Shana face à un choix 26

Mila en revenant de chez sa meilleure amie la fille de Julien Buisson, elle aimerait réussir à parler de vives voix avec son père, car oui c’est son père, elle a dit à Julie Buisson qu’elle ne voyait aucune différence entre l’amour que Julien porte à sa fille Julie et celui que Thomas lui porte. Mais Julie est son aînée d’un jour, elle l’a poussé à parler avec son père. Même si un jour c’est peu, mais c’est souvent un sujet pour se taquiner mutuellement.

Elle rentre sans faire claquer la porte car les jumeaux doivent dormir, puis elle aime cette famille et ses états d’âmes. Elle cherche son père, elle doit avoir une discussion avec lui. Avant de monter et d’aller frapper à son bureau, elle regarde dans le salon. Et il est là, penché au-dessus d’un des jumeaux. Un biberon vide à la main.

Mila avançant doucement : Papa j’aimerais bien que nous ayons une discussion sérieuse.

Thomas se retourne et sourit : sérieuse dis-tu, pourquoi nous en avons des nons sérieuses.

Puis, voyant le regard voilé de sa fille, il n’en rajoute pas et lui propose de s’asseoir où bon lui semble.

Shana s’asseoir en face de lui sur le pouf qu’elle affectionne particulièrement. Un temps de silence s’installe entre eux.

Mila (le regard sérieux, presque dur) :Quand j’étais là-bas, dans cette prison, j’ai vu des murs qui ferment tout, mais aussi des visages qui souffrent.Je veux pas que ça soit mon histoire à moi. Mais je dois comprendre…

Thomas l’écoute attentivement.

Mila :Il m’a donné des adresses. Cinq frères, encore vivants. Peut-être une sœur aussi, mais elle, il dit que c’est sa fille, née de la seule femme qu’il a aimé. Les autres sont nés comme moi et Maël, dans ce cauchemar. Je veux les rencontrer. Savoir qui ils sont. Savoir si je peux leur parler, les protéger… ou juste exister à leurs côtés.

Thomas (prend une profonde inspiration, pose une main rassurante sur la sienne) :C’est beaucoup à porter, Mila. Tu sais que c’est dangereux, parfois. Ce passé est lourd, et certaines rencontres peuvent être compliquées.

Mila (avec une détermination nouvelle) :Je sais. Mais si je fuis, je laisse tout ce poids s’écraser sur moi, toute seule.Si je reste, je peux peut-être, avec eux, commencer à guérir.

Thomas (hoche la tête, ému) :Tu as toujours eu ce courage. Je serai là, à chaque pas. On prendra le temps qu’il faut, on choisira comment et quand.Mais tu n’es pas seule. Jamais.

Mila (sourire timide, les yeux brillants) :Merci, Thomas.Je veux que cette fois, ce soit différent.

Ni l’un ni l’autre ne brise le silence, Ils restent là un instant, unis dans ce silence chargé d’espoir et de douleur.

Mila

Oui Papa

Tu dois parler avec ta mère, il ne faut pas qu’elle croit que tu lui en veut, non laisse moi finir. Ta mère on lui a pris le jour de ta naissance son seul espoir de continuer à vivre, ton géniteur et le vieux t’ont volée au petit matin pour te donner à Edith. Au départ ils ignoraient que Shana et Edith étaient sœurs. Alors parle avec elle.

Thomas se lève eh prends Mila dans ses bras, elle pleure, mais il sait que ce sont des larmes de rédemption.

Quelques heures plus tard, Shana entrouvre la porte de la chambre de Mila.

Shana d’une voix douce Bonne nuit.

Dans la chambre de Mila, la lumière est tamisée, une ambiance calme. Mila est assise sur son lit, Shana est à côté, assise au plus près de sa fille, à côté d’elle, attentive.

Mila (hésitante, jouant avec ses mains) :
Maman… je dois te parler. De la prison. De tout ça.

Shana (d’une voix douce) :
Je t’écoute, ma chérie.

Mila (respire profondément) :
Quand j’étais là-bas… j’ai vu un monde que je connaissais pas vraiment.
Les murs, la peur, la solitude. Mais aussi des gens. Des gens qui sont… comme moi.

Shana (le regard tendre, légèrement inquiet) : Tu sais que ce passé est difficile. Je suis désolée que tu aies dû le traverser.

Mila (les yeux un peu brillants) :Je veux aller plus loin. J’ai les adresses de mes frères, ceux qui sont encore vivants. Peut-être une sœur aussi.Je veux les rencontrer. Je veux comprendre. Savoir s’ils veulent de moi… ou si je dois rester seule avec ce poids.

Shana (prenant la main de Mila) :Je comprends ce besoin, même si ça me fait peur.Ces rencontres ne seront pas faciles. Mais elles peuvent aussi t’aider à guérir.

Mila (avec un léger sourire) :Je sais que tu as peur. Moi aussi. Mais je veux que tu sois là. Pas pour me retenir, mais pour me soutenir. Parce que cette fois, je veux avancer.

Shana (émue, serre doucement la main de Mila) :Je serai toujours là, quoi qu’il arrive.Tu n’es plus seule, Mila. Jamais. Elles restent un moment, sans dire un mot, reliées par cette promesse silencieuse. Puis Mila ne fut qu’un seul mot :

Merci Maman.

Sa mère la prend dans ses bras, lui murmure des mots tendres, la berce, la serre fort et lui dit. Dors, papa et moi nous veillons sur toi.

Dès que Shana s’en va, Mila sort de son calme relatif et se lève. Ouvre son sac à dos, sort des feuilles de papier à lettre, puis écrit une missive courte mais très réfléchie. Maël lui a donné son accord.

Bonjour,

Je m’appelle Mila. Je suis née il y a presque 16 ans, et jusqu’à récemment, je ne savais pas vraiment d’où je venais. Mais aujourd’hui, je sais que vous et moi avons un lien. Le même père. Et peut-être, les mêmes blessures. Ou les mêmes silences.

Je n’écris pas pour remuer le passé. Ni pour juger, ni pour accuser. J’écris parce que j’ai besoin de comprendre. De savoir qui vous êtes. Ce que vous êtes devenus. Je ne cherche pas à imposer quoi que ce soit. Juste une rencontre, une parole, un début.

Si vous ne voulez pas répondre, je comprendrai.Mais si vous le souhaitez, je suis là. Prête à vous écouter. Prête à vous rencontrer.

Avec respect,

Mila

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 25

Dans la voiture de Thomas, Mila ne prononce pas un mot, elle est perdue dans ses pensées. Thomas l’a laissé, il la connait très bien. Lorsqu’elle voudra lui parler, elle viendra le trouver.

Soudain elle récupère une feuille dans son classeur, et elle écrit. Puis quand elle a finit elle met sa lettre dans une enveloppe et dit à Thomas :

Papa cette lettre est pour toi.

Thomas ne dit rien, quand il s’arrête devant la caserne, il prend sa lettre et laisse Mila à la porte prétextant n’importe quoi afin de lui laisser le temps de parler à sa mère.

Mais lorsqu’enfin il entre, Shana donne à manger à Malian, pendant que les jumeaux gazouillent dans leurs chaises. Il embrasse les bébés et sa femme et lui demande où est passé Mila.

Elle voulait parler à Maël en tête à tête. Et après elle viendra me raconter. Thomas est-ce qu’elle t’as parlé en sortant de la prison.

Non elle ne m’a rien dit, par contre elle m’a écrit une lettre.

Shana émue laisse couler une larme et dit : crois-tu qu’elle n’ose pas te parler ?

Thomas souriant : non elle m’en dit plus que de vives voix, elle va plus loin.

Mila est en haut de l’escalier, une musique de taré s’échappe de la chambre de Maël, d’habitude Mila est agacée et lui crie après, mais là elle doit lui dire qu’elle a rencontré leur géniteur, et que ça ne vaut pas le coup qu’il perde son temps à aller voir ce vieux shnock.

Maël (d’un ton un peu grognon) :
T’as encore crié après moi hier soir. Pourquoi tu peux pas me laisser tranquille ?

Mila (soupir, mais plus douce) :
Je… je sais. J’suis dure avec toi. J’te rabroue trop souvent.

Il la regarde, surpris.

Mila (hésitante) :
C’est juste que… on a pas la même histoire, mais presque.
Toi, t’es là parce que maman t’a trouvé, abandonné. Moi, je suis là parce qu’elle a pas pu… mais on vient du même endroit, du même… genre de chaos.

Son petit frère baisse les yeux.

Maël :
Tu veux dire lui ? Le géniteur ?

Mila (prend une profonde inspiration) :
Ouais. Lui. C’est pas facile. Mais ça nous lie, d’une façon qu’on choisit pas.
Alors j’veux être là pour toi. Pas comme avant, où je gueulais.

Maël (léger sourire) :
T’es sérieuse ?

Mila (lui tapote l’épaule) :
Oui. Parce que j’sais que toi aussi, t’as besoin de quelqu’un. Quelqu’un qui comprend. Je te protégerai. Même si ça doit être dur.

Il s’approche et lui fait un câlin rapide, maladroit mais sincère.

Maël :
Merci, Mila.

Mila (sourire) :
Allez, viens, on va boire un grand verre pour sceller notre fratrie des grands. Plus tard nous irons faire du vélo ensemble. Et pas de bêtises aujourd’hui, hein.

Ils s’installent à table. La lumière du matin éclaire leur visage, marqué par l’ombre du passé, mais aussi par une nouvelle force.

L’escalier est baigné d’une lumière douce du matin. Mila descend lentement, un peu pensive. Thomas arrive en sens inverse, tranquille. Ils se croisent à mi-hauteur.

Thomas (avec un sourire tendre): Bonjour, ma grande.

Mila (hésitante, puis sourit timidement) : Bonjour Papa, Ils s’arrêtent, un peu gênés au début. Thomas cherche ses mots.

Thomas :Je voulais te dire… ta lettre m’a beaucoup touché.Tu sais, pour moi, être ton père, c’est pas une question de sang. C’est une question de cœur.

Mila (regard baissé, voix douce) :C’est pour ça que je t’écris. Parce que toi, tu m’as toujours regardée comme ta fille, pas comme… autre chose.

Thomas (fronce légèrement les sourcils, ému) :Je ne serai jamais celui qu’on appelle « géniteur ». Mais pour toi, je serai toujours là. Et pour ton frère aussi.

Shana arrive dans l’embrasure de la porte en haut des escaliers, elle écoute sans interrompre.

Mila (respire profondément) :Je veux être meilleure avec lui. Comme tu l’es avec moi. J’ai trop souvent été dure, et j’ai pas le droit.

Thomas (lui prend doucement la main) :Tu es humaine. Et tu apprends.Le plus beau, c’est que tu choisisses d’avancer. Pas juste pour toi, mais pour eux aussi. Un silence doux s’installe.

Mila relève les yeux, croise le regard de Thomas. Une complicité sincère s’installe.

Mila (avec un petit sourire) :Merci. Pour tout.

Thomas (avec une voix un peu rauque) :Merci à toi, d’être toi.

Ils échangent un dernier regard complice, puis Thomas continue sa route, Shana s’avance pour serrer Mila dans ses bras.

Plus tard, lorsque les enfants sont tous couchés, Thomas rejoint Shana dans le salon. A la main il a la lettre écrite par Mila, il va la lire à sa femme car tous les deux ne se cachent rien.

Dans le salon, le soir, la lumière tombe lentement derrière les rideaux.
Thomas s’assoit, la lettre dans la main. Shana, debout à quelques pas, hésite. Elle sait de quoi il s’agit.

Thomas (regarde l’enveloppe) :
Mila me l’a donné dans la voiture, puis elle me l’a demandé pour la reprendre, mais j’ai refusé. Puis accepter devant son air malheureux.

Shana (voix un peu serrée) :
Oui. Elle me l’a pas montrée. Elle m’a dit « Je vais écrire à papa ». Et elle est montée.

Il hoche la tête, sans rien dire d’autre. Il ouvre l’enveloppe, lentement. Il lit. Shana l’observe en silence.

Voix off (Mila)

« Je suis allée le voir. Lui.
Tu sais de qui je parle.
Je ne l’ai pas vu comme un père. Je te jure… »

Les mots passent dans les yeux de Thomas. Sa gorge se serre. Il ne s’interrompt pas. Il continue.

« Mon vrai père, c’est toi.
Tu m’as appris à marcher, à tomber sans honte, à me relever sans peur…A faire du vélo, tu m’as grondé, puni parfois. Mais tu as toujours été là pour moi.

Un silence épais s’installe. Shana n’ose pas s’asseoir.
Thomas replie la lettre lentement. Il fixe un point devant lui, sans le voir.

Thomas (voix basse) :
Elle sait.

Shana (à peine audible) :
Elle m’a demandé. Mais je… je pouvais pas lui dire. Pas tout. Pas comme ça.

Thomas :
Tu lui as donné la vérité, à ta manière. Elle a fait le reste toute seule.

Il respire profondément. Il ferme les yeux. Puis :

Thomas (sincère, ému) :
Elle me dit que je l’ai choisie… Mais c’est elle qui m’a construit.
J’étais juste un homme au bon moment. C’est elle qui m’a fait père.

Shana (s’approche, s’agenouille devant lui) :
Tu nous as tous choisis. Moi, malgré mes ruines. Elle, malgré ce qu’elle représentait.
Et t’as jamais faibli. Pas une fois.

Il la regarde. Ses yeux brillent. Elle pose sa tête contre son genou. Il lui caresse doucement les cheveux.

Thomas (murmure) :
Demain, je vais rien lui dire. Pas besoin. Je vais juste faire comme toujours.
Lui tendre une tasse, lui dire qu’elle est en retard, et la regarder vivre.
Parce que c’est ça qu’elle m’offre : une vie qu’on croyait foutue, et qu’elle rend possible, tous les jours.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 24

Biologique évidemment, Shana sursaute, c’est Thomas qui arrive dans la chambre avec un bouquet de roses saumons pour Edith.

Shana interloquée : mais comment le sais-tu ?

Thomas sérieusement : notre fille m’a écrit un courrier car elle ne comprends pas ton silence. Bien que moi je le comprenne aisément.

Shana en larmes : je ne sais pas quoi lui dire, est-ce qu’elle t’as donné une raison ?

Thomas dubitatif : Non pas vraiment , juste qu’elle se pose de nombreuses questions sur sa naissance et pourquoi c’est toi Edith qui était en charge d’elle et non sa maman. Elle a demandé à Noam si lui était au courant. Mais il lui a répondu que sa mère s’était Myriam et qu’Edith etait sa nounou.

Myriam a arrangé la vérité , mais il est vrai qu’au départ j’aurais dû être sa nounou, mais le vieux ne voulait pas.

Thomas intervient : elle veut aussi savoir si cette excroissance de chair qu’elle a dans le cou peut s’enlever. Elle en a marre des réflexions des autres quand il la voit.

Shana séchant ses larmes, une fois que Thomas l’ai pris dans ses bras : oui elle m’en a parlé, mais nous pouvons aller voir un dermatologue sans aller à la prison. Et surtout elle veut savoir combien de frères elle a, et pourquoi est-elle la seule fille a être vivante ?

Thomas interloqué : Ça c’est très mauvais, car j’ai peur de la réponse. Et elle est jeune pour entendre pareilles ignominies.

C’est le grand jour pour Mila, c’est Thomas qui l’accompagne à la prison où Capet est emprisonné depuis quinze ans. Il a accepté de recevoir Mila.

Mila a suivi scrupuleusement les conseils de Thomas pour sa tenue vestimentaire. Jeans bleu pâle sans trou, tee-shirt vert bouteille, des baskets sans marque apparente. Elle avait préparé tout autres choses mais sa mère avait dit que c’était une mauvaise idée. En quoi ce mec frustré allait-il bavé sur sa tenue vestimentaire. Du coup elle avait eu sa réponse dans la voiture grâce à Thomas. Ses parents étaient totalement différents. Sa mère s’était non tout de suite, son père donnait d’abord une explication, si je la comprend c’est bon il ne va pas plus loin, si je suis butée il me le redit autrement mais fermement. Et je n’ai pas intérêt à surenchérir… Ça je l’ai bien compris.

La prison est moche, il a fait quoi mon géniteur pour se trouver là-dedans ? Thomas ne l’a pas répondu dans la voiture, enfin je dis Thomas mais il n’aime pas quand je l’appelle par son prénom. C’est réservé à Maman. Et Maël le dit que je suis trop familière. Lui il est… Bon c’est mon petit frère je me vois de le protéger, Papa m’a dit qu’il avait le même géniteur mais pas la même maman. Bien que sa maman c’est la mienne et aussi la sienne. Voilà je suis dans la file des visiteurs de prison, mais finalement on m’appelle et je dépasse tout le monde. J’entends les gens qui râlent, je les comprend très bien. Une gamine de quinze ans qui passe devant goût le monde. Il y a de quoi râler. Moi j’en ferai tout autant si je venais voir mon mari en prison. Moi ce n’est pas pareil je vais dans un parloir spécial pour mineurs. Je ne suis pas avec tous les autres.

Le gardien m’explique que je ne dois ni lui prendre la main, Ni l’embrasser. Il rêve , embrasser un vieux shnock même si c’est lui qui m’a conçu. Ça jamais. Thomas rigole lorsqu’il voit mon regard courroucé. Le gardien comprend qu’il s’est fourvoyé mais il ne dit rien.

Lorsque je rentre dans la petite salle je vois un vieux grand-père assis sur une chaise. Il a l’air complètement à l’ouest. Il sent le vieux shnock comme dirait Noam. Il a une barbe comme Edmond Dantes dans sa prison au château d’If. J’ai envie de rire, c’est lui mon géniteur, ils ont dû se tromper. À part son bouton dans le dos je ne lui ressemble pas. Ouf !

Il me regarde au-dessus de ses lunettes, il devrait prendre une loupe s’il ne me voit pas. En plus il est bigleux, il doit le faire exprès. Pauvre type. Son pentalon bleu est un bleu de travail, sa chemise est plus grise que blanche. J’ai bien envie de lui demander où il a mis son noeud papillon. Bon le gardien lui.met des menottes, il a dû tuer ce type.

Mila (sèchement) :Je suis pas là pour tourner autour du pot. Tu vas répondre.

Lui :C’est toi qui as demandé à me voir, non ?

Mila :Ouais. Et j’ai des raisons.D’abord, j’ai une saloperie dans le cou, une espèce de bout de chair qui pousse. Tu sais si c’est héréditaire ? Si d’autres de tes enfants ont ça ?

Lui : Jamais entendu ça. Mais j’suis pas médecin. J’ai pas grandi avec eux non plus.

Mila : Combien « d’eux », exactement ?

Lui (légèrement agacé) :Assez pour que je m’en rappelle plus vraiment. Cinq garçons, peut-être six. Pas sûr.

Mila interloqué : pff tu ne sais pas grands choses, tu as eu combien de femmes ?

Lui goguenard : une seule, la mère de mon fils aîné et de ma fille, une sale garce celle-là.

Mila stupéfaite : Ah je croyais que tu n’avais pas de fille.

Lui moqueur : Les autres filles sont mortes soit à la naissance soit plus tard.

Mila : combien de filles ?

Lui (silence bref) :Y en avait. Une ou deux. Mais elles sont pas restées.

Mila :Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il leur est arrivé ?

Lui (regard dur) :Elles sont mortes. C’est tout.

Mila (accusatrice) :C’est pas tout. On dit pas « c’est tout » comme ça. Tu les as connues ? Tu les as vues naître ? Tu sais ce qu’elles sont devenues ?

Lui (voix basse, nerveuse) :Non. Je sais qu’elles sont pas là. C’est tout ce que je sais.

Mila :Et ma mère ? Pourquoi c’est pas elle qui m’a élevée ? Pourquoi elle me regarde parfois comme si j’étais pas réelle ?

Lui :Parce que t’es un rappel. Permanent. Parce que ta naissance, c’est pas une histoire qu’on raconte à table.Elle a laissé sa sœur t’élever. Pour survivre, peut-être. Pour respirer.

Mila (gorge serrée) :Tu lui as fait quoi ?

Lui (pause, long regard) :Tu veux la vérité ? J’lui ai pris ce qu’elle voulait pas donner. Voilà. Et t’es née après ça.

Mila (blême, chuchote) :Je suis née d’un viol…

Lui (ferme) :Tu es née. C’est tout. Le reste, c’est à ta mère de te le dire. Ou pas.

Mila (yeux humides) :Et toi ? Tu regrettes ?

Lui :Je regrette rien. C’est pas dans ma nature. Mais j’regarde ce que j’ai fait. Et je vois les dégâts. Toi t’es là, vivante, debout. Les autres… pas tous.

Mila : Et mon frère celui qui était dans une poubelle ?

Lui inquiet :

Tu le connais, lui c’est une erreur, ce n’est pas moi qui l’ai mis dans une poubelle, ne m’accuse pas de tout. Certes je suis un monstre, mais un beau petit garçon comme lui, je voulais le garder, c’est mon père qui n’en voulait pas. Sa mère Jamila était sa propriété. Allez dégage je vais tout te dire et vu ton air candide.

Mila (très calme) :
Je voulais juste comprendre d’où je viens. Maintenant je sais.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 23

Shana est assise en silence à côté du lit. Malian est dans ses bras, éveillé, apaisé.

Edith, semi-redressée, a encore des perfusions, des électrodes, une grande fatigue dans les traits… mais ses yeux sont vifs.

Shana lui tend doucement le bébé. Edith hoche lentement la tête. Une première réponse claire.

Shana (voix douce) :Tu veux qu’il soit contre toi ? Je reste là.

Elle installe Malian sur le drap, contre le flanc gauche d’Edith. Il se met aussitôt en boule contre elle.Edith tourne la tête vers lui. Le fixe très longuement, esquisse un sourire.

Puis… ses yeux se remplissent de larmes, mais elle ne pleure pas encore. Elle tient.

Shana (doucement) :Tu peux me faire un signe. Si tu m’entends… cligne une fois.

(Silence.)

Tu m’entends, Edith ?

Edith cligne lentement des yeux. Une fois, puis deux, elle serre la main de Shana. Faiblement. Mais fermement.

Shana (émue) :D’accord. Tu es bien là. Tu nous vois.Tu le reconnais ?

Edith baisse les yeux vers Malian. Puis… elle esquisse un tout petit mouvement de tête.Elle essaie de lever la main pour toucher ses cheveux.

Shana l’aide. La main frôle les boucles sombres du bébé.Malian sourit. Et il répète doucement :

Mama

Cette fois, Edith sourit. Faiblement, mais sincèrement.

Puis elle ouvre lentement les lèvres. Sa voix est à peine audible, rauque, comme une respiration :

“Mon… cœur.”

Shana, bouleversée, recule un peu pour les laisser.

Edith regardant Malian, plus fort :

“Tu es là… mon bébé.Tu m’as attendue…”

Malian gazouille en réponse, et se blottit contre sa mère, comme si tout était normal. Edith ferme les yeux un instant, épuisée.Puis les rouvre, et tourne la tête vers Shana :

“Merci… petite sœur.”

Quelques jours plus tard, toujours dans la chambre d’Edith en fin d’après-midi, Edith est assise dans un fauteuil médical, Malian dans ses bras, endormi contre elle. Une couverture fine le recouvre.

Shana est là, sur le rebord de la fenêtre, une tasse de thé entre les mains.Il y a un silence doux, le genre de silence qui ne fait plus mal. Juste plein. Avec des petites gouttes de bonheur.

Edith (regardant son fils) :Je n’ai rien vu venir, tu sais.Je croyais le protéger certes de Samir, dès que Sali a pensé qu’il était sûrement son enfant.

Shana : Est-ce que tu l’aimes son père ?

Edith : Oh oui à la folie, mais quand le reverrais-je ? Va-t-il pouvoir quitter son pays ? Les rebelles contrôlent tout, il a eu de la chance Thomas de pouvoir délivrer mon bébé.

Shana : il y avait l’échange.

Edith (la regardant) :Tu aurais pu ne pas t’en mêler.Tu l’as fait.Tu l’as protégé… à ma place.

Shana (baissant les yeux) :Je t’en ai voulu. Pas pour lui.Pour… ton silence.Mais quand je l’ai vu dans mes bras, ce petit…J’ai compris que l’amour que tu avais pour lui était plus fort que tout.

Edith tend la main vers celle de Shana, posée sur l’accoudoir.

Edith :On a toujours été là, l’une pour l’autre. Même quand on se taisait.

Shana prend cette main, la serre, longuement.

Shana a les larmes aux yeux, un sourire fatigué mais très expressif:

T’as toujours su que j’étais nulle pour les grands discours…

Edith sourit doucement :Oui. Et pourtant tu viens de dire l’essentiel.

Il y a un petit silence. Malian pousse un soupir paisible dans son sommeil.

Edith regardant son fils :Il nous a ramenées l’une à l’autre. Ce petit… c’est le lien qu’on avait oublié.

Shana :Et celui qu’on va reconstruire ensemble. Comme tu es ma grande sœur, il faut que je te dise ce que m’a demandé ma fille, je ne sais pas comment l’aborder avec Thomas. Et je ne sais pas si je vais y arriver.

Edith pensive : Si tu oses m’en parler je t’écoute, ce n’est pas Malian qui va comprendre.

C’est délicat, ça concerne son père…

Edith époustouflée : Son père biologique ou Thomas.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 22

Apres ce long périple, Thomas après avoir couché Malian dans un des lits achetés pour les jumeaux quand ils seront plus grands s’est écroulé sur le lit. Shana a regardé dormir son amour, lui, qui dans l’escalier lui parlait de bisous doux qu’il rêvait de lui faire dort comme un bébé. Tous les deux ont la même expression, celle du bien-être.

Malian dort dans un berceau à côté du lit. Thomas dort d’un sommeil lourd. Shana, elle, est éveillée. Elle regarde le fils d’Edith, immobile, un souffle paisible s’échappe de sa bouche. Shana a crû entendre un cri, mais ce doit être un oiseau. Maël a découvert une chouette avec ses lunettes à infrarouge que lui a offert Julien, le second de Thomas pour son anniversaire. Shana songe à Mila qui lui a fait une drôle de demande, elle ne sait quoi en penser. Elle en reparlera demain avec Thomas, après tout c’est son père d’adoption. Son père à part entière.

Perdue dans ses pensees, Shana voit sursauter Malian, il gémit. Elle tend la main, touche son front. Il est tiède. Pas de fièvre. Elle lui parle tout bas :

Shana (murmure) :

Tu peux dormir tranquille maintenant. Personne ne viendra te chercher la nuit. Personne ne t’arrachera à nous. Et si ta Maman revient, ouvre les yeux à nouveau, elle saura que ton père t’a confié à l’amour, pas à la peur.

Malian reprend son souffle, s’apaise. Il se retourne, ses petits doigts s’ouvrent, il continue son sommeil, pendant que Shana s’autorise à poser sa tête contre le matelas, juste à côté du berceau. Enfin, elle ferme les yeux et s’endort.

C’est Thomas qui ne sentant plus sa présence à ses côtés la découvre ainsi. Doucement, il ôté la petite main de Malian, des doigts de sa femme. Soulève délicatement Shana et la dépose sur le lit conjugal. Puis doucement, il dévoile ses beaux seins et la caresse. Mais il ne fa pas plus loin, car elle dort paisiblement, connaissant son passé, il ne peut l’aimer qu’avec son consentement. Sinon cela lui rappellerait les heures sombres de son passé.

Son passé… Cela lui rappelle le courrier que lui a adressé Mila, il faudra bien en parler avec Shana, qu’elle va être sa réaction ?

La même nuit, à l’intérieur de l’ Hôpital militaire dans la chambre stérile où se trouve Edith, au plus profond de sa nuit que nul d’entre nous ne connaissons si nous ne l’avons pas vécu

Le silence est total, sauf pour le rythme régulier du moniteur cardiaque. Edith est allongée, inerte. Branchée, pâle, les yeux fermés depuis des jours.

Mais quelque chose change. Au début c’est imperceptible, Ses doigts bougent. D’abord un spasme. Puis un mouvement lent, comme si elle cherchait… un contact. Sur l’écran EEG, une légère variation. Une onde. Une montée d’activité cérébrale.

L’infirmière de garde note sur un carnet pour le transcrire plus tard sur un support numérique. Les doigts sont en mouvement. Réponse possible.

Elle s’approche, vérifie les constantes. Edith ne bouge plus. Mais son pouls s’accélère doucement.

Infirmière (à voix basse) :
Madame , Madame Edith… si vous entendez ma voix… votre fils est en sécurité chez votre sœur Shana.

Un frisson imperceptible parcourt son bras. Une larme s’échappe de son œil fermé. Edith est revenue parmi.les siens.

A suivre…

Copyright Juillet 2025