Quelques parts là-haut vers les sommets ! (9)

A Aime une autre carte est arrivée, celle-ci est plus énigmatique. Antoine a mis un proverbe a sa sauce, il a envoyé sa carte à la mairie, il l’a écrit sur l’enveloppe.

Pour Mathilde la reine des proverbes, Antoine a changé un proverbe avec un à sa sauce :

« Il n’est pire aveugle que celui qui regarde sans voir. »

Mathilde est la fille du maire, ce dernier a averti la police afin que l’enveloppe soit analysé en vue de rechercher une ou plusieurs traces ADN. Auparavant il a récupéré pour sa fille la carte.

L’OPJ Marchand laisse la carte à la petite en prenant en photo le proverbe qui leur semble énigmatique.

La veille lorsqu’Antoine avait trouvé son propre proverbe sa mère lui avait proposé un nouveau jeu.

Ils savaient que la science finirait par parler. Ce n’était pas de la malice, ni un plan compliqué — juste la certitude que, si un jour quelqu’un scrutait la colle d’un rabat, il y trouverait plus qu’un reste de salive. Mélanie se doutait bien qu’un policier allait faire une recherche d’ADN, aussi avec Antoine elle s’en amuse.
La mère prit la carte, la posa entre eux sur la table de la cuisine. La main du garçon tremblait un peu quand il écrivit. Elle glissa sa paume contre la sienne sans qu’il n’arrête d’écrire, comme pour guider la lettre, comme pour que leurs traits se confondent.
« On va laisser quelque chose », dit-elle sans détacher les yeux du papier. « Pas pour la police. Pour toi. Pour moi. Pour prouver qu’on s’est trouvés. »
Il plia l’enveloppe, elle humecta le rabat d’un souffle, puis ferma. Leur souffle, leurs peaux — tout était là, intime et minuscule. Elle observa la trace d’empreinte que la colle avait capturée, la petite irrégularité où leurs doigts s’étaient superposés.
Ils imaginèrent la scène : des gants, des lampes, une main gantée lisant sous la loupe un destin retrouvé. L’idée les fit sourire tristement. C’était un pari contre l’oubli. Si quelqu’un d’autre voulait nier leur existence, qu’il commence par nier ce qu’une enveloppe sait garder.
Quand la carte partit, ils ne dirent rien. Le silence était plus fort que n’importe quelle promesse. Ils avaient scellé plus qu’un message — ils avaient scellé une preuve simple et vraie qu’ils avaient choisi d’être ensemble, et que rien, pas même le temps ou la peur, n’avait réussi à effacer.

Ce n’est que le lendemain que Mélanie glissz l’enveloppe et sa carte dans la boîte à lettres d’Aime la Plagne, ce qui fut remarquer par un des gendarmes.

— Ils sont là tout prêt de nous.

— Ils nous narguent, tôt ou tard un du village va les vendre. Il serait judicieux de mettre une somme pour avoir plus de résultats.

— Et après on aura de tout délation et vérités. Attendons le sortie de l’article. Ensuite nous aviserons.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets ! (8)

Dans le bureau d’interrogatoire, l’OPJ consulta un dossier que la gendarmerie venait de lui transmettre. Ses yeux se levèrent lentement vers le boucher.

— Monsieur, dit-il d’une voix ferme, nous avons vérifié vos déclarations. Vous avez affirmé que votre ex-femme est morte dans un crash aérien en Mer Noire, au large de la Bulgarie.

Le boucher acquiesça d’un geste sec.

— C’est la vérité. Elle est partie. Elle est morte.

L’OPJ ouvrit le dossier et le fit glisser vers lui.

— C’est faux. Vous n’avez jamais cherché à vérifier si elle figurait parmi les passagers. Et savez-vous ce que nous avons découvert ? Le frère de votre femme lui, était bien dans cet avion. Il était même le pilote. Mais votre ex-femme n’apparaît nulle part sur les listes officielles. Elle n’a jamais pris ce vol.

Un silence pesant s’abattit. Le boucher écarquilla les yeux, surpris, avant de se renfrogner.

— Des erreurs… ça arrive dans les archives… tenta-t-il.

L’OPJ tapa du doigt sur le dossier.

— Pas ce genre d’erreur. Les passagers ont été identifiés un par un. Si Mélanie avait été à bord, son nom figurerait dans les registres. Elle ne s’est pas écrasée ce jour-là. Autrement dit, vous mentez depuis le début.

Le boucher se mit à gesticuler, rouge de colère :

— Elle est morte, vous m’entendez ? Elle est morte !

Mais ses cris, cette fois, ne suffisaient plus. L’OPJ savait qu’il venait de mettre au jour une contradiction majeure : Mélanie n’était pas dans l’avion. Elle s’était volatilisée ailleurs, et le boucher n’avait jamais cherché à le cacher… seulement à faire croire à sa mort.

Le boucher tapa du poing sur la table, son visage écarlate :

— Vous n’êtes qu’un fumier, vous ! Un flic de pacotille ! Vous me collez des histoires pour me salir, mais vous n’avez rien contre moi ! Je viens pour la disparition de mon fils , et vous m’accusez d’avoir voulu la mort de sa mère vous êtes un sacré malade.

Le silence dura une seconde, lourde comme du plomb. L’OPJ le fixa droit dans les yeux. Sa voix, posée, trancha l’air comme une lame :

— Ça suffit.Il se leva lentement, referma le dossier devant lui et fit signe aux gendarmes postés à la porte.

— Vu vos propos, vos contradictions, et vos insultes, je vous place en garde à vue. Vous allez avoir le temps de réfléchir à vos mensonges.

Le boucher tenta encore de protester, sa voix montant dans un flot de rage :

— Vous n’avez pas le droit ! Mélanie est morte ! C’est moi qui vous le dis !Mais déjà les gendarmes l’encadraient, fermes, le conduisant vers la cellule.

L’OPJ, lui, resta immobile quelques secondes, fixant le dossier. Une certitude grandissait en lui : Mélanie était vivante, et le boucher avait toujours su plus qu’il ne voulait l’avouer.

Les gendarmes avaient déjà attrapé le boucher par les bras pour l’emmener, mais il se débattit, hurlant à pleins poumons :

— Vous croyez que j’ai peur de vos cellules ? Vous me payerez ça !

Puis, comme emporté par sa propre fureur, il vociféra :

— Et mon fils, hein ? Mon fils qui a disparu, vous l’avez oublié ? Vous croyez que je ne sais pas qui est derrière tout ça ? Bande d’incapables ! Vous laissez courir des assassins pendant que vous enfermez des honnêtes gens !

L’OPJ, resté impassible, se rapprocha d’un pas.

— Ça suffit. Vous êtes en garde à vue, et chaque mot que vous criez est enregistré. Alors si vous avez des choses à dire sur votre fils, mieux vaut les dire clairement.Le boucher se tordit, rouge de rage, les yeux injectés de sang.

— Vous n’aurez jamais Mélanie ! Ni vivante, ni morte ! Et mon fils… si vous ne le retrouvez pas, c’est vous qui porterez sa disparition sur la conscience !

Les gendarmes l’entraînèrent enfin vers le couloir. Sa voix continuait de résonner, un mélange de menaces, de rancune et de désespoir. Dans le silence retombé, l’OPJ nota mentalement que le lien entre la disparition du fils et celle de la mère était peut-être plus étroit que ce que le boucher voulait bien avouer.

Dans la cellule froide, le boucher tournait comme un fauve en cage. Ses pas claquaient sur le béton, ses poings martelaient la porte métallique. Il hurlait à s’en briser la voix.

— Mélanie ! Sale traînée ! Si je te retrouve, tu verras ce qu’il en coûte de me ridiculiser ! Crois pas que tu peux te cacher derrière tes beaux messieurs de Grenoble !

Il cracha au sol, puis reprit, de plus en plus délirant :

— J’ai des amis, moi… des gars qui savent faire parler les gens. Ils iront te chercher jusque dans ton trou ! Tu crois m’échapper, mais tôt ou tard, tu payeras !

Un silence. Puis soudain, sa voix changea, emplie d’une colère désespérée :

— Et toi, mon fils… où tu es ? Disparu comme ta mère… Foutus gendarmes incapables ! Vous êtes tous ligués contre moi !

On me vole mon sang, mon héritier !Il frappa si fort la porte que le métal vibra.

— Si quelqu’un lui a fait du mal, je jure que je le retrouverai. Et là… je ferai pire que l’enfer !

Les policiers échangerent un regard ou le type était vraiment catastrophé ou il.jouait la comedie.

Chaque mot était enregistré. L’OPJ, resté dans le couloir, écoutait en silence. Ce n’étaient pas de simples insultes : dans ces vociférations, il y avait des menaces précises, une rancune féroce et l’aveu implicite qu’il savait bien plus qu’il ne voulait le dire.

L’OPJ quitta le couloir, laissant derrière lui les vociférations du boucher qui résonnaient encore contre les murs.

Dans le bureau, deux gendarmes attendaient, les bras croisés. Il leur servit un café, resta debout, le regard fixé dans le vide, puis parla d’une voix grave :

— Vous avez entendu comme moi. Il a beau jurer que son ex-femme est morte, tout son corps crie le contraire. Il sait qu’elle a survécu.Un des gendarmes fronça les sourcils :

— Et son fils ? Pourquoi hurler ainsi à son sujet ?

L’OPJ hocha lentement la tête :

— Justement. On pensait avoir deux disparitions distinctes… mais j’en viens à croire qu’elles n’en font qu’une. Le gamin a pu retrouver sa mère. Ou bien c’est elle qui est revenue le chercher. Dans les deux cas, le boucher n’a plus aucun contrôle. Et ça… il ne le supporte pas.Il posa son gobelet, les yeux brillants d’une lueur sombre.

— Voilà le vrai secret. Derrière ses mensonges, il y a un lien entre Mélanie et son fils. Lui fait tout pour l’effacer. Elle, si elle vit encore, fait tout pour protéger le garçon.Les gendarmes échangèrent un regard lourd de sous-entendus. Le plus jeune osa demander :

— Et si elle n’avait jamais voulu revenir à Aime ?

L’OPJ esquissa un sourire amer.

— Alors ça veut dire qu’elle avait une bonne raison. Et que notre boucher a beaucoup plus à perdre que ce qu’il veut bien avouer.

Il se redressa, prit son manteau.

— Demain, en se distribuant le travail on reprend les pistes à Grenoble. Si Mélanie s’est volatilisée, quelqu’un là-bas a forcément laissé une trace. Et peut-être que ce fils disparu est la clé de tout.

A suivre…

Quelques parts, là -haut vers les sommets ! (7)

La scène se passe au Commissariat de police, au guichet d’accueil un jeune somnole. Il est de garde. Il est fatigué, il n’a rencontré que des gens complètement à l’ouest, excité, énervé. Deux en particulier l’ont mis de mauvaise humeur, l’un était le locataire l’autre le propriétaire. L’officier avait même hésité à les mettre en cellule. Puis le locataire s’était calmé et tout était rentré dans l’ordre. Lui, qu’il avait en face de lui était sobre mais passablement agacé.

le planton :

— Bonjour Monsieur, qu’est-ce qui vous amène ?

— Je viens porter plainte pour enlèvement d’enfant.

— Aujourd’hui ? Heure ? Lieu ? Comment l’avez-vous su. Tout ce qui va nous permettre de le retrouver. Je vous écoute Monsieur…

Devant cet homme plus en colère que manifestant de l’angoisse, le gardien de la paix Martin est perplexe. Mais il va l’écouter c’est son travail. Tout en appelant au téléphone l’inspecteur en charge des cas graves.

— En attendant qu’un Officier prenne votre plainte pouvez-vous me communiquer vos noms et prénoms ?

— Si c’est pour tout redire à votre chef, je préfère l’attendre.

— C’est une perte de temps dans la recherche de votre enfant.

— Il a disparu samedi matin en rentrant de chez son maître d’apprentissage. Je porte plainte contre sa grand-mère, une vieille s….e qui m’a toujours mis des bâtons dans les roues.

— Monsieur surveillez votre langage

— C’est une garce si vous préférez, elle ne voulait pas que mon fils soit chez moi pour le 24/12, j’ai refusé et elle l’a enlevé.

— Quel âge a cette femme ?

C’est a ce moment-là que la porte d’entrée s’est ouverte laissant entrer l’OPJ Durandal suivi d’un gendarme qui reconnaît immédiatement l’individu qui est devant moi.

— Tiens Monsieur Guérin, vous n’avez pas confiance en nous que vous êtes au poste de police. Il est temps de signaler l’enlèvement de votre fils. Trois jours qu’il a disparu et vous venez aujourd’hui. Heureusement que mes hommes ont déjà quelques pistes.

— J’exige une alerte enlèvement sur toutes les radios télévision et internet.

Vous n’avez rien à exiger, vous connaissez la couleur de la voiture, la marque, l’heure, avez-vous une petite piste ? Où se trouve votre belle-mère ? Qu’est devenu votre fille ? Est-elle réellement morte ? Tenez suivez mon beau-frère, ici je ne suis pas chez moi.

— Merci pour les renseignements et on marche de concert dans cet enlèvement.

— Lorsque le gendarme est sorti le calme revient, hélas pas pour très longtemps car j’entends vociférer Monsieur Guérin et, compte tenu du manque de patience de Durendal j’imagine que dans peu de temps il va y avoir des étincelles.

— Donc vous voulez déposer plainte contre votre Belle-mère, une femme de soixante douze-ans qui selon ses voisins étaient saines de corps et d’esprit, ce qui contre disait les paroles de son beau-frère, mais pour l’instant Guérin l’ignorait.

L’officier prépara son clavier.

— Très bien. J’ai besoin de son identité complète : nom, prénom, date de naissance si vous la connaissez.

Un silence lourd s’installa. Monsieur Guérin croisa les bras, son regard noir fixé droit devant lui.

— Non. Je ne connais pas son nom. On l’appelait  » la mère fripouille ».

Et votre ex femme n’avait pas le même nom de famille que sa mère.

— Vous m’embrouillez, dépêchez-vous de faire une annonce sur la télévision pour leur filer la peur de leur vie et que mon fils revienne.

— Vous n’avez pas pensé à une fugue

— Une fugue pour quelles raisons ?

— Selon le principal du collège, votre fils passait brillamment de la troisième à la seconde, or vous l’avez envoyé en apprentissage chez son oncle. Et selon ses camarades du CFA , il pensait qu’à une chose c’était retourner au lycée.

— J’ignorais et de toutes façons médecins ce n’est pas un métier pour les culs terreux que nous sommes.

— Sachez Monsieur Guérin qu’il n’y a pas de hiérarchie devant l’intelligence. Si ce gamin tient de sa mère, ce n’est pas étonnant que devenir boulanger l’ai fait fuir.

— Si je comprends bien vous soutenez mon fils.

— Nullement, car avant de rencontrer mon beau-frère j’aurais pu penser que vous étiez mal, abattu, triste et désespéré. Or vous avez mis trois jours pour nous prévenir. Donc si cette disparition pour vous n’est pas inquiétante c’est que vous savez qui l’a enlevé ou plutôt vous savez où votre fils est allé après sa fugue.

— Je ne sais rien sauf ce que le père Michel a fait circuler dans le village. Notre maison des jours heureux, notre chalet qui aurait dû être emporté par une avalanche, ma belle-mère y était…. Et que dimanche le lendemain du jour de la disparition de mon fils tout avait disparu. Il y a cinquante ans il s’est passé la même chose dans la famille de ma belle-mère. Sa soeur s’est volatilisée on ne l’a jamais retrouvé…

— C’est tout ce dont vous vous rappelez des jours qui ont précédés la disparition de votre fils.

— Le vendredi je l’ai vu cette femme qui est descendue du bus de ramassage scolaire mais j’ai cru que c’était la fille des fermiers.

— Vous n’avez pas pensé que cela pouvait être votre femme.

— Ma femme mais elle a disparu dans un accident d’avion. Il.n’y avait aucun survivant.

A suivre…

Quelques parts là -haut vers les sommets ! (6)

La voiture progressait lentement dans la tempête, les chaînes grinçant sur la neige durcie. Antoine dormait paisiblement contre sa grand-mère, bercé par le ronronnement du moteur.Mélanie brisa le silence, sa voix basse mais vibrante :

— J’y suis arrivée, mais me voilà en cavale, je suis une fugitive, même si tout a été facile. J’ai berné les gendarmes.

Le conducteur, le docteur Armand Valgrange, psychiatre à l’hôpital de Chambéry, jeta un coup d’œil vers elle. Ses yeux sombres brillaient d’une tendresse inquiète.

— Comme toujours, tu as tenu bon, répondit-il doucement.Mélanie eut un sourire amer.

— Tu sais, parfois je me demande ce que je serais devenue sans toi.Armand se crispa sur le volant. Des images lui revinrent en mémoire : leur première rencontre, les couloirs blancs, les portes verrouillées… et elle, cette chirurgienne brillante, enfermée comme une criminelle, brisée par les mensonges d’un mari rancunier.

— Je n’ai jamais supporté de te voir là-bas, dit-il. Dès les premiers instants, j’ai su que tu n’étais pas folle. Tu étais trop claire, trop lucide… et trop seule.Il esquissa un sourire triste.

— Ton mari voulait t’effacer. Moi, je voulais juste te sauver.

Mélanie posa une main sur la sienne, sur le levier de vitesse.

— Tu m’as redonné le goût de vivre, Armand. Tu m’as rendue à mon fils.

La vieille femme à l’arrière de la voiture se redressa légèrement, son visage buriné se fendant d’un sourire mystérieux.

— Et maintenant, tu l’as repris, ton fils. Personne ne pourra plus te l’arracher.Dehors, un panneau émergea de la neige : La Plagne – 6 km.

Armand inspira profondément.

— Là-bas, au chalet, personne ne viendra vous chercher. Pas maintenant. Pas tant que les routes resteront ensevelies. Mélanie s’adossa au siège, ses yeux fixés sur les phares qui perçaient la nuit. Sa main resta posée sur celle du psychiatre, solide, rassurante.

— Alors, pour la première fois depuis longtemps… je crois que je n’ai plus peur.La voiture filait vers les hauteurs, emportant avec elle leur secret.

C’est à ce moment-là qu’Antoine s’est réveillé :

— Où est-on Maman ?

— Nous arrivons chez nous, demain tu verras le paysage est grandiose.

Le lendemain matin Mélanie va expliquer à son fils qu’il joue à un jeu et que lui Antoine en est le héro. Armand a acheté differentes cartes postales que chaque lundi il emportera à Grenoble ou à Chambéry et il les postera.

— Pour qui serait les cartes postales Maman ?

— Pour donner de tes nouvelles à tes copains de classe.

Moi, je veux rester avec toi, je veux continuer à aller à l’école. Papa m’a mis en apprentissage chez Tonton Pierre. Moi je veux être chirurgien comme toi. Je ne veux pas envoyer de cartes aux élèves du CFA. Mais j’en enverrais à mes copains d’Aime.

— C’est une excellente idée mon cheri. Lorsque les vacances de Noël seront terminé tu iras au lycée. J’avais su par ta grand-mère que tu étais chez Pierre. C’est la raison pour laquelle je suis venue te chercher.

— Grand-mère va rester avec nous ?

— Oui mon trésor, surtout que dans quelques mois tu auras un petit frère.

— Un petit frère ! Quel bonheur !

Lorsqu’Armand est rentré après avoir coupé le sapin pour Noël il nous vit enlacer, on riait et pleurait tout à la fois.

La première carte postale est arrivée la veille de Noël le 24 décembre, Antoine choisit de l’envoyer à son cousin Le fils cadet de Pierre. Il avait dix-sept ans et il aimait bien son cousin. De sa belle écriture il lui écrit :

Cher Mathieu, Je suis parti faire du ski en Autriche, j’ai oublié de la poster d’Innsbruck, aussi je la poste de Saint-Étienne de Saint Geoirs. Affectueusement Antoine

Nul ne pouvait deviner où habitait Antoine et si c’était réellement sa mère qui l’avait avec lui.

Michel, informé par la rumeur d’une carte arrivée dans la maison du boulanger, comprit aussitôt la subtilité de l’acte. Antoine envoyait un signe discret au monde extérieur, mais en protégeant son secret. Chaque carte renforçait la preuve qu’il était bien vivant, sans jamais révéler où il se trouvait.

Dans le chalet, Antoine souriait en tenant le crayon et en écrivant la carte de la semaine. Mélanie et Armand l’observaient avec tendresse et vigilance, conscients que ce rituel était à la fois un lien avec son village et un moyen de garder le contrôle sur leur isolement.

Et dans le village, la légende continuait de s’épaissir. Chaque carte envoyée depuis Grenoble allait relancer les spéculations, les murmures et les peurs Antoine vivait, sa famille demeurait invisible, et personne ne savait vraiment où il se trouvait. Quant à son père, une fois informée par son frère il.prit la décision de porter plainte pour enlèvement d’enfant.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets ! (5)

Deux jours plus tard, dès que la route fut praticable, les gendarmes tinrent parole. Ils repartirent dans les bois, Michel avec eux, bien décidé à prouver qu’il n’avait pas rêvé.La montée fut pénible, la neige s’enfonçait jusqu’aux genoux, et le vent hurlait entre les sapins. Mais enfin, ils atteignirent le chalet.

Dès les premières secondes, un silence étrange les glaça.Aucune fumée ne sortait de la cheminée. Pas de traces de pas récentes dans la neige. Le bâtiment semblait désert.Ils poussèrent la porte, et la stupeur les saisit.À l’intérieur, le feu était éteint depuis longtemps. Les braises n’étaient plus que poussière froide. La grande pièce était nue, dépouillée, comme si elle n’avait jamais servi. Plus de chaise, plus de couverture, pas même l’ombre d’une assiette ou d’un tisonnier.

Le vieux Michel balbutia :

— Mais… mais je vous jure… il y avait du feu… la vieille… ses mots… vous l’avez entendue, vous aussi !

Le chef des gendarmes, livide, leva sa lampe vers la cheminée. La pierre était sèche, sans la moindre suie récente. Comme si aucun feu n’avait brûlé ici depuis des mois.Un silence lourd tomba sur le groupe.Seule la neige battait contre les vitres gelées, et dans ce vide absolu, les paroles de la vieille revenaient en écho :

“… elle est là… mais pas pour vous…”

Michel se signa maladroitement. Les gendarmes échangèrent un regard incertain.Était-ce eux qui avaient perdu la raison ?Ou bien le chalet, avec ses murs figés dans la neige, avait-il dévoré ses propres habitants ?

Les gendarmes fouillaient pièce après pièce, mais tout n’était que murs nus et silence. Le vieux Michel répétait, de plus en plus paniqué :

— Je vous jure… il y avait du feu, une table, une couverture… et la vieille femme ! Vous l’avez vue comme moi !

Un des gendarmes s’accroupit soudain près de la cheminée.

— Attendez…Il tendit la main et ramassa un petit objet coincé dans une fissure des pierres. Un éclat de plastique coloré, couvert de poussière et de givre. C’était une trousse d’écolier. Usée, griffée, et dessus, écrit au feutre noir, un prénom bien lisible : Antoine.

Un silence écrasant envahit la pièce. Les gendarmes se figèrent, et Michel sentit ses jambes se dérober sous lui.

— Alors… il était là… souffla-t-il, la voix blanche.

Le chef serra la trousse entre ses mains gantées, son regard se perdant dans le vide. Autour d’eux, la maison, dépouillée de toute trace de vie, semblait les observer.Le vent redoubla, sifflant dans les fentes des volets, et dans ce souffle glacé, chacun crut entendre, l’espace d’un instant, un éclat de rire d’enfant.

Les gendarmes se concertèrent dans le silence gelé du chalet. La trousse d’Antoine passa de main en main, lourde comme une preuve impossible.

— Pas un mot, ordonna le chef. Pas à la presse, pas au village. Si on dit qu’on a trouvé ça ici, c’est fini. La panique va tout dévorer.Michel, lui, fulminait.

— Pas un mot ?! Mais c’est le petit, vous entendez ?! Il était là ! Et sa grand-mère aussi ! Vous voulez étouffer ça ?Le chef se pencha vers lui, les yeux durs.

— Si vous parlez, vous serez responsable du chaos que ça va déclencher.Michel hocha la tête… mais déjà ses lèvres tremblaient. Il savait qu’il ne pourrait pas se taire. Pas face à ce mystère, pas face à l’injustice.Et pendant que les gendarmes redescendaient au village, emportant la trousse comme un secret brûlant, ailleurs, sur une route étroite et glacée qui serpentait hors de la vallée, une voiture roulait lentement dans la neige.

À l’intérieur, quatre silhouettes.La vieille femme, son visage buriné éclairé par la lueur des phares. Devant elle, sa fille, les traits tirés, silencieuse.Sur le siège arrière, Antoine, endormi, la tête posée contre la vitre. Et devant, concentré sur la route, un chauffeur au visage fermé, qu’aucun villageois n’aurait su nommer. La voiture s’éloignait, avalée par la nuit blanche. Comme si, dans ce coin de montagne, le mystère venait de s’échapper pour se prolonger ailleurs.

La neige fouettait le pare-brise, et le moteur ronronnait péniblement dans la montée. L’habitacle était chaud, mais une tension glaciale emplissait l’air.

Mélanie se pencha légèrement vers le conducteur. Sa voix, basse mais ferme, trancha le silence :

— Tout s’est bien passé. Le chauffeur, un homme large aux épaules raides, ne répondit pas d’abord. Ses yeux restaient fixés sur la route, ses mains crispées sur le volant. Finalement, il souffla :

— Tu es sûre d’avoir voulu ça ?Mélanie eut un sourire bref, sans joie.

— Sûre ? Ça fait des années que j’attendais ce moment. Des années qu’il me faisait passer pour folle, qu’il murmurait derrière mon dos que je n’étais pas stable. Jusqu’à m’envoyer… là-bas. Ses yeux se perdirent un instant dans le vide, comme si elle revivait l’odeur froide des couloirs, les portes qui claquent, les regards de pitié des infirmières.

— Un hôpital psychiatrique, tu te rends compte ? Moi, médecin, chirurgienne… enfermée comme une malade dangereuse.La vieille femme, assise à côté d’Antoine, laissa échapper un petit rire sec, presque un craquement.

— Il n’a jamais compris que c’est lui qui portait la folie… pas toi.Mélanie serra les poings.

— Ce village l’a cru. Tous l’ont crû, Le boucher, un notable, un homme solide, un époux irréprochable. Et moi, la femme instable, trop brillante, trop différente.Ses yeux brillèrent dans l’ombre, durs comme la glace sur les vitres.

— Alors oui… c’est une vengeance. Qu’ils parlent, qu’ils inventent, qu’ils s’empoisonnent de rumeurs. Qu’ils finissent par croire à leurs propres cauchemars. C’est lui que je voulais briser. Et je sais que j’y suis arrivée.

Le chauffeur jeta un coup d’œil dans le rétroviseur. Antoine, roulé dans son manteau, dormait paisiblement, ignorant tout de cette conversation.Un silence pesant s’installa. Puis Mélanie reprit, d’une voix plus douce mais vibrante de détermination :

— Qu’il me cherche… qu’il cherche son fils… qu’il croie qu’il l’a perdu. Et quand la peur aura tout rongé, il comprendra ce que c’est, d’être seul contre tous.

Dehors, la route disparaissait sous la neige. La voiture semblait glisser dans un monde sans repères, comme si elle roulait déjà loin de la réalité du village, vers un territoire où les légendes deviennent vérité.

A suivre…