OÙ EST MADELEINE ? 8

Le lendemain, ils montèrent tous les trois dans la vieille camionnette bleue du père d’Hugo . La route serpentait entre les vignes, puis s’ouvrit sur la plaine de la Saône. Villefranche apparut, plus bruyante, plus vivante que leur village endormi.

À la bibliothèque, l’air sentait le papier et la cire. Derrière le comptoir, une bibliothécaire les conduisit vers les archives locales : de grands journaux reliés, rangés année par année.

— Voilà l’année 1968, dit-elle en déposant un énorme volume sur la table. Les mois sont indiqués par des couleurs différentes que vous retrouverez aussi pour 1969 et ainsi de suite.

Le père s’installa dans un coin, feuilletant distraitement un magazine, tandis que les ados se penchaient fébrilement sur les pages jaunies.Ils tournèrent les feuilles avec soin, lisant les annonces, les faits divers, les petits articles de la région. Et soudain, Maud s’immobilisa.

— Regardez! Dans un encart minuscule, à la troisième page, il était écrit :« Une jeune fille du Beaujolais signalée disparue. Madeleine L 15 ans, aurait été aperçue à Villefranche. La gendarmerie recherche tous les témoignages. »Les yeux des ados s’écarquillèrent. Leur enquête venait de franchir une nouvelle étape : Madeleine avait bel et bien été vue à Villefranche… Mais ensuite, plus rien. Thomas s’approcha du coin où son père feuilletait distraitement un magazine.— Papa… regarde.Il posa le journal jauni devant lui, l’index pointé sur l’encart.« Une jeune fille du Beaujolais signalée disparue. Madeleine L, 15 ans, aurait…. »Le père resta figé. Ses yeux parcoururent la ligne une fois, puis deux. Sa main se crispa sur le papier.

— Madeleine… murmura-t-il.

Sa voix était rauque, presque étranglée. Les ados échangèrent un regard surpris.

— Vous la connaissiez bien ? demanda Margot timidement.L’homme reposa le journal avec lenteur.

— Bien sûr que je la connaissais. Elle était de notre village… et moi, j’avais 17 ans à l’époque.Il eut un petit rire amer. J’étais fou d’elle. Mais mon père me surveillait de près. Dans notre famille, on ne badinait pas avec les fréquentations. Alors je me contentais de la regarder de loin.

Le silence s’installa. Pour la première fois, les ados percevaient leur enquête autrement : ce n’était pas seulement un mystère ancien, c’était une histoire qui avait touché les cœurs, bouleversé des vies autour d’eux.Le père reprit, plus grave :

— Quand elle a disparu, tout le monde au village a eu peur. Certains disaient qu’elle avait été enlevée, d’autres qu’elle avait fugué… Moi, je savais qu’elle était amoureuse. Mais je n’ai rien pu dire. À 17 ans, avec mon père derrière moi, je n’étais qu’un gamin impuissant.Il passa une main sur son visage, comme pour chasser un souvenir douloureux.

— Si elle a été vue à Villefranche, alors c’est qu’elle a réussi à rejoindre son Espagnol. Mais après, plus rien. Margot serra le médaillon dans sa poche.

— Peut-être que c’est à nous, maintenant, de trouver ce qui s’est passé, ajouta Margot.

Le père de Thomas releva la tête. Ses yeux brillaient d’une lueur étrange, mélange de nostalgie et de détermination.

— D’accord, dit-il. Je vous aiderai. On va chercher ensemble.Les ados se plongèrent à nouveau dans les archives. Thomas tournait les pages avec soin, tandis que Maud lisait chaque colonne à voix basse. De temps en temps, le père levait la tête pour leur indiquer où chercher.

— Là… regardez, dit-il en désignant un encart daté de quelques jours plus tard.« Deux jeunes gens aperçus à la gare de Villefranche. Témoins incertains : il pourrait s’agir d’un saisonnier espagnol et d’une adolescente. La gendarmerie poursuit ses investigations. »

Les adolescents retinrent leur souffle.— C’est eux, souffla Inès. Ça ne peut être qu’eux !Mais en feuilletant encore, ils ne trouvèrent plus rien. Le silence des journaux après octobre 1968 pesait lourd.Le père s’appuya contre le dossier de sa chaise, pensif.

— Vous savez, il y a peut-être quelqu’un qui pourrait nous en dire plus.

— Qui ça ? demanda Hugo, les yeux brillants.

— Monsieur Delorme, dit le père. À l’époque, il travaillait à la gare de Villefranche, comme employé des chemins de fer. C’était un type curieux de tout, il connaissait tout le monde et il se souvenait de tout. Si quelqu’un a vraiment vu Madeleine et Alejandro, c’est lui.

Thomas s’exclama :

— Et il est toujours vivant ?

— Oui, répondit son père. Il a quatre-vingts ans passés maintenant, mais il habite encore du côté de Gleizé, chez sa fille.

Margot sourit.

— Alors il faut aller le voir.

Le père acquiesça, un éclat de jeunesse traversant son regard.

—D’accord. On ira demain.Aujourd’hui je vous emmène faire du bateau sur la Saône. Lorsque je vais pêcher, je pars non loin de Villefranche-sur-Saône, de Port Rivière plus exactement. Allez vener vous avez passé beaucoup de temps dans vos recherches.

Les adolescents se regardèrent, excités. Quelle bonne idée avait eu le père de Thomas.

Dans la voiture, Margot étudiait scrupuleusement, les indices qu’ils avaient recueuillis, c’était un véritable puzzle. Il commençait à s’assembler, pièce par pièce. Demain, peut-être, un vieil homme ouvrirait une nouvelle porte sur le destin de Madeleine et d’Alejandro.

À Suivre…

Copyright septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « OÙ EST MADELEINE ? 8 »

  1. Coucou EvaJoe.

    Un veritable jeu de piste cette affaire. une bonne partie de pêche va faire patienter ces jeunes avant de poursuivre

    Bises et bon samedi – Zaza

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