Quelques parts là-haut vers les sommets (16)

Il était un peu plus de dix-neuf heures quand le téléphone du professeur Armand vibra sur son bureau à Chambéry. Il était arrivé vers dix-sept heures, accompagné de Mélanie et d’Antoine.
Mélanie discutait avec Myriam, une jeune infirmière, tandis qu’Antoine interviewait le jeune interne pour savoir quelle filière il devait choisir s’il persistait dans son désir de devenir médecin.
Vers dix-neuf heures, Armand avait réservé une table au restaurant pour déguster une bonne raclette savoyarde. C’était la raison pour laquelle il était venu en voiture avec sa femme et le fils de celle-ci.

Le dernier patient venait de quitter son cabinet, et la lumière du jour s’éteignait derrière les vitres.Il jeta un œil à l’écran :

Renaud Masson. Il décrocha aussitôt.

— Renaud ?

— Armand… c’est moi. Excuse-moi de t’appeler à cette heure.

La voix de Masson était rauque, instable. On y sentait une tension qu’Armand ne lui connaissait pas.

— Ce n’est rien, répondit Armand calmement. Tu voulais me parler tout à l’heure, mais je n’étais pas disponible.

— Oui, je sais. J’ai… j’ai fait une bêtise.

— Quelle bêtise ?

— J’ai appelé Étienne.

Un silence.

— Ton cousin ?

— Oui. Je devais lui dire que j’avais parlé au commissaire. Que j’avais tout dit.

— Et ?

— Et maintenant, il sait. Il sait que j’ai parlé de lui.

Armand sentit son dos se raidir.

— Que t’a-t-il dit ?

— Qu’il allait me le faire payer. Qu’il ne me laisserait pas “détruire ce qu’il a construit”.

— Il t’a menacé ?

— Pas avec des mots qu’on peut répéter, Armand. Tu comprends ?

Une inspiration tremblée lui échappa.

— Il m’a dit que je ne devrais pas dormir cette nuit. Que certaines erreurs se payent en silence.

Armand se leva brusquement, le cœur battant.

— Où es-tu, Renaud ?

— Chez moi. Pour le moment. Mais je ne sais pas si je vais y rester.

— Écoute-moi : tu ne restes pas seul. Tu viens ici, à la clinique. Je t’attends.

— Non. Non, je ne peux pas.

— Pourquoi ?

— Parce que s’il apprend que je t’ai revu, il s’en prendra à toi. À toi, à Mélanie, à…

Il s’interrompit net.

— À Mélanie ? Pourquoi elle ?

— Parce qu’elle est le point de départ de tout, Armand. Parce qu’il ne l’a jamais vraiment laissée partir.La voix de Masson se brisa.

— Renaud, écoute-moi. Tu viens ici. Maintenant. Je te promets qu’il ne te touchera pas.

— Tu ne peux pas promettre ça, Armand. Tu ne sais pas ce qu’il est capable de faire.

— Alors dis-moi, Renaud. Dis-moi ce qu’il prépare.

Un long silence, ponctué par une respiration haletante.Puis, très bas :

— Il n’a jamais supporté que tu la lui aies reprise.

— Que veux-tu dire ? Qui lui a dit ? Toi ? Tu m’as trahi, c’était donc toi qui était à la mairie le jour où je me suis marié.

— Pardonne-moi, j’ai dû lui dire un soir de beuverie. Il n’a pas pardonné la fuite de Mélanie, il veut que tout recommence.

— Qu’est-ce que tu veux dire, Renaud ?

Mais la ligne grésilla, puis se coupa net. Armand resta planté là, le téléphone encore à l’oreille. Dehors, la nuit tombait sur la ville. Il sentit un froid glacial lui remonter le long des bras.Ce n’était plus seulement une affaire d’injustice médicale. Quelque chose — ou quelqu’un — venait de se remettre en marche.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets (15)

Il sorti encore étourdi par l’interrogatoire. Il devait appeler Valgrange mais dans sa poche, son téléphone vibrait comme un rappel du monde réel. Avant de rappeler Armand il devait appeler son âme damnée.
Il hésita, puis chercha un numéro enregistré depuis des années sous le nom : Étienne Parmet

— Allô ?

La voix de son cousin était froide, coupante.

— C’est moi, Renaud. Il faut qu’on parle.

— Qu’est-ce que tu veux encore ?

— Je suis sorti du commissariat.

Un silence, puis un léger claquement de langue.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Pourquoi étais-tu au commissariat ?

— Ils m’ont convoqué… à propos de l’internement de Mélanie.

— De quoi !

— Le commissaire Morel voulait des précisions. Je n’ai pas eu le choix, Étienne. J’ai dit la vérité.

De l’autre côté de la ligne, un souffle court, puis la voix monta d’un cran.

— Quelle vérité ?! Qu’est-ce que tu as dit exactement ?

— Que j’avais signé sur ta demande. Que c’était toi qui m’avais convaincu. Que tu m’avais promis de m’aider pour la reprise de la clinique.

Un silence glacé tomba.

— Tu es fou, Renaud. Complètement fou.

— J’en ai assez de mentir, Étienne ! J’ai tout perdu à cause de toi. Ma carrière, mes patients, ma dignité. Je ne veux plus porter ça seul.

La voix du cousin se fit plus lente, plus sourde.

— Écoute-moi bien, Renaud. Tu ne sais pas dans quoi tu t’engages. Tu crois qu’ils vont te croire ? Qu’ils vont m’accuser, moi ? Tu vas tout ruiner, pour rien.

— Ce n’est pas à moi de décider. Ils ont ouvert une enquête.

— Et tu crois que je vais te laisser faire ?

Un frisson remonta la nuque de Masson.

— Étienne, ne fais pas ça…

— Non, toi, ne fais pas ça. Tu fermes ta bouche, tu disparais quelques jours, tu laisses les choses se tasser.

— C’est trop tard.

— Alors je te jure que tu le regretteras. Tu ne sais pas ce dont je suis capable.

Le ton n’était plus une menace : c’était une promesse.

Renaud resta muet quelques secondes, la main crispée sur le téléphone.— Tu n’as plus aucun pouvoir sur moi, Étienne. Plus maintenant.

— Tu te trompes, répondit la voix glaciale. Tant que tu respires, j’en ai encore.

Puis la ligne se coupa. Le silence retomba brutalement.Renaud resta là, immobile, le téléphone collé à l’oreille, le regard vide. Il savait qu’il venait de franchir un point de non-retour.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets (14)

Le docteur Masson sortit du commissariat, l’air blême.Il ne savait plus très bien ce qu’il venait de dire.Il avait parlé, beaucoup trop sans doute.

Le vent froid de Grenoble lui fouettait le visage, mais il ne le sentait pas.Sur le trottoir, il sortit son téléphone, hésita, puis composa un numéro qu’il connaissait encore par cœur.

Celui du Docteur, maintenant Professeur Valgrange.

La tonalité retentit, deux fois, trois fois.Pas de réponse. Quelques secondes plus tard il reçu un message mi-figue mi-raisin, cela ne le fit pas sourire. Sauf que lui, il travaillait.

Il raccrocha, puis laissa un message, la voix tremblante :

— Armand… c’est Renaud. Rappelle-moi, s’il te plaît. C’est… important. Très important.

Il rangea le téléphone, resta un moment immobile. Autour de lui, les voitures passaient, indifférentes.Puis il s’éloigna lentement, comme s’il savait qu’il n’aurait peut-être pas le courage de répéter une seconde fois ce qu’il venait de dire à l’OPJ Morel.

La veille il avait reçu un appel, il lui avait dit vous n’avez pas besoin d’aller à la gendarmerie, c’est nous qui reprenons l’enquête. Je vous donne rendez-vous à 10 h. Au moment où il se garait, il recevait un deuxième appel, venez un peu plus tard vers 10 h 30. Maintenant il avait compris c’était parce que Valgrange lui avait voler la politesse.

Dans la clinique Aux Gentianes, le professeur Valgrange terminait sa consultation avec une jeune patiente anxieuse. Il prit quelques notes, la rassura, puis la raccompagna jusqu’à la porte.

En revenant vers son bureau, il remarqua la lumière clignotante de son téléphone. Un message vocal.Il appuya sur lecture.

« Armand… c’est Renaud. Rappelle-moi, s’il te plaît. C’est… important. Très important. »

Armand fronça les sourcils.Il jeta un coup d’œil à l’horloge : 10 h 45.

Le message datait de quinze minutes après la fin de sa propre déposition.Il hésita une seconde, puis composa le numéro de Masson.Une sonnerie. Deux. Trois.

— Allô, Renaud ? C’est Armand. Tu voulais me parler ?

Au bout du fil, un silence.Puis la voix de Masson, basse, épuisée :

— Oui. Merci de rappeler. J’avais besoin de te dire… que tout est en train de ressortir. Tout.

Armand se tut. Il sentit la gravité dans le ton de son ancien collègue.

— Renaud, où es-tu ?

— Chez moi. Enfin… pour le moment.

— Tu veux que je passe ?

— Non. Pas encore. Il faut d’abord que je t’explique. Que tu comprennes ce que j’ai fait.La voix se brisa légèrement.

— Renaud, écoute-moi. Calme-toi. Je t’écoute.

— Pas maintenant, Armand. Ce n’est pas un appel de médecin à médecin. C’est… quelque chose d’autre.

Et la ligne se coupa. Armand resta un instant figé, le téléphone encore à l’oreille.Le message de Morel lui revint en mémoire :

« Appelez-moi si vous pensez avoir oublié quelque chose… ou autre chose. »Il comprit alors que ce « quelque chose » n’avait peut-être rien à voir avec les faits médicaux.C’était autre chose, de plus grave.Et Masson venait, sans le savoir, d’ouvrir la porte.

A suivre…

Quelques parts là-haut vers les sommets (13)

Interrogatoire du Docteur Renaud Masson à Grenoble

La même salle, une heure plus tard.

Le docteur Renaud Masson s’assit face au capitaine Morel. Il avait le teint livide, la chemise froissée. Devant lui, le dossier « Permet, Mélanie » était ouvert. Morel enclencha le dictaphone.

— Nous sommes le vingt-trois octobre, dix heures précises. Interrogatoire du docteur Renaud Masson, psychiatre à la clinique Aux Gentianes.

Il marqua une pause.

— Docteur, vous êtes entendu aujourd’hui pour des faits susceptibles de constituer une fausse déclaration médicale en vue d’une hospitalisation d’office. Confirmez-vous être l’auteur du certificat ayant conduit à l’internement de Madame Mélanie Permet ?

Un bref silence puis d’une toute petite voix, le regard baissé le Docteur Masson ose parler :

— Oui, répondit Masson d’une voix à peine audible. C’est ma signature.

— Pouvez-vous expliquer les circonstances de cette signature ?

Masson se passa une main sur le visage.

— J’ai rédigé ce certificat à la demande de mon cousin, Étienne Permet. Il m’a dit que sa femme était instable, qu’elle mettait leur fils en danger. J’ai accepté de l’aider… sans la voir.

Morel haussa un sourcil.

— Sans l’avoir examinée ?

— Non.

— Pourquoi ?

Masson resta un instant silencieux, puis lâcha :

— Parce qu’il m’avait promis quelque chose.

— Quoi donc ?

— De l’argent. Enfin… pas un pot-de-vin direct, mais un prêt conséquent. Il m’avait dit qu’il investirait dans la clinique.

Morel feuilleta lentement le dossier.

— Vous convoitiez la direction, n’est-ce pas ?

— Oui. J’étais fatigué d’être dans l’ombre de Valgrange. Il dirigeait tout, décidait de tout. Moi, j’avais des projets. Étienne savait ce que cela représentait pour moi. Il a su… me piéger.

— Donc, en échange de cette promesse financière, vous avez signé un faux diagnostic psychiatrique ?

— Oui, admit-il dans un souffle. Je l’ai fait.

— Vous saviez pourtant que Madame Permet n’était pas malade ?

— Oui. Je le savais. C’était évident. Mais j’ai fermé les yeux.

— Pourquoi revenir dessus maintenant ?

Masson redressa la tête, la voix plus dure :

— Parce que plus rien ne tient. Mon cousin s’est rétracté, il ne m’a jamais versé un centime. Et moi, j’ai tout perdu : ma réputation, mes patients, ma conscience.

— Le Professeur Armand est venu ce matin déposer une déclaration, précisa Morel. Il n’a pas cherché à vous accuser. Au contraire, il semble vouloir vous protéger.

Masson eut un rire amer.

— Bien sûr qu’il veut me protéger. C’est ce qu’il a toujours fait. Même quand je ne le méritais pas.

— Vous lui avez parlé récemment ?

— Oui, hier. Je lui ai dit que j’étais convoqué. Il m’a regardé comme on regarde quelqu’un qui s’enfonce et qu’on ne peut plus sauver.

Morel s’appuya contre le dossier de sa chaise.

— Docteur Masson, avez-vous conscience de la gravité de vos actes ?

— Oui. Et je suis prêt à assumer. Mais je veux que vous notiez une chose : je ne l’ai pas fait par cruauté. Je l’ai fait par faiblesse. Et par orgueil.

Morel éteignit le dictaphone.

— C’est souvent la même chose, docteur.

Il laissa passer un silence, puis ajouta plus doucement :

— Le professeur Armand Valgrange a raison. Il n’est pas trop tard pour dire la vérité.

Masson hocha lentement la tête.

— Oui. Mais parfois, la vérité arrive quand tout le reste est déjà détruit.

A suivre…

Quelques parts, là -haut vers les sommets (12)

La route avait été déblayée, la voiture d’Armand filait bon train. Il s’était arrêté chez sa meilleure amie à la sortie de la station de La Plagne, Mélanie avait apporté la valise de sa mère.

Nous lui devions une fière chandelle, elle avait joué son rôle à la perfection dans le vieux chalet. J’imaginais la tête des gendarmes lorsqu’ils étaient revenu et n’avaient rien trouvés.

Notre maison baignait dans une lumière bleue de fin de jour. La neige, dehors, continuait de tomber en silence, étouffant tout bruit venu du monde. Mélanie ferma la porte derrière elle, encore sous le choc de cette rencontre que j’avais faites. Masson était aussi un cousin de son ex mari.

On ne devait se faire aucune illusion, il devait déjà être informé de la présence de son ex à La Plagne. Le pire de tout c’était qu’il m’est rencontré. Il pouvait faire le rapprochement.

Antoine dormait déjà sur le canapé, roulé dans une couverture. Armand, lui, restait debout près de la fenêtre. Il n’avait pas retiré sa veste. Le visage grave, immobile, les mains jointes dans le dos, il observait les flocons comme s’ils pouvaient lui donner une réponse.

— Tu lui as parlé ? demanda Mélanie d’une voix basse.

— Oui, répondit-il sans se retourner. Il m’a présenté sa femme. Et… il croit t’avoir vue. Un long silence, Mélanie sentit ses genoux fléchir légèrement, chercha une chaise, s’y assit lentement.

— Alors, c’est fini, murmura-t-elle. Ils vont venir. Armand ferma les yeux un instant.

— Ils ignorent que je t’ai épousée. Mais ils viendront, quand ils auront mené une enquête. Ils poseront les questions auxquelles nous ne pourrons plus mentir.

Elle releva la tête, ses yeux sombres accrochés aux siens.

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Il s’approcha, posa ses mains sur ses épaules. Sa voix trembla légèrement, sans faiblesse pourtant :

— Il faut que j’y aille.

— Où ?

— Au commissariat. À Grenoble. C’est le seul moyen. Si je ne me présente pas, ils viendront ici à ma clinique, et alors… ils te retrouveront, toi et Antoine.

Mélanie le fixa, interdite.

— Tu veux te dénoncer ?

Il sourit doucement, presque avec tendresse.

— Non. Je veux raconter la vérité. Pas celle qu’ils croient, pas celle que ton mari a construite. La nôtre, un silence, puis :

— Et si je dois tomber pour t’avoir sauvée, alors ce sera juste.

Les larmes montèrent aux yeux de Mélanie, mais elle les retint. Elle savait qu’il avait raison. Qu’il n’y avait plus de fuite possible, seulement la dignité du dernier geste. Dehors, le vent se leva, fouettant les vitres.

Armand déposa son blouson de ski.

— Demain matin, dit-il simplement. Pascal Masson n’ira pas de suite dire qu’il a des doutes sur moi. Enfin s’il a compris mes phrases à demi-voilée, et pleine de sous-entendu . Cette nuit-là, aucun des deux ne dormit, alors pour calmer la peur de Mélanie il lui fit tendrement l’amour.

Quand il se lève, Mélanie s’est rendormie, épuisée, Antoine a dû se relever durant la nuit il n’est plus sur le canapé. Mais où a-t-il pu aller dormir ? On lui avait juste dit que nous avions quatre chambres. Une pour le bébé, l’autre pour mon fils aîné et la sienne, ainsi que la nôtre.

Je vais vérifier car dans moins de deux heures mon fils ainé va arriver. Il sortira de sa garde, et il se dirigera directement dans sa chambre. Antoine dort dans la chambre que je lui ai refait.

Lorsqu’il arrive à Grenoble, c’est juste l’ouverture de la gendarmerie. Il se présente comme psychiatre et rentré rapidement. Il est amené dans un bureau assez défraîchi, le bureau était silencieux, chauffé par un vieux radiateur qui ronronnait faiblement.

Un officier le reçoit rapidement. Armand s’assit face à l’officier, les mains posées sur le dossier de Mélanie. Il prit une profonde inspiration.

— Je suis le docteur Armand Valgrange, psychiatre, commença-t-il. Il y a cinq ans, j’ai pris en charge Madame Permet. Elle était internée dans une de mes cliniques psychiatriques à la demande de son mari. Mais je me suis rapidement rendu compte que son internement était injustifié, voire abusif. Elle n’avait aucune pathologie qui justifie cette mesure. Lorsque je l’ai découvert, il’y avait déjà un an qu’elle était à la Clinique des Roses. Abrutie par les médicaments. Personne ne venait la voir. En discutant avec elle puisqu’à ma demande on avait arrêté les médicaments, j’appris qu’elle avait un fils et qu’elle ne l’avait pas vu depuis un an. J’organisais avec mon bras droit le Docteur Masson une rencontre avec le fils dans un premier temps puis le père seul et finalement toute la petite famille.

Rapidement j’appris de Masson mon adjoint que son cousin devait vouloir la fortune de sa femme car cette dernière était sous sa coupe. Je demande au Juge de statuer sur le sort de Madame Permet. Le jugement rendu était en faveur de Madame Permet et de ma clinique. Mais lui n’a pas accepté le retour de sa femme à l’époque mais depuis elle a dû divorcer. Madame Permet est retourné vivre chez sa mère.

Helas son mari la harcelait tous les jours, aussi … Il laissa quelques secondes pour que ses mots pèsent.

— J’ai donc pris la décision de la faire transférer dans une clinique de repos et de convalescence, adaptée à sa récupération, loin de ce qu’elle subissait. À ce moment-là, elle a quitté la clinique sous ma responsabilité. Je n’ai jamais eu connaissance de toute autre mesure légale ni d’un avis de garde sur son fils.L’officier hocha la tête, prenant des notes.

— Et depuis ? demanda-t-il.

Armand garda le silence, fixant le dossier.

— Depuis, je n’ai eu aucune nouvelle officielle de Madame Permet, répondit-il calmement. Je n’ai agi que dans son intérêt médical et humain, et pour la protéger des abus qu’elle subissait.

Il savait que ce qu’il ne disait pas, son mariage avec Mélanie, leur vie commune à la montagne, le fait qu’Antoine soit sous leur protection devait rester secret.

Mais en affirmant simplement la vérité médicale et morale, il protégeait autant Mélanie que lui-même.

Lorsqye Mélanie se lève, elle ne voit pas Antoine, elle s’affole, puis elle voit un mot sur la table. C’est un mot d’Armand :

Mon Amour,

Il est 7 h 30 je pars à Grenoble je ne rentrerais pas tout de suite, je passerais à la clinique voir si tout se passe bien en sortant du Commissariat..Ne cherche pas Antoine il dort paisiblement dans sa chambre. Je ne t’ai’pas réveillé toi et l’amour que tu portes en toi vous dormiez si bien. J’ai préparé mon texte pour bien être en accord avec ce dont nous avons parlé . Je serais moins surpris par des questions. Je t’embrasse tendrement mon Amour.

PS : Je rentre pour midi tapante, ne prépare rien pour le repas, je l’apporterai. Si nous pensons rester, je redirais à Madame Frémont de venir entretenir le linge et faire le ménage. Quand à Sophie elle ne rechigne ta pas pour préparer nos repas.

La maison était silencieuse. Antoine dormait profondément, roulé dans sa couverture, et pourtant Mélanie n’arrivait pas à apaiser son esprit. Chaque minute semblait s’étirer, lourde et incertaine. Depuis qu’Armand était parti, un vide s’était installé dans son cœur, comme si le monde extérieur avait brusquement envahi leur refuge.

Elle repensait à la journée, au Chamois, à la neige qui tombait sur les pistes, au moment où ils avaient dû s’éloigner de Masson. Chaque geste, chaque pas de cette descente improvisée lui revenait en mémoire avec une acuité douloureuse. Son cœur battait encore plus vite rien qu’en imaginant la conversation qu’Armand avait eue.

Que se passait-il là-bas ? Que lui avait-il dit ? Était-il en danger ? Était-elle en danger, Antoine allait-il pouvoir intégrer le lycée où Armand était allé.

Elle ne savait rien, et cette ignorance la dévorait. Le silence de la montagne, le crépitement discret du feu, même le souffle régulier d’Antoine semblaient conspirer pour lui rappeler qu’elle était seule, suspendue à l’issue de ce moment décisif.Elle resta là, figée, le regard perdu vers la fenêtre où la neige continuait de tomber. Chaque flocon qui descendait semblait ralentir le temps, comme pour lui rappeler qu’elle n’avait aucun contrôle, et que la vérité sur Armand, sur leur vie, sur le futur d’Antoine, resterait hors de sa portée… pour l’instant.

Pendant ce temps Armand discutait avec l’OPJ et l’inspecteur charge de l’enquête. Il se sentait gêné car les deux hommes lui parlaient simplement de leurs doutes, d’une enquête qui s’avérait difficile. D’un passé mystérieux qui enveloppait la disparition du gamin. C’est Armand qui petit à petit les orientait vers une fugue.

Le commissariat de Grenoble s’éveillait lentement au train-train quotidien. Les néons diffusaient une lumière blafarde sur les murs gris, et le cliquetis des claviers rythmait le calme administratif du lieu.

Armand venait de signer sa déposition. Le capitaine Morel, l’officier chargé de l’enquête, referma le dossier avec soin, puis leva les yeux vers lui.

— C’est une affaire délicate, docteur, dit-il d’une voix égale. On va transmettre votre déclaration au parquet. Votre témoignage confirme ce que certains soupçonnaient déjà : que cette femme n’avait rien à faire dans un service psychiatrique.

Armand acquiesça, les mains croisées sur la table.

— C’est tout ce que je voulais rappeler, capitaine. La vérité, pas les rumeurs. Morel hocha la tête.

— Vous avez bien fait.Ils se levèrent ensemble. Armand enfila son manteau, salua l’officier avec la réserve polie d’un homme habitué à mesurer ses mots. Mais alors qu’il franchissait le seuil du bureau, Morel le rejoignit dans le couloir.

— Docteur, attendez une seconde.Armand se retourna. Le policier hésita, puis lui tendit sa carte personnelle.

— Je ne sais pas si c’est l’instinct ou l’habitude, dit-il doucement, mais j’ai la sensation que vous ne m’avez pas tout dit. Armand le regarda sans répondre. Le silence entre eux fut bref, mais lourd.

— Ce n’est pas un reproche, poursuivit Morel. Parfois, il y a des vérités qu’on garde pour de bonnes raisons.Il esquissa un sourire.— Si jamais vous avez besoin de parler… pas en tant que témoin, mais en tant qu’homme… appelez-moi.

Armand prit la carte. Morel ajouta, presque comme une confidence :

— J’ai bien connu votre père. Il venait donner des cours à l’école de police, il nous parlait de psychologie et d’empathie dans l’enquête. Un homme brillant.Il sourit encore.

— On m’a dit qu’il vivait à Nice, à la retraite. Vous lui ressemblez. Armand sentit un frémissement discret dans sa poitrine.

— Oui… il est à Nice, toujours aussi curieux de tout.

— Eh bien, conclut Morel en lui tendant la main, il serait fier de vous, docteur. Bonne soirée. Armand quitta le commissariat, la carte serrée dans sa main gantée.

Dehors, le froid s’était intrnsifié, la neige ne tombait plus. Il était dix heures trente, il avait largement le temps de se rendre dans sa clinique. Désormais il s’y consacrait à mi-temps, mais souvent il faisait du 100 pour 100. Les enfants et les ados méritaient qu’il soit autant présent que vers les adultes.

Il inspira profondément, la tête pleine du visage de Mélanie, du rire d’Antoine, et de cette phrase qui résonnait encore :“Je pense que vous ne m’avez pas tout dit.”Ce Capitaine Morel devait être doué, il allait en discuter avec Mélanie et il prendrait sa décision. Au moment où il tourne à l’angle de la rue, afin de récupérer sa voiture, il se heurte de pleins fouet à un individu qui s’excuse vaguement. Mais Armand a eu le temps de voir qui il était : Renaud Masson se rendait à son rendez-vous. Il était pressé ou agacé.

Quelques minutes plus tard alors qu’Armand entrait dans sa clinique son téléphone vibra, il jeta un coup d’oeil à l’arrivant : c’était Masson.

Il envoya son message  » ne pas déranger  » ou il était noté sa phrase humoristique :

« En séance avec mes petits rescapés du monde. Je redeviens joignable bientôt. »

A suivre…