Shana face à un choix 29

Le repas est terminé. Les assiettes sont vides, les verres presque tous rangés. Les rires de Maël et les petits bruits de Mila qui couche les jumeaux résonnent doucement dans l’appartement. Léo empile les assiettes sans qu’on lui demande, ramasse les couverts, et passe un coup d’éponge distrait sur la table.

Thomas, debout près de l’évier, le regarde faire sans rien dire au début. Puis il lui tend un torchon.

Thomas :Tu sais que t’es pas obligé, hein ?

Léo (sans le regarder) :Je sais. Mais j’ai envie. Ça fait du bien de… faire partie de quelque chose.

Thomas sourit doucement. Il commence à rincer les assiettes pendant que Léo les essuie et les range dans le placard.

Thomas :C’est drôle… J’ai élevé Maël, je change les couches des jumeaux, je vois Mila grandir… et ce soir, j’ai eu l’impression d’avoir un fils de plus à table.

Léo ralentit un peu, touché :Tu dis ça pour me mettre à l’aise ?

Thomas le regarde dans les yeux, calme et sincère :Non. Je dis ça parce que c’est ce que je ressens.

Un petit silence. Léo continue de ranger, les gestes un peu plus lents. Puis il murmure, presque malgré lui.

:Léo :T’as pas peur de m’intégrer comme ça ? Avec ce qu’il y a derrière moi… d’où je viens, je veux dire.

Thomas essuie ses mains, s’appuie contre le plan de travail :Tu veux savoir ce que je vois quand je te regarde ?

Léo (hoche la tête, le regard toujours bas) :Oui…

Thomas :Je vois un jeune homme qui, au lieu de s’enfuir ou de détester le monde, a eu le courage de tendre la main. Qui a traversé l’ombre pour essayer d’aller vers la lumière. Je vois quelqu’un qui protège les bébés, qui rit avec sa sœur, qui débarrasse la table sans qu’on lui dise un mot.

Il s’approche, pose une main sur son épaule, ferme mais douce.

Thomas :Ton passé, Léo, c’est pas toi. Ce que tu choisis maintenant, ça, c’est toi.

Léo cligne des yeux, une émotion retenue au bord des cils. Il hoche la tête, incapable de parler tout de suite.

Puis, dans un souffle :Léo :J’crois que j’ai jamais entendu un truc pareil. Pas venant d’un adulte, en tout cas.

Thomas (sourit) :Ben tu vas devoir t’y habituer, fiston. Parce que t’as ta place ici. Et si tu veux revenir un jour… la porte sera ouverte.

Léo se redresse un peu. Une sorte de fierté calme dans la posture. Il essuie une dernière assiette, puis dit, avec un petit sourire en coin :

Léo :Bon… je suis pas sûr d’aimer les légumes. Mais pour le reste… j’crois que je vais revenir.

Thomas avec un clin d’œil) :C’est noté. On planquera les brocolis la prochaine fois.

La nuit est calme. Le couloir de la caserne est plongé dans la pénombre. Mila raccompagne Léo à la porte. Un silence tendre flotte entre eux, comme une bulle. Léo jette un dernier regard vers le salon où Maël, endormi, est affalé sur le canapé, une peluche contre lui.

Léo (voix basse) :
Mila… je peux te poser une question un peu étrange ?

Mila :
Toujours.

Léo les yeux fixés sur la silhouette endormie de Maël :
Tu m’as dit qu’il avait été trouvé dans une poubelle, c’est ça ?

Mila hoche doucement la tête:
Oui à peine né. Ma mère l’a entendu pleurer, il était dans un sac en papier, il vagissait, il avait à peine quatre heures. Maman l’a adopté et quelques mois plus tard Papa lui a donné son nom.

Léo inspire longuement. Puis il ferme les yeux un instant, comme pour retenir quelque chose.

Léo :
Quand j’étais enfant, un jour ma mère a disparu brutalement, un type, maintenant je sais c’était Capet est venue la chercher pour qu’elle accouche, car elle lui avait dit attendre un garçon. C’est bien plus tard que j’ai appris qu’il y avait eu un problème, ma mère était morte et mon frère avait le cordon autour du cou. Si le père, le vieux a la canne l’a jeté c’est qu’il n’a pas crié. Celui-ci j’aurais aimé le tuer.

Mila reste figée, le souffle coupé. Léo la regarde, les yeux humides mais clairs.

Léo :
Depuis ce jour-là, j’ai cherché. Pas avec des infos concrètes. Juste… l’espoir. Que quelque part, il ait été sauvé. Et ce soir, Mila…
(la gorge nouée)
Ce soir je l’ai regardé dormir. J’ai entendu sa voix.
Et je l’ai su.
C’est lui. C’est celui que je cherchais.

Mila (chuchotant, la main sur la bouche) :
Oh Léo…

Léo (tremble légèrement, mais son sourire est vrai) :
Il est vivant. Il est heureux. Il t’a toi. Il a une vraie famille. Et il m’a même dit bonjour sans savoir que j’étais son frère. C’est fou, non ?

Mila s’approche, les yeux pleins d’émotion. Elle le prend dans ses bras, doucement, comme pour réparer toutes ces années d’attente. Il se laisse faire, sans résister.

Mila :
Tu ne le perdras plus, Léo. Je te le promets.

Thomas a trouvé Léo assis sur la dernière marche des escaliers. Il vient de faire une découverte et il ne peut plus partir. Thomas le console car ce grand gamin, déjà adulte pleure. Il raconte ce qu’il vient de découvrir, Thomas est ému. Il lui montre le salon où se trouve Maël, lui ouvre le canapé, met un drap, attrape un duvet neuf et lui dit :

Ne réveille pas Maël mais tu peux dormir à ses côtés. Il lui met une tape sur l’épaule et lui souhaite une bonne nuit.

La maison est silencieuse. Mila dort. Thomas et Shana sont dans leur chambre. Léo n’a pas encore réussi à partir. Il erre, le sac toujours à la main, comme si son corps refusait de quitter cet endroit. Il s’approche à pas feutrés du canapé où dort Maël, recroquevillé sous une couverture, une peluche contre lui.

Le visage du garçon est paisible. Innocent. Serein.

Léo reste là un long moment. Il l’observe. Ses doigts tremblent légèrement. Il dépose son sac par terre, s’accroupit à côté de lui. Murmure, juste pour lui. Une voix pleine de gravité contenue.

Léo :
Tu sais pas qui je suis. Tu peux pas. Et moi, je savais même pas où tu étais…
Mais je t’ai cherché. Longtemps. Depuis le jour où maman est morte en te donnant la vie.
T’étais à peine né. Moi, j’étais un gamin paumé, avec un père qu’on appelle pas père. Mais j’ai su. Qu’elle t’avait mis au monde. Et qu’après, t’étais… parti. Disparu.
J’ai cru que t’étais mort, tu sais. Que t’avais pas eu de chance.

Il inspire profondément. Une larme roule sur sa joue.

Léo (plus bas) :
Mais t’es là. T’as grandi. T’es entouré, aimé, vivant. T’as une sœur en or. Une maman. Un père.
Et maintenant… t’as un frère aussi.

Il pose doucement une main sur le rebord du canapé, sans le toucher, comme un geste suspendu dans le vide.

Léo :
Je suis là, Maël. Je suis là, petit frère. Et je partirai plus.

Un soupir lui échappe. Il se relève doucement, récupère son sac, regarde une dernière fois le visage endormi de Maël et se couche. Il est heureux.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 28

C’est la fin de l’après-midi. Le ciel est clair, un peu doré. Devant la caserne, Léo hésite, capuche rabattue. Il regarde l’imposant portail métallique, puis sort un petit téléphone et compose un numéro.

Mila (au téléphone, voix douce) :T’es là ? Je descends tout de suite.

Quelques minutes plus tard, la grille s’ouvre. Mila apparaît, habillée simplement, souriante. Léo la regarde, un peu figé.

Mila :Bienvenue chez moi.

Léo (regardant autour, impressionné) :C’est… une vraie caserne.

Mila (avec un petit rire) :Ouais. Des gendarmes partout. Mais aujourd’hui, c’est juste nous deux.

Ils montent un escalier. Mila ouvre la porte de son appartement. L’intérieur est chaleureux : des photos sur les murs, une odeur de gâteau encore tiède, un canapé aux coussins dépareillés. Rien d’imposant, juste une maison qui a une âme.

Mila (refermant la porte doucement) :Tu veux boire quelque chose ? Y a du jus, du thé… ou du coca si tu veux faire genre ado classique.

Léo (sourit, plus détendu) :Du coca. Classique, ouais. Pour une fois.

Mila lui tend un verre, puis s’assied à côté de lui dans le salon. Un silence se pose. Pas gênant. Un silence qui respire.

Mila :Je suis contente que tu sois venu.

Léo (regard bas, sincère) :Moi aussi. J’ai failli faire demi-tour. C’est… bizarre, tout ça. D’être attendu quelque part.

Mila :Tu l’es. Et tu le seras, autant que tu veux.

Elle sort une boîte de photos, la pose sur la table.

Mila :J’ai fait un truc un peu idiot. J’ai trié les photos où je me trouve bien. Pas les plus belles, juste celles où je me sens « moi ».Je me suis dit que tu pouvais les regarder. Voir qui je suis vraiment. Pas juste ce que je raconte dans mes lettres.

Léo (ému, touché par le geste) :T’es incroyable, tu sais ?

Mila (baisse les yeux) :Non. J’essaie juste d’aimer les gens qui pourraient m ressembler, un peu.

Léo regarde les photos. L’enfant qui sourit, l’ado dans un coin de fête, le regard songeur sur un banc. Il repose la boîte. Long silence. Puis :

Léo :Moi j’ai pas de photos. Mais j’peux te raconter. Un jour.

Mila (le regarde dans les yeux) :Prends ton temps. Moi, je suis là.Il esquisse un sourire. Fragile. Mais vrai.

Mila et Léo sont toujours assis dans le salon. Le silence est confortable. Soudain, la porte d’entrée s’ouvre doucement.

Thomas (entrant, avec son calme habituel) :Salut les jeunes.

Léo se redresse un peu, par réflexe. Mila se tourne vers son père, souriante.

Mila :Papa, je te présente Léo.

Thomas (s’approchant, main tendue) :

Bienvenue chez nous, Léo. On est contents de te recevoir.

Léo (hésite une seconde, puis serre la main) : Merci… monsieur.

Thomas (souriant) :Thomas, c’est bien assez.

Juste à ce moment-là, deux pleurs stridents s’élèvent depuis la chambre d’à côté. Les jumeaux. Mila se lève.

Mila :Oh non… les dragons se réveillent.

Thomas (riant doucement) : Je vais chercher les biberons. Tu peux l’aider si tu veux, Léo. Y a pas de honte à nourrir un bébé affamé.

Quelques instants plus tard, Mila revient avec Matéo dans les bras. Thomas tend un biberon à Léo, qui reste figé.

Thomas :Tiens, prends Matis. Il est plus cool quand il mange.

Léo (hésitant, les bras tendus maladroitement) :Je… j’ai jamais tenu un bébé.

Mila (lui tendant doucement le petit) :Alors il sera ton premier. Il est doux. Et il pue un peu le lait caillé, mais on s’y fait.

Léo cale le petit dans ses bras, maladroitement. Le bébé lève les yeux vers lui, puis tète avec application. Léo le regarde avec stupeur, presque ému.

Léo (à mi-voix) :Il me regarde. Comme s’il savait rien de moi, mais qu’il me faisait confiance.

Mila (souriant, elle aussi avec Matéo dans les bras) :C’est ça, un bébé. Ça juge pas. Ça aime tout neuf.

La porte s’ouvre à nouveau. Maël entre en courant, suivi de Shana. Il s’arrête net en voyant Léo, puis sourit timidement.

Maël :C’est lui, Mila ?

Mila :Oui. C’est notre frère.

Shana pose sa main sur l’épaule de Léo, simplement, sans un mot. Il la regarde, surpris, mais elle ne cherche ni excuse ni explication. Juste… une reconnaissance silencieuse.

Léo (la gorge un peu nouée, regarde autour de lui) :C’est fou… je suis resté des années sans famille, et là, j’ai l’impression…(petite pause)…d’avoir atterri dans un truc réel. Pas parfait, mais vivant.C’est étrange. Ça fait pas mal.Ça fait… du bien.

Maël s’assied près de lui. Léo, toujours le bébé dans les bras, le regarde un instant. Puis se penche vers Mila et murmure :

Léo :C’est ça une vraie fratrie, hein ?

Mila (chuchote en retour) :Oui. Et t’en fais partie, Léo.

La lumière dorée du soir baigne le salon. Les biberons sont terminés, les jumeaux somnolent contre les épaules de Mila et Léo.

Maël les observe, impressionné.

Thomas débarrasse quelques tasses. Shana s’approche avec un torchon à la main, les yeux posés sur Léo.

Shana (doucement, presque comme une habitude) :Tu veux rester dîner avec nous, Léo ? On fait simple. Riz, légumes sautés, un peu de poulet, fromages et une glace. C’est pas un festin, mais c’est Thomas qui cuisine et c’est un chef dans tous les sens du terme, mais chez nous de cuisine.

Léo lève les yeux vers elle. Pas de panique dans son regard. Pas de « je veux pas déranger ». Pas de retrait. Juste… un sentiment nouveau : être à sa place.

Léo sourit, franc, sans hésitation :Oui. J’veux bien. J’ai faim, en plus.

Thomas depuis la cuisine :Voilà une réponse honnête. Tu vas voir, ici on mange bien… et beaucoup.

Maël (espiègle) :Mais faut finir les légumes sinon c’est Mila qui les glisse dans ta serviette quand tu regardes pas.

Mila feinte l’innocence :Je ne fais plus ça depuis… trois semaines.

Tout le monde éclate de rire. Même Léo, dont le rire est encore un peu timide, mais authentique. Il regarde autour : Mila qui cajole Matéo, Thomas qui s’agite à la cuisine avec efficacité, Maël qui tourne autour de lui avec un mélange d’admiration et de curiosité, Shana qui range calmement…Et lui, au milieu, avec un bébé endormi contre lui, l’odeur du dîner qui commence à embaumer la pièce, et le cœur qui bat doucement mais différemment. Comme si ce soir, pour la première fois… il n’était plus un invité. Il a l’impression d’être chez lui, dans sa famille.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 27

Quelques semaines plus tard, une seule réponse, une enveloppe arrive,grise. L’écriture est hésitante mais lisible. Mila l’ouvre dans sa chambre. Elle lit à voix basse.

Salut Mila,

J’ai reçu ta lettre. J’ai mis du temps à répondre parce que je ne savais pas quoi te dire.Tu es courageuse d’écrire. Moi, je n’ai jamais osé. Oui, on est frère et sœur. On ne s’est jamais vus, mais je savais que tu existais.

Moi, je suis Léo. J’ai 19 ans. J’ai grandi avec rien. Ma mère au début je vivais avec elle, un jour le vieux est réapparu dans sa vie, ma mère m’a dit de me cacher, de ne rien dire. Je sais maintenant ce qu’il s’est passé. mon géniteur est reparti comme il était venu. Puis quand le moment d’accoucher est arrivé , il est venu la chercher. Quand il m’a vu il m’a confié à une femme. C’est la dernière fois que j’ai vu ma mère. Je n’avais que six ans. Alors ce type n’est pas plus mon père qu’il n’est le tien.

J’ai appris à me méfier de tout, surtout de ce qui porte mon nom. Mais je veux bien te rencontrer. Pas pour refaire le passé — il est trop sale pour ça — mais parce que t’as eu la force de tendre la main. Et moi, j’en ai assez de rester seul. Par contre, Mila… fais attention. Si t’as écrit à la fille aussi, je sais pas si c’est une bonne idée. Je l’ai croisée une fois, y a des années. Elle sait d’où elle vient. Et elle s’en sert. Elle est pas comme toi. Elle prend, puis elle manipule. Je ne peux pas t’imposer quoi que ce soit, je te mets juste en garde. Sois prudente, si tu veux me voir, écris-moi ici. Je te dirai où on peut se retrouver.

À bientôt peut-être,

Léo.

Mila a lu et relu la lettre puis elle est descendue rejoindre ses parents dans le salon. C’est la fin d’après-midi. Thomas lit le journal, Shana trie des papiers. Mila entre, une enveloppe froissée dans la main.

Mila :J’ai eu une réponse.

Thomas et Shana relèvent aussitôt la tête. Mila s’approche, pose la lettre sur la table.

Thomas (calmement) :Un seul ?

Mila (hoche la tête) :Un seul. Il s’appelle Léo, il a 19 ans. Il veut bien me rencontrer, mais… il dit qu’il préfère d’abord qu’on s’écrive.

Shana (prudente) :Il t’a dit pourquoi ?

Mila (lit la lettre à voix basse) : »Tu es courageuse. Moi, je n’ai jamais osé. […] Je veux bien te rencontrer. Pas pour refaire le passé — il est trop sale — mais parce que t’as eu la force de tendre la main. »Elle lève les yeux.

Mila :Il m’a mise en garde contre ma sœur. Il dit qu’elle n’est pas comme moi. Qu’elle joue avec ce qu’elle est.

Thomas (réfléchissant à voix haute) :C’est déjà une preuve de lucidité. S’il avait voulu te manipuler, il t’aurait encouragée à la voir.

Shana (posant une main sur celle de Mila) :Tu veux lui répondre ?

Mila : Oui,mais je ne veux pas le forcer. S’il préfère les lettres pour l’instant, je respecte ça.Je veux juste qu’il sache qu’il peut me parler. Sans peur. Sans honte.

Thomas (avec tendresse) :Alors écris-lui. Tu construis un pont. Même petit. Et tu le fais avec respect. C’est tout ce qui compte.

Apres un échange de deux autres lettres facilités par la période des vacances Léo a proposé à Mila de se rencontrer. C’est aujourd’hui. Il fait très chaud et Mila a pris une robe pas trop courte, sans manche. Elle aurait préféré son short mais Thomas lui a dit prends une jupe ou une robe. Et elle a opté pour la robe qu’elle avait prise pour la remise de prix au collège.

Son père lui a dit tu es très jolie ma fille. Pour l’instant il l’a déposé à proximité du Parc ou Léo lui a donné rendez-vous. Mila l’attend, Maël avant de partir aurait bien aimé l’accompagner, mais sa maman et son père lui ont dit :

Plus tard, si Léo le veut tu accompagneras Mila. Pour l’instant il ne te connais pas. Il ignore jusqu’à ton existence.

Papa Mila lui a parlé de moi

J’ignorais, mais c’est la première fois. Attends que Mila soit de retour. Nous en saurons plus.

Buen entendu Maël n’était pas très content, il aurait bien aimé rencontrer ce grand-frère tombé du ciel. Mais il avait écouté Thomas.

Milz est assise sous la frondaison des arbres, très près d’une fontaine ancienne mais fort belle. Soudain un grand jeune homme apparaît, un peu gauche, sûrement timide mais il est venu. En plus il est à l’heure, Mila apprécie. Elle déteste attendre.

Léo :
Mila ?

Mila (se levant, un sourire timide) :
Oui. T’es Léo ?

Ils se regardent un instant. Même regard, même mâchoire. Le sang ne ment pas.

Léo (hoche la tête) :
Tu ressembles pas à lui. Tant mieux.

Mila (demi-sourire) :
Toi non plus.

Ils s’asseyent. Petit silence.

Léo :
C’est bizarre. T’as l’air… solide. Moi, j’ai toujours eu l’impression d’être bancal.

Mila :
On est tous bancals. Mais j’ai eu des gens pour me recoller un peu.
Toi, t’as dû te recoller tout seul, non ?

Léo (regard au loin) :
Ouais. Et ça laisse des trous. Des bords qui grincent.

Silence, déjà s’installe entre eux deux une complicité fragile, mais réelle.

Mila :
Je veux pas te forcer à quoi que ce soit. On peut continuer par lettres. Juste ça. Si t’es plus à l’aise.

Léo (lève les yeux vers elle) :
Ouais. Pour l’instant, c’est mieux. Mais j’suis pas fermé. T’as été honnête. Alors j’peux l’être aussi.

Mila (sourit doucement) :
Tu viens de l’être. Merci.

Léo :
Alors… on s’écrit. Et on verra.

Mila (se lève, lui tend la main) :
À bientôt, grand frère.

Léo (hésite, puis serre sa main) :
À bientôt, Mila.

Ils se séparent. Deux trajectoires qui s’éloignent, mais qui, cette fois, savent comment se retrouver.

Salut Mila,

Je sais que j’avais dit qu’on s’écrirait, mais j’aurais dû le dire autrement. Parce que ce que je voulais vraiment, ce que j’ai pas réussi à dire en face… C’est que j’aimerais te revoir.

Quand je suis parti du parc, j’ai eu comme un vide dans le ventre. Pas un malaise, non. Plutôt un genre de manque bizarre. Comme si j’avais vu un truc rare et précieux… Et que je l’avais laissé filer.

Je me suis demandé pourquoi c’était si dur de te le dire là-bas. Je crois que j’ai trop l’habitude de me méfier. De croire que si quelque chose est beau, c’est que ça va mal finir.

Mais toi, t’es pas comme ça. T’es vraie. Et j’ai vu dans tes yeux que t’attendais rien d’autre que la vérité. Alors voilà la mienne :J’ai envie de te revoir. Même brièvement. Même juste pour parler de rien.Pas pour parler de lui, pas pour pleurer le passé. Juste… pour exister l’un en face de l’autre. Comme frère et sœur. Pas comme victimes du même cauchemar.Si t’as pas envie, je comprendrai. Mais si t’es d’accord, on pourrait se revoir.

Cette fois, sans courir, sans se cacher.Écris-moi. Dis-moi oui. Ou non. Mais dis-moi.

À bientôt, je l’espère,

Léo

Salut Léo,

Quand j’ai reçu ta lettre, j’ai souri.Pas un sourire forcé, ni un sourire triste mais un vrai. De ceux qu’on fait quand quelque chose de bien commence à peine.Je suis contente que tu aies osé me dire ce que tu n’as pas pu me dire ce jour-là.

Et tu sais quoi ? Moi non plus, je n’ai pas tout dit. Après avoir lu ta lettre, j’en ai parlé avec mes parents. Oui, « mes » parents. Parce qu’ils le sont, pour de vrai, même si avec mon père on n’a pas les mêmes origines.

Thomas, mon père adoptif, est gendarme. On vit dans une caserne. C’est un endroit bizarre pour certains, mais pour moi, c’est là que j’ai appris à me sentir en sécurité. Je te propose de venir ici, si tu veux. Tu seras le bienvenu. C’est pas un piège. C’est pas un test. C’est juste… Ma maison.

On pourra parler tranquillement. Manger un truc. Écouter de la musique.Et si t’as pas envie de parler du passé, on n’en parlera pas. Juste toi et moi. En paix.

Voici l’adresse : Caserne de Gendarmerie j — Bâtiment D — Appartement 3C Le portail est sécurisé, donc appelle-moi quand t’es devant. Je viendrai t’ouvrir.Tu n’es pas obligé de dire oui tout de suite. Mais sache que la porte est ouverte.

À bientôt,

Mila

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 26

Mila en revenant de chez sa meilleure amie la fille de Julien Buisson, elle aimerait réussir à parler de vives voix avec son père, car oui c’est son père, elle a dit à Julie Buisson qu’elle ne voyait aucune différence entre l’amour que Julien porte à sa fille Julie et celui que Thomas lui porte. Mais Julie est son aînée d’un jour, elle l’a poussé à parler avec son père. Même si un jour c’est peu, mais c’est souvent un sujet pour se taquiner mutuellement.

Elle rentre sans faire claquer la porte car les jumeaux doivent dormir, puis elle aime cette famille et ses états d’âmes. Elle cherche son père, elle doit avoir une discussion avec lui. Avant de monter et d’aller frapper à son bureau, elle regarde dans le salon. Et il est là, penché au-dessus d’un des jumeaux. Un biberon vide à la main.

Mila avançant doucement : Papa j’aimerais bien que nous ayons une discussion sérieuse.

Thomas se retourne et sourit : sérieuse dis-tu, pourquoi nous en avons des nons sérieuses.

Puis, voyant le regard voilé de sa fille, il n’en rajoute pas et lui propose de s’asseoir où bon lui semble.

Shana s’asseoir en face de lui sur le pouf qu’elle affectionne particulièrement. Un temps de silence s’installe entre eux.

Mila (le regard sérieux, presque dur) :Quand j’étais là-bas, dans cette prison, j’ai vu des murs qui ferment tout, mais aussi des visages qui souffrent.Je veux pas que ça soit mon histoire à moi. Mais je dois comprendre…

Thomas l’écoute attentivement.

Mila :Il m’a donné des adresses. Cinq frères, encore vivants. Peut-être une sœur aussi, mais elle, il dit que c’est sa fille, née de la seule femme qu’il a aimé. Les autres sont nés comme moi et Maël, dans ce cauchemar. Je veux les rencontrer. Savoir qui ils sont. Savoir si je peux leur parler, les protéger… ou juste exister à leurs côtés.

Thomas (prend une profonde inspiration, pose une main rassurante sur la sienne) :C’est beaucoup à porter, Mila. Tu sais que c’est dangereux, parfois. Ce passé est lourd, et certaines rencontres peuvent être compliquées.

Mila (avec une détermination nouvelle) :Je sais. Mais si je fuis, je laisse tout ce poids s’écraser sur moi, toute seule.Si je reste, je peux peut-être, avec eux, commencer à guérir.

Thomas (hoche la tête, ému) :Tu as toujours eu ce courage. Je serai là, à chaque pas. On prendra le temps qu’il faut, on choisira comment et quand.Mais tu n’es pas seule. Jamais.

Mila (sourire timide, les yeux brillants) :Merci, Thomas.Je veux que cette fois, ce soit différent.

Ni l’un ni l’autre ne brise le silence, Ils restent là un instant, unis dans ce silence chargé d’espoir et de douleur.

Mila

Oui Papa

Tu dois parler avec ta mère, il ne faut pas qu’elle croit que tu lui en veut, non laisse moi finir. Ta mère on lui a pris le jour de ta naissance son seul espoir de continuer à vivre, ton géniteur et le vieux t’ont volée au petit matin pour te donner à Edith. Au départ ils ignoraient que Shana et Edith étaient sœurs. Alors parle avec elle.

Thomas se lève eh prends Mila dans ses bras, elle pleure, mais il sait que ce sont des larmes de rédemption.

Quelques heures plus tard, Shana entrouvre la porte de la chambre de Mila.

Shana d’une voix douce Bonne nuit.

Dans la chambre de Mila, la lumière est tamisée, une ambiance calme. Mila est assise sur son lit, Shana est à côté, assise au plus près de sa fille, à côté d’elle, attentive.

Mila (hésitante, jouant avec ses mains) :
Maman… je dois te parler. De la prison. De tout ça.

Shana (d’une voix douce) :
Je t’écoute, ma chérie.

Mila (respire profondément) :
Quand j’étais là-bas… j’ai vu un monde que je connaissais pas vraiment.
Les murs, la peur, la solitude. Mais aussi des gens. Des gens qui sont… comme moi.

Shana (le regard tendre, légèrement inquiet) : Tu sais que ce passé est difficile. Je suis désolée que tu aies dû le traverser.

Mila (les yeux un peu brillants) :Je veux aller plus loin. J’ai les adresses de mes frères, ceux qui sont encore vivants. Peut-être une sœur aussi.Je veux les rencontrer. Je veux comprendre. Savoir s’ils veulent de moi… ou si je dois rester seule avec ce poids.

Shana (prenant la main de Mila) :Je comprends ce besoin, même si ça me fait peur.Ces rencontres ne seront pas faciles. Mais elles peuvent aussi t’aider à guérir.

Mila (avec un léger sourire) :Je sais que tu as peur. Moi aussi. Mais je veux que tu sois là. Pas pour me retenir, mais pour me soutenir. Parce que cette fois, je veux avancer.

Shana (émue, serre doucement la main de Mila) :Je serai toujours là, quoi qu’il arrive.Tu n’es plus seule, Mila. Jamais. Elles restent un moment, sans dire un mot, reliées par cette promesse silencieuse. Puis Mila ne fut qu’un seul mot :

Merci Maman.

Sa mère la prend dans ses bras, lui murmure des mots tendres, la berce, la serre fort et lui dit. Dors, papa et moi nous veillons sur toi.

Dès que Shana s’en va, Mila sort de son calme relatif et se lève. Ouvre son sac à dos, sort des feuilles de papier à lettre, puis écrit une missive courte mais très réfléchie. Maël lui a donné son accord.

Bonjour,

Je m’appelle Mila. Je suis née il y a presque 16 ans, et jusqu’à récemment, je ne savais pas vraiment d’où je venais. Mais aujourd’hui, je sais que vous et moi avons un lien. Le même père. Et peut-être, les mêmes blessures. Ou les mêmes silences.

Je n’écris pas pour remuer le passé. Ni pour juger, ni pour accuser. J’écris parce que j’ai besoin de comprendre. De savoir qui vous êtes. Ce que vous êtes devenus. Je ne cherche pas à imposer quoi que ce soit. Juste une rencontre, une parole, un début.

Si vous ne voulez pas répondre, je comprendrai.Mais si vous le souhaitez, je suis là. Prête à vous écouter. Prête à vous rencontrer.

Avec respect,

Mila

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 25

Dans la voiture de Thomas, Mila ne prononce pas un mot, elle est perdue dans ses pensées. Thomas l’a laissé, il la connait très bien. Lorsqu’elle voudra lui parler, elle viendra le trouver.

Soudain elle récupère une feuille dans son classeur, et elle écrit. Puis quand elle a finit elle met sa lettre dans une enveloppe et dit à Thomas :

Papa cette lettre est pour toi.

Thomas ne dit rien, quand il s’arrête devant la caserne, il prend sa lettre et laisse Mila à la porte prétextant n’importe quoi afin de lui laisser le temps de parler à sa mère.

Mais lorsqu’enfin il entre, Shana donne à manger à Malian, pendant que les jumeaux gazouillent dans leurs chaises. Il embrasse les bébés et sa femme et lui demande où est passé Mila.

Elle voulait parler à Maël en tête à tête. Et après elle viendra me raconter. Thomas est-ce qu’elle t’as parlé en sortant de la prison.

Non elle ne m’a rien dit, par contre elle m’a écrit une lettre.

Shana émue laisse couler une larme et dit : crois-tu qu’elle n’ose pas te parler ?

Thomas souriant : non elle m’en dit plus que de vives voix, elle va plus loin.

Mila est en haut de l’escalier, une musique de taré s’échappe de la chambre de Maël, d’habitude Mila est agacée et lui crie après, mais là elle doit lui dire qu’elle a rencontré leur géniteur, et que ça ne vaut pas le coup qu’il perde son temps à aller voir ce vieux shnock.

Maël (d’un ton un peu grognon) :
T’as encore crié après moi hier soir. Pourquoi tu peux pas me laisser tranquille ?

Mila (soupir, mais plus douce) :
Je… je sais. J’suis dure avec toi. J’te rabroue trop souvent.

Il la regarde, surpris.

Mila (hésitante) :
C’est juste que… on a pas la même histoire, mais presque.
Toi, t’es là parce que maman t’a trouvé, abandonné. Moi, je suis là parce qu’elle a pas pu… mais on vient du même endroit, du même… genre de chaos.

Son petit frère baisse les yeux.

Maël :
Tu veux dire lui ? Le géniteur ?

Mila (prend une profonde inspiration) :
Ouais. Lui. C’est pas facile. Mais ça nous lie, d’une façon qu’on choisit pas.
Alors j’veux être là pour toi. Pas comme avant, où je gueulais.

Maël (léger sourire) :
T’es sérieuse ?

Mila (lui tapote l’épaule) :
Oui. Parce que j’sais que toi aussi, t’as besoin de quelqu’un. Quelqu’un qui comprend. Je te protégerai. Même si ça doit être dur.

Il s’approche et lui fait un câlin rapide, maladroit mais sincère.

Maël :
Merci, Mila.

Mila (sourire) :
Allez, viens, on va boire un grand verre pour sceller notre fratrie des grands. Plus tard nous irons faire du vélo ensemble. Et pas de bêtises aujourd’hui, hein.

Ils s’installent à table. La lumière du matin éclaire leur visage, marqué par l’ombre du passé, mais aussi par une nouvelle force.

L’escalier est baigné d’une lumière douce du matin. Mila descend lentement, un peu pensive. Thomas arrive en sens inverse, tranquille. Ils se croisent à mi-hauteur.

Thomas (avec un sourire tendre): Bonjour, ma grande.

Mila (hésitante, puis sourit timidement) : Bonjour Papa, Ils s’arrêtent, un peu gênés au début. Thomas cherche ses mots.

Thomas :Je voulais te dire… ta lettre m’a beaucoup touché.Tu sais, pour moi, être ton père, c’est pas une question de sang. C’est une question de cœur.

Mila (regard baissé, voix douce) :C’est pour ça que je t’écris. Parce que toi, tu m’as toujours regardée comme ta fille, pas comme… autre chose.

Thomas (fronce légèrement les sourcils, ému) :Je ne serai jamais celui qu’on appelle « géniteur ». Mais pour toi, je serai toujours là. Et pour ton frère aussi.

Shana arrive dans l’embrasure de la porte en haut des escaliers, elle écoute sans interrompre.

Mila (respire profondément) :Je veux être meilleure avec lui. Comme tu l’es avec moi. J’ai trop souvent été dure, et j’ai pas le droit.

Thomas (lui prend doucement la main) :Tu es humaine. Et tu apprends.Le plus beau, c’est que tu choisisses d’avancer. Pas juste pour toi, mais pour eux aussi. Un silence doux s’installe.

Mila relève les yeux, croise le regard de Thomas. Une complicité sincère s’installe.

Mila (avec un petit sourire) :Merci. Pour tout.

Thomas (avec une voix un peu rauque) :Merci à toi, d’être toi.

Ils échangent un dernier regard complice, puis Thomas continue sa route, Shana s’avance pour serrer Mila dans ses bras.

Plus tard, lorsque les enfants sont tous couchés, Thomas rejoint Shana dans le salon. A la main il a la lettre écrite par Mila, il va la lire à sa femme car tous les deux ne se cachent rien.

Dans le salon, le soir, la lumière tombe lentement derrière les rideaux.
Thomas s’assoit, la lettre dans la main. Shana, debout à quelques pas, hésite. Elle sait de quoi il s’agit.

Thomas (regarde l’enveloppe) :
Mila me l’a donné dans la voiture, puis elle me l’a demandé pour la reprendre, mais j’ai refusé. Puis accepter devant son air malheureux.

Shana (voix un peu serrée) :
Oui. Elle me l’a pas montrée. Elle m’a dit « Je vais écrire à papa ». Et elle est montée.

Il hoche la tête, sans rien dire d’autre. Il ouvre l’enveloppe, lentement. Il lit. Shana l’observe en silence.

Voix off (Mila)

« Je suis allée le voir. Lui.
Tu sais de qui je parle.
Je ne l’ai pas vu comme un père. Je te jure… »

Les mots passent dans les yeux de Thomas. Sa gorge se serre. Il ne s’interrompt pas. Il continue.

« Mon vrai père, c’est toi.
Tu m’as appris à marcher, à tomber sans honte, à me relever sans peur…A faire du vélo, tu m’as grondé, puni parfois. Mais tu as toujours été là pour moi.

Un silence épais s’installe. Shana n’ose pas s’asseoir.
Thomas replie la lettre lentement. Il fixe un point devant lui, sans le voir.

Thomas (voix basse) :
Elle sait.

Shana (à peine audible) :
Elle m’a demandé. Mais je… je pouvais pas lui dire. Pas tout. Pas comme ça.

Thomas :
Tu lui as donné la vérité, à ta manière. Elle a fait le reste toute seule.

Il respire profondément. Il ferme les yeux. Puis :

Thomas (sincère, ému) :
Elle me dit que je l’ai choisie… Mais c’est elle qui m’a construit.
J’étais juste un homme au bon moment. C’est elle qui m’a fait père.

Shana (s’approche, s’agenouille devant lui) :
Tu nous as tous choisis. Moi, malgré mes ruines. Elle, malgré ce qu’elle représentait.
Et t’as jamais faibli. Pas une fois.

Il la regarde. Ses yeux brillent. Elle pose sa tête contre son genou. Il lui caresse doucement les cheveux.

Thomas (murmure) :
Demain, je vais rien lui dire. Pas besoin. Je vais juste faire comme toujours.
Lui tendre une tasse, lui dire qu’elle est en retard, et la regarder vivre.
Parce que c’est ça qu’elle m’offre : une vie qu’on croyait foutue, et qu’elle rend possible, tous les jours.

A suivre…

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