main droite est salement endommagée. Le chirurgien hésite à l’amputer. De plus Paul est dans le coma on ne peut pas avoir son accord. Tout repose sur les épaules de Pierre, il m’en a parlé ce matin. Je ne sais si j’ai été d’un grand secours mais je lui ai dit :

– Imagine que ce ne soit pas ton père mais un patient inconnu qui arrive dans ton service, en ton âme et conscience que ferais-tu ? Il a réfléchi et m’a dit :

– J’informerai ceux de sa famille et je leur dirai qu’il est préférable qu’il soit amputé.

-Et bien parles avec ta maman et donne lui toutes les raisons pour laquelle il est préférable que ce soit fait. Tu m’as dit que ton père était gaucher, or c’est de sa main droite qu’il s’agit. Et puis ton chef de service t’as bien dit qu’il lui mettrait un crochet en attendant que la science avance.

– Pourquoi es-tu ma bonne fée, qui me donne toujours de bons conseils ?

-Parce que je t’aimes grand nigaud.

Nous étions dans la chambre de mon beau-père, il était blanc, respirait normalement. Sa mère avait donné son accord. L’opération aurait lieu après-demain, le chirurgien était allé sur Oyonnax pour avoir un spécialiste des mains pour opérer. Dans l’après-midi alors que nous attendions le retour du chirurgien et de l’éminent professeur qui arrivait de Paris, Marianne nous a appelé.

– Dis-moi Pierre je n’ai pas rêvé ton père bouge bien ses cils. Pierre se penche et il est stupéfait son père le regarde et ouvre ses yeux.

-Papa

-Pierre

Tout le monde pleure, c’est Paul qui arrête nos pleurs, il nous murmure plus qu’il nous le dit à haute voix :

-Je suis vivant c’est l’essentiel pour le reste j’y arriverais.

-De quoi parles-tu Papa ?

-Je t’ai entendu en parler avec Magdeleine. Je sais que l’on doit m’amputer.

Nous étions stupéfaits, il était dans le coma et il savait ce qu’il allait se passer . Lorsque nous avons rapporté ces paroles à ceux restés à la grande maison, Félix s’est souvenu que son grand-père avait tenu ce même genre de propos quelques semaines avant de mourir. Sa mère s’était demandé s’il ne leur avait pas joué la comédie. Aujourd’hui il comprenait.

Un mois plus tard Paul est rentré à la ferme, il va mieux. Mais il a refusé de nous raconter ce qu’il s’était passé. Il a juste dit « Ce train est allé jusqu’au Struthof situé en amont du Rhin. On n’a jamais traversé le Rhin. Certains wagons se sont vidé. Et le nôtre n’a pas été ouverts. Puis le train est reparti. A un moment donné il s’est arrêté on entendait passer les avions. Les mieux portant appelaient au secours. Puis petit à petit nos forces ont diminuées. De temps en temps la porte s’ouvrait on nous donnait un seau d’eau. Je pense que si il y a eu si peu de morts dans notre wagon c’est parce que c’était la majorité de mon réseau qui y était. On s’est soutenu, entre aidé tout le temps où je suis resté conscient. »

Depuis Paul réapprend à vivre. A la place de sa main il a un crochet. La dernière de ses filles l’appelle  » capitaine crochet. »

« Ce matin j’ai annoncé à mes beaux-parents que j’attendais un bébé. La joie était sur tous les visages. »

Paul a juste dit, il va falloir vous marier mes enfants.

D’un commun accord nous décidons d’attendre l’année 1945.

Et surtout je veux que ceux de ma famille soit présent…

A suivre

L’enfant de personne /20-3


Un retour en arrière : le récit de Pierre

Ce fut un moment intense, j’étais avec mon amour, et une partie de la France était libre.

Et le soir il nous raconta les derniers événements depuis que j’étais partie retrouver ma tante. Je pense que je continuerais de dire ma tante par égard à ce qu’elle a fait au cours de cette guerre, nous espérons que nous aurons de ses nouvelles. Mon père a appris qu’elle avait été arrêté, mais, hélas il n’a rien su d’autres.


C’est après le repas que Pierre évoqua avec mon père les derniers événements qui s’étaient déroulés pendant l’attaque des troupes allemandes commandé par le sinistre Klaus Barbie et le Docteur Muller

-Cela s’est passé du 11 juillet au 22 juillet 1944. Nous étions les maîtres incontestés de Nantua et d’Oyonnax que nous avions repris aux Allemands et de ce fait libéré de l’oppresseur. Le haut commandement Allemand a opéré dans les Monts du Bugey une contre-attaque afin de nous anéantir pour reprendre les villes libérées. Ils nous ont pris en tenaille pour nous empêcher toute tentative de fuite. S’ils ont eu 300 morts comme de notre côté. Nous étions bien moins nombreux que les 4000 hommes qu’ils avaient déployé.
J’ai été arrêté le 14 juillet sur la route qui mène au Cerdon. J’étais allé caché notre fils ainsi que ma mère, ma petite soeur et le docteur Morand qui n’arrive toujours pas à marcher. Voyant comme tournait l’attaque j’aurais dû suivre ses recommandations en repartant par la montagne, mais galvanisé par mon opération kidnapping à l’hôpital je n’ai pas tenu compte de ses recommandations et je me suis jeté directement dans la gueule du loup.

-Pourtant Pierre tu avais toujours écouté les recommandations du Docteur. A quoi pensais-tu ? Ont-ils su qui tu étais?


-Ceux qui m’ont cueilli si je puis dire l’ignorait, j’étais non loin de la voie ferrée on devait faire dérailler un train. Soudain on a entendu un bruit de voitures, motos et chars, alors qu’à cette heure aurait dû surgir le train 4417 en provenance de Bourg-en-Bresse. Certes nous étions dissimulés dans les taillis et anfractuosités de rochers mais quand tu vois le canon d’un char où tu te fais tuer sur place ou tu essayes de t’enfuir ou tu te rends. Mes camarades et moi nous nous sommes enfuis. J’etais en compagnie de Tonio quand au détour d’un chemin en contrebas de la voie ferrée j’ai glissé et dévalé la pente plus vite que je n’aurais mis en temps ordinaire. Je suis arrivé au pieds de deux bottes noires.


-Ah un Allemand ?
-Non un SS, il m’a empoigné par les cheveux et m’a jeté comme un vulgaire sac de pomme de terre dans un camion qui stationnait sur la route. J’ai été pris en compagnie de Tonio qui avait mis la main à sa ceinture pensant tué le SS. Mais il n’était pas seul. Cinq à six soldats l’ont mis en joue et il s’est mis à chanter la Marseillaise jusqu’à ce qu’il se ramasse un coup dans la nuque qui le fit taire plusieurs minutes. Quand il reprit ses esprits nous étions attaches tous ensemble. Nous étions 5 . Nous ignorions où ils nous conduisaient. On n’avait pas de gardiens mais en soulevant la toile nous avons pu remarquer qu’un char nous suivait et qu’il braquait un canon. Notre fuite était impossible.
La ville de Nantua ayant été partiellement reprise on fut emmené dans les locaux de la commandature pour être interrogé. Je n’ai eu nuls besoins de dire qui j’étais car un de nos camarades s’est rapidement mis à table et a signalé qu’il y avait un chef d’arrêté. C’est eux qui lui ont dit. Nous aurions donc le diable rouge.
Et il a dit oui.
-Hélas !
-Et ils t’ont torturé
-Un peu mais j’ai avoué
-Tu as parlé sous la torture.
-Je leur ai raconté des balivernes invérifiables tout au moins pas dans l’immédiat.
Tonio et moi avons été enfermé dans l’hôtel particulier réquisitionné par l’armee allemande en vue d’être à nouveau interrogé. Comme nous avions reconnu les lieux je savais qu’à côté il y avait une banque j’ignorais si elle avait repris du service. Mais entre attendre la mort ou l’a provoqué, nous avions choisi de fuir par n’importe quels moyens. Dans la cave il y avait du vin. C’est dire qu’ils avaient paré au plus pressé en nous enfermant là. Nous avons cassé une bouteille et commencer à creuser le sol meuble de la cave quand soudain tout s’est effondré, d’autres avant nous avaient eu cette idée, le travail était beaucoup plus facile. Le tunnel s’élargissait pour arriver dans une cave. C’est à ce moment-là que nous avons entendu siffler Félix. Il sifflait une chanson en patois qui veut dire ceci :
Je suis descendu dans ma cave pour déboucher mon vin.
Ce qui à nos yeux voulaient dire qu’ils savaient où nous étions. Il me fallait me souvenir de cette chanson pour comprendre ce qu’il attendait de nous. Je te passe sur les détails. Au petit matin Félix était allé chez le banquier lui avait demande la clef, il s’est fait un peu prier mais devant la détermination du Félin il lui a remis son trousseau, sa sacoche et son chapeau. Pour le reste Félix s’est débrouillé. Tu n’es pas sans savoir qu’il est doué de ce côté.
Avant de le quitter il l’a assommé et assis sur une chaise tout en l’attachant.
Puis, à 8 h tapante il est entré dans la banque s’est rendu à la salle des coffres-forts, endroit situé au plus près de la cave de l’hôtel. Nous a récupéré. Nous sommes sortis au nez et à la barbe des Allemands. Pendant la nuit les gendarmes avaient disparu ne voulant pas être accusé de connivence avec l’ennemi.
C’est du reste eux qui nous ont caché jusqu’au 22 juillet.
-Et pour le maquignon qu’avez-vous fait ?
-Après t’avoir quitté à la gare j’ai vu que mon costume me faisait réellement passé pour un colonel SS. J’ai donc rejoint Tonio et Félix pour pouvoir kidnappé Michalon. Nous ignorions tout de son état mais compte tenu de sa blessure il avait dû perdre beaucoup de sang et était incapable de rester debout fort longtemps. Il nous fallait passer entre la visite du médecin et la nuit où nous avions remarqué qu’un détachement de soldats prenaient position entre l’hôpital et l’intersection de plusieurs routes.
-Mais c’était à quels moments?
-Juste le jour où je t’ai accompagné à la gare. Il nous fallait faire vite, ne voulant pas qu’il nous trahisse tous.


Après avoir décline mon identité le médecin étant absent c’est un jeune infirmier qui nous a emmené dans la chambre quand il a vu que nous voulions emmener son patient il a voulu intervenir et Tonio l’a assommé. Nous avons donc été contraint de le laisser sur le sol. Puis nous avons pris de force Michalon qui roulait des yeux effarés en nous disant je vous ai tout dit au sujet de cette allumeuse c’est la fiancée au fils Pitaval de la ferme viticole. Son père est un résis…. Agacé qu’il recommence à nous trahir je lui ai filé en dessous du menton un upercut qui l’a laissé ko.
En parcourant les couloirs de l’hôpital nous avons croisé une jeune femme qui nous a supplié de l’emmener. Elle avait reconnu Félix malgré son déguisement, elle lui a juste dit : « mon capitaine j’étais dans la salle de Labalme avant la guerre lorsque vous avez joué le petit caporal. « 
Félix lui a dit venez mais silence total. En bas de l’hôpital nous attendait la traction avec au volant Tonio
-Et Michalon ? Que vous a-t-il dit?

-Rien c’était trop tard, il s’était mis à table en disant au SS qu’il avait secouru ce qu’il savait et surtout en signalant que tu étais là femme de Jules qui, lui était son frère.
Ah ! Quelle horreur.
Aussi pour éviter de nous encombrer nous lui avons tiré une balle dans la tête. De plus à cause de ce qu’il a dit mon père a été embarqué mais il avait eu le temps de cacher notre chef le Dr Morand, ma mère et ma soeur ainsi que notre fils. Quant à lui il devait nous rejoindre mais hélas il a été pris au moment où notre cuisinière sûrement mis au courant de l’arrivée des gendarmes l’interpellait en lui disant : » Est-ce que Mademoiselle Magdeleine a trouvé jolie son tailleur jaune. Mon père qui ne m’avait pas revu lui a répondu oui elle est en ce moment à Nantua. Sans préciser que tu étais déjà partie. Je pense que c’est lui qui a dû laisser entendre aux SS que tu avais une robe jaune car dès le surlendemain de son arrestation nous avons su que l’on te recherchait.
Et ton père ou est-il ?
Il est parti avec un train en direction de l’Allemagne nous l’avons su par des cheminots qui l’ont reconnu pour être venu s’approvisionner chez nous pour du Cerdon.
Je vois Mariane pleurer, toute ma joie des retrouvailles s’est éteintes en apprenant que mon futur beau-père est en Allemagne ou ailleurs.
C’est votre cuisinière qui a trahi votre père, maintenant où est-elle ?

Elle a eu son compte, car Tonio était au moment de l’assaut de la ferme dans le cellier en train de fermer la trappe et surtout aider de Félix il devait remettre les tonneaux dessus pour masquer le caveau. Je pense qu’elle nous aurait tous trahis si le félin ne lui avait pas assené un coup de gourdin sur la tête. Et comme les allemands allaient repartir, l’un d’entre eux a dit : « allons chercher la cuisinière sinon elle risque d’y passer ». Félix qui comprenait l’allemand est sorti tel un boulet de canon et aidé de Félix l’ont transporté dans le cellier, refermé la porte qui donne dans la cuisine à clef, bâillonné attaché les mains et les pieds et jeté au bas des escaliers. Dans sa chute elle s’est heurtée à je ne sais quoi. Quand ils l’ont rejoint elle avait les yeux grand ouverts et cherchait à leur parler. Félix lui a ôté son bâillon, elle a dit : « pardonnez-moi ils ont mes enfants en otage, sauvez-les. » Et elle est morte.
-Et ses enfants ?


-Je ne les connais pas, j’ignore si c’était vrai, car personne ne les a vu non seulement maintenant mais depuis le début de la guerre. Même l’instituteur ne les a jamais eu en classe.
-Pourquoi vous aurait-elle dit ça juste avant de mourir.
-Je n’en sais rien et j’avoue ne pas avoir cherché davantage.

A suivre

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