Goémon, sang et le silence ! ( 18)

L’enquête commence avec les inspecteurs de Quimper. Mais bientôt, les pistes se brouillent et l’affaire s’enlise.

Alors, avec l’accord de la famille , Yann et Léa sa femme, de retour de leur voyage de noce et tous les deux gendarmes reprennent les recherches. Il recoupe les indices, fouille les silences, observe les gestes.

Jusqu’à ce que la vérité se dévoile, implacable : le coupable est Malo, le fils aîné de Jean. Quinze ans à peine…Un adolescent qui a vécu dans l’ombre de son grand-père Michel le Guen mort assassiné des années plus tôt.

Alors, le soir de la noce, avec son cousin Yann Le Bihan ils en ont profité juste après avoir vu Loïc tituber sur la route, agressant leurs jeunes cousines, essayant de frapper sa sœur et voir Soïg le frappé. Ce n’était pas par hasard, mais comme pour venger un fantôme que la famille n’avait jamais réussi à enterrer.

Pour Yann, mais le marié, c’est un vertige. Il est gendarme : son devoir est de livrer le ou les coupables à la justice. Mais il est aussi oncle : son sang se mêle à celui de ce garçon de quinze ans, perdu entre colère et héritage maudit.S’il parle, il brise un enfant et condamne toute une lignée au scandale.S’il se tait, il trahit son serment et accepte de porter ce fardeau à jamais.

Alors, il hésite. Son uniforme lui dit une chose. Son cœur, une autre.

Et vous, lecteur…

Si vous étiez à sa place, que feriez-vous ?

Auriez-vous livré Malo, ce garçon de quinze ans, à la justice ?

Ou auriez-vous choisi le silence… pour toujours ?

Goémon, sang et silence ! (17)

Et Soïg de surenchérir :

Tu as fait ta petite vie tranquille sans te soucier de ta jumelle. C’est impensable.

Gwendal est pâle, il ne sait quoi répondre à son neveu, alors il se tourne vers Annick qui en voyant ses larmes sent que leur réconciliation est à portée d’eux.

Annick le regarde, bouleversée, et fait un pas vers lui.
— Tu croyais que je t’avais rejeté… Mais jamais, Gwendal, jamais je n’ai cessé de penser à toi.

Il secoue la tête, les épaules tremblantes :
— Et moi, je t’en ai voulu toutes ces années… Je pensais que tu avais choisi d’effacer ta famille.

Alors Annick pose sa main sur son bras :
— Non. C’était la vie, les épreuves, et ma peur de ne pas être comprise. Mais aujourd’hui, je suis là. Et je veux retrouver mon frère.

Au moment où Gwendal va pour répondre à sa sœur, la porte s’ouvre à la volée et Yann entre en trombe et hurle plus qu’il ne parle :

— Papa nous voilà de retour, la mariée était belle, elle avait une robe cousue par la Grand-mère de Malo. Sa coiffe et son voile tout était en broderie avec de la dentelle. Et je reviens juste pour te demander si je peux aller au repas.

Gwendal est rouge comme la crête d’un coq. Il apostrophe sa soeur et lui demande si c’est un coup monté, cette dernière lui répond :

Tu n’as donc pas reçu la lettre de Léa où elle t’invitait toi, Armelle et tes enfants.

— Non, c’est sûrement Loïc qui l’a jeté, j’ai crû que même Léa ne voulait pas que je vienne. J’aurais dû faire taire mon amour propre et lui téléphoner. Un jour elle m’avait laissé son numéro de téléphone.

— Qu’est-ce qui t’en a empêché ?

— Mon amour propre mal placé, et se tournant vers son fils il lui dit :

— Je veux bien que tu y ailles, mais tu vas te changer, prends ton costume de communiant et toi Soïg acceptes-tu d’emmener ton cousin au repas de noce de ta tante ?

— Je veux bien l’accompagner mais qu’avez-vous à dire à votre sœur.

— Viens dans mes bras soeurette de mon cœur, j’ai tant pleuré le soir seul dans ma chambre lorsque tu es partie avec Yves. Je lui en ai voulu de t’avoir soustraite à mon amour.

Gwendal ouvre les bras, et Annick s’y jette, bouleversée. Les deux se serrent longuement, comme pour rattraper vingt ans de distance.

L’atmosphère s’éclaire, la maison semble soudain plus chaleureuse.

Annick, les yeux encore brillants, murmure :

— On a perdu beaucoup de temps, mais on peut recommencer.

Gwendal hoche la tête :

— Oui, Annick ma jumelle bien aimée Cette fois, plus rien ne nous séparera.

La porte s’ouvre une deuxième fois, apparaît Armelle suivie des deux cousines Maëline et Yuna. Cette dernière se précipite vers sa maman et lui demande.

Je veux repartir vers Grand-mère et mes cousins , est-ce que Maëline peut venir manger avec nous. Mais tu pleures Maman.

— Ce sont des larmes de joie, c’est à ton oncle qu’il faut le demander.

— Mon oncle est-ce qu’elle peut venir ma cousine ?

— Je suppose que tu es d’accord Armelle, alors ils vont y aller puisque Yann m’a demandé la même chose. Soïg est d’accord pour les accompagner. Ce dernier s’approche de son oncle et lui donne une accolade, Gwendal est ému jusqu’aux larmes.

Pendant ce temps, Maëline suivie de Yuna a eu le temps de choisir une jolie robe et elle redescend en compagnie de Yann, Yuna et Maëline.

— Allons-y les enfants, si vous voulez boire du jus de fruit de votre Papa et Oncle je pense que c’est le moment.

La porte se referme derrière les cousins et cousines. Et Armelle qui a juste secoué la tête pour laisser partir leur fille arrive à murmurer :

— Mon Dieu…Enfin… vous vous êtes retrouvés.

Annick se tourne vers elle. Pendant une seconde, elles se fixent, comme si vingt années d’absence défilaient dans leurs regards. Puis elles se jettent dans les bras l’une de l’autre, éclatant en sanglots.

— Tu m’as tellement manqué, souffle Annick.

— Toi aussi… j’ai gardé tous nos souvenirs comme des trésors.

Gwendal regarde par la fenêtre les cousins s’éloigner et essuie ses larmes.

— Regarde, Annick… nos enfants n’ont pas eu besoin de nous pour comprendre qu’ils étaient de la même famille.

L’épouse de Gwendal ajoute doucement

— C’est à nous, maintenant, de leur montrer qu’on sait se pardonner et s’aimer.

Annick hoche la tête. Elle prend la main de son frère et déclare :

— Nous avons perdu du temps, mais ce n’est pas trop tard. Je veux que nos enfants grandissent ensemble, comme nous aurions dû le faire.

Alors, dans la maison, les adultes échangent des regards apaisés. Après vingt ans de silence, une nouvelle page de leur histoire familiale s’ouvre enfin.

Puis Annick prends un verre de cidre et prends congé de son frère et de sa femme. Elle leur dit qu’en marchant d’un pas vif, elle va pouvoir rejoindre les enfants et son fils aîné. Une nouvelle embrassade et Annick court plus qu’elle ne marche et se heurte aux deux fillettes en larme.

— Où courez-vous ? Le mariage est chez ta Grand-mère Yuna.

— C’est le frère de mon papa, Madame, il se bat avec Soïg, Yann est parti rejoindre Malo et dire au Père de Malo de venir, et, nous on a pris peur, nous voulions retourner chez moi.

— Restez derrière moi et à hauteur de l’épicerie vous prendrez à gauche et couperez par la rue des Méduses, ensuite tu sais par où passer Yuna ?

— Je passe devant la maison de Soizic et derrière celle de Monsieur De Kerviller et j’arrive chez Grand-mère.

— Alors allons-y, mais je ne veux pas que vous soyez dans les parages lorsque mon frère Jean va arriver.

Mais à quelques pas de la maison, une silhouette chancelante apparut : le frère aîné, célibataire, le visage rougi par l’alcool, titubant. Son regard dur se fixa sur Annick.

— Alors… te voilà revenue… après toutes ces années…

Il s’approcha en vacillant, mais ses mots devinrent vite des insultes. Annick tenta d’apaiser, mais il s’avança brutalement et lui met une gifle qui l’a fait vaciller, elle crie et espère que son frère arrive. Mais à son cri on entend seulement le rire dément de Loïc.

Soïg qui arrivait en courant, s’interposa

— Ça suffit, tonton. Laisse maman tranquille.

Un ricanement mauvais échappa au vieil homme :

— Et toi, le gamin, tu crois pouvoir me donner des ordres ? Ce n’est pas ton poing que j’ai essquivé c’est ta lenteur à le frapper. Regarde comment je tape moi, il leva la main sur Annick.

Soïg n’hésita pas : son poing partit, net et violent. L’oncle s’écroula au sol, inconscient.

A suivre…

Copyright septembre 2025

Goémon, sang et silence ! (16)

Alors que le vin d’honneur n’en finit pas, Annick est en grande conversation avec Yves, celui-ci ne veut pas se rendre dans la maison du fils d’un assassin.

— Yves vingt ans se sont écoulés tu ne peux pas en tenir rigueur à Gwendal et encore moins à Armelle. Je veux revenir dans le village la tête haute. J’ai bien vu lorsque la noce est arrivée à la ferme de mon père, le silence et les regards que l’on me jetait.

— Pardonne-moi Annick, je ne t’empêche pas d’y aller, pour moi c’est encore trop tôt. Pas aujourd’hui, lorsque nous partirons si pour toi cela se passe bien je te promet d’aller le saluer. Et cet après-midi emmène les enfants. Mais ne vous attardez pas, dès que tous les villageois seront parti, notre voisine Soizic servira les plats.

— Merci mon amour, je vais donner une explication à Yuna puisque Soïg nous a entendu, mais surtout il a eu la bonne idée de nous poser les questions.

— Soïg peut bien entendre deux fois la version, et pour Yuna elle n’aura pas l’impression d’avoir été mise à l’écart.

Quelques instants plus tard Annick, avant de partir, explique à ses enfants :
— Dans le village de votre grand-mère, vous avez deux oncles, une tante et deux cousins : Yann, quinze ans, et Maëlle, sept ans. Je n’ai pas revus mes frères et ma belle sœur depuis vingt ans, depuis une dispute avec mon frère aîné, il s’appelle Loïc. J’ai seulement eu des nouvelles grâce à la femme de Gwendal, car elle était mon amie d’enfance. Aujourd’hui encore, elle était au vin d’honneur avec son fils Yann. Vous l’avez vu, il est venu dire bonjour à Malo, puisqu’ils sont au collège ensemble à Roscoff. Gwendal est mon jumeau.

La nuit était tombée sur le village, et la route semblait silencieuse, presque solennelle. Chez Gwendal, la porte s’ouvrit sur un intérieur chaleureux mais simple. C’est Maëline qui ouvre la porte et regarde Yuna avec sa robe de princesse dira-t-elle à son papa plus tard, Soïg qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’oncle Loïc et cette belle dame qui sourit, elle on dirait sa grand-mère jeune, c’est exactement du reste ce qu’elle dit à son père, quand ce dernier lui demande :

— Maëlle ou tu fais rentrer les visiteurs ou tu m’appelles, qui est-ce ?

— Mamm-gozh yaouank eo ( c’est grand-mère jeune)

— Mamm-gozh… Kaoc’h goulenn digantañ hag-eñ eo anvet Annick ( Grand-mère… Demande lui si elle s’appelle Annick)

— Annick da tante eo.

— Laka amañ da vont tre ( Fais-là entrer)

Gwendal repousse sa chaise et se précipite vers la porte d’entrée. Annick et Gwendal se regardent, pas un ne dit mot. Puis Annick s’avance vers son frère et lui dit :

— Loïc n’est pas là

— Non et c’est préférable

Maëlline ajoute :

— La semaine dernière, Papa s’est battu avec son frère et lui a mis un coup de poing. Il a deux dents qui sont tombées.

— C’est bon, Maëlle, je te présente une revenante.

— Un…Revenantez

— Ya

— Tu es la jumelle de Papa

Maëline très joyeuse court autour de la table en criant :

—. C’est génial j’ai une tante et des cousins. Et Marie c’est ta sœur aussi.

Oui répond Annick, mais elle attend que sa nièce arrête de faire la folle.

Yuna demande à son oncle :

— Pourquoi ta fille ne parle pas français ?

— C’est moi qui lui enseigne le breton et elle montre à tous ceux qui viennent chez nous qu’elle sait le parler.

— Moi aussi j’aimerais bien, tu m’apprendras.

— Ta maman est plus douée que moi pour te l’enseigner. Elle n’est pas professeur de breton.

— Maman est traductrice de textes anciens, forcément elle sait le parler et l’écrire. Mais je parle créole, un tout petit peu, mais anglais aussi. Mais Maman est venue chez toi pour que vous vous embrassez et plus …

— Veux-tu aller jouer avec ma fille Maëline, elle va t’emmener dans sa chambre. Je t’appelle dès que nous aurons finis de discuter.

— Disputez-vous pas, sinon je viens vous cassez les dents.

—. Yuna voyons on ne parle pas ainsi à un adulte et en plus à son oncle.

— Pardon Maman, veuillez m’excuser mon oncle.

— Allez file va jouer

— Venez, comment te nommes-tu mon neveu ?

— Soïg

— Mon oncle, ma mère est votre jumelle, moi j’avais un jumeau , il est mort il avait dix ans, tous les jours il me manque mais lui ne reviendra jamais. Vous ? Comment avez-vous pu vivre sans votre jumelle ?

A suivre…

PS : Une erreur s’est glissée dans le chapitre précédent, comme il semble qu’il y a un beug. J’essaye de mettre la suite cet après-midi.


Goémon, sang et silence ! (15)

20 ans plus tard

Marie fait encore de temps en temps de la broderie, mais elle est revenue vivre à Kerlouan. C’est pour les trousseaux de mariage qu’elle consacre son temps. Aujourd’hui, Jean, déjà père de trois enfants, est venu voir sa mère. Il admire le trousseau de sa sœur : magnifique. Il sait que Marie a aussi brodé le voile de la mariée.

Son futur beau-frère Yann est gendarme à Brest, comme sa sœur. Comme leur père aurait été fier de conduire sa fille à l’église ! Mais Léa lui lance, malicieuse :


— Pour aller à l’église, tu peux toujours rêver !

Yann, lui, éclate de rire :

— Moi, c’est pour les beaux yeux de ma grand-mère que j’y vais !

Quelques jours plus tard, la noce traverse le village. Tout le monde s’extasie devant la robe de mariée de Léa. Le bruit court parmi les villageois, tous endimanchés :

— C’est Marie qui a brodé le voile de la petite ! Quelle merveille… Elle a vraiment des doigts en or !

— Mais dites-moi, qui sont ces deux demoiselles d’honneur ?

— C’est Nolwenn, la dernière de Jean, répond quelqu’un. Quant à l’autre on dirait les yeux des Le Bihan, de Loïc pour la couleur ?

Paul de Kerviller, qui habite la maison voisine de Marie, intervient avec un sourire :

— C’est Yuna, la fille d’Yves et Annick.

Annick est là aussi, celle qu’on appelait autrefois « la fugueuse » par ses frères et sa sœur. Elle a osé venir.

— Eh bien, vous êtes au courant de rien, commente une voisine. Annick a renoué avec sa sœur. Et maintenant, il reste à voir si ses frères accepteront de la rencontrer. Mais Loïc… impossible de renier son neveu. Il suffit de le regarder pour comprendre.

— Lequel est-ce ?

— Cherchez vers les adultes

— C’est lui se signe une vieille dame, on dirait Loïc. Comment s’appelle-t-il ?

— Soïg !

Un grand silence s’abat sur le village lorsque la noce passe devant la maison des Le Bihan. Annick serre la main d’Yves et passe droite sans un regard vers la fenêtre où se trouve Gwendal son autre frère.

À la mairie, l’ambiance est joyeuse. Le maire, qui connaît la famille depuis toujours, a accueilli les mariés d’un sourire franc. Mais quand Yann s’avance, impeccable dans son uniforme de gendarme, un murmure discret se glisse parmi les villageois massés dans la salle des fêtes attenante.

— C’est bien lui, souffle quelqu’un derrière, c’est le futur gendre de Marie. Il est gendarme, son père aussi. Il paraît qu’il a perdu sa mère très jeune c’est Malo qui l’a dit à mon fils. Les langues vont bon train.

Léa garde le silence, ses yeux brillent. Elle n’a jamais voulu trop en dire, préférant protéger son histoire. Mais ce jour-là, tout se dévoile presque malgré elle observant.Jean, en père de famille accompli, il est toujours goémoniers mais il va dans les écoles raconté l’histoire du goémon et de ses travailleurs de la mer du temps de notre grand-père et père.

La petite, Yuna, les yeux rieurs, est assise auprès de sa cousine Nolwenn. Ce qui amusent les deux Papa car elles n’osent bouger pour ne pas salir la robe que leur grand-mère leur a fait. Yuna porte à la ceinture un ruban vert assortie à ses yeux et Nolwenn il est bleue lui aussi assortie à ses yeux. Son grand cousin lui a dit quand il a vu les rubans :

— Heureusement que vous n’avez pas les yeux rouges !

— Est-ce que ton frère est bête ?

—Non il te taquine

La grand-mère Marie remet le chignon de Nolwenn en place car elle se tortille car le discours du maire se fait attendre.

Jean, lui, veille sur Armelle et leurs deux garçons, qui s’agitent à l’arrière, curieux de tout.

Yves a pris place aux côtés d’Annick. Leurs deux enfants, Soïg et Yuna, attirent les regards : le grand, dix-neuf ans, impressionne par sa taille et surtout par cette ressemblance troublante avec Loïc, qui fait naître un léger frisson chez ceux qui l’ont connu.

Erwan est venu avec Jud, sa fiancée. Ils échangent des sourires complices, heureux de voir la cadette enfin se marier.

Le maire, qui connaît la famille depuis toujours, prend la parole :

— Mes chers amis, c’est toujours une grande joie d’unir deux jeunes gens, mais aujourd’hui, je dois dire que je ressens une émotion particulière.

La famille Le Guen… (il s’arrête une seconde, cherche ses mots, puis sourit) …elle fait partie de notre histoire à tous.Dans la salle, un silence se fait. Chacun pense aux absents, aux années écoulées. On sent que derrière la solennité de l’instant, bien des histoires familiales, des retrouvailles, des blessures anciennes planent encore dans l’air.

Léa serre la main de Yann. Son regard se lève, croise celui de ses frères, puis celui de sa mère. Et dans ce moment suspendu, on comprend que ce mariage est bien plus qu’une signature : c’est une façon de rassembler, malgré les chemins différents, malgré les non-dits.

À la mairie, le maire n’a pas traîné. Deux signatures, quelques mots de félicitations, et déjà les mariés ressortaient sous les applaudissements. Jean, qui tenait encore sa sœur par le bras, jeta un dernier regard à la salle : beaucoup de visages connus, d’amis d’enfance, de voisins… mais une absence remarquée, celle des Le Bihan. Devant la porte, le cortège se reforma. Yann, toujours en uniforme, fit sourire les anciens du village :— Eh ben, voilà un mariage qui fera parler, chuchota l’un d’eux.

Léa est heureuse que Jean l’a conduise jusqu’au seuil de l’église. Elle a le cœur serré dans son esprit, son père manquait cruellement. L’aurait-il accompagné dans l’église. Sûrement car elle était sa princesse. Grâce au regard malicieux de Yann, qui n’avait cessé de plaisanter, cela avait allégé le moment.

Puis tous se dirigèrent vers la salle communale, où le vin d’honneur attendait. Là, on avait invité tout le village : les tables couvertes de nappes blanches croulaient déjà sous les verres et les plateaux. Les enfants couraient dans tous les sens, les cloches de l’église résonnaient encore au loin.Marie observait, émue, ses quatre enfants réunis autour d’elle. Elle songeait à son mari disparu, à ce qu’il aurait dit en voyant la cadette prendre son envol. Elle ne dit rien, mais son sourire parlait pour elle.

Les enfants se faufilaient déjà entre les convives, Malo entraînant Yoan et Nolwen dans ses jeux, tandis que Yuna suivait de près, les yeux rieurs.

Soïg, grand et réservé, observait la scène avec distance, mais ses regards croisaient parfois ceux des anciens qui murmuraient entre eux : « On dirait Loïc… »

Les verres s’entrechoquèrent, et déjà fusaient les premiers toasts :

— À Lénaïg et Yann !

— Que leur maison soit toujours pleine de joie !

Yves, debout près de sa femme, gardait un certain sérieux, presque une retenue. Lui savait que ce mariage, au-delà de la fête, réveillait des histoires anciennes, des liens complexes, des silences qu’on avait appris à respecter. Mais pour l’heure, c’était la fête. Le vin d’honneur battait son plein, et le village tout entier célébrait l’union de Lénaïg et de Yann.

A suivre…

Août 2025

Quelques jours plus tard la noce traverse le village , tout le monde s’extasie sur la robe de mariée de Léa . Le bruit court parmi les villageois endimanchés :

C’est Paul de Kerviller qui habite la maison située à côté de celle de Marie qui répond à ses voisines :

C’est Yuna la fille d’Yves et Annick.

Annick est là, la fugueuse ses frères et sa soeur l’appelaient. Elle a osé venir.

Et bien vous êtes au courant de rien, Annick a renoué avec sa sœur. Et j’espère que ses frères vont accepter de la rencontrer. Loïc ne pourra pas renier son neveu. Il suffit de le regarder pour comprendre.

À la mairie, l’ambiance est plus retenue qu’à l’église. Le maire, qui connaît la famille depuis toujours, a accueilli les mariés d’un sourire franc. Mais quand Yann s’avance, impeccable dans son uniforme de gendarme, un murmure discret se glisse parmi les villageois massés dans la salle des fêtes attenante.

— C’est bien lui, souffle quelqu’un derrière, c’est le futur gendre de Marie.

Goémon, sang et silence ! (14)

Erwan assisté de loin à ses échauffourées, mais ce dont il est sur, ni il cultive ta la terre, ni il sera goémonier, il fera régner la justice. En attendant il court sur la grève avec ses copains lorsqu’il revient au village.

Ce qu’il n’a jamais dit c’est qu’il est copain avec la fille de Loïc Le Bihan. Il trouve bête que leurs aînés se battent pour une algue ou quelques légumes. Mais Amaëlle dit à Erwan que c’est la faute à son grand-père.

Erwan du haut de ses dix ans lui confie un secret, un jour je serais gendarme. Je ferais régner la justice et l’ordre. Amaëlle a applaudit, mais Erwan ne reviendra dans le village que bien des années plus tard. Ces deux-là lorsqu’ils se reverront ne pourrons pas renouer, trop de morts les sépareront.

C’est le soir de ce jour qu’Erwan l’a annoncé à sa soeur Léa et à leur mère Marie.

Quelques jours après l’affrontement, la maison de Jean retrouvait peu à peu son calme. La colère des Le Bihan grondait encore dans les ruelles du village, mais la famille préférait n’y prêter qu’une oreille distraite. Marie avait fait la leçon à Yves et Jean, ils devaient se tenir éloigner de cette famille, sinon ils finiraient comme leur père. Ils venaient tout juste de repartir lorsque le tocsin a sonné dans le village. Jean et Astrid sa fiancée ainsi que la veuve Soizic se demandaient ce qui pouvaient être arrivé.

Jean confie sa jeune fiancée à la femme de Paul de Kerviller et en compagnie de celui-ci ils vont aux nouvelles. Un bruit court dans le village et s’amplifie, il y a un corps sur la plage. Ce sont des enfants du village qui ont fait cette macabre découverte. Les gendarmes en poste au village ont été rapidement sur les lieux, mais le nom du mort demeure un mystère.

Dzbs un village aussi petit chacun essaye de trouver qui n’était pas au village en ce dimanche de fin septembre. Beaucoup de jeunes sont partis sur Roscoff rejoindre leur college, d’autres sur Brest pour leur lycée. Mais d’adultes il n’en manque pas. Étrange…

C’est vers vingt-deux heures que tombent la mauvaise nouvelle, on entend hurler une femme suivis de pleurs. Puis la rage faut place au chagrin qui a pu tuer Jean Le Bihan, car c’est bien lui qui gisait sur la plage ?

Le Maréchal qui mène l’enquête à fort à faire entre les non-dits, les dénonciations en tout genre et les suspicions après une nuit à passer à écouter les uns et les autres il a demandé à être suspendu tant sa proximité avec le village pouvait faussé sa réflexion. C’est un de Paris qui a pointé son nez deux jours après. Lui il ne s’en laissait point conter. Il était à poignée et il balayait les rancœurs personnelles, toutefois il les gardait dous je coyde au cas où un élément nouveau puisse diligenter l’enquête vers ce genre de coupables.

les noms qui arrivaient en tête étaient Jean et Yves le Guen, Paul de Kerviller, Yves Le Golf, le fils unique de la veuve Soizic. Bref que des gens qui ne s’étaient jamais remis de la mort de Michel Le Guen. Ce mort planait au-dessus de ce nouveau mort.

Jean Le Bihan qui avait cuvé une partie de l’après-midi dans les locaux de la gendarmerie était mort entre vingt-heures et vingt-deux heures. Qui lui en voulait à ce point. Car l’ensemble du village était unanime, les Le Bihan était des fouteurs de m…e.

Le père Le Bihan avait des algues enfoncées dans la bouche, il avait étouffé avant de mourir noyé. Lorsque le Maréchal des Logis quitte Kerlouan il ignore qui l’a empêché de parler. Et comme la mort de Michel Le Guen personne n’a été inquiété.

A suivre…

Août 2025