Une découverte renversante pour Shana/14

Aujourd’hui, 13 août, une pluie d’orage s’est abattue sur la caserne, ce qui a permis à Maël de nous refaire le plat qu’il avait goûté chez son frère et sa belle-sœur. Il en était tout fier : nous n’avons même pas eu le droit de mettre le nez dans la cuisine.

Il a fallu tout le subterfuge d’Inès et de Mila pour que les jumeaux puissent enfin manger. Je les entends encore jacasser comme des pies dans l’escalier qui mène à leur chambre. Elles ont l’air d’être au téléphone, en pleine conversation avec un mystérieux interlocuteur.

Lorsque je monte voir Malian — qui, ce matin, dort à poings fermés — elles ricanent, et Mila me lance :

— Il triche, Maël !

— Pourquoi dis-tu cela ?

— Il est au téléphone avec Ingrid. Elle lui dicte la recette…

— Heureusement, je ne veux pas manger du phoque ou un monstre marin !

Les deux filles restent hébétées en entendant Thomas répondre à ma place. Il était dans son bureau et avait entendu les filles préparer leurs taquineries pour Maël.

C’est pendant le repas que Thomas a proposé une balade sous la pluie aux deux filles et à Maël. Bien entendu, j’allais les accompagner — surtout que je connaissais la surprise.

Les filles n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de se promener sous la pluie, surtout que les jumeaux ne viendraient pas avec nous. Myriam et Alain, qui rentraient de vacances, allaient venir les chercher.En échange, Noam était invité à nous accompagner.

Quant à Malian, il passerait la journée chez Mikael, qui avait pris quelques jours de congé pour l’emmener voir son père. Ce n’était pas la première visite, mais la seconde. Mikael serait accompagné de sa future épouse, une jeune femme très douce qui adorait Malian. Elle aussi travaillait au commissariat, et tous deux s’entendaient à merveille.Elle s’appelait Rosette, et venait de l’île de La Réunion. C’était peut-être pour cela que le petit lui offrait tous ses sourires.

La pluie avait cessé depuis le début de l’après-midi laissant derrière elle une terre humide et parfumée. L’air était doux, chargé de silence, seulement troublé par le bruit de leurs pas dans le gravier. Maël et Noam discutaient ferme. Noam assurant à Maël qu’à Château Thierry, pas plus tard que la semaine passée, des promeneurs avaient vu un chevreuil et sa famille. Ils marchaient en scrutant la forêt toute proche.

Les filles suivaient, serrées sous un grand parapluie, car de petites gouttes tombaient à nouveau. Thomas était déjà devant le porche, les bras croisés, le regard rivé sur la bâtisse.

— C’est ici ? demanda Mila.

— Oui, répondis-je en avançant. C’est un ancien corps de ferme. Trois bâtiments, un terrain à l’arrière, et cette forêt… là, juste au bout du champ.

Elle haussa les sourcils en regardant les pierres couvertes de mousse, les volets mangés par le temps, et le toit qui avait besoin d’un sérieux coup de neuf.

— C’est un château hanté ou une maison ? marmonna-t-elle à mi-voix.— Une maison, et peut-être un rêve, répondit calmement Thomas, un léger sourire au coin des lèvres.

Ils entrèrent. Le hall sentait la poussière et le bois humide, mais l’espace impressionna tout le monde. De hauts plafonds, des murs porteurs solides, une vieille cheminée dans l’ancienne salle commune.

— Avec un peu de travaux, dit Thomas en glissant sa main sur la poutre centrale, on pourrait en faire quelque chose de grandiose.

Noam était faciné par l’escalier en colimaçon.

— Je peux monter ?!

— Moi aussi crièrent en coeur les filles On vient avec toi. Les rires montèrent à l’étage, accompagnés des grincements du vieux bois.

— Chaque enfant pourra avoir sa chambre, expliqua Thomas. Une pour Inès, une pour Tino et Yanis, une pour Mila, une pour les jumeaux… Et même une pour les visiteurs de passage, voir plus. Là c’est la partie principale. En haut il y a une porte fermée pour le moment, elle traverse pour rejoindre le bâtiment d’à côté, ce n’est pas un couloir classique c’est un passage avec une véranda. Je n’en vois pas l’utilité. Surtout qu’il y a déjà un autre passage au niveau du hall d’entrée.

— Mais Papa on doit la voir de l’extérieur.

— Oui Maël, nous irons tout à l’heure. Pour l’instant venez voir la cuisine.

Alors que je m’attarde en compagnie de Thomas à admirer les poutres, j’entends des hourrah enthousiasmes. Thomas rit et me dit viens , tu vas voir la raison de leurs cris.

— Oh !

En voyant la cuisine très fonctionnelle, aménagée avec goût, je n’en reviens pas. Tout y est.

— Quand es-tu venu installer cette belle cuisine en chêne ? Seul ce n’est pas possible.

A ce moment j’entends un brouhaha et je vois entrer Yanis et Léo, ils sont tout sourires.

— C’est grâce à vous que la cuisine est déjà prête à fonctionner. Devant leur rire, je comprends qu’ils étaient absents pratiquement tous les soirs les semaines précédentes. Voilà ce qu’ils faisaient.

Léo nous dit : On aimerait bien aller voir les chambres. J’espère Inès que tu n’as pas pris la mienne.

— Thomas nous a dit d’attendre, pour l’instant cela ne ressemble pas à des chambres, il y a des rouleaux de je ne sais quoi.

— Ce doit être ta tapisserie avec des motifs gothiques.

— Tu dis n’importe quoi, maintenant j’aimerais avoir du bleu pâle avec des nuages blancs.

— Tu seras ibluge de te la faire toi même, lui dit Maël.

— Si Thomas me le permet je veux bien dessiner ce que j’aimerais avoir sur les murs.

— Ça marche, mais Tino n’était pas avec vous.

— Il est en bas il discute avec Louis et Julien.

— Ah il est déjà là Julien et bien il a fait vite.

Mila avait l’air en colère elle se tourne vers son père en lui disant :

— Et moi ? demanda Mila, faussement indignée.

— Toi aussi, évidemment, répondis-je. Et un bureau pour écrire tes romans secrets si tu veux.

Elle éclata de rire, touchée mais gênée. Puis soudain sérieuse :

— Et la partie pour les orphelins, elle serait où ?

Thomas ouvrit la porte d’une dépendance attenante à la bâtisse principale.

— Ici. C’est un bâtiment à part, mais relié à la maison par une verrière. Assez d’espace pour accueillir cinq, six enfants. Avec un petit coin cuisine, un salon, et leur propre entrée.

Mila hocha la tête, pensive. Puis elle murmura :

— Ça pourrait leur plaire. À eux aussi, ils auront besoin d’un endroit où on les laisse être… tranquilles. Sans pitié. Sans jugement.

Silence !

Maël posa une main sur son épaule, tendrement.

— C’est un refuge, pas une prison.

Dans la cour, les feuilles du vieux noyer bruissaient sous la brise. La lumière filtrait entre les nuages, dorée, presque douce. C’était encore brut, abîmé, un peu froid. Mais c’était aussi prometteur.

— On pourrait mettre un potager là, dit Inès en désignant un rectangle d’herbe haute.

— Et une balançoire ici ! cria Noam du pas de la porte. Pour les jumeaux.

— Et moi je veux un banc au soleil, grogna Mila. Pour écrire en paix.Tout le monde rit.

Je les regardais, les uns après les autres. Cette maison, ce lieu, ce projet… Ce n’était plus une idée dans nos têtes à Tino, Thomas Louis Mick et moi. C’était un futur qui se dessinait. À la fois fragile et solide.Et j’ai su, à cet instant, que nous étions déjà chez nous.

A suivre…

Copyright Août 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Une découverte renversante pour Shana/14 »

  1. Là, ça prend une belle tournure, mais tu es bien capable de nous faire un coup fourré.

    Une maison pour réunir tout le monde surtout qu’il y a du travail et qu’ils vont mettre la main à la pâte comme ceux qui on commencé pour faire la cuisine.

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