Une rencontre inattendue ( 23)

Je n’ose poser une question à Charles. Madame Baptiste nous propose du café et nous invite à rejoindre ses voisines et amies à la grande table. Dans un premier temps nous entendons juste les cris des enfants qui se chamaillent, puis Madame Baptiste Mère va nous faire une déclaration qui va avoir une répercussion sur la suite de notre discussion.

  • Alors Charles Meignière tu lui as dit à ton ami ce que je t’ai dit.
  • Non, pas encore Madame Baptiste, je suis encore sous le choc.
  • Ma Bru je te présente ton cousin le fils de la sœur de ton père.
  • Charles, tu es le petit Charles avec qui nous jouions enfants avant l’exode.
  • Si ta belle-mère le dit je vous crois
  • Paul va chercher tes Grands-pères au café, mais tu ne leur donne pas la raison. Juste que ta mère a des invités.
  • Oui Mémé
  • Paul dis aussi à ton frère de rentrer
  • Oui Maman

Depuis que Paul est parti toutes les femmes ont les yeux rivés sur Charles, chacun voit en lui les traits de Pierrot le père de Chantal. Nous apprenons qu’ils pensaient que Charles était décédé. C’est ce que le Patron avait dit au père de Madame Baptiste la jeune il y a une dizaine d’année.

Toujours ce patron il est toujours omniprésent, il commence à m’agacer songe Stan. Quant à Charles il ne sait plus quoi dire. Il était venu pour trouver une filiation pour sa soeur et là il se trouve avec une famille de mineurs. Madame Caroline Baptiste lui dit qu’il va rencontrer son grand-père. Il doit se mettre face à la porte et attendre sans faire aucun geste.

Soudain un jeune garçon entre il doit avoir une quinzaine d’années, et crie :

  • Pépé et Pépère arrivent.

Les femmes se taisent mais Caroline leur dit de continuer à babiller, aucun changement sinon les deux vieux vont s’en rendre compte.

  • Alors les femmes que nous…Vou… Oh mon dieu le petit est revenu, Charles mon petit où est mon fils ?
  • Je sais cela fait vingt ans que tu ne m’as pas vu je suis le père de ton père. Pas un jour n’est passé en espérant qu’avant de mourir je vous reverrai. Ou est ton père ?
  • Il nous a déposé devant une église et
  • Mais pourquoi ?
  • Il devait revenir nous chercher, je ne sais pas, tout ce que j’ai appris c’est qu’il était mort fusillé par les Allemands.
  • Fusillé, mon fils il était dans la Résistance
  • Oui
  • Mais et ta mère ?
  • Elle est morte en mettant au monde ma sœur.

Un grand silence entrecoupé de pleurs, et là la porte s’ouvre à nouveau, rentre un couple âgé.

  • Mèmère viens voir
  • Pierrot, je vois, ce n’est pas le mari de ma fille mais c’est le portrait de ton grand-père au même âge. Tu es revenu chez nous Charles.

Charles ne sait quoi dire, aussi il se met à pleurer les tensions, l’émotion le bouleversent. Sa grand-mère le prend dans ses bras et lui demande si le bébé est une fille ou un garçon.

Le bébé qui a 20 ans pense Stan. L’émotion est palpable.

  • C’est une fille elle se nomme Claire, elle vient d’avoir 20 ans.
  • Elle n’est pas venue avec toi
  • Non car je suis venue chercher des réponses

C’est à ce moment que le Grand-père regarde son petit-fils et lui dit :

  • Ta Maman a été violé par le vieux Bougainvilliers, elle voulait mourir. Ton père a décidé de profiter de l’exode pour quitter Anin. Il devait revenir pour tuer le patron des Houillères mais ses frères l’ont dissuadés. En quittant les mines ta mère pouvait garder l’enfant et personne n’aurait su.
  • Personne ne le savait, c’est vous grand-père qui venez de me le dire. Je ne dirais rien à ma sœur.
  • Si je viens de te le dire c’est parce que tu veux des réponses, alors en voilà une. Mais que veux-tu savoir de plus ?
  • Qui est ce patron super puissant qui a vie et mort sur ses employés. Pour lui c’est du bétail qu’il mène à l’abattoir. Je veux le rencontrer. Je veux savoir qui a cherché à tuer ma femme ? Et qui a essayé de tuer Claire.

Lorsque Charles a fini d’hurler ces mots qu’il a jeté en pâture à l’assemblée que constitue une partie de sa famille c’est un silence impressionnant qui fait écho à ses paroles.

  • On a voulu tuer ma petite fille
  • Notre petite fille
  • Oui bien sûr Jeannot Charles et Claire sont nos petits enfants. Vous pensez à qui les jeunes. Du reste qui est ce jeune homme qui t’accompagne Charles.
  • Je suis l’ami et collègue de Claire. Demain je serais policier sur Marseille. Je suis venu sous le sceau du secret enquêté ici pour connaître la famille du patron des houillères. A ce propos qui est le Patron. Vous avez dit Monsieur le « Vieux Bougainvilliers ». Y aurait-il un jeune ?

Le grand-père de Charles va nous expliquer toute la généalogie des Bougainvilliers, je me suis demandé plus tard s’il en connaissait autant de la sienne.

Le vieux continue à régner comme un despote sur les mineurs. Il a eu un seul fils très bête mais qui a tout de même réussi à engrosser deux ou trois vierges ainsi que des mères de famille honorable. Certaines ont quitté la mine d’autres sont restés la tête haute. Ta cousine en fait partie. Il y a sept ans alors qu’un coup de grisou venait d’avoir lieu Bougainvilliers avait accompagné son père pour constater les dégâts. Les femmes étaient remontées les premières, apeurés, serrées les unes contre les autres, ce goujat a attrapé par les cheveux ma fille et l’a entraîné. La suite tu l’imagines sûrement. Le début nous le savons par ces compagnes ici présentes. Elle n’est jamais retournée au Puits 50. L’autre ignore la naissance du petit.

C’est à ce moment que mes yeux ont cherchés les enfants, ouf ils n’y étaient plus. Les propos du vieil homme étaient sordides et atroces lorsqu’il eu fini de nous raconter le calvaire subi par sa fille.

Puis il.nous dit que celui qui devrait remplacer le vieux serait l’aîné de ses petits enfants. En plus de bâtards le fils du vieux avait eu trois garçons et une fille. Et des bruits se murmuraient que le partage de la fortune du vieux aurait lieu qu’après sa mort. Mais qu’il veillait de son vivant qu’à ce qu’aucun batard ne puisse revendiquer sa fortune.

Je me décidais d’intervenir pour demander au Grand-père maternelle de Charles s’il avait eu vent de choses pas très honorables concernant des enfants nés hors mariage.

  • Il a dit au fils Maray qu’il avait noté dans un carnet tous les enfants qu’il avait eu avec ses beautés.
  • Ses beautés que voulait-il dire ?
  • Sa femme était fort moche et largement bête, il s’est marié avec elle à cause des mines de son beau-père. Un mariage de raison.
  • Donc il a eu combien d’enfants ?
  • 10, 7 garçons et trois filles. Mais a-t-il ajouté la fille Planté est partie pendant l’exode, je ne sais si elle a eu une fille ou un garçon.
  • Donc cela fait 11. Aucune mort violente ?
  • Deux de ses fils sont morts le même jour à une heure d’intervalle dans le bistrot du coin.
  • Y a-t-il eu une enquête ?
  • Oui et non
  • Comment ça ?
  • L’enquête a commencé puis le vieux s’en est mêlé et tout s’est arrêté.
  • Et les autres ? Les filles ou femmes ont elles été ennuyés
  • Je vous accompagne demain, nous irons leur demander. Mais je ne vois pas comment ils ont pu retrouver notre petite fille.
  • Je me renseignerais, il a l’air d’avoir des relations dans la maréchaussée.
  • C’est étrange cette tentative d’assassinat, elle demande rien, elle ignore qui est son père et on cherche à la tuer après s’en être pris à ta femme.
  • Claire sait que son père n’est pas le mien, c’est à vas demande que je suis venu à Béthune puis ici pour trouver les réponses et connaître celui qui est son père. Je ne lui raconterais qu’une partie. Je verrais avec Nicolas ce que je ouis le dire ou non.
  • Nicolas ?
  • C’est chère Chantal le fiancé de Claire, mais les fiançailles n’ont pas encore eu lieu.
  • Aurais-tu une photo de Claire ?
  • Non, je n’en n’ai pas apporté, Stan tu as apporté la photo de votre promo
  • Oui voilà, cherchez Claire, c’est facile dans notre promo il n’y a que deux filles.

Ce sont les grands-parents qui se penchent sur la photo et un seul cri résonne dans la pièce :

Oh Claire ressemble à Marie Cécile, mais elle est plus belle. Ses cheveux sont magnifiques, est-elle blonde ?

À suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Une rencontre inattendue ( 23) »

  1. Et ben dis donc! Quel pourri le patron des mines! Quelle horreur pour toutes ces femmes! Hélas, tu décris une situation bien réelle!
    Mais, qui peut vouloir la mort de Claire? Après celle des deux des fils du vieux pourri, on se dit que quelqu’un en train de faire le « ménage ».
    Gros bisous

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