Shana face à un choix 21

Un A400M Atlas, avion de transport militaire français, vrombit lentement sur le tarmac. Il décolle en douceur, son ventre chargé de silence, d’hommes armés, de fatigue… et d’un bébé.

Malian, emmailloté, est installé dans une nacelle sécurisée, sous surveillance constante. Son petit poing dépasse de la couverture. Il est calme, il ignore qu’il quitte cette terre d’Afrique où sa vie a basculé , il dort encore,profondément. Une infirmière militaire veille sur lui, carnet en main, masque sur le visage. Thomas, casque posé, assis à deux mètres, le regarde sans bouger.

Julien son second, en face de lui, croise les bras, lui tend une bouteille d’eau.

Julien :T’as dormi combien d’heures depuis hier ?

Thomas (sans détourner les yeux du bébé) :Deux, peut-être. En plusieurs morceaux.

Julien :Shana sait ?

Thomas (sort lentement son téléphone satellite sécurisé) :Pas encore. Je voulais lui parler quand ce serait vraiment terminé, là maintenant, c’est le moment.

A des milliers de kilomètres, Shana tient une tasse de café froide. Mila prépare le biberon des jumeaux en silence. Maël est assis en pyjama, les yeux cernés, fixant son téléphone, sans vraiment le voir. Ils attendent l’appel de leur père pour les enfants, de son amour pour Shana. Soudain le portable de Shana vibre. C’est lui, c’est “THOMAS sur sa ligne sécu”.

Elle décroche et part en courant vers le salon, la main tremblante.

Shana (voix étranglée) :Thomas ?

Thomas (depuis l’avion, calme, grave mais doux) : C’est moi. On est en vol. On quitte Bamako. On rentre.

Shana (ferme les yeux, s’effondre sur le canapé) :Il est… ?

Thomas (voix posée) :Il est vivant. Il dort. Il a mangé. Il a crié aussi. Fort. Il s’est battu pour rester là.(Ton plus bas.)Tu vas l’avoir dans les bras dans quelques heures.

Shana (à bout de souffle) :Merci… Mon Dieu… Merci, Thomas.

Thomas (émotion contenue) :Tu vas devoir me pardonner, je crois… Je me suis attaché. Ce petit, il…(Il hésite.)Il t’appartient déjà, mais je crois que… qu’il m’appartient un peu aussi.

Shana (la voix qui tremble) :Alors ramène-le à la maison. Ramène-le à nous. On l’attend.

Thomas: je t’ai envoyé une voiture, viens à Villacoublay avec les grands. Myriam va venir garder les jumeaux. Le petit a du retard il ne marche pas. J’ignore ses conditions de vie chez les rebelles.

Shana : nous l’aideront à démarrer dans la vie, puis Edith se remettra et nous reprendrons le cours de notre vie

Thomas (chuchote) :Je suis à toi. Bientôt je vais t’aimer comme un fou. Je t’aime

Elle reste un moment sans raccrocher. Lui non plus. Le lien invisible entre eux vibre à travers les milliers de kilomètres, plus fort que le bruit des moteurs.)

Lorsqu’elle regarde autour d’elle.

Mila lui secoue le bras et lui dit : il y a le Colonel, Maman il veut te voir.

Shana : Dis lui que j’arrive.

Le Colonel est sur le pas de la porte, il salue Shana et lui annonce ce qu’elle sait déjà mais ne lui le dit pas. Il est tellement fier de lui annoncer que tout s’est bien passé que Shana préfère se taire.

Ils attendent l’avion, le Colonel leur dit qu’il est annoncé, ce n’est plus qu’une question de minutes.

Le bruit sourd des réacteurs se calme. L’A400M s’immobilise sur le tarmac. Un petit groupe attend derrière la barrière de sécurité : le Colonel, Maël, Mila, deux officiers de liaison, et Shana, debout, droite malgré les cernes et la fatigue.

La rampe descend lentement. L’équipe du GIGN sort au pas, épuisée, mais entière. Julien échange un regard discret avec les enfants. Puis, derrière lui… Thomas apparaît. Pas en uniforme, cette fois. En homme. Il descend lentement, et son regard trouve immédiatement celui de Shana.

Shana avance vers lui, sans dire un mot, les yeux embués. Il ouvre les bras. Elle entre contre lui comme dans un refuge. Ils restent là, immobiles, dans ce moment qui n’appartient qu’à eux.

Shana (voix basse, presque un souffle) :Je t’ai cru mort. Deux fois.

Thomas (contre son front) :Je te savais vivante. Alors je n’ai jamais lâché.

Shana (relève les yeux) :Tu l’as protégé comme s’il était le tien.

Thomas (la regarde, intensément) :Il est le nôtre. S’il y a encore une justice dans ce monde.

Elle ferme les yeux. Un souffle de paix traverse ses épaules.

Pendant ce temps, Julien sort de l’avion avec précaution. Dans ses bras, emmitouflé, les yeux mi-clos : Malian.

Maël, raide et silencieux, avance instinctivement. Mila reste un peu en retrait, les bras croisés, mais le regard fixe.

Julien s’agenouille devant eux.

Julien (à Maël) :Tu veux le prendre ?

Maël (timide, soudain fragile) :Pas encore. Je veux… le regarder d’abord.

(Malian pousse un petit couinement. Sa tête pivote. Il ouvre les yeux. Long regard entre les deux garçons. Quelque chose d’indicible passe. Ils se reconnaissent.

Shana s’approche doucement. Thomas glisse sa main dans son dos. Julien lui tend Malian, avec un respect silencieux.

Shana (chuchotant) :Bonjour, mon trésor… mon petit cœur.

Elle le prend. Il est léger. Son odeur, inconnue mais déjà aimée. Il gémit à peine, se niche contre elle. Comme s’il savait.

Shana (les larmes aux yeux) :Tu n’es plus seul. Tu ne le seras plus jamais.

Toute la famille est réunie sur le tarmac. Les jumeaux ne sont pas là, ils sont bien trop petits. Mais les aînés sont figés par la scène. Et Thomas, derrière Shana, regarde le bébé avec un mélange de fierté, soulagement, et une immense fatigue.Le monde continue de tourner. Mais pour eux, ce moment est hors du temps.

Le monospace familial se gare. Thomas sort le premier, ouvre la porte arrière. Shana, avec Malian endormi dans ses bras, descend lentement, suivie par Mila et Maël, qui portent des sacs. La maison est calme, baignée d’une lumière dorée.

Maël (ouvrant la porte, à voix basse) :Ils dorment encore, les jumeaux.

Myriam est restée avec eux.Shana n’en finit pas de raconter à Myriam comme Thomas lui l’a raconté puis elle lui dit :Heureusement que tu étais là.

Elle entre. L’air de la maison sent le linge propre, le lait, et la fatigue.

Thomas (posant les clés) :Bienvenue à la maison, petit prince.

Shana (sourit) :Je vais le mettre dans notre chambre, pour ce soir. Il a besoin de nous près de lui.Elle monte lentement les escaliers, Malian toujours blotti contre elle, comme une extension de son propre corps. Il ne faut pas qu’elle oublie, c’est le fils de sa sœur.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 20

Shana tout en donnant le biberon à Matéo surveille la grande horloge. Elle se demande ce que fait Thomas en ce moment, est-il avec le fils d’Edith ? Pourvu que tout se soit bien passé. Bien entendu qu’elle a confiance en son époux, mais en terrain rebelle tout… Hélas peut arriver.

Quelques parts dans le désert Malien, non loin du camp des rebelles à demi caché derrière un rocher attend Youcef le pilote d’hélicoptère du GIGN venu échanger les bébés.

Le rotor bat l’air avec violence. À bord, le petit Malian, tout juste récupéré, est lové dans les bras d’un gendarme aide de camps de Thomas en qui il a entièrement confiance. L’enfant dort, à ses côtés se trouve le Commandant Thomas casque sur les oreilles qui surveille la carte satellite. Le soleil descend sur l’horizon ocre du Sahel.

Malian pleure depuis dix bonnes minutes. Il hurle, le visage rouge, le ventre creux. Paul semble ennuyé, il a tout simplement oublié de récupérer la sacoche où se trouve un sac isotherme où Shana a mis un potage avec du lait. Elle a dit à Paul, ce n’est pas grave si Malian le boit froid. Il fait chaud, mais laissez-le dans le sac il garde le chaud fort longtemps. Et lui l’a laissé dans son sac a dos. Quel idiot ! Il va se faire ramasser par Thomas. C’est une erreur de débutant, mais il n’a pas d’enfants.

Thomas le regarde d’un air interrogateur, il a vite compris que son aide de camp n’a pas le biberon. Il râle, car il est préférable de se poser.

— On n’est pas en zone verte, Paul. C’est instable. Si on pose l’hélicoptère, on s’expose. Tu aurais pu y penser, mais vu le nombre d’enfants que tu as je t’excuse.

Youcef intervient car Thomas a parlé dans le micro qui les relie tous les deux.

— Prochaine fenêtre possible dans huit minutes. Une clairière, non répertoriée. Potentiellement calme. Mais on ne reste pas plus de dix secondes. Je me pose et on remonte immédiatement.

L’hélicoptère se pose brutalement, soulevant une tempête de sable. Les pales ralentissent, mais le moteur reste allumé. Thomas se précipite sur le matériel entreposé au fond, il récupère une pochette isotherme, y ajuste une tétine et le met dans la bouche de son neveu qui attrape le biberon et boit goulûment.

Pendant ce temps Julien garde les yeux rivés sur l’horizon. Le silence est trop pesant. Une radio grésille. Un oiseau s’envole brusquement. Étrange…

On n’est pas seuls ici, décollage immédiat, ne nous attardons pas…

Buisson branche la caméra thermique :

Contact en approche, sud-est. Trop loin pour confirmer. Quittons ces lieux hostiles. L’hélicoptère vole à basse altitude. Les lumières intérieures sont tamisées. Malian somnole contre Paul, le ventre plein, mais pour éviter que l’enfant se déshydrate Julien Buisson lui tend un verre avec une pipette avec de l’eau. Le petit avait soif. Il s’y jette dessus et boit.

— Radar thermique contact non identifié. Vitesse irrégulière. Position nord-nord-est, 700 mètres en approche dit Julien à Thomas.

Youcef ne fait plus de rase-mottes, il prends de l’altitude. L’hélicoptère s’élève brusquement. Malian sursaute dans son sommeil, il gémit.

Que vois-tu Julien ?

Soit c’est un drône , mais il vole à notre hauteur, ou une moto rapide. Vu que cela reste à une altitude stable j’opte pour une moto. Impossible de savoir. Je vais gagner de l’altitude.L’hélicoptère s’élève brusquement. Malian sursaute dans son sommeil. Il gémit.

Un second bip se fait entendre, menaçant, plus proche. Trop proche. Youcef hurle :

Ils nous suivent. Armement prêt. Couvre-feu rompu dans la zone. Préparez évitement !

BOUM !

Une détonation sourde à l’arrière. L’appareil vacille. Un des stabilisateurs a été touché par un projectile. Youcef redresse l’appareil.

C’est une égratignure, les stabilisateurs tiennent, zone hostile mon Commandant.

Confirmation : feu immédiat. Pas de contact au sol. Pas de sommation.

Contact. Deux motos. Fusils visibles. Ils verrouillent notre trajectoire.

Thomas : Engage Julien !

Julien : Feu.

Le tir est chirurgical. La première moto éclate comme une canette de métal. La deuxième essaie de fuir, c’est peine perdue. Trois balles. Deux impacts. Une chute nette.

Youcef (froid) : Cibles neutralisées. Aucun autre signal. Reprise d’altitude.

Thomas (tourne vers l’arrière) : Comment va le bébé ?

Paul le gendarme chargé de sa protection : Rien à signaler, mon commandant. Il dort.

Thomas (plus bas, presque paternel) :On rentre. Il ne subira plus rien.

A suivre…

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Shana face à un choix 19

Le crépuscule teintait la pièce d’une lumière douce mais lourde de secrets. Thomas regarda Shana, cherchant à trouver les mots justes pour lui faire comprendre l’ampleur de la tempête qui approchait.

— Shana, il faut que tu comprennes qui sont vraiment ces enfants. Ce n’est pas juste une mission, c’est notre famille, et c’est lourd.

Elle l’écoutait, silencieuse.

— Asnan… c’est le fils de Samir et d’une femme Titou. Samir, tu sais, ce type qui a agressé Myriam. Mais ce que tu ignores peut-être, c’est qu’il battait Edith. Elle est allée plusieurs fois à l’hôpital de Dakar. C’est pour ça qu’elle a fui, et c’est pour ça qu’elle a enlevé le fils de cette jeune femme rebelle et de Samir, pour le protéger d’un père violent…

Samir ou Sami

En fait les deux, en France il se fait appeler Sami et c’est plus facile pour falsifier des papiers entre les deux pères biologiques Sali d’un côté, Sami de l’autre.

Shana baissa les yeux, la douleur visible.

— Et Malian ?

Thomas inspira profondément.

— Malian est le fils d’Edith et de Sali, l’ancien président exilé.
— Sali, l’amant secret de ta sœur.
— Les Titous l’ont kidnappé. Malian doit subir une greffe spéciale, c’est urgent. C’est une question de vie ou de mort.

Il posa doucement sa main sur celle de Shana.

— Edith est revenue en France avec Asnan, le fils de Samir, pour négocier la libération de son propre enfant. Elle s’est mise en danger. Elle a été attaquée. Maintenant, c’est à nous de la sauver — et de sauver ces enfants.

Shana releva les yeux, la colère mêlée à la tristesse.

— Alors on va récupérer Malian, ramener Edith, et mettre fin à ce cauchemar.

Thomas hocha la tête. Puis il se lève, serre son unique amour et lui murmure « Je t’aime ma douce, mon cœur, lorsque ce cauchemar sera fini nous partirons faire le tour du monde. »

Tu laisseras tes compagnons d’armes…

Oui pour un an, nous en reparlerons. Promis je reviendrais…

Le crépuscule tombait sur le village isolé des Titous, quelque part dans la savane hostile du nord du Mali. Le vent soufflait doucement, soulevant des nuages de poussière rouge, tandis que le soleil disparaissait derrière l’horizon.

Le silence était lourd, seulement troublé par le bruit lointain d’un feu de camp, et les murmures de gardes dispersés.Thomas, en tenue légère adaptée au climat, regardait son équipe qui se fondait dans l’ombre des bâtiments en pisé. Aucun signal, aucune erreur ne serait permise.

— Pas d’arme dégainée, pas de panique. On est là pour un échange. Calme, précision, diplomatie, murmura-t-il dans son micro.

À quelques mètres, des silhouettes titubantes se découpaient devant une petite case où était retenu Malian, l’enfant de 15 mois. Un homme imposant, chef auto-proclamé des Titous, s’avançait, escorté par deux gardes armés, qui tenaient l’enfant contre eux.

Azaan dormait, inconscient du drame qui se jouait pour lui. Thomas fit signe. Deux hommes du GIGN s’avancèrent, portant le bébé français, Azaan, dans une nacelle sécurisée, enveloppé d’une couverture légère. Le chef Titou observa, méfiant, les soldats étrangers.

— Nous savons pourquoi vous êtes là, lança Thomas, la voix calme mais ferme.— Ce bébé, Azaan, est la clé. Nous sommes prêts à le remettre en échange de Malian. Sans violence, sans effusion de sang. Pour la survie de cet enfant, et la paix. Un silence tendu s’installa. Puis le chef Titou hocha lentement la tête. L’échange fut lent, minutieux. Le bébé kidnappé remis dans les bras de Thomas, c’est ce su’exigeaut le chef de la Tribu. Le bébé de Samir et de la jeune femme de la tribu fut remis aux Titous. Pas un seul coup de feu.Pas un geste brusque.Juste l’art du GIGN : maîtrise, respect, et sang-froid.Alors que l’équipe repartait, la nuit tombait totalement, emportant avec elle le fragile espoir d’un avenir un peu plus sûr.

A suivre…

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Shana face à un choix 18

Lumière blafarde. Edith est allongée sur un lit médicalisé, une perfusion au bras. Ses paupières battent lentement. Elle respire difficilement. Edith est paralysée de la tête aux pieds .

Les médecins ont dit à Thomas que son pronostic vital était engagé. Il n’y a pas un seul moment à perdre, il leur faut retrouver un enfant ou peut-être deux.

Un monitoring capte son rythme cardiaque.Thomas entre seul. Il ferme la porte derrière lui. Il pose doucement une tablette sur la table. Dessus : les photos de la clinique de Bamako, le dossier de naissance falsifié, la photo du nourrisson et le code diplomatique.

Thomas (voix basse) : »Je sais que tu m’entends, Edith. Le médecin dit que t’es consciente. Et moi… j’peux pas me permettre d’attendre que t’ailles mieux. »

Il s’assied. Regarde les capteurs. Un léger pic du rythme cardiaque apparaît. Signe qu’Edith comprend.

Thomas : »Ce n’est pas ton fils, celui qu’on a récupéré à la gendarmerie. C’est l’enfant de Samir et d’une autre. Tu le sais, pas vrai ? Et son père ne veut pas qu’il serve de monnaie d’échange pour récupérer celui de ton amant. Qui est ce Sali ? Le savais-tu ?

Pause. Pas de mouvement. Mais le rythme cardiaque monte légèrement.

Thomas (posant la photo sur sa poitrine) : »Ton fils est resté là-bas. Chez les Titous ? L’as-tu caché ? Tu l’as troqué… ou tu l’as perdu ? Il se lève. Marche lentement autour du lit.

Thomas : »Tu t’es tue pendant trop longtemps. Mais ce que t’as fait, ça veut pas forcément dire que t’es une criminelle. T’as essayé de sauver quelqu’un. Ça… je peux le comprendre. Il s’approche, s’accroupit au niveau de son visage.

Thomas (calme) : »Mais maintenant, dis-moi comment te comprendre… sans que tu puisses parler ? Un battement de paupière. Peut-être une larme. Le monitoring s’agite. Thomas sort un feutre et une ardoise, la pose dans son champ de vision.

Thomas (doucement) : »On va y aller lettre par lettre. Cligne une fois si c’est A. Deux fois si c’est B. Et ainsi de suite. Je suis patient. »

Thomas commence, l’interrogatoire muet va durer plusieurs heures. Mais toute son équipe connait sa patience légendaire.

Thomas est resté toute la nuit. Le silence n’a été troublé que par les bips du moniteur cardiaque.Sur une tablette posée sur un chevalet : un tableau alphabétique. À côté, une feuille où des lettres sont lentement notées.

Léna entre discrètement, un thermos à la main.

Léna : Toujours rien de complet ?

Thomas ne tourne même pas la tête.

Thomas : »Elle communique. Une lettre à la fois. Mais faut pas se rater… La fatigue l’empêche de recommencer si on va trop vite. »Il montre la feuille. Les lettres déjà reçues :

S – A – L – I>

Thomas : »On a son nom. Sali. Mais ce n’est pas ce qu’elle voulait dire. On a continué. »Il trace d’autres lettres sous la première série :

S – A – L – I/ F – I – L – S

Un frisson passe.

Léna : »Sali… fils… Ce sont les deux clés. »

Thomas (bas) : »Pas le fils de Sali. Leur fils. À eux deux.

Léna : oui cela correspond, le bébé est né de ce Sali et d’Edith, cette dernière était marié à Sami, homme violent qui la battait, l’humiliait. Lorsque son bébé est né , son père Sali était à son chevet lorsque Sami l’a vu derrière la vitre de la pièce pour les prématurés. Il a dû comprendre que l’enfant n’était pas de lui. Il a magouillé pour enlever l’enfant de ce Sali et le remplacer par un enfant légèrement plus âgé d’un mois qu’il avait eu avec une fille Titou. Il était métis, Edith avait eu une césarienne, elle ne se souviendrait pas comment était son propre enfant. Mais ce qu’ignorait Sami c’est que le haut dignitaire avait prévu de faire partir Edith en France afin que son fils soit opérer de la maladie dont il souffrait lui-même. Cette opération doit se faire vers le dix-huitième mois. Or le petit a quinze mois. Et les Titous refusent de le donner. Sauf si Sami récupère le leur, le bébé qu’à ramené Edith.

Thomas : Tu seras une excellente enquêtrice. Tu as trouvé ce que Léonard n’a pas été fichu de comprendre.

Leonard pense avec autres choses que sa tête mon Commandant.

Thomas après cette nuit longue et pleine de tensions s’esclaffe. Léna comprend tout. Mais impossible d’en savoir davantage. Une sonnerie se fait entendre, Edith est en détresse respiratoire.

Les médecins les font sortir. Plusieurs heures plus tard, ils apprennent qu’Edith est dans le coma. Shana qui voulait venir la voir va être désespéré en l’apprenant.

A suivre…

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Shana face à un choix 17

✈️ Transition vers Bamako – même jour, 23h55

Un petit avion militaire affrété par la coopération franco-malienne se pose sur la piste latérale de l’aéroport. Thomas a envoyé un duo de confiance, accompagné de Léonard. Mission : fouiller discrètement la clinique, récupérer des fichiers, vérifier s’il y a d’autres enfants “effacés”.Trouvez qui est cet enfant…

Le bureau est modeste, mais climatisé. Des diplômes trônent au mur, des photos avec des ONG européennes. Le Dr Boubakar, la soixantaine, affable, masque toute rigidité derrière une politesse lourde.

Dr Boubakar (souriant) : Messieurs-dames, que puis-je faire pour vous ? Je ne refuse jamais l’aide à mes collègues de Dakar… surtout quand ça vient du Capitaine Diallo.

Léna (d’un ton doux) : Nous menons une vérification administrative discrète. Un acte de naissance mal enregistré, qui pourrait provenir de votre établissement. Un nourrisson, il y a environ 15 mois.Elle tend une copie du faux acte et une photo du bébé.

Boubakar les regarde, puis sourit encore… mais son regard change.

Dr Boubakar : Ce bébé n’est jamais né ici.

Léonard : Vous êtes sûr ? Son dossier est lié à une fausse déclaration sénégalaise, mais il pourrait venir d’ici.

Dr Boubakar (coupant) : Capitaine, je suis médecin, pas greffier.Nos archives sont à jour. Et je ne vois pas l’intérêt d’ouvrir les dossiers de patients pour un enfant qui n’a jamais mis les pieds dans cette clinique.

Léna, promue officier du renseignement grâce à Thomas ne se fourvoie pas et dit d’une voix ferme mais polie : Vous refusez l’accès aux archives ?

Boubakar (ferme) : Sans mandat officiel d’un juge malien, oui. Il se lève, leur tend la main.

Léonard et Léna : Au revoir Docteur

Boubakar : Je suis désolé. Je vous souhaite bon courage. Mais je ne peux pas vous aider davantage.

C’est une fin de non recevoir. Qu’à cela ne tienne, ils viendront de nuit. Léna étant inexpérimentée restera à l’ambassade. Il est inutile d’être trop nombreux. Léonard a été envoyé par Paris, c’est un soldat Sous officier chargé au Mali des écoutes secrètes. Côté discrétion Thomas s’en porte garant à 1000/100. Il a récupéré une infirmière avec qui il a eu une aventure. Mais Léna envoie un sms discret à Thomas et Léonard reçoit un ordre. Il est obligé d’emmener Léna. Il.la regarde mais ne dit mot.

L’infirmière, jeune femme visiblement inquiète, a laissé une porte arrière entrouverte. Léonard désactive temporairement le système de surveillance rudimentaire.

Dans le sous-sol, un bureau d’archives à moitié numérique, à moitié papier. Fichiers dans des boîtes métalliques, index Excel sur un vieil ordinateur.

Léonard : Cherche les entrées entre mars et mai l’année dernière. Prénoms masculins. Naissance sans suivi médical complet. Bingo. Regarde celui-ci :
“Naissance non enregistrée

Infirmière et Léna : L’enfant est né ici. Mais il a été “sorti” sans être déclaré.

Léonard : Et regarde la note manuscrite :
“Patient transféré à la demande du contact/ Afrique via Europe, nom de code ALPHA-21.”

Léna : Qu’est-ce que c’est, ça, ALPHA-21 ?

Léonard (zoomant sur le fichier numérique) : Une mention codée dans un tableau, lié à l’aide médicale étrangère.
Mais ce n’est ni l’Union Européenne, ni une ONG. Peut-être que c’est le nom d’un hôpital mais en langage codé. J’envoie le tout à Thomas il en fera bon usage.

-Dans quelle filière ce petit garçon a été mis ?

Léonard ne lui répond pas, il n’est même plus dans la piece. Léna entend un bruit de clef, étonnée elle avance vers la porte vitrée, et là oh stupeur elle voit l’agent de Thomas trousser la jeune infirmière, et la prendre comme un cavalier en rut, elle recule et s’éloigne, ne sachant que faire, elle continue de fouiller les papiers. Soudain elle aperçoit une photo d’une jeune femme blanche, elle compare avec le jeu de photos que lui a remis Thomas. Elle comprend rapidement qu’Edith est toujours mêlé à la disparition d’un des enfants. Elle tient dans ses bras un joli petit bébé métis. Qu’est devenu cet enfant ?

Leonard revient, il réajuste sa chemise dans son pantalon et dit à Léna :

— La curiosité est un vilain défaut, mais comme Thomas m’a vanté vos mérites je ne lui dirais rien.

— Et moi il m’a dit que vous étiez un chaud lapin, mais que cette mission était de la plus haute importance et que si vous portiez une seule main à un seul corps de femmes je devais vous signaler. Ce que je ferais en rentrant.

Je me retournais rapidement, le rire me gagnant devant la figure blême de Monsieur Léonard. J’y étais allée en force, le Commandant Thomas ne m’ayant fait aucune allusion à ce drôle de personnage.

Toutefois je suis bien obligée de lui montrer ma découverte. D’une part la photo d’Edith avec un bébé métis appelé X, car pour l’instant nous ignorons son âge, son prénom et éventuellement de qui il est l’enfant.

— Capitaine ou est passé Assia ?

Ce dernier semble assez ennuyé.

—Elle avait tellement peur qu’elle est partie.

— Après votre petite sauterie…

Le rire me saisit, j’hoquete en voyant la tête du Capitaine. Il est cramoisi. Je le laisse méditer mes paroles et m’éloigne, je viens d’entendre chuchoter, je pense que nous ne sommes plus seuls. Est-ce qu’Assia nous aurait vendu ? Je n’ai pas le temps de réfléchir, Léonard entends des pas dans le couloir.

J’ai juste le temps de déverrouiller un tiroir rouillé. Des chemises médicales. Aucune nomenclature claire. J’en ouvre une au hasard.

Léna (lisant) : “Naissance exceptionnelle – autorisation familiale signée par Sali D.”

Léonard l’interrompt il est pâle comme un mort : Je sais qui est Sali D c’est du lourd.

Léna : Qui est-ce ?

Léonard : Lis la suite

Léna : “Échange de nourrisson validé en urgence – statut diplomatique à respecter”…

Leonard : Diplomatique,… Mon œil …

….Nom du père biologique : non transcrit, nom de la mère Edith. / Nom du père symbolique utilisé : Sami K.

Sami et Edith sont les parents de substitution du bébé qui se trouve en France. Et l’enfant d’Edith et Sali est où ? Et qui est ce bébé, pourquoi Sami veut le récupérer.

Venez Léna, nous allons nous faire prendre.

Mais les papiers

J’ai tout photographié, laissons-les . Personne ne sera ennuyé.

Il.me donne la main, nous courrons. Ouf nous voici à l’extérieur. Assia est là. Nous repartons. Je ne sais toujours pas qui est ce Sali. Le saurais-je un jour ?

A suivre…

Copyright Juillet 2025