Shana face à un choix 24

Biologique évidemment, Shana sursaute, c’est Thomas qui arrive dans la chambre avec un bouquet de roses saumons pour Edith.

Shana interloquée : mais comment le sais-tu ?

Thomas sérieusement : notre fille m’a écrit un courrier car elle ne comprends pas ton silence. Bien que moi je le comprenne aisément.

Shana en larmes : je ne sais pas quoi lui dire, est-ce qu’elle t’as donné une raison ?

Thomas dubitatif : Non pas vraiment , juste qu’elle se pose de nombreuses questions sur sa naissance et pourquoi c’est toi Edith qui était en charge d’elle et non sa maman. Elle a demandé à Noam si lui était au courant. Mais il lui a répondu que sa mère s’était Myriam et qu’Edith etait sa nounou.

Myriam a arrangé la vérité , mais il est vrai qu’au départ j’aurais dû être sa nounou, mais le vieux ne voulait pas.

Thomas intervient : elle veut aussi savoir si cette excroissance de chair qu’elle a dans le cou peut s’enlever. Elle en a marre des réflexions des autres quand il la voit.

Shana séchant ses larmes, une fois que Thomas l’ai pris dans ses bras : oui elle m’en a parlé, mais nous pouvons aller voir un dermatologue sans aller à la prison. Et surtout elle veut savoir combien de frères elle a, et pourquoi est-elle la seule fille a être vivante ?

Thomas interloqué : Ça c’est très mauvais, car j’ai peur de la réponse. Et elle est jeune pour entendre pareilles ignominies.

C’est le grand jour pour Mila, c’est Thomas qui l’accompagne à la prison où Capet est emprisonné depuis quinze ans. Il a accepté de recevoir Mila.

Mila a suivi scrupuleusement les conseils de Thomas pour sa tenue vestimentaire. Jeans bleu pâle sans trou, tee-shirt vert bouteille, des baskets sans marque apparente. Elle avait préparé tout autres choses mais sa mère avait dit que c’était une mauvaise idée. En quoi ce mec frustré allait-il bavé sur sa tenue vestimentaire. Du coup elle avait eu sa réponse dans la voiture grâce à Thomas. Ses parents étaient totalement différents. Sa mère s’était non tout de suite, son père donnait d’abord une explication, si je la comprend c’est bon il ne va pas plus loin, si je suis butée il me le redit autrement mais fermement. Et je n’ai pas intérêt à surenchérir… Ça je l’ai bien compris.

La prison est moche, il a fait quoi mon géniteur pour se trouver là-dedans ? Thomas ne l’a pas répondu dans la voiture, enfin je dis Thomas mais il n’aime pas quand je l’appelle par son prénom. C’est réservé à Maman. Et Maël le dit que je suis trop familière. Lui il est… Bon c’est mon petit frère je me vois de le protéger, Papa m’a dit qu’il avait le même géniteur mais pas la même maman. Bien que sa maman c’est la mienne et aussi la sienne. Voilà je suis dans la file des visiteurs de prison, mais finalement on m’appelle et je dépasse tout le monde. J’entends les gens qui râlent, je les comprend très bien. Une gamine de quinze ans qui passe devant goût le monde. Il y a de quoi râler. Moi j’en ferai tout autant si je venais voir mon mari en prison. Moi ce n’est pas pareil je vais dans un parloir spécial pour mineurs. Je ne suis pas avec tous les autres.

Le gardien m’explique que je ne dois ni lui prendre la main, Ni l’embrasser. Il rêve , embrasser un vieux shnock même si c’est lui qui m’a conçu. Ça jamais. Thomas rigole lorsqu’il voit mon regard courroucé. Le gardien comprend qu’il s’est fourvoyé mais il ne dit rien.

Lorsque je rentre dans la petite salle je vois un vieux grand-père assis sur une chaise. Il a l’air complètement à l’ouest. Il sent le vieux shnock comme dirait Noam. Il a une barbe comme Edmond Dantes dans sa prison au château d’If. J’ai envie de rire, c’est lui mon géniteur, ils ont dû se tromper. À part son bouton dans le dos je ne lui ressemble pas. Ouf !

Il me regarde au-dessus de ses lunettes, il devrait prendre une loupe s’il ne me voit pas. En plus il est bigleux, il doit le faire exprès. Pauvre type. Son pentalon bleu est un bleu de travail, sa chemise est plus grise que blanche. J’ai bien envie de lui demander où il a mis son noeud papillon. Bon le gardien lui.met des menottes, il a dû tuer ce type.

Mila (sèchement) :Je suis pas là pour tourner autour du pot. Tu vas répondre.

Lui :C’est toi qui as demandé à me voir, non ?

Mila :Ouais. Et j’ai des raisons.D’abord, j’ai une saloperie dans le cou, une espèce de bout de chair qui pousse. Tu sais si c’est héréditaire ? Si d’autres de tes enfants ont ça ?

Lui : Jamais entendu ça. Mais j’suis pas médecin. J’ai pas grandi avec eux non plus.

Mila : Combien « d’eux », exactement ?

Lui (légèrement agacé) :Assez pour que je m’en rappelle plus vraiment. Cinq garçons, peut-être six. Pas sûr.

Mila interloqué : pff tu ne sais pas grands choses, tu as eu combien de femmes ?

Lui goguenard : une seule, la mère de mon fils aîné et de ma fille, une sale garce celle-là.

Mila stupéfaite : Ah je croyais que tu n’avais pas de fille.

Lui moqueur : Les autres filles sont mortes soit à la naissance soit plus tard.

Mila : combien de filles ?

Lui (silence bref) :Y en avait. Une ou deux. Mais elles sont pas restées.

Mila :Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il leur est arrivé ?

Lui (regard dur) :Elles sont mortes. C’est tout.

Mila (accusatrice) :C’est pas tout. On dit pas « c’est tout » comme ça. Tu les as connues ? Tu les as vues naître ? Tu sais ce qu’elles sont devenues ?

Lui (voix basse, nerveuse) :Non. Je sais qu’elles sont pas là. C’est tout ce que je sais.

Mila :Et ma mère ? Pourquoi c’est pas elle qui m’a élevée ? Pourquoi elle me regarde parfois comme si j’étais pas réelle ?

Lui :Parce que t’es un rappel. Permanent. Parce que ta naissance, c’est pas une histoire qu’on raconte à table.Elle a laissé sa sœur t’élever. Pour survivre, peut-être. Pour respirer.

Mila (gorge serrée) :Tu lui as fait quoi ?

Lui (pause, long regard) :Tu veux la vérité ? J’lui ai pris ce qu’elle voulait pas donner. Voilà. Et t’es née après ça.

Mila (blême, chuchote) :Je suis née d’un viol…

Lui (ferme) :Tu es née. C’est tout. Le reste, c’est à ta mère de te le dire. Ou pas.

Mila (yeux humides) :Et toi ? Tu regrettes ?

Lui :Je regrette rien. C’est pas dans ma nature. Mais j’regarde ce que j’ai fait. Et je vois les dégâts. Toi t’es là, vivante, debout. Les autres… pas tous.

Mila : Et mon frère celui qui était dans une poubelle ?

Lui inquiet :

Tu le connais, lui c’est une erreur, ce n’est pas moi qui l’ai mis dans une poubelle, ne m’accuse pas de tout. Certes je suis un monstre, mais un beau petit garçon comme lui, je voulais le garder, c’est mon père qui n’en voulait pas. Sa mère Jamila était sa propriété. Allez dégage je vais tout te dire et vu ton air candide.

Mila (très calme) :
Je voulais juste comprendre d’où je viens. Maintenant je sais.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 23

Shana est assise en silence à côté du lit. Malian est dans ses bras, éveillé, apaisé.

Edith, semi-redressée, a encore des perfusions, des électrodes, une grande fatigue dans les traits… mais ses yeux sont vifs.

Shana lui tend doucement le bébé. Edith hoche lentement la tête. Une première réponse claire.

Shana (voix douce) :Tu veux qu’il soit contre toi ? Je reste là.

Elle installe Malian sur le drap, contre le flanc gauche d’Edith. Il se met aussitôt en boule contre elle.Edith tourne la tête vers lui. Le fixe très longuement, esquisse un sourire.

Puis… ses yeux se remplissent de larmes, mais elle ne pleure pas encore. Elle tient.

Shana (doucement) :Tu peux me faire un signe. Si tu m’entends… cligne une fois.

(Silence.)

Tu m’entends, Edith ?

Edith cligne lentement des yeux. Une fois, puis deux, elle serre la main de Shana. Faiblement. Mais fermement.

Shana (émue) :D’accord. Tu es bien là. Tu nous vois.Tu le reconnais ?

Edith baisse les yeux vers Malian. Puis… elle esquisse un tout petit mouvement de tête.Elle essaie de lever la main pour toucher ses cheveux.

Shana l’aide. La main frôle les boucles sombres du bébé.Malian sourit. Et il répète doucement :

Mama

Cette fois, Edith sourit. Faiblement, mais sincèrement.

Puis elle ouvre lentement les lèvres. Sa voix est à peine audible, rauque, comme une respiration :

“Mon… cœur.”

Shana, bouleversée, recule un peu pour les laisser.

Edith regardant Malian, plus fort :

“Tu es là… mon bébé.Tu m’as attendue…”

Malian gazouille en réponse, et se blottit contre sa mère, comme si tout était normal. Edith ferme les yeux un instant, épuisée.Puis les rouvre, et tourne la tête vers Shana :

“Merci… petite sœur.”

Quelques jours plus tard, toujours dans la chambre d’Edith en fin d’après-midi, Edith est assise dans un fauteuil médical, Malian dans ses bras, endormi contre elle. Une couverture fine le recouvre.

Shana est là, sur le rebord de la fenêtre, une tasse de thé entre les mains.Il y a un silence doux, le genre de silence qui ne fait plus mal. Juste plein. Avec des petites gouttes de bonheur.

Edith (regardant son fils) :Je n’ai rien vu venir, tu sais.Je croyais le protéger certes de Samir, dès que Sali a pensé qu’il était sûrement son enfant.

Shana : Est-ce que tu l’aimes son père ?

Edith : Oh oui à la folie, mais quand le reverrais-je ? Va-t-il pouvoir quitter son pays ? Les rebelles contrôlent tout, il a eu de la chance Thomas de pouvoir délivrer mon bébé.

Shana : il y avait l’échange.

Edith (la regardant) :Tu aurais pu ne pas t’en mêler.Tu l’as fait.Tu l’as protégé… à ma place.

Shana (baissant les yeux) :Je t’en ai voulu. Pas pour lui.Pour… ton silence.Mais quand je l’ai vu dans mes bras, ce petit…J’ai compris que l’amour que tu avais pour lui était plus fort que tout.

Edith tend la main vers celle de Shana, posée sur l’accoudoir.

Edith :On a toujours été là, l’une pour l’autre. Même quand on se taisait.

Shana prend cette main, la serre, longuement.

Shana a les larmes aux yeux, un sourire fatigué mais très expressif:

T’as toujours su que j’étais nulle pour les grands discours…

Edith sourit doucement :Oui. Et pourtant tu viens de dire l’essentiel.

Il y a un petit silence. Malian pousse un soupir paisible dans son sommeil.

Edith regardant son fils :Il nous a ramenées l’une à l’autre. Ce petit… c’est le lien qu’on avait oublié.

Shana :Et celui qu’on va reconstruire ensemble. Comme tu es ma grande sœur, il faut que je te dise ce que m’a demandé ma fille, je ne sais pas comment l’aborder avec Thomas. Et je ne sais pas si je vais y arriver.

Edith pensive : Si tu oses m’en parler je t’écoute, ce n’est pas Malian qui va comprendre.

C’est délicat, ça concerne son père…

Edith époustouflée : Son père biologique ou Thomas.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 22

Apres ce long périple, Thomas après avoir couché Malian dans un des lits achetés pour les jumeaux quand ils seront plus grands s’est écroulé sur le lit. Shana a regardé dormir son amour, lui, qui dans l’escalier lui parlait de bisous doux qu’il rêvait de lui faire dort comme un bébé. Tous les deux ont la même expression, celle du bien-être.

Malian dort dans un berceau à côté du lit. Thomas dort d’un sommeil lourd. Shana, elle, est éveillée. Elle regarde le fils d’Edith, immobile, un souffle paisible s’échappe de sa bouche. Shana a crû entendre un cri, mais ce doit être un oiseau. Maël a découvert une chouette avec ses lunettes à infrarouge que lui a offert Julien, le second de Thomas pour son anniversaire. Shana songe à Mila qui lui a fait une drôle de demande, elle ne sait quoi en penser. Elle en reparlera demain avec Thomas, après tout c’est son père d’adoption. Son père à part entière.

Perdue dans ses pensees, Shana voit sursauter Malian, il gémit. Elle tend la main, touche son front. Il est tiède. Pas de fièvre. Elle lui parle tout bas :

Shana (murmure) :

Tu peux dormir tranquille maintenant. Personne ne viendra te chercher la nuit. Personne ne t’arrachera à nous. Et si ta Maman revient, ouvre les yeux à nouveau, elle saura que ton père t’a confié à l’amour, pas à la peur.

Malian reprend son souffle, s’apaise. Il se retourne, ses petits doigts s’ouvrent, il continue son sommeil, pendant que Shana s’autorise à poser sa tête contre le matelas, juste à côté du berceau. Enfin, elle ferme les yeux et s’endort.

C’est Thomas qui ne sentant plus sa présence à ses côtés la découvre ainsi. Doucement, il ôté la petite main de Malian, des doigts de sa femme. Soulève délicatement Shana et la dépose sur le lit conjugal. Puis doucement, il dévoile ses beaux seins et la caresse. Mais il ne fa pas plus loin, car elle dort paisiblement, connaissant son passé, il ne peut l’aimer qu’avec son consentement. Sinon cela lui rappellerait les heures sombres de son passé.

Son passé… Cela lui rappelle le courrier que lui a adressé Mila, il faudra bien en parler avec Shana, qu’elle va être sa réaction ?

La même nuit, à l’intérieur de l’ Hôpital militaire dans la chambre stérile où se trouve Edith, au plus profond de sa nuit que nul d’entre nous ne connaissons si nous ne l’avons pas vécu

Le silence est total, sauf pour le rythme régulier du moniteur cardiaque. Edith est allongée, inerte. Branchée, pâle, les yeux fermés depuis des jours.

Mais quelque chose change. Au début c’est imperceptible, Ses doigts bougent. D’abord un spasme. Puis un mouvement lent, comme si elle cherchait… un contact. Sur l’écran EEG, une légère variation. Une onde. Une montée d’activité cérébrale.

L’infirmière de garde note sur un carnet pour le transcrire plus tard sur un support numérique. Les doigts sont en mouvement. Réponse possible.

Elle s’approche, vérifie les constantes. Edith ne bouge plus. Mais son pouls s’accélère doucement.

Infirmière (à voix basse) :
Madame , Madame Edith… si vous entendez ma voix… votre fils est en sécurité chez votre sœur Shana.

Un frisson imperceptible parcourt son bras. Une larme s’échappe de son œil fermé. Edith est revenue parmi.les siens.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 21

Un A400M Atlas, avion de transport militaire français, vrombit lentement sur le tarmac. Il décolle en douceur, son ventre chargé de silence, d’hommes armés, de fatigue… et d’un bébé.

Malian, emmailloté, est installé dans une nacelle sécurisée, sous surveillance constante. Son petit poing dépasse de la couverture. Il est calme, il ignore qu’il quitte cette terre d’Afrique où sa vie a basculé , il dort encore,profondément. Une infirmière militaire veille sur lui, carnet en main, masque sur le visage. Thomas, casque posé, assis à deux mètres, le regarde sans bouger.

Julien son second, en face de lui, croise les bras, lui tend une bouteille d’eau.

Julien :T’as dormi combien d’heures depuis hier ?

Thomas (sans détourner les yeux du bébé) :Deux, peut-être. En plusieurs morceaux.

Julien :Shana sait ?

Thomas (sort lentement son téléphone satellite sécurisé) :Pas encore. Je voulais lui parler quand ce serait vraiment terminé, là maintenant, c’est le moment.

A des milliers de kilomètres, Shana tient une tasse de café froide. Mila prépare le biberon des jumeaux en silence. Maël est assis en pyjama, les yeux cernés, fixant son téléphone, sans vraiment le voir. Ils attendent l’appel de leur père pour les enfants, de son amour pour Shana. Soudain le portable de Shana vibre. C’est lui, c’est “THOMAS sur sa ligne sécu”.

Elle décroche et part en courant vers le salon, la main tremblante.

Shana (voix étranglée) :Thomas ?

Thomas (depuis l’avion, calme, grave mais doux) : C’est moi. On est en vol. On quitte Bamako. On rentre.

Shana (ferme les yeux, s’effondre sur le canapé) :Il est… ?

Thomas (voix posée) :Il est vivant. Il dort. Il a mangé. Il a crié aussi. Fort. Il s’est battu pour rester là.(Ton plus bas.)Tu vas l’avoir dans les bras dans quelques heures.

Shana (à bout de souffle) :Merci… Mon Dieu… Merci, Thomas.

Thomas (émotion contenue) :Tu vas devoir me pardonner, je crois… Je me suis attaché. Ce petit, il…(Il hésite.)Il t’appartient déjà, mais je crois que… qu’il m’appartient un peu aussi.

Shana (la voix qui tremble) :Alors ramène-le à la maison. Ramène-le à nous. On l’attend.

Thomas: je t’ai envoyé une voiture, viens à Villacoublay avec les grands. Myriam va venir garder les jumeaux. Le petit a du retard il ne marche pas. J’ignore ses conditions de vie chez les rebelles.

Shana : nous l’aideront à démarrer dans la vie, puis Edith se remettra et nous reprendrons le cours de notre vie

Thomas (chuchote) :Je suis à toi. Bientôt je vais t’aimer comme un fou. Je t’aime

Elle reste un moment sans raccrocher. Lui non plus. Le lien invisible entre eux vibre à travers les milliers de kilomètres, plus fort que le bruit des moteurs.)

Lorsqu’elle regarde autour d’elle.

Mila lui secoue le bras et lui dit : il y a le Colonel, Maman il veut te voir.

Shana : Dis lui que j’arrive.

Le Colonel est sur le pas de la porte, il salue Shana et lui annonce ce qu’elle sait déjà mais ne lui le dit pas. Il est tellement fier de lui annoncer que tout s’est bien passé que Shana préfère se taire.

Ils attendent l’avion, le Colonel leur dit qu’il est annoncé, ce n’est plus qu’une question de minutes.

Le bruit sourd des réacteurs se calme. L’A400M s’immobilise sur le tarmac. Un petit groupe attend derrière la barrière de sécurité : le Colonel, Maël, Mila, deux officiers de liaison, et Shana, debout, droite malgré les cernes et la fatigue.

La rampe descend lentement. L’équipe du GIGN sort au pas, épuisée, mais entière. Julien échange un regard discret avec les enfants. Puis, derrière lui… Thomas apparaît. Pas en uniforme, cette fois. En homme. Il descend lentement, et son regard trouve immédiatement celui de Shana.

Shana avance vers lui, sans dire un mot, les yeux embués. Il ouvre les bras. Elle entre contre lui comme dans un refuge. Ils restent là, immobiles, dans ce moment qui n’appartient qu’à eux.

Shana (voix basse, presque un souffle) :Je t’ai cru mort. Deux fois.

Thomas (contre son front) :Je te savais vivante. Alors je n’ai jamais lâché.

Shana (relève les yeux) :Tu l’as protégé comme s’il était le tien.

Thomas (la regarde, intensément) :Il est le nôtre. S’il y a encore une justice dans ce monde.

Elle ferme les yeux. Un souffle de paix traverse ses épaules.

Pendant ce temps, Julien sort de l’avion avec précaution. Dans ses bras, emmitouflé, les yeux mi-clos : Malian.

Maël, raide et silencieux, avance instinctivement. Mila reste un peu en retrait, les bras croisés, mais le regard fixe.

Julien s’agenouille devant eux.

Julien (à Maël) :Tu veux le prendre ?

Maël (timide, soudain fragile) :Pas encore. Je veux… le regarder d’abord.

(Malian pousse un petit couinement. Sa tête pivote. Il ouvre les yeux. Long regard entre les deux garçons. Quelque chose d’indicible passe. Ils se reconnaissent.

Shana s’approche doucement. Thomas glisse sa main dans son dos. Julien lui tend Malian, avec un respect silencieux.

Shana (chuchotant) :Bonjour, mon trésor… mon petit cœur.

Elle le prend. Il est léger. Son odeur, inconnue mais déjà aimée. Il gémit à peine, se niche contre elle. Comme s’il savait.

Shana (les larmes aux yeux) :Tu n’es plus seul. Tu ne le seras plus jamais.

Toute la famille est réunie sur le tarmac. Les jumeaux ne sont pas là, ils sont bien trop petits. Mais les aînés sont figés par la scène. Et Thomas, derrière Shana, regarde le bébé avec un mélange de fierté, soulagement, et une immense fatigue.Le monde continue de tourner. Mais pour eux, ce moment est hors du temps.

Le monospace familial se gare. Thomas sort le premier, ouvre la porte arrière. Shana, avec Malian endormi dans ses bras, descend lentement, suivie par Mila et Maël, qui portent des sacs. La maison est calme, baignée d’une lumière dorée.

Maël (ouvrant la porte, à voix basse) :Ils dorment encore, les jumeaux.

Myriam est restée avec eux.Shana n’en finit pas de raconter à Myriam comme Thomas lui l’a raconté puis elle lui dit :Heureusement que tu étais là.

Elle entre. L’air de la maison sent le linge propre, le lait, et la fatigue.

Thomas (posant les clés) :Bienvenue à la maison, petit prince.

Shana (sourit) :Je vais le mettre dans notre chambre, pour ce soir. Il a besoin de nous près de lui.Elle monte lentement les escaliers, Malian toujours blotti contre elle, comme une extension de son propre corps. Il ne faut pas qu’elle oublie, c’est le fils de sa sœur.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 20

Shana tout en donnant le biberon à Matéo surveille la grande horloge. Elle se demande ce que fait Thomas en ce moment, est-il avec le fils d’Edith ? Pourvu que tout se soit bien passé. Bien entendu qu’elle a confiance en son époux, mais en terrain rebelle tout… Hélas peut arriver.

Quelques parts dans le désert Malien, non loin du camp des rebelles à demi caché derrière un rocher attend Youcef le pilote d’hélicoptère du GIGN venu échanger les bébés.

Le rotor bat l’air avec violence. À bord, le petit Malian, tout juste récupéré, est lové dans les bras d’un gendarme aide de camps de Thomas en qui il a entièrement confiance. L’enfant dort, à ses côtés se trouve le Commandant Thomas casque sur les oreilles qui surveille la carte satellite. Le soleil descend sur l’horizon ocre du Sahel.

Malian pleure depuis dix bonnes minutes. Il hurle, le visage rouge, le ventre creux. Paul semble ennuyé, il a tout simplement oublié de récupérer la sacoche où se trouve un sac isotherme où Shana a mis un potage avec du lait. Elle a dit à Paul, ce n’est pas grave si Malian le boit froid. Il fait chaud, mais laissez-le dans le sac il garde le chaud fort longtemps. Et lui l’a laissé dans son sac a dos. Quel idiot ! Il va se faire ramasser par Thomas. C’est une erreur de débutant, mais il n’a pas d’enfants.

Thomas le regarde d’un air interrogateur, il a vite compris que son aide de camp n’a pas le biberon. Il râle, car il est préférable de se poser.

— On n’est pas en zone verte, Paul. C’est instable. Si on pose l’hélicoptère, on s’expose. Tu aurais pu y penser, mais vu le nombre d’enfants que tu as je t’excuse.

Youcef intervient car Thomas a parlé dans le micro qui les relie tous les deux.

— Prochaine fenêtre possible dans huit minutes. Une clairière, non répertoriée. Potentiellement calme. Mais on ne reste pas plus de dix secondes. Je me pose et on remonte immédiatement.

L’hélicoptère se pose brutalement, soulevant une tempête de sable. Les pales ralentissent, mais le moteur reste allumé. Thomas se précipite sur le matériel entreposé au fond, il récupère une pochette isotherme, y ajuste une tétine et le met dans la bouche de son neveu qui attrape le biberon et boit goulûment.

Pendant ce temps Julien garde les yeux rivés sur l’horizon. Le silence est trop pesant. Une radio grésille. Un oiseau s’envole brusquement. Étrange…

On n’est pas seuls ici, décollage immédiat, ne nous attardons pas…

Buisson branche la caméra thermique :

Contact en approche, sud-est. Trop loin pour confirmer. Quittons ces lieux hostiles. L’hélicoptère vole à basse altitude. Les lumières intérieures sont tamisées. Malian somnole contre Paul, le ventre plein, mais pour éviter que l’enfant se déshydrate Julien Buisson lui tend un verre avec une pipette avec de l’eau. Le petit avait soif. Il s’y jette dessus et boit.

— Radar thermique contact non identifié. Vitesse irrégulière. Position nord-nord-est, 700 mètres en approche dit Julien à Thomas.

Youcef ne fait plus de rase-mottes, il prends de l’altitude. L’hélicoptère s’élève brusquement. Malian sursaute dans son sommeil, il gémit.

Que vois-tu Julien ?

Soit c’est un drône , mais il vole à notre hauteur, ou une moto rapide. Vu que cela reste à une altitude stable j’opte pour une moto. Impossible de savoir. Je vais gagner de l’altitude.L’hélicoptère s’élève brusquement. Malian sursaute dans son sommeil. Il gémit.

Un second bip se fait entendre, menaçant, plus proche. Trop proche. Youcef hurle :

Ils nous suivent. Armement prêt. Couvre-feu rompu dans la zone. Préparez évitement !

BOUM !

Une détonation sourde à l’arrière. L’appareil vacille. Un des stabilisateurs a été touché par un projectile. Youcef redresse l’appareil.

C’est une égratignure, les stabilisateurs tiennent, zone hostile mon Commandant.

Confirmation : feu immédiat. Pas de contact au sol. Pas de sommation.

Contact. Deux motos. Fusils visibles. Ils verrouillent notre trajectoire.

Thomas : Engage Julien !

Julien : Feu.

Le tir est chirurgical. La première moto éclate comme une canette de métal. La deuxième essaie de fuir, c’est peine perdue. Trois balles. Deux impacts. Une chute nette.

Youcef (froid) : Cibles neutralisées. Aucun autre signal. Reprise d’altitude.

Thomas (tourne vers l’arrière) : Comment va le bébé ?

Paul le gendarme chargé de sa protection : Rien à signaler, mon commandant. Il dort.

Thomas (plus bas, presque paternel) :On rentre. Il ne subira plus rien.

A suivre…

Copyright Juillet 2025