Quelques parts là-haut vers les sommets (21)

Le couloir du deuxième étage est envahi de bruits : sirènes étouffées, talkies, pas précipités. Armand et le capitaine Morel sortent de l’appartement, où le corps de Renaud Masson vient d’être pris en charge.L’air sent le désinfectant et la panique.Un vacarme monte soudain du bas de l’escalier.

— Laissez-moi passer, je vous en prie !

Une femme surgit dans le couloir, essoufflée, le manteau entrouvert, suivie de deux enfants terrorisés.

— Madame ! Où allez-vous ? crie un agent en lui bloquant le passage.

— C’est chez moi ! Je veux voir mon mari !

Elle essaie de forcer le passage, les yeux agrandis par l’inquiétude. Morel s’avance calmement, mettant son brassard autour du bras.

— Madame Masson ? Je suis le capitaine Morel, Police judiciaire.

— Qu’est-ce qui se passe ? Où est mon mari ? Pourquoi il y a les pompiers ?

Morel échange un regard rapide avec Armand. Il parle d’une voix basse :

— Votre mari a eu un malaise, Madame. Les secours s’occupent de lui. Elle le fixe, incrédule.

— Un malaise ? Non… non, il allait bien ce matin !

Elle regarde autour d’elle, repère la civière, les uniformes. Son visage se fige.

— Oh mon Dieu…

Armand s’approche, une main rassurante posée sur son bras.

— Venez, asseyez-vous un instant. Vos enfants ont besoin de vous. Elle secoue la tête, comme si elle refusait d’entendre.

— Non, attendez… il y a Théo !

— Théo ? répète Morel.

— Mon fils aîné ! Dix-sept ans ! Il devait rentrer du lycée il y a une demi-heure. Il m’a dit qu’il passerait directement ici pour voir son père. Elle se tourne brusquement vers l’appartement.— S’il est entré… s’il a vu quelque chose…

— Vous n’avez pas croisé votre fils en montant ? demande Armand.

— Non ! Je croyais qu’il était déjà là !

Morel, d’un ton net, se tourne vers ses agents :

— Recherchez un adolescent, dix-sept ans, Théo Masson. Fouillez l’immeuble, caves, toit, escaliers de service. Tout de suite.

— À vos ordres, capitaine !

Armand reste près de la mère, qui chancelle sous le choc.

— Il est peut-être sorti, murmure-t-il, pour tenter de la calmer. Elle secoue la tête, la voix brisée :

— Non… il n’aurait jamais laissé la porte ouverte. En bas un pompier m’a dit avoir reçu un appel d’un jeune garçon et la porte était ouverte lorsqu’ils sont arrivés.

Morel lève les yeux vers Armand.

— Si la porte était entrouverte

— Alors Théo est monté et c’est lui qui vous a appelé, s’il a raccroché brutalement j’espère qu’il a réussi à se cacher, conclut Armand à voix basse.

Et, d’un même mouvement, les deux hommes se précipitent vers la cage d’escalier. Puis Armand fait demi-tour, Rosemonde peut avoir besoin de lui.

Cette dernière se laisse tomber sur une chaise, les larmes aux yeux.

— Il n’aurait jamais laissé la porte ouverte… jamais. Armand reste près d’elle, lui parle doucement pendant que Morel disparaît dans la cage d’escalier, son talkie à la main.

— Théo ! crie un agent plus haut. Théo Masson ! Police !

Le silence répond, seulement troublé par le vent. Morel grimpe les marches du dernier palier. La porte du toit est entrouverte, battant sous les rafales.Il sort sa lampe, fait signe à ses hommes de le suivre. Le toit est vaste, gris, parsemé de cheminées. Le faisceau de lumière découpe la nuit en cercles tremblants.

— Capitaine ! Ici !

Morel s’approche. Derrière une grosse cheminée, un adolescent est recroquevillé, les genoux contre la poitrine.Ses vêtements sont couverts de poussière et de neige, ses yeux agrandis par la peur.

— C’est bon, gamin, murmure Morel. On est de la police. Tu es en sécurité.

Théo tressaille, se redresse à moitié.

— Il… il était là…— Oui. On sait, répond calmement Morel. Tu peux sortir maintenant.

Théo hésite, puis rampe vers lui. Morel le prend doucement par l’épaule.

— C’est fini. On descend, d’accord ? Ta mère est en bas.

À l’évocation de sa mère, Théo tremble.

— Elle sait ?

— Elle sait que tu es sauf. C’est tout ce qui compte pour l’instant.

Ils redescendent lentement. Dans le hall, la mère de Théo se précipite et l’enlace, sanglotant.

Armand détourne le regard, ému malgré lui.

Morel, lui, observe le garçon. Derrière le choc, il devine autre chose : une peur précise, une image gravée.

— Théo, tu l’as vu, n’est-ce pas ?

Le garçon relève les yeux, hoche lentement la tête.

— Oui… et je sais qui c’était.

Tous partent au Commissariat, afin de prendre la déposition de Théo pendant qu’il est encore en pleine capacité de le faire. Armand récupéré sa voiture où Antoine et sa mère dorment. Armand réveillé doucement Mélanie et lui dit vous êtes en sécurité nous sommes dans la cour arrière du Commissariat. Puis il entre.

Dans la petite salle du commissariat, le silence est presque total.Théo, les épaules tremblantes, fixe la tasse de chocolat fumant devant lui.À côté, sa mère, épuisée, garde la main posée sur son bras. Armand reste debout près de la fenêtre, sombre, immobile.

Morel s’assoit en face d’eux, carnet ouvert.

— Théo, tu m’as dit que tu avais vu un homme dans l’appartement, juste avant de t’enfuir. Tu peux me dire à quoi il ressemblait ?

— Il portait un manteau noir. Des gants aussi. Il avait les cheveux gris, un peu en désordre.

— Tu l’as déjà vu auparavant ? Théo hésite, puis acquiesce.

— Pas en vrai. Mais… je crois que je l’ai déjà vu sur une photo.Morel relève la tête.

— Quelle photo ?

— Une photo du mariage de Mélanie, dit-il d’une voix hésitante. Celle où papa y était aussi.

Armand se fige.

— Tu veux dire le mariage de Mélanie avec Permet ?

— Oui, c’est ça. Papa disait qu’il y avait assisté, parce qu’il était le cousin du marié.

— Et l’homme que tu as vu dans l’appartement, c’est celui qui se mariait avec Mélanie ?

— Oui. C’était lui.

Le silence tombe, lourd.Armand ferme les yeux un instant. Morel, impassible, note les mots du garçon.

— Tu es sûr, Théo ? Pas seulement une ressemblance ?

— Non. J’en suis sûr. Il avait le même regard. Froid. Je n’oublierai jamais ça.

Morel range son carnet, se redresse lentement.

— Très bien. Merci, Théo.Il fait signe à un agent d’emmener la mère et les enfants dans une autre pièce. Quand la porte se referme, le silence reprend sa place.

— Alors c’est bien lui, murmure Armand. Permet.

— Oui, répond Morel. Et il a tué Masson pour effacer toute trace du passé. Armand hoche la tête, le regard perdu.

— Il sait peut-être que Mélanie et moi…

— C’est ce que je crains, coupe Morel.Morel range son carnet, se redresse lentement.

— Très bien. Merci, Théo.Il fait signe à un agent d’emmener la mère et les enfants dans une autre pièce. Quand la porte se referme, le silence retombe.

— Alors c’est bien lui, murmure Armand. Permet.

— Oui, confirme Morel. Et il a tué Masson pour effacer toute trace de son mensonge. Armand hoche la tête, le regard perdu.

— Mélanie ne doit pas savoir, pas maintenant. Elle est trop fragile.

— On peut la mettre sous protection sans lui dire tout de suite la raison, propose Morel.

— Faites ce qu’il faut, répond Armand. Mais je ne veux pas qu’elle apprenne ce qu’il a fait. Pas avant que je sois sûr de pouvoir lui parler moi-même.Morel acquiesce.

— Très bien. Je m’en charge discrètement.Il marque une pause, puis ajoute :

— Et vous, professeur… soyez prudent. S’il croit que vous savez, il pourrait revenir vers vous avant qu’on le retrouve.Armand garde le silence, le regard fixé sur le vide.— Qu’il vienne, dit-il enfin. Je l’attends depuis cinq ans.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets (20)

Le repas venait de se terminer dans le restaurant  » A la bonne raclette »de Chambéry. La chaleur du feu contrastait avec la neige qui tombait dru dehors. Antoine, adossé contre la banquette, regardait les flocons descendre lentement. Mélanie, elle, semblait apaisée, presque heureuse.Pour la première fois depuis des années, tout paraissait simple.

Le téléphone d’Armand vibra.Il jeta un œil à l’écran :

C’était le Capitaine Morel. Un pressentiment lui traversa le ventre.Il décrocha, un peu à l’écart.

— Oui, capitaine ?

— Docteur, je vous dérange ?

— Non, pas du tout.

— Il faut que vous veniez. C’est au sujet de Renaud Masson. On vient de le retrouver mort chez lui.

Armand sentit son sang se glacer.

— Mort ? Comment ça, mort ?

— Ce n’est pas une mort naturelle, docteur. On parle d’un homicide. J’aimerais que vous voyiez certaines choses avant qu’on les emporte.

Un silence pesant, Morel ne raccrochait pas,Armand regarda la table où Mélanie et Antoine riaient encore doucement.

— Je viens tout de suite, puis il raccrocha, reprit place un instant.

— C’était le capitaine Morel, dit-il calmement. Il faut que je descende à Grenoble. C’est important.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Mélanie, la voix déjà inquiète.

— C’est à propos de Renaud. Il est mort.

Elle pâlit, se raidit sur sa chaise.

— Mort ?… Comment ?

— Ils n’en savent rien encore. Mais je dois y aller.

Antoine qui était allé voir les grands aquariums, vit de suite qu’il se passait quelque chose. Il prit son temps pour revenir vers la table. Sa mère semblait désemparée.

— Je viens avec toi.

— Oui, bien sûr. Vous resterez dans la voiture, tous les deux. Ce sera plus sûr. Une heure plus tard, la voiture d’Armand descendait la vallée, phares allumés dans la nuit neigeuse. Mélanie gardait le silence, les mains jointes sur ses genoux. Antoine dormait à moitié, la tête appuyée contre la vitre. Armand roulait vite, concentré, le visage fermé. Quand ils arrivèrent dans la rue bordée de sapins où vivait Renaud Masson, des gyrophares bleus clignotaient de toutes parts.

Le capitaine Morel les attendait sur le trottoir, manteau sombre, regard grave. Armand se gara un peu à l’écart, coupa le moteur.Il se tourna vers Mélanie.

— Tu restes ici, tu m’entends ? Quoi qu’il se passe, tu ne bouges pas.

— D’accord. Fais attention à toi.

Il sortit de la voiture, referma la portière avec douceur.À travers la vitre embuée, Mélanie suivit sa silhouette s’éloignant vers la lumière bleue des véhicules officiels.Elle sentit alors un frisson lui parcourir la nuque. Quelque chose, dans cette nuit glacée, lui soufflait que l’histoire n’était pas encore finie.

Soudain une voiture noire s’arrête à hauteur de Mélanie, en sort Rosemonde Masson, une ancienne amie d’école, c’est la femme de Renaud. Elle est avec ses deux derniers enfants. Mélanie ne cherche pas à lui faire signe, elle se fait toute petite et attend qu’Armand revienne.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets ( 19)

Le gamin qui les avait averti était du quartier, mais ils ignoraient tout de lui. Les pompiers devaient déjà être sur les lieux.

Le capitaine Morel gara sa voiture à l’angle de la rue des Marronniers.Les gyrophares rouges et bleus des véhicules de pompiers coloraient la façade d’un immeuble ancien.Deux fourgons stationnaient déjà devant l’entrée. Des voisins, silencieux, observaient depuis les trottoirs.Morel sortit précipitamment, montra sa plaque à un pompier qui dirigeait la circulation.

— Capitaine Morel, commissariat central de Grenoble. Qu’est-ce qu’on a ?

Le pompier hésita, le regard grave.

— Un homme, la quarantaine. Les voisins ont entendu un bruit sourd, puis plus rien.

— Il est vivant ?

— Je ne crois pas.

Le capitaine Morel se précipita à l’intérieur.L’escalier sentait le métal et la poussière brûlée.À l’étage, la porte de l’appartement était entrouverte, fracturée. Un pompier en combinaison s’effaça pour le laisser entrer.

— Là, Monsieur Renaud Masson gisait dans le salon, à moitié allongé contre le canapé. Le téléphone portable reposait sur le sol, l’écran encore allumé sur un numéro non terminé.Morel s’accroupit près du corps. Le médecin des pompiers secoua la tête.

— Pas de pouls depuis plus de dix minutes.

— Cause probable ?

— Chute violente. Mais… il y a un hématome sur la tempe. Pas de trace de lutte apparente.Morel observa la pièce. Rien ne semblait déplacé, sauf une lampe renversée et quelques feuilles éparpillées sur la table basse. Sur l’une d’elles, un mot griffonné :

Je n’aurais jamais dû signer. Pardonne-moi.

Morel se redressa lentement.

— Personne n’a vu quelqu’un entrer ou sortir ?

— Non, capitaine. Les voisins disent avoir entendu un claquement de porte, c’est tout.

Morel fit le tour de la pièce. Une fenêtre entrouverte, un rideau qui bougeait doucement sous le vent du soir.Il se pencha sur le téléphone au sol. L’historique affichait :Dernier appel : Professeur Armand – 19h42.

Appel sortant interrompu : Étienne Permet – 19h56.

Il sentit sa mâchoire se contracter.

— Fermez la scène, dit-il d’une voix basse.

— Vous suspectez quelque chose ? demanda un pompier.

— Ce jeune qui a téléphoné à bien dit c’est une agression et il a ajouté c’est mon père, puis plus rien. J’espère qu’il est vivant. Et sa femme et ses autres enfants où sont-ils donc ?

— Vous avez raison Capitaine, il ne doit pas être loin.

— Mes hommes ont fait le tour de la maison, ils n’ont rien trouvé, la mère et les enfants ne sont pas là.

— Il n’est que dix-neuf heures trente, les grandes surfaces ne ferment qu’à vingt heures. Ils ne devraient pas tarder.

Morel regarda à nouveau le corps de Masson.

— Disons qu’il y a des gens à qui la vérité coûte plus cher que le mensonge.Il sortit son téléphone, composa un numéro.

— Allô, Professeur Armand ?

— Oui, capitaine.

— Je suis chez le docteur Masson. Il faut qu’on parle. Tout de suite, j’espère que c’est possible.

— Que s’est-il passé ?

— Venez si vous pouvez… mais préparez-vous. Ce n’est plus une affaire médicale. C’est devenu une affaire criminelle.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets (18)

La sonnerie du lycée s’est déjà éteinte quand Théo remonte la rue. Il traîne son sac, les épaules encore pleines des rires et des conversations d’après-classe. L’immeuble de son père se profile, familier et banal. Pourtant, quand il pousse le portail et gravit les marches, quelque chose cloche :

la porte d’entrée est entrouverte. Elle n’est jamais entrouverte.

— Papa ? lance-t-il sans y croire, la voix qui ricoche contre le hall.Personne ne répond. Le silence est lourd, inhabituel. Il pousse la porte davantage. L’odeur de la maison — vieux café, lessive — est remplacée par une note métallique, indéfinissable. Il pose son sac par terre et avance à petits pas, le cœur qui commence à battre plus vite.

Dans le salon, une silhouette se détache dans la demi-obscurité : un homme penché sur le canapé, une main qui frappe ou tient quelque chose. Théo voit l’impossible en une fraction de seconde : son père, affaissé, immobile. Les meubles ont l’air renversés, une lampe brisée. L’homme se retourne, un visage qui.lui est familier, dur, sans hésitation.

La peur lui coupe la voix. Mais le froid de l’air lui chatouille le nez. Il éternue, c’est un petit bruit sec qui le trahi.

L’homme sursaute. Ses yeux croisent ceux du garçon. Pour une seconde tout bascule. Le visage de l’intrus se durcit, les lèvres se pincent. Puis il se redresse d’un bond.

— Hé ! — hurle-t-il, la voix brève et menaçante.

Théo recule d’un pas, le reflexe plus fort que la raison. Il n’a pas le temps de réfléchir : l’homme fonce vers lui. Le garçon sent l’adrénaline brûler ses mains, prend son sac et se met à courir vers l’escalier. Les pas lourds de l’agresseur résonnent derrière lui. La montée est une succession de marches avalées, un souffle court, la peur qui mord. Il débouche sur la mezzanine et cherche à taton la porte qui accède au toit qu’il avait rarement ouverte. Elle n’est pas fermée à clef, mais difficile à ouvrir. Sans réfléchir, il la pousse et grimpe, les mains qui glissent sur le métal froid. Encore quelques escaliers qui donnent sur une terrasse avec accès à la chambre de ses parents. Au sommet, le vent le claque au visage. Il imagine en bas le corps immobile de son père, le drap, la lumière vacillante des torches. L’intrus hurle quelque chose qu’il ne comprend pas et commence à monter à sa suite.Théo voit la rampe, un petit recoin derrière une grande cheminée — un trou parfait où se tasser. Il rampe, se couche à plat ventre derrière la brique rugueuse, serre les genoux contre sa poitrine. Son sac lui sert d’oreiller, son souffle est un tambour dans ses oreilles. Il n’ose plus bouger. Le froid le traverse ; son cœur tambourine.De là où il est, il voit l’homme passer, furieux, scruter le toit avec la même brutalité qu’il avait eue dans le salon. La silhouette s’arrête, scrute, puis finit par redescendre, jurant dans sa barbe.

Théo reste immobile encore longtemps après le silence, puis il ouvre son téléphone et appelle un numéro puis deux, il ne sait plus dans quel ordre c’était, mais où les pompiers et la police tout le monde est su courant. Et soudain au loin, des voix d’agents et la sirène d’un camion se mêlent à la nuit.

Il reste collé à la brique, les yeux emplis d’eau, incapable de comprendre pleinement ce qu’il a vu. Il sait seulement deux choses : il a vu, il a été vu — et il ne peut pas rentrer. Pas tant que la nuit et les hommes indéterminés ne lui auront pas permis de le faire sans être pris.Il serre son sac, contrôle sa respiration, et attend.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets (17)

Armand resta quelques secondes immobile, le téléphone encore à l’oreille.Le silence de la pièce n’avait plus rien de paisible.Il inspira lentement, cherchant à reprendre le contrôle de ses pensées. Puis, d’un geste précis, il composa un autre numéro — celui que le capitaine Morel lui avait tendu quelques heures plus tôt. La ligne décrocha après deux tonalités.

— Morel.

— Capitaine, c’est le Professeur Armand.

— Je m’en doutais. Vous n’appelez pas pour rien, j’imagine. Armand s’assit, posa son coude sur le bureau.

— Je viens d’avoir Renaud Masson au téléphone. Il est dans un état d’extrême agitation.

Que vous a-t-il dit ?

— Qu’il avait appelé son cousin, Étienne Permet. Et qu’il avait été menacé.

Un léger silence au bout du fil.

— Menacé comment ?

— De manière directe. Il lui a dit qu’il “ne dormirait pas cette nuit”. Je connais Renaud : il est nerveux, mais il ne dramatise jamais à ce point. Cette fois, il avait peur. Vraiment peur.

— Vous savez où il se trouve ?

— Chez lui, d’après ce qu’il m’a dit. Mais il semblait prêt à partir. Morel soupira.

— Bien. Donnez-moi son adresse.

Armand la dicta lentement. On entendait le bruit d’un stylo sur un carnet, puis un ton plus grave :

— Merci, Professeur. Vous avez bien fait de m’appeler.

— Capitaine… vous croyez qu’il est en danger ?

— Quand un homme ment toute sa vie et qu’il décide soudain de dire la vérité, il l’est toujours.

Armand sentit un frisson lui parcourir les épaules.

— Et Mélanie ? demanda-t-il après un silence.

— Je vais envoyer une patrouille vers chez Masson. Mais vous, restez auprès de votre épouse. Ne bougez pas sans m’avertir.

— Très bien. J’avais prévu d’emmener ma femme au restaurant avec mon beau-fils.

— Allez-y, c’est une excellente idée. Vitre femme sera avec vous. Je vous rappellerai dès qu’on a du nouveau.

La ligne se coupa. Armand resta un moment immobile, fixant le vide.Puis il posa son téléphone, ferma les yeux. Pour la première fois depuis des années, il sentit que tout recommençait.Et que cette fois, il ne pourrait plus protéger tout le monde. Mais Mélanie et Antoine ne seraient pas atteints, il y veillerait personnellement.

Puis il saisit ses clefs, récupéra Mélanie et Antoine et se rendit au restaurant. Mélanie le regardait, son visage était figé. Il avait sa mine sombre des jours, où la colère l’envahissait lorsque Mélanie plongeait dans son passé.

Lorsqu’Antoine se lève il va vers les machines à sous et il essaye de gagner, Armand lui a filé dix euros en pièce de deux. Il se doute qu’Armand veut confier quelque chose à sa Maman.

Mélanie en profite pour savoir ce qu’il se passe. En deux mots elle apprend que Masson est en panique et que Le Capitaine Morel doit être en ce moment chez lui.

A suivre…