Goémon, sang et le silence ! (21)

Erwan est parti ce matin pour Brest. Il m’a demandé la permission, mais je ne l’accuse de rien. Je lui ai dit que je lui rapporterais ses toiles et que je viendrais avec sa sœur. Il va habiter avec sa fiancée.

C’est une maison bretonne, simple et robuste, comme on en voit souvent par ici.

Erwan est appuyé à la fenêtre, remplaçant avec soin des pierres de granit qui ont dû tomber. Lorsqu’il nous aperçoit, un sourire éclaire brièvement son visage, mais il disparaît aussitôt.

Plus tard, Lénaïg me confiera qu’à ce moment, il revivait certains des épisodes les plus sombres de leur histoire familiale.

Toute la famille pensait d’abord que son problème était lié au fait qu’il n’avait pas été admis à l’école de gendarmerie.

Cette nuit je m’étais assis devant sa toile, je me suis souvenu qu’Erwan, à quatre ans, avait déjà gardé en lui des éclats de cette nuit.

Les vagues, le bruit des objets, la peur, le contact rassurant… tout était là, immortalisé dans ses coups de pinceau, même si lui ne comprenait pas encore ce qui s’était réellement passé. Ces souvenirs fragmentaires, mêlés à ses émotions, allaient guider son regard et ses dessins, et finalement nous permettre, à nous, de reconstituer le chaos de cette nuit.

Erwan fixait sa toile, les doigts tachés de bleu et de vert. Devant lui, un petit bateau semblait se briser contre des vagues sombres, mais ce n’était pas seulement la mer qu’il peignait : c’était la mémoire de cette nuit, celle qu’il avait vécue à quatre ans, et qu’il n’avait jamais vraiment oubliée.

« Je me souviens… » murmura-t-il pour lui-même, la voix étranglée par des années de silence.Mais ce souvenir n’était pas un récit clair. C’était un assemblage de sensations :

le claquement sec d’une porte, le bruit sourd d’un objet qui tombait sur le sol, le fracas de ses propres pas sur les pierres froides.

Il se souvenait du goémon humide que l’on sentait jusque dans ses narines, du sel mêlé à quelque chose de métallique, une odeur qui lui avait donné un haut-le-cœur à quatre ans, et qui le faisait frissonner encore aujourd’hui.Il montrait ses dessins à Yann :

« Regarde… ici », dit-il en pointant les vagues qui semblaient engloutir un corps noirci. « Je ne savais pas ce qui se passait. Je voyais juste les ombres bouger, et j’avais peur… tellement peur.

Erwan se rappelait aussi de la main qui le serrait, le corps qui le protégeait, le seul repère dans ce chaos confus. Le reste était flou : les gestes précis, les voix des adultes, le déroulement exact de ce qui avait frappé son père… tout cela restait incompréhensible, mélangé dans une peur viscérale qu’il n’avait jamais pu nommer à cet âge.

Ses dessins, pourtant, racontaient la vérité que les mots ne pouvaient pas : des éclats de sensations, des émotions, des formes sombres et mouvantes, des traces de panique et de solitude. À travers chaque coup de pinceau, Erwan reconstituait ce qu’il avait vécu, en faisant parler ses souvenirs fragmentaires et sensoriels.

« Je voyais… mais je ne comprenais pas », dit-il encore, en laissant la pointe du pinceau trembler sur la toile.

Et pourtant, tout était là. Tout… sauf les mots pour le dire.

Pour Yann, chaque détail du dessin et de la parole d’Erwan était un indice précieux. Il n’y avait pas de noms, pas d’explications claires, mais le chaos de cette nuit et la peur de l’enfant donnaient enfin à l’enquête une dimension tangible. Et pour Erwan, chaque toile était un pont vers son passé, un moyen de faire parler ce qu’il avait vu, senti et compris à quatre ans, maintenant qu’il avait vingt-cinq ans.

Soudain il est agité, sa voix tremble et il’nous dit

— Celui… celui qui m’a pris la main, qui l’a serrée, et qui m’a emmené à la maison après m’avoir recouvert de son corps… Qui m’a caché des hommes en noir, c’est Jean. Mon frère… lui aussi était là.

Ses yeux fixaient les toiles, cherchant à traduire des souvenirs fragmentaires que les mots ne pouvaient pas contenir.

— Je me souviens… des bruits… des chocs… dit-il lentement. Mais je ne sais pas qui exactement… juste la peur… les gestes… et le chaos…Lénaïg serra sa main. Yann observa attentivement les traits, les couleurs et les mouvements : chaque coup de pinceau était un indice, un fragment de mémoire sensorielle. Rien ne montrait une silhouette identifiable, mais la tension et la peur étaient palpables.

Nous avons finis notre journée après un repas que nous avait fait Catherine qui travaille à l’Office de Tourisme à Brest. Elle nous a promis de veiller sur son amour.

A suivre…

Septembre 2025

Goémon, sang et le silence ! (20)

Léa dormait enfin, mais moi je tournais en rond.
Plus je repensais aux paroles confuses de Malo et de Ti’ Yann, plus je sentais qu’on les avait poussés à endosser une histoire qui n’était pas la leur. Deux gamins n’inventent pas d’eux-mêmes un meurtre, encore moins avec autant de détails. Quelqu’un leur avait mis ces mots dans la bouche.

Et ce quelqu’un, je le savais au fond de moi, ne pouvait être qu’un proche. Un homme du village. Peut-être même… un membre de la famille.

Alors, forcément, je pensais à Erwan.

Le petit dernier des Le Guen, devenu un adulte replié sur lui-même. Depuis des années, il peignait. Des bateaux, la mer, des ports bretons, des marins anonymes. Mais derrière ces couleurs, il y avait autre chose. Dans ses toiles, les vagues n’étaient jamais paisibles : elles engloutissaient. Les mâts se brisaient. Et souvent, dans un coin, à peine visible, un corps flottait, les yeux ouverts, ou un visage tiré vers le fond. Certains tableaux donnaient froid dans le dos.

— C’est sa manière de parler, disait Léa. Il peint ce qu’il ne dit pas.

Et moi je commençais à me demander si, à travers ses pinceaux, Erwan ne hurlait pas une vérité qu’il refusait de confier autrement.

Si ses marins noyés n’étaient pas seulement des cauchemars, mais le reflet de ce qu’il avait vu, enfant.
Ce qu’il savait.
Ce qu’il cachait depuis vingt ans.

Au petit matin mais à une heure convenable je me rendais chez Marie, c’était encore là qu’Erwan habitait.

La pluie s’était arrêtée une heure plus tôt, mais le sol luisait encore entre les pavés, comme une peau mouillée. Yann hésita un instant sur le seuil de la petite maison, puis frappa.La porte mit du temps à s’ouvrir.

Erwan apparut, une silhouette maigre, voûtée, les cheveux en bataille. Il portait un vieux pantalon de velours élimé, taché de gouttes sombres qu’on devinait être de la peinture. Sur lui, un chandail de marin trop grand, aux coudes usés, et par-dessus un tablier couvert de traces d’ocre et de bleu. Ses mains, tachées elles aussi, gardaient l’odeur de l’huile et du lin.

— Yann, fit-il d’une voix basse, étonné.

— Entre !

L’intérieur était saturé d’odeurs de térébenthine et de sel. Dans l’atelier, des toiles s’alignaient contre les murs. La plupart représentaient des bateaux, mais toujours en lutte avec les vagues, toujours au bord du naufrage.

Sur certaines, on distinguait des silhouettes d’hommes, minuscules, les bras tendus vers le ciel ou happés par l’eau noire. Des visages blafards émergeaient parfois, à demi noyés.

Yann s’avança, mal à l’aise. Les yeux de ces noyés semblaient le suivre.Erwan, lui, avait déjà repris son pinceau. Comme si sa visite n’était qu’un contretemps.

— Tu voulais me parler.

— Léa m’avait parlé de tes toiles, mais je ne m’attendais pas à cela. Tu ne peins jamais le ciel bleu de Bretagne.

— Cela m’arrive, tu veux les voir mes toiles.

— Oui, j’aimerais bien, et puis pour chez nous j’aimerais bien t’en acheter une.

— Comme celle-là !

J’étais sidéré, Erwan était capable de peindre des marines, des pastels . Entre celles noires et rouges parfois je voyais un village breton avec ces murs blancs et ses fenêtres aux volets bleus, un petit port de pêche, des bateaux fendant les flots. De véritables chefs d’oeuvres.

— En vends-tu quelquefois ?

— Oui plus que tu ne peux penser, j’ai une petite galerie à Brest, tu peux demander à ma mère, c’est elle qui m’a fait tous les rideaux.

— Alors vends-moi celle-là, où l’on voit l’ombre de ton père tirant le goémon. Puis la mer et le goémon qui sèche. Elle est très typique d’une période en partie disparue.

— Merci Yann reviens quand tu veux.

A suivre…

Septembre 2025

Goémon, sang et le silence ! ( 19)

Léa et moi n’avons pas dormi. Toute la nuit, nous avons cherché comment présenter l’affaire.

À Jean. À Gwendal. Deux hommes, deux regards différents.

Gwendal, mon ami d’enfance, ignore que la querelle entre nos familles remonte loin. Trop loin. Avant même que Léa et moi ne soyons nés.

Tout commence en 1870. L’arrière-grand-père de Gwendal part à la guerre, enrôlé à la place d’un Le Guen. À son retour, mutilé, il découvre que sa fiancée Catherine a épousé un autre. Un Le Guen, justement. De cette trahison naît une haine qui ne s’éteindra plus.

Un soir de beuverie, l’ancien soldat noie son rival. Mais Catherine s’enfuit à Roscoff avec ses deux fils. L’un, Roger, deviendra le père de Michel. L’autre, Pierre, mourra à la Marne en 1918.

Et la rancune, elle, survit. Car dans l’autre camp, il y a les Le Bihan. Ma belle-mère, Marie, a grandi auprès de Jean Le Bihan. Il la voulait. Elle le méprisait. Sournois, violent, toujours prêt à la forcer. Jusqu’au jour où le père de Léa lui règle son compte. C’est lui qui épousera Marie. Pas Jean. Pas ses frères.

Depuis, la blessure s’est rallumée : Jean contre Michel, Le Bihan contre Le Guen. Hier encore, le sang a coulé. Michel est mort. Et Léa et moi sommes convaincus que son meurtrier n’est autre que Jean Le Bihan.

Mais qui, alors, a tué Jean ? Erwan, qui s’est enfui juste après notre mariage ? Ou quelqu’un d’autre ?

Deux enfants sont venus nous brouiller l’esprit. Malo et le petit Yann. D’abord ils ont nié, puis bredouillé, puis lâché une vérité impossible : Malo aurait tué l’oncle de Tit’Yan comme désormais nous l’appelons. Ce dernier l’aurait seulement suivi. Mais leur histoire ne tient pas debout. Trop d’incohérences. Trop de trou.

Léa me donne sa version comme elle a ressenti tout ça.

Elle se remémore le moment où les deux gamins jouaient pendant le repas, puis brutalement ils étaient venus les voir alors que je fumais dehors en compagnie de son frère Yves.

Malo et le petit Yann sont venus nous trouver. Deux enfants, deux visages graves, comme s’ils portaient un fardeau trop lourd pour eux. Leurs paroles d’abord n’étaient que balbutiements. Ils racontaient une histoire incroyable, trop confuse pour être crue. Un instant, ils accusaient quelqu’un d’autre, puis se rétractaient aussitôt, comme pris de remords ou de peur.

Malo se racle la gorge. Il dit que c’est lui. Lui qui a tué Loïc. Tit’Yann comme on le nomme, lui, n’aurait fait que suivre. Toujours pareil. Malo de deux ans son aîné commande, Tit’Yann obéit. Mais ça sonne faux. Leurs mots se contredisent. Les heures ne collent pas.
Et Malo, lui, ne cesse de regarder sa montre, comme si le temps pressait, comme s’il attendait un signal.

Léa et moi nous jetons un regard. Nos deux versions se ressemblent. Il y a des incohérences partout. Ces enfants mentent. Ou on leur a mis une histoire dans la tête. Qui ? Pourquoi ? Mais alors qui a tué Loïc ?

A suivre…

Copyright Septembre 2025

Goémon, sang et le silence ! ( 18)

L’enquête commence avec les inspecteurs de Quimper. Mais bientôt, les pistes se brouillent et l’affaire s’enlise.

Alors, avec l’accord de la famille , Yann et Léa sa femme, de retour de leur voyage de noce et tous les deux gendarmes reprennent les recherches. Il recoupe les indices, fouille les silences, observe les gestes.

Jusqu’à ce que la vérité se dévoile, implacable : le coupable est Malo, le fils aîné de Jean. Quinze ans à peine…Un adolescent qui a vécu dans l’ombre de son grand-père Michel le Guen mort assassiné des années plus tôt.

Alors, le soir de la noce, avec son cousin Yann Le Bihan ils en ont profité juste après avoir vu Loïc tituber sur la route, agressant leurs jeunes cousines, essayant de frapper sa sœur et voir Soïg le frappé. Ce n’était pas par hasard, mais comme pour venger un fantôme que la famille n’avait jamais réussi à enterrer.

Pour Yann, mais le marié, c’est un vertige. Il est gendarme : son devoir est de livrer le ou les coupables à la justice. Mais il est aussi oncle : son sang se mêle à celui de ce garçon de quinze ans, perdu entre colère et héritage maudit.S’il parle, il brise un enfant et condamne toute une lignée au scandale.S’il se tait, il trahit son serment et accepte de porter ce fardeau à jamais.

Alors, il hésite. Son uniforme lui dit une chose. Son cœur, une autre.

Et vous, lecteur…

Si vous étiez à sa place, que feriez-vous ?

Auriez-vous livré Malo, ce garçon de quinze ans, à la justice ?

Ou auriez-vous choisi le silence… pour toujours ?

Goémon, sang et silence ! (17)

Et Soïg de surenchérir :

Tu as fait ta petite vie tranquille sans te soucier de ta jumelle. C’est impensable.

Gwendal est pâle, il ne sait quoi répondre à son neveu, alors il se tourne vers Annick qui en voyant ses larmes sent que leur réconciliation est à portée d’eux.

Annick le regarde, bouleversée, et fait un pas vers lui.
— Tu croyais que je t’avais rejeté… Mais jamais, Gwendal, jamais je n’ai cessé de penser à toi.

Il secoue la tête, les épaules tremblantes :
— Et moi, je t’en ai voulu toutes ces années… Je pensais que tu avais choisi d’effacer ta famille.

Alors Annick pose sa main sur son bras :
— Non. C’était la vie, les épreuves, et ma peur de ne pas être comprise. Mais aujourd’hui, je suis là. Et je veux retrouver mon frère.

Au moment où Gwendal va pour répondre à sa sœur, la porte s’ouvre à la volée et Yann entre en trombe et hurle plus qu’il ne parle :

— Papa nous voilà de retour, la mariée était belle, elle avait une robe cousue par la Grand-mère de Malo. Sa coiffe et son voile tout était en broderie avec de la dentelle. Et je reviens juste pour te demander si je peux aller au repas.

Gwendal est rouge comme la crête d’un coq. Il apostrophe sa soeur et lui demande si c’est un coup monté, cette dernière lui répond :

Tu n’as donc pas reçu la lettre de Léa où elle t’invitait toi, Armelle et tes enfants.

— Non, c’est sûrement Loïc qui l’a jeté, j’ai crû que même Léa ne voulait pas que je vienne. J’aurais dû faire taire mon amour propre et lui téléphoner. Un jour elle m’avait laissé son numéro de téléphone.

— Qu’est-ce qui t’en a empêché ?

— Mon amour propre mal placé, et se tournant vers son fils il lui dit :

— Je veux bien que tu y ailles, mais tu vas te changer, prends ton costume de communiant et toi Soïg acceptes-tu d’emmener ton cousin au repas de noce de ta tante ?

— Je veux bien l’accompagner mais qu’avez-vous à dire à votre sœur.

— Viens dans mes bras soeurette de mon cœur, j’ai tant pleuré le soir seul dans ma chambre lorsque tu es partie avec Yves. Je lui en ai voulu de t’avoir soustraite à mon amour.

Gwendal ouvre les bras, et Annick s’y jette, bouleversée. Les deux se serrent longuement, comme pour rattraper vingt ans de distance.

L’atmosphère s’éclaire, la maison semble soudain plus chaleureuse.

Annick, les yeux encore brillants, murmure :

— On a perdu beaucoup de temps, mais on peut recommencer.

Gwendal hoche la tête :

— Oui, Annick ma jumelle bien aimée Cette fois, plus rien ne nous séparera.

La porte s’ouvre une deuxième fois, apparaît Armelle suivie des deux cousines Maëline et Yuna. Cette dernière se précipite vers sa maman et lui demande.

Je veux repartir vers Grand-mère et mes cousins , est-ce que Maëline peut venir manger avec nous. Mais tu pleures Maman.

— Ce sont des larmes de joie, c’est à ton oncle qu’il faut le demander.

— Mon oncle est-ce qu’elle peut venir ma cousine ?

— Je suppose que tu es d’accord Armelle, alors ils vont y aller puisque Yann m’a demandé la même chose. Soïg est d’accord pour les accompagner. Ce dernier s’approche de son oncle et lui donne une accolade, Gwendal est ému jusqu’aux larmes.

Pendant ce temps, Maëline suivie de Yuna a eu le temps de choisir une jolie robe et elle redescend en compagnie de Yann, Yuna et Maëline.

— Allons-y les enfants, si vous voulez boire du jus de fruit de votre Papa et Oncle je pense que c’est le moment.

La porte se referme derrière les cousins et cousines. Et Armelle qui a juste secoué la tête pour laisser partir leur fille arrive à murmurer :

— Mon Dieu…Enfin… vous vous êtes retrouvés.

Annick se tourne vers elle. Pendant une seconde, elles se fixent, comme si vingt années d’absence défilaient dans leurs regards. Puis elles se jettent dans les bras l’une de l’autre, éclatant en sanglots.

— Tu m’as tellement manqué, souffle Annick.

— Toi aussi… j’ai gardé tous nos souvenirs comme des trésors.

Gwendal regarde par la fenêtre les cousins s’éloigner et essuie ses larmes.

— Regarde, Annick… nos enfants n’ont pas eu besoin de nous pour comprendre qu’ils étaient de la même famille.

L’épouse de Gwendal ajoute doucement

— C’est à nous, maintenant, de leur montrer qu’on sait se pardonner et s’aimer.

Annick hoche la tête. Elle prend la main de son frère et déclare :

— Nous avons perdu du temps, mais ce n’est pas trop tard. Je veux que nos enfants grandissent ensemble, comme nous aurions dû le faire.

Alors, dans la maison, les adultes échangent des regards apaisés. Après vingt ans de silence, une nouvelle page de leur histoire familiale s’ouvre enfin.

Puis Annick prends un verre de cidre et prends congé de son frère et de sa femme. Elle leur dit qu’en marchant d’un pas vif, elle va pouvoir rejoindre les enfants et son fils aîné. Une nouvelle embrassade et Annick court plus qu’elle ne marche et se heurte aux deux fillettes en larme.

— Où courez-vous ? Le mariage est chez ta Grand-mère Yuna.

— C’est le frère de mon papa, Madame, il se bat avec Soïg, Yann est parti rejoindre Malo et dire au Père de Malo de venir, et, nous on a pris peur, nous voulions retourner chez moi.

— Restez derrière moi et à hauteur de l’épicerie vous prendrez à gauche et couperez par la rue des Méduses, ensuite tu sais par où passer Yuna ?

— Je passe devant la maison de Soizic et derrière celle de Monsieur De Kerviller et j’arrive chez Grand-mère.

— Alors allons-y, mais je ne veux pas que vous soyez dans les parages lorsque mon frère Jean va arriver.

Mais à quelques pas de la maison, une silhouette chancelante apparut : le frère aîné, célibataire, le visage rougi par l’alcool, titubant. Son regard dur se fixa sur Annick.

— Alors… te voilà revenue… après toutes ces années…

Il s’approcha en vacillant, mais ses mots devinrent vite des insultes. Annick tenta d’apaiser, mais il s’avança brutalement et lui met une gifle qui l’a fait vaciller, elle crie et espère que son frère arrive. Mais à son cri on entend seulement le rire dément de Loïc.

Soïg qui arrivait en courant, s’interposa

— Ça suffit, tonton. Laisse maman tranquille.

Un ricanement mauvais échappa au vieil homme :

— Et toi, le gamin, tu crois pouvoir me donner des ordres ? Ce n’est pas ton poing que j’ai essquivé c’est ta lenteur à le frapper. Regarde comment je tape moi, il leva la main sur Annick.

Soïg n’hésita pas : son poing partit, net et violent. L’oncle s’écroula au sol, inconscient.

A suivre…

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