Une découverte renversante pour Shana/14

Aujourd’hui, 13 août, une pluie d’orage s’est abattue sur la caserne, ce qui a permis à Maël de nous refaire le plat qu’il avait goûté chez son frère et sa belle-sœur. Il en était tout fier : nous n’avons même pas eu le droit de mettre le nez dans la cuisine.

Il a fallu tout le subterfuge d’Inès et de Mila pour que les jumeaux puissent enfin manger. Je les entends encore jacasser comme des pies dans l’escalier qui mène à leur chambre. Elles ont l’air d’être au téléphone, en pleine conversation avec un mystérieux interlocuteur.

Lorsque je monte voir Malian — qui, ce matin, dort à poings fermés — elles ricanent, et Mila me lance :

— Il triche, Maël !

— Pourquoi dis-tu cela ?

— Il est au téléphone avec Ingrid. Elle lui dicte la recette…

— Heureusement, je ne veux pas manger du phoque ou un monstre marin !

Les deux filles restent hébétées en entendant Thomas répondre à ma place. Il était dans son bureau et avait entendu les filles préparer leurs taquineries pour Maël.

C’est pendant le repas que Thomas a proposé une balade sous la pluie aux deux filles et à Maël. Bien entendu, j’allais les accompagner — surtout que je connaissais la surprise.

Les filles n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de se promener sous la pluie, surtout que les jumeaux ne viendraient pas avec nous. Myriam et Alain, qui rentraient de vacances, allaient venir les chercher.En échange, Noam était invité à nous accompagner.

Quant à Malian, il passerait la journée chez Mikael, qui avait pris quelques jours de congé pour l’emmener voir son père. Ce n’était pas la première visite, mais la seconde. Mikael serait accompagné de sa future épouse, une jeune femme très douce qui adorait Malian. Elle aussi travaillait au commissariat, et tous deux s’entendaient à merveille.Elle s’appelait Rosette, et venait de l’île de La Réunion. C’était peut-être pour cela que le petit lui offrait tous ses sourires.

La pluie avait cessé depuis le début de l’après-midi laissant derrière elle une terre humide et parfumée. L’air était doux, chargé de silence, seulement troublé par le bruit de leurs pas dans le gravier. Maël et Noam discutaient ferme. Noam assurant à Maël qu’à Château Thierry, pas plus tard que la semaine passée, des promeneurs avaient vu un chevreuil et sa famille. Ils marchaient en scrutant la forêt toute proche.

Les filles suivaient, serrées sous un grand parapluie, car de petites gouttes tombaient à nouveau. Thomas était déjà devant le porche, les bras croisés, le regard rivé sur la bâtisse.

— C’est ici ? demanda Mila.

— Oui, répondis-je en avançant. C’est un ancien corps de ferme. Trois bâtiments, un terrain à l’arrière, et cette forêt… là, juste au bout du champ.

Elle haussa les sourcils en regardant les pierres couvertes de mousse, les volets mangés par le temps, et le toit qui avait besoin d’un sérieux coup de neuf.

— C’est un château hanté ou une maison ? marmonna-t-elle à mi-voix.— Une maison, et peut-être un rêve, répondit calmement Thomas, un léger sourire au coin des lèvres.

Ils entrèrent. Le hall sentait la poussière et le bois humide, mais l’espace impressionna tout le monde. De hauts plafonds, des murs porteurs solides, une vieille cheminée dans l’ancienne salle commune.

— Avec un peu de travaux, dit Thomas en glissant sa main sur la poutre centrale, on pourrait en faire quelque chose de grandiose.

Noam était faciné par l’escalier en colimaçon.

— Je peux monter ?!

— Moi aussi crièrent en coeur les filles On vient avec toi. Les rires montèrent à l’étage, accompagnés des grincements du vieux bois.

— Chaque enfant pourra avoir sa chambre, expliqua Thomas. Une pour Inès, une pour Tino et Yanis, une pour Mila, une pour les jumeaux… Et même une pour les visiteurs de passage, voir plus. Là c’est la partie principale. En haut il y a une porte fermée pour le moment, elle traverse pour rejoindre le bâtiment d’à côté, ce n’est pas un couloir classique c’est un passage avec une véranda. Je n’en vois pas l’utilité. Surtout qu’il y a déjà un autre passage au niveau du hall d’entrée.

— Mais Papa on doit la voir de l’extérieur.

— Oui Maël, nous irons tout à l’heure. Pour l’instant venez voir la cuisine.

Alors que je m’attarde en compagnie de Thomas à admirer les poutres, j’entends des hourrah enthousiasmes. Thomas rit et me dit viens , tu vas voir la raison de leurs cris.

— Oh !

En voyant la cuisine très fonctionnelle, aménagée avec goût, je n’en reviens pas. Tout y est.

— Quand es-tu venu installer cette belle cuisine en chêne ? Seul ce n’est pas possible.

A ce moment j’entends un brouhaha et je vois entrer Yanis et Léo, ils sont tout sourires.

— C’est grâce à vous que la cuisine est déjà prête à fonctionner. Devant leur rire, je comprends qu’ils étaient absents pratiquement tous les soirs les semaines précédentes. Voilà ce qu’ils faisaient.

Léo nous dit : On aimerait bien aller voir les chambres. J’espère Inès que tu n’as pas pris la mienne.

— Thomas nous a dit d’attendre, pour l’instant cela ne ressemble pas à des chambres, il y a des rouleaux de je ne sais quoi.

— Ce doit être ta tapisserie avec des motifs gothiques.

— Tu dis n’importe quoi, maintenant j’aimerais avoir du bleu pâle avec des nuages blancs.

— Tu seras ibluge de te la faire toi même, lui dit Maël.

— Si Thomas me le permet je veux bien dessiner ce que j’aimerais avoir sur les murs.

— Ça marche, mais Tino n’était pas avec vous.

— Il est en bas il discute avec Louis et Julien.

— Ah il est déjà là Julien et bien il a fait vite.

Mila avait l’air en colère elle se tourne vers son père en lui disant :

— Et moi ? demanda Mila, faussement indignée.

— Toi aussi, évidemment, répondis-je. Et un bureau pour écrire tes romans secrets si tu veux.

Elle éclata de rire, touchée mais gênée. Puis soudain sérieuse :

— Et la partie pour les orphelins, elle serait où ?

Thomas ouvrit la porte d’une dépendance attenante à la bâtisse principale.

— Ici. C’est un bâtiment à part, mais relié à la maison par une verrière. Assez d’espace pour accueillir cinq, six enfants. Avec un petit coin cuisine, un salon, et leur propre entrée.

Mila hocha la tête, pensive. Puis elle murmura :

— Ça pourrait leur plaire. À eux aussi, ils auront besoin d’un endroit où on les laisse être… tranquilles. Sans pitié. Sans jugement.

Silence !

Maël posa une main sur son épaule, tendrement.

— C’est un refuge, pas une prison.

Dans la cour, les feuilles du vieux noyer bruissaient sous la brise. La lumière filtrait entre les nuages, dorée, presque douce. C’était encore brut, abîmé, un peu froid. Mais c’était aussi prometteur.

— On pourrait mettre un potager là, dit Inès en désignant un rectangle d’herbe haute.

— Et une balançoire ici ! cria Noam du pas de la porte. Pour les jumeaux.

— Et moi je veux un banc au soleil, grogna Mila. Pour écrire en paix.Tout le monde rit.

Je les regardais, les uns après les autres. Cette maison, ce lieu, ce projet… Ce n’était plus une idée dans nos têtes à Tino, Thomas Louis Mick et moi. C’était un futur qui se dessinait. À la fois fragile et solide.Et j’ai su, à cet instant, que nous étions déjà chez nous.

A suivre…

Copyright Août 2025

Une découverte renversante pour Shana/ 13

Scène : Édith rencontre son avocat

Le parloir était nu. Table métallique, chaises vissées au sol. Édith entra menottée, encadrée par deux gendarmes. Elle s’assit sans un mot, le regard droit, froid, comme si elle était ailleurs.De l’autre côté de la table, Maître Largile que Thomas lui avait fait avoir l’attendait. Costume froissé, mal rasé, yeux cernés : il avait lu le dossier, ou du moins ce qu’il avait pu en extraire. L’affaire était déjà une bombe.

— Bonjour, Édith, dit-il en ouvrant son dossier.

Elle ne répondit pas. Elle fixait un point sur la table, là où la lumière du néon tremblotait.

— Nous n’avons pas beaucoup de temps. La police attend que je vous prépare à l’audition. Vous êtes mise en examen pour tentative de meurtre avec préméditation, détention illégale d’armes de guerre, enlèvement de mineur et mise en danger de la vie d’autrui.

Toujours aucun mot. Mais un tressaillement au coin de l’œil.

— Il va bien ? murmura-t-elle soudain.

— Qui ? demanda l’avocat, bien qu’il devinât la réponse.

— Malian.

Largile referma son stylo. Il la regarda en face.

— Ce n’est pas votre fils, Édith. Il ne l’a jamais été. Vous n’aviez aucun droit de le ramener de l’étranger. Vous avez tiré sur son père. Ce que vous avez fait… est très grave.

Elle tourna la tête lentement. Ses yeux brillèrent, mais pas de larmes. Plutôt une rage rentrée, une incompréhension profonde.

— Je l’ai élevé. J’étais là quand il pleurait la nuit. Quand il faisait de la fièvre. Son prénom je l’ai choisi avec Sali, et maintenant vous me dites que ce n’est pas le mien. Il me regardait comme une mère. Vous croyez que ça ne compte pas ?

Largile soupira. Il connaissait ce genre de déni. Il avait vu d’autres femmes justifier des gestes terribles au nom d’un lien imaginaire.

— Ce n’est pas à moi qu’il faut dire ça. C’est au juge. Et croyez-moi, ce genre de discours ne vous aidera pas. Ce que vous ressentez… Ne peut pas effacer ce que vous avez fait.

Elle serra les poings sur ses cuisses. Un éclair de fierté brisée traversa son visage.

— Je n’ai jamais voulu lui faire de mal. Ni à l’enfant. Ni à Sali. Il m’a abandonnée. Je l’ai attendue des semaines. Il m’a laissée seule avec le bébé. Je ne l’ai pas volé… je l’ai protégé.

— Vous lui avez tiré dessus, Édith. Et ce n’était pas de la panique. Vous avez tiré à bout portant. Ensuite, vous avez caché le corps dans le couloir. Ce sont des faits. Pas des sensations.Elle détourna les yeux. Un long silence tomba. Largile reprit plus doucement :

— Je suis là pour vous défendre, pas pour vous juger. Mais si vous ne coopérez pas avec la police, si vous ne redescendez pas dans la réalité, je ne pourrai rien faire pour vous. Il faut que vous acceptiez ce que vous avez fait. Même si ça fait mal.Édith ferma les yeux. Elle murmura, à peine audible :

— Ils vont me prendre tout ce que j’ai.

— Vous l’avez déjà perdu, Édith. Maintenant il faut limiter les dégâts.

Scène : Interrogatoire d’Édith

La salle d’audition était plus petite que le parloir. Plus froide aussi. Une table, deux chaises. Sur le mur, un miroir sans tain. En face d’elle, le capitaine Marceau. À sa droite, un agent de la PJ, bloc-notes ouvert. Tout serait enregistré. Édith était revenue seule. L’avocat l’avait préparée. Mais rien ne l’avait préparée à ce vide dans la pièce. À ce ton sans émotion.

— Nom, prénom, date de naissance ?Elle répondit machinalement. Sans ciller.

— Savez-vous pourquoi vous êtes ici ?Elle hocha la tête. Un murmure :

— J’ai tiré sur Sali.

Le capitaine releva à peine les yeux. Il nota calmement.

— Pourquoi ?

Elle inspira profondément. L’air lui brûlait la poitrine.

— Il allait me prendre Malian. Je l’ai élevé. C’est moi qui étais là.

— Il est son père biologique. Vous n’avez aucun droit légal sur lui.

— Mais j’ai été là. Il m’a laissée seule. Il a disparu. Je pensais qu’il ne reviendrait pas.Le capitaine posa son stylo. Il se pencha légèrement.

— Ce n’est pas une justification. Vous l’avez emmené d’un pays étranger sans autorisation, en traversant les frontières, sans papiers. Vous saviez que ce n’était pas votre enfant.Elle grimaça. Pas de colère. Une sorte de douleur ravalée.

— J’ai pas réfléchi comme ça. Je pensais juste que c’était à moi maintenant. J’ai jamais pu avoir d’enfant.

— Vous entendez ce que vous dites . J’ai dans ma brigade votre fils aîné Tino, il a 25 ans, certes vous l’avez eu jeune, mais vous l’avez oublié.

— Ce n’est plus mon fils, il m’a volé Malian.

— Et Yanis ce n’est pas votre fils

— Lui c’est un vaurien, un voleur

— Et Inès votre petite dernière, elle aussi vous ignorez qu’elle existe.

— C’est Capet il m’a forcé à la garder, pour voir laquelle des jumelles tourneraient mal.

— Les jumelles ? quelles jumelles ?

— La fille de Shana, elles sont nées toutes les deux la même année, il voulait voir laquelle serait la plus intelligente ou je ne sais quoi. Je l’avais emmené chez les Petites sœurs des Pauvres, il est allé la récupérer.

— Vous ne l’avez jamais aimé, je me demande ce que serait devenu le pauvre Malian si vous étiez réellement sa mère.

Sali la peut-être volé. Il n’avait pas de femmes, il faisait un métier dangereux aussi. Un soir il est parti, puis plus rien. Pendant trois mois j’ai attendu son retour…

— Alors vous avez construit une famille de substitution. Et quand la réalité est revenue frapper à votre porte… vous avez tiré.

Elle releva les yeux. Son regard devint plus fixe, plus dur.

— Il me l’aurait enlevé. Comme si j’étais rien. Comme si j’avais jamais compté. Mais moi je l’ai bercé, nourri, protégé. Je l’ai aimé.

— Vous aviez peur qu’on découvre la vérité ?

Silence. Long.

— Peut-être… Oui. Peut-être que j’étais fatiguée. J’avais peur que tout s’écroule.

— Et les armes ? Les explosifs ? Pourquoi garder tout cela chez vous ?Elle haussa les épaules, fatiguée.

— Pour me défendre. On n’est jamais en sécurité. Il y a des gens qui vous veulent du mal, toujours. J’ai juste voulu être prête.

— Et le bébé ? Il dormait à côté de tout cet arsenal. Vous trouvez ça normal ?

Un tressaillement. Elle détourna les yeux. Pas de réponse.Le capitaine conclut, d’une voix neutre :

— Vous avez tiré à bout portant sur le père d’un enfant que vous aviez enlevé. Ce n’est pas une dispute. Ce n’est pas un malentendu. C’est une tentative de meurtre.

Elle laissa tomber sa tête contre le dossier de la chaise.

— Alors qu’est-ce que vous attendez ? J’ai déjà tout perdu. Malian, il me reconnaîtra plus. Il saura même pas que je l’ai aimé.

Le silence dans la pièce fut total.Le capitaine reprit son stylo, nota une dernière ligne. Puis se leva.

— Fin d’audition, 15 h eures 47.

— Ramenez Edith Capet en prison.

Puis se tournant vers son collègue, il va falloir dire à Monsieur et Madame Lambert que leur sœur et belle-sœur a épousé Capet en prison.

Je me demande quelle en est la raison ?

A suivre…

Copyright Août 2025

une découverte renversante pour Shana/12

Le GIGN est reparti, laissant la maison d’Édith vide, une porte éventrée. La police scientifique fouille les lieux, à la recherche d’explosifs : Édith les avait menacés de tout faire sauter. Était-elle vraiment capable de manier ce genre de matériel ?

Hélas, il a bien fallu se rendre à l’évidence : elle avait entreposé dans la chambre du bébé un impressionnant arsenal de mitraillettes, de kalachnikovs et d’explosifs de toutes sortes, glanés ici et là. Qui le lui avait fourni ?

Pour l’instant, la police se contente de rassembler les preuves, tout en constatant à quel point cette femme semblait accorder peu d’importance à son enfant. Elle avait entassé dans cette pièce un bric-à-brac dangereux et inquiétant.

Selon Tino, le bébé marchait déjà ; au début, il se traînait encore à quatre pattes. Certes, leur mère n’était pas souvent présente, mais elle était venue le week-end passé et avait récupéré son bébé chez sa soeur Shana.

« Quelle femme ignoble », pensa le capitaine. Désormais, il refusait de porter le nom des Capet même si elle n’avait été que la maîtresse de son père.

En apposant les scellés sur la porte, il sentit le poids d’une malédiction planer au-dessus de sa tête. Il n’en parlerait pas à Tino. Lui, en revanche, avait grandi ce jour-là. Il serait une bonne recrue. Mais la figure paternelle de Thomas l’attirait davantage vers la gendarmerie. Le capitaine, le connaissant bien, savait qu’il ne chercherait pas à l’influencer. Ce serait à Tino de faire son propre choix.

Mais ce que le capitaine ignorait encore, c’est que Sali n’était pas venu seul jusqu’à cette maison. Il avait tenté, la veille, de reprendre son fils par ses propres moyens. Édith l’avait reconnu à peine avait-il franchi le seuil du jardin. Elle n’avait pas crié. Elle ne s’était pas défendue verbalement. Elle l’avait simplement conduit à l’intérieur… puis poignardé dans le dos le blessant légèrement. Quand les hommes du GIGN avaient lancé l’assaut, ils avaient trouvé son corps à demi conscient, allongé derrière une cloison, dans l’obscurité d’un couloir qu’elle avait condamné à l’aide d’un meuble. Il baignait dans son sang depuis le coup de feu entendu au moment où Tino s’étant saisi de l’enfant allait repartir par où il était venu.

Elle avait tenté de l’effacer. De le faire disparaître de l’équation. À l’hôpital, Sali El-Mansour luttait entre la vie et la mort. Il avait perdu beaucoup de sang. Son pronostic vital était engagé.Le capitaine avait appris la nouvelle quelques heures plus tard, dans un couloir du commissariat. Il n’avait pas bougé, ni parlé, mais son poing s’était fermé lentement sur le dossier qu’il tenait.Elle avait voulu le tuer. Elle avait voulu faire taire la seule voix qui pouvait dire la vérité. Celle qui pouvait lui reprendre cet enfant qu’elle avait volé.Et tout cela, au nom d’une illusion.

Peut-être avait-elle réellement cru, dans sa tête ravagée, que Sali était amoureux d’elle. Peut-être s’était-elle convaincue que leur relation — fugace, obscure — lui donnait droit à un avenir, un foyer, un enfant. Ce bébé n’était pas un être humain pour elle : c’était une preuve. Une preuve qu’elle avait de l’importance. Qu’elle comptait.Alors quand Sali était revenu, vivant, réclamant ce qui lui appartenait… Elle avait voulu l’éliminer. Tout cela était si tordu que le capitaine en avait la nausée. Il fallait apprendre à Tino que le bébé n’était pas son demi-frere. Il n’avait nullement envie de s’y coller. Mais il fallait attendre . Attendre de savoir si Sali survivrait. Et dans ce silence pesant, le capitaine comprit une chose : il n’y aurait pas de fin heureuse.

Le capitaine avait reposé le dossier à peine ouvert. Il n’en avait pas eu besoin. Ce que Sali El-Mansour représentait, il l’avait compris d’un seul regard. Mais ce qu’on venait de lui apprendre lui coupa littéralement le souffle.

— Elle lui a tiré dessus ? demanda-t-il, d’un ton plus bas que sa voix d’habitude tranchante.

— Oui, à bout portant. Une balle dans le thorax. Mais la balle était pour Tino, c’est Mansour qui s’est mis entre Tino et Edith, sûrement pour protéger son enfant que votre homme avait dans les bras. En entendant le coup de feu, le GIGN a lancé l’assaut.

—C’est un miracle qu’il soit encore en vie, répondit l’officier de liaison à l’hôpital.Sali était entre la vie et la mort. Transporté in extremis par hélicoptère, il n’avait toujours pas repris connaissance. Le tir avait traversé un poumon, frôlé le cœur. Si les forces d’intervention étaient arrivées cinq minutes plus tard, il serait déjà mort.

Auparavant Édith, avait barricadé la maison comme une bête traquée, jouant la comédie de la mère désespérée, menaçant de tout faire exploser. Mais ce n’était qu’un écran de fumée. Elle savait que la vérité était sur le point de la rattraper. Car Sali n’était pas un inconnu. Il était le père du bébé.Et Édith n’était qu’une ancienne nounou à qui il avait fait confiance un jour de trop, dans un pays qu’elle connaissait à peine, par contre tous ignorent la raison pour laquelle, elle était partie à Dakar. Sali avait eu une brève relation avec cette femme sans lendemain. Elle s’était accrochée à ce souvenir comme à une bouée de sauvetage, construisant autour de lui une vie fictive, un amour imaginaire, une maternité illusoire.

Un jour, selon ses propres dires, Sali avait disparu. Édith s’était retrouvée seule avec le bébé, à peine âgé de quatre mois. Personne ne s’occupait vraiment de lui, affirmait-elle. Alors, poussée par une envie soudaine de rentrer en France, elle avait pris l’enfant avec elle. Comme si cela allait de soi. Comme s’il était à elle.

Et lorsqu’elle l’avait vu réapparaître chez elle, un an plus tard — déterminé à reprendre son fils, son sang, son droit, sa chair —, elle n’avait pas hésité.

Elle avait appuyé sur la gâchette.

Le capitaine en avait vu, des horreurs. Mais cette histoire-là, cette femme-là, éveillait en lui quelque chose de plus profond. Un effroi ancestral. Une déchirure intime. Car elle portait le même nom que son père. Parce qu’elle était entrée dans sa lignée par effraction, comme une intruse dans une généalogie qu’elle avait souillée.

Et Tino, ce gamin qu’il voyait depuis des semaines tenter de grandir au milieu du chaos, n’était pas simplement une victime. Il était le fils d’Édith, la voleuse d’enfants. Le fils d’un mensonge.

Il ne devait rien apprendre, pas maintenant. Bien qu’il ait vu de ses propres yeux sa mère hystérique tirer sur le père de l’enfant, personne ne voulait briser ce qu’il lui restait de stabilité. Il commençait à peine à se reconstruire.

Thomas, lui, refusait de se mêler de la vie d’Édith. C’était une histoire trop sale, trop lointaine. Mais il prenait régulièrement des nouvelles de Sali, hospitalisé sous surveillance. Son état était stable, disaient les médecins, mais ils ne se prononçaient pas. Le silence médical avait la couleur du doute et de l’attente.

Quant à Malian, l’enfant, il continuait à vivre… ou plutôt à survivre, dans un quotidien, bouleversé. Un pédopsychiatre avait été dépêché sur demande de Shana, qui s’occupait de lui désormais. Un matin, le petit avait hurlé si fort dans son sommeil qu’il en avait failli s’étouffer. Alors Shana avait pris la seule décision qui lui semblait juste : demander de l’aide.

Malian a été confié aux soins des services sociaux après une intervention du GIGN au domicile d’Édith, sa nourrice non déclarée. Dès que Thomas l’avait appris, il était intervenu auprès des services sociaux, afin qu’à la suite du traumatisme dû au coup de feu il ne soit pas perturbé par la perte de ses repères, en l’occurrence le visage de Shana.

L’enfant aurait été emmené illégalement d’un pays africain à la France par cette dernière, alors qu’il avait à peine quatre mois. Depuis son arrivée, il a été principalement élevé par Shana, figure stable et bienveillante, qui en assurait le quotidien.Les contacts avec Édith ont été ponctuels, imprévisibles, mais brefs (jamais plus de 48 heures). Aucun signe de maltraitance directe n’a été rapporté durant ces séjours, bien qu’un environnement insécurisant (armes, isolement, instabilité affective) ait été identifié. Des observations sont noté, son développement moteur et verbal est conforme à son âge. Il y a un attachement clair à la figure référente (Shana).

Plusieurs réactions de sursaut au bruit fort (claquement de porte, sirène), mais aucun signe de terreur ou de retrait. Il a un comportement social adapté, il accepte le contact avec l’adulte soignant. Son sommeil est régulier, son appétit est normal selon les observations de Shana.

En conclusion le pédopsychiatre a noté sur son rapport remis aux services sociaux ainsi qu’une copie à Shana et Thomas. L’enfant ne présente pas de trouble psychiatrique manifeste à ce jour. Il a été exposé à un événement traumatique unique (violence armée), mais semble disposer d’un bon ancrage émotionnel grâce à sa relation prolongée et sécurisante avec Shana. Aucune intervention médicale urgente n’est indiquée. Un suivi pédopsychiatrique léger (mensuel ou à la demande) est recommandé afin de surveiller l’évolution émotionnelle et comportementale de l’enfant dans les prochains mois.

A suivre…

Copyright Août 2025

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Une découverte renversante pour Shana /11

Après avoir quitté la caserne ils arrivent à vive allure, tout a été fait selon les ordres de Thomas. La rue est déjà barrée, encadrée par deux fourgons de la police locale. Les gyrophares tournent encore mollement, projetant des éclats bleus sur la façade défraîchie du petit immeuble. Le Capitaine Capet rend compte au Lieutenant Djamel de ce qu’ils ont vu vers six heures du matin.

C’est clair, net et précis : Un jardinet clôturé par une haie rase sépare le bâtiment du trottoir. Sur l’arrière de la maison il y a un pré, encombré d’objets hétéroclites, des vieilles voitures d’enfants, des landau et des poupées sans tête. Il y a aussi deux voitures dont une carcasse à moitié calcinée, ainsi qu’un vélo bleu sans selle.

A mi hauteur il y a une fenêtre étroite, à moitié ouverte. Il ne peut pas affirmer à Djamel si un homme svelte pourrait passer par là si c’était nécessaire.

Une berline noire s’arrête sans bruit. Deux véhicules suiveurs la flanquent immédiatement. Les portières claquent avec précision. Thomas, le commandant du groupe d’intervention, descend le premier. Il porte encore la veste noire siglée GIGN, mais son casque reste dans le véhicule. À sa droite, Julien, son second, remonte déjà le zip de sa combinaison. Neuf hommes les suivent en silence, lourds, concentrés, casqués, bardés d’équipement.Thomas balaye les lieux du regard, parle peu.

— Poste de commandement ici Lambert. On sécurise le périmètre, on isole les civils, on fait taire les radios.

À quelques mètres, un groupe de policiers du coin s’agite encore, visiblement dépassés. L’un d’eux, agé de vingt-cinq ans, jeune à peine arrivé sous la coupe de son frère un tantinet plus jeune fait ses premiers pas dans la section, mais là il est subjugué par son oncle qu’il reconnaît aisement. Il n’a pas son casque. Il observe les nouveaux arrivants avec une intensité qui tranche avec le reste de son unité. C’est Tino. Il n’a jamais vu ça de près. Et dans ses yeux, un mélange de crainte, de fascination… et autre chose : une urgence personnelle.

Julien vient de prendre contact avec l’officier local. Les infos sont sommaires mais claires : à l’intérieur, Edith, une femme armée, environ la quarantaine détient son compagnon, Sali, et leur enfant de 18 mois. Elle refuse que ce dernier parte avec lui pour l’Afrique. Elle menace de tout faire sauter s’il tente quoi que ce soit. Julien est atterré en apprenant que c’est la belle-sœur du Commandant. Il se demande si ce dernier ne s’en doute pas.

Thomas grimace en apprenant qui sont les otages. Il ne peut livrer un assaut tant que l’enfant n’est pas sécurisé. Il va laisser Julien mtner les négociations. C’est une affaire de famille… Ce sont souvent les pires. Instables et imprévisibles, et avec Edith il faut s’attendre au pire.

Pendant que l’équipe installe son matériel – caméras, plans, lignes de tir, repérages – Tino s’approche sans trop oser. Il s’approche de son oncle, il n’en mene pas large, ces deux-là sont en froid, suite aux erreurs que Tino a fait. Tout en s’approchant de Thomas il se demande si ce dernier va le croire. Tino très intimidé, c’est une première pense Thomas, désigne du doigt l’arrière du bâtiment.

— Commandant Lambert, là… il y a une fenêtre, petite, mais elle donne sur la cuisine. Je suis passé par là une fois, je connais. Je sais où cela donne.

Thomas le fixe. L’info est bonne, précise. Il hoche la tête, son neveu a dû recevoir l’accord de Louis. Julien s’approche à son tour.

— Tu connais les lieux ? demande-t-il calmement.

Thomas lui dit, bien sûr qu’il.connait les lieux, il y a vécu une quinzaine d’années et je suppose que pour tes fugues tu passais par là. Tino hoche la tête, et expose son plan.

— Tu pourrais te faufiler par cette fenêtre ?

— Oui, dit Tino. Je peux le faire, discrètement. Mais là c’est mon petit frère que je veux sauver. Enfin mon demi-frère. Mais j’y tiens moi à ce mome et ma mère a du déjanter pour le mettre au milieu de son couple.

— Tu as tout-à -fait raison, elle qui vivait soi-disant une belle histoire d’amour.

Julien le regarde un instant, puis va en discuter avec Thomas. L’échange est bref. Il s’agit de jouer finement. Peut-être qu’un civil, familier, mince, peut faire ce que même un GIGN ne peut pas tenter sans alerter la preneuse d’otages. De toutes façons ils n’ont pas d’autres hommes sous la main. Tonio aurait pu faire l’affaire mais il se baigne à des milliers de kilomètres de là.

Toute la journée ils ont tenté de négocier car laisser entrer Tino comporte des risques. Pendant ce temps il a écouté attentivement Thomas lui expliquer ce qu’il devait faire et surtout ce qu’il ne devait pas essayer d’entreprendre par lui-même.

La nuit tombe. Edith, à l’intérieur, tourne en rond. Sali, ligoté, ensanglanté, tente de la raisonner.

Elle tient l’enfant contre elle, d’un bras tremblant. Le regard halluciné.

— Tu crois que tu vas me l’arracher ? Il partira pas. Il est à moi. À MOI !

Elle braque l’arme, parfois vers Sali, parfois vers la porte. Elle est à bout. L’assaut approche.

Thomas donne le signal. À l’arrière, dans l’ombre, Tino, en tenue civile noire, glisse silencieusement entre les buissons du jardinet. Julien le couvre à distance. Il atteint la fenêtre. Elle est ouverte, comme promis. Un souffle. Il grimpe, se faufile, disparaît dans l’obscurité de la cuisine.

À l’intérieur, les bruits de pas. Les cris étouffés du bébé. Il avance lentement, rampe au sol, glisse jusqu’à la pièce principale. Il voit Edith. Il voit le bébé, posé dans son couffin à quelques mètres. Sali, à genoux, la supplie.

Tino se redresse, attrape l’enfant, puis recule à pas de loup.Mais au moment où il atteint la fenêtre, Edith se retourne.

— QUOI ?! NON ! TU ME L’ENLÈVERAS PAS ! TOI je te hais.

C’est le moment où Sali se libère de ses liens, il se met en travers de Tino et d’Edith, elle tire. Le coup claque comme un fouet. Sali s’effondre, touché au ventre.

Il n’y a pas de cris dans l’oreillette. Juste la voix basse, calme, précise de Thomas.

— Alpha, prêt. Bravo, prêt. Fenêtre arrière, statut ?Julien jette un coup d’œil vers la silhouette accroupie derrière la haie. Tino hoche la tête. Il tient le bébé contre lui, de sa poche il sort une tétine que Thomas lui a remis, son petit frère lui attrape son treillis. Le petit se pelotonne contre son grand-frère et s’endort. En deux temps trois mouvements, le bébé accroché à lui comme un bébé singe, Tino enjambe la fenêtre. Attrape la chenaux et se laisse glisser. Dès qu’il touche le sol, il se planque derrière une des voitures et attend.

— Fenêtre arrière : extraction réussie. Cible secondaire sécurisée, murmure Julien. Le bébé est dehors. Thomas ferme les yeux une fraction de seconde.

— Top assaut dans 5… 4… 3… 2…

La porte explose avec une détonation sourde.L’entrée est éclairée par deux flashbangs.

La lumière blanche pulvérise l’obscurité. Le fracas rebondit sur les murs étroits de l’immeuble. L’équipe Alpha fonce par l’avant, Bravo en couverture.

Edith hurle, l’arme toujours à la main. Elle vient de tirer sur Sali. Il s’écroule, la main sur son flanc, le sang jaillit entre ses doigts. Mais il respire encore. Faiblement.

Edith tourne l’arme vers les hommes en noir. Elle vise mal, tremble.

Thomas voit ses yeux : ils sont vides, noyés de peur et de colère.

— À TERRE ! hurle un opérateur.Elle ne lâche pas, un coup part, manqué. Mais c’est fini. Deux hommes la percutent de plein fouet. L’arme vole. Elle est au sol. Immobilisée, elle sanglote. Thomas entre à son tour, évalue la scène.

— Sali est vivant ! Médecin en urgence.

Julien surgit à l’arrière. Tino est toujours là, accroupi dans l’ombre, le bébé dans les bras. Il ne dit rien. Mais dans ses yeux, tout a changé.

Dehors, le silence retombe. Les ambulances arrivent. Sali est entre la vie et la mort. Edith est arrêtée, hurlante. Le bébé est sauf.

Tino, encore agenouillé dans le jardinet, tient toujours l’enfant dans ses bras. Il a son pouce dans la bouche et de l’autre sa main s’est accrochée au treillis de son grand-frère. Thomas s’approche. L’observe et lui dit :

— Tino… t’as fait ce qu’il fallait. Et même un peu plus. Shana sera heureuse de voir comment tu t’es comporté. Tu vas être le héro ce soir.

Et dans les yeux du jeune homme, pour la première fois : la certitude. C’est ici qu’il doit être. C’est ça, sa voie.

Dehors – quelques minutes plus tard. Les gyrophares rouges et bleus dansent sur les murs. Sali est évacué, inconscient mais vivant. Les médecins pensent qu’il a une chance.

Edith, encadrée, tête baissée, ne parle plus. Elle semble lointaine, presque absente. Son monde s’est écroulé. Plus d’enfant. Plus d’homme, plus rien.

Tino remet au médecin des pompiers son petit frère. Celui-ci déclare que l’enfant va bien, pour son psychisme il faudra voir au fil du temps. Si une porte qui claque ou un bruit insolite l’affole il faudra aller voir un pédopsychiatre, mais là il va bien. Il regarde tout à tour Thomas et Tino, mais Thomas s’éloigne, aussi c’est Tino qui prend dans ses bras ce beau bébé que Sali était venu reprendre à Edith.

A suivre…

Copyright Août 2025

Une découverte renversante pour Shana /10

Yanis et Léo s’apprêtaient à enfourcher leur vieille camionnette rouillée, les outils chargés dans le coffre, l’odeur du bois encore frais collée aux mains. Léo allait à l’atelier de menuiserie-ébénisterie, comme chaque matin depuis trois semaines il était avec Yanis. Le soleil perçait à peine à travers les nuages d’août, une de ces journées où tout semblait paisible.

Mais alors qu’ils fermaient les portes arrière, le crissement sec de pneus les fit se retourner. Une voiture banalisée s’immobilisa en trombe dans la cour de la caserne devant leur maison. En descendirent deux hommes, vêtus de noir, gilets pare-balles bien ajustés, oreillettes en place. Thomas, le père de Léo et oncle de Yanis souleva sa visite pour que les deux jeunes gens le reconnaissent, derrière lui, Julien Buisson, son second, visage fermé, en fit autant. Il connaissait les jeunes. Il les salua.

Les deux cousins restèrent figés, stupéfaits. Léo lâcha une vis qui roula sur le gravier.

— Qu’est-ce que… Papa? Mais qu’est-ce que tu fous habillé comme ça ? On dirait que tu pars à la guerre.

Thomas s’approcha d’eux à grands pas, le regard grave, sans la moindre trace de son habituel sourire.

— On n’a pas le temps, lança-t-il, voix tendue. Une prise d’otages…

Aucun des deux cousins ne pourront rejoindre l’atelier ce jour-là. L’ordre est clair : toutes les familles doivent rester confinées à la caserne, le périmètre est verrouillé. Yanis et Léo comprennent aussitôt la gravité de la situation. Ils échangent un regard, puis se tournent vers Thomas, les mâchoires serrées mais résolus.

— Si vous avez besoin de nous… vous pourrez compter sur nous, dit Léo avec calme.

Thomas hoche la tête, reconnaissant, mais son visage reste fermé.

— Ce que je vous demande surtout, c’est d’occuper Maël, Inès et Mila. Interdiction de vous fausser compagnie. Je suis rentré pour prévenir Shana, mais je suis bien content que vous soyez encore là. J’espère que vos travaux n’en seront pas trop affectés.

Léo esquisse un sourire, un peu forcé, mais sincère :

— Le lundi, c’est surtout la prise de commandes et les relances clients. On peut gérer ça avec nos portables. Yanis voulait finir une commande, on verra d’ici demain.

Julien, qui jusque-là était resté silencieux, laisse échapper d’un ton presque absent, comme s’il pensait tout haut :

— J’espère que nous arriverons à la faire sortir…

Yanis, brusquement sur le qui-vive, fronce les sourcils.

— La… ? C’est une femme qui a fait une prise d’otages ? C’est pas banal, ça.Un silence un peu tendu suit ses paroles. Même Thomas semble hésiter avant d’ajouter, plus bas :

— Non, c’est pas banal. Et justement, c’est ce qui nous inquiète le plus.

Léo n’a que le temps d’apercevoir Thomas lui faire un bref signe de la main. Un geste discret, presque imperceptible, mais chargé de sens :

Silence.

Léo se fige. Pourquoi cette soudaine mise en garde ? Il échange un regard rapide avec Yanis, puis, instinctivement, son esprit fait le tour des possibilités. Et s’il connaissait la preneuse d’otages ? L’idée s’insinue sans prévenir, glaciale.

Mais déjà, un bip strident retentit sur la radio accrochée à la ceinture de Thomas. Julien et lui se redressent aussitôt, le visage fermé. Thomas appuie sur le bouton et répond d’un ton sec :

— On arrive. J’expliquais à mes aînés qu’ils doivent rester ici aujourd’hui. Pas question qu’ils mettent un pied hors de la caserne. Et en plus, il va falloir qu’ils s’occupent des plus jeunes.

Une pause, puis un haussement de sourcils agacé.

— Quoi ? Ils l’ont emmenée avec eux ?… Eh bien, ça promet. Bon, Tony, on arrive.Il referme le clapet, tourne brièvement la tête vers les deux cousins.

— Léo, je compte sur toi.

Léo, surpris mais profondément fier d’être ainsi désigné comme l’aîné responsable, redresse les épaules et répond simplement, avec une assurance discrète :

— Oui, Papa.

Le moteur de la voiture de Thomas s’éloigne dans un grondement étouffé. Le silence retombe aussitôt, comme un couvercle. Léo et Yanis restent là, figés au milieu de la cour, entourés d’outils et de gravier, l’esprit ailleurs.

Yanis passe une main sur sa nuque, pensif. Il finit par souffler :

— Tu crois qu’on la connaît, toi ? La femme qui a pris les otages ?

Léo hausse les épaules, mais son regard trahit l’agitation intérieure.

— J’en sais rien. Mais Thomas m’a coupé net dès que j’ai posé la question. C’est pas son genre, ça.

Un silence. Les oiseaux eux-mêmes semblent se taire. Puis Yanis reprend, plus bas :

— T’as vu sa tête quand Julien a dit la faire sortir ? Y a eu un truc. Une gêne. Une peur presque…

Léo hoche lentement la tête, les bras croisés. Il réfléchit, cherche dans sa mémoire. Et puis, comme si la pensée l’avait mordu, il murmure :

— Tu crois que c’est… possible que ce soit… maman ?

Yanis se fige, le souffle coupé. Les mots de Léo viennent d’écraser quelque chose au fond de lui.

— Édith ?… Non. Non, c’est pas possible, murmure-t-il, mais sans la moindre assurance.

— Non… Enfin je sais pas. C’est tordu. Mais c’est pas impossible. Elle a déjà fait pire.

Léo acquiesce lentement.

— Elle traînait avec des types louches. Des histoires de fric, de magouilles…

— Elle s’était planquée, elle préparait quelque chose ? Depuis que le notaire l’a évincé de l’ouverture du testament elle devait préparer sa vengeance.

Yanis serre les dents, le regard noir.

— Si c’est elle, y a intérêt à ce que Thomas la chope avant nous. Parce que moi, je te jure…

Il ne finit pas sa phrase. Il n’y a rien à dire de plus. Juste ce silence, plus lourd que tout, qui retombe sur eux comme une condamnation qu’ils n’ont pas choisie.

A suivre…

Copyright Août 2025