MADELEINE (15 BIS)

Nous avions chez nous des petits jumeaux qui nous prenaient tout notre temps. Nous ne pouvions pas consacrer beaucoup d’attention à Madeleine. Alors nous avons cherché dans ses papiers et avons trouvé l’adresse de ses parents. Nous les avons prévenus. Ils sont arrivés trois mois après, juste au moment où vous avez dû adopter Pedro.

Hélas ils n’ont pas vu Madeleine elle s’était enfuie. Ses parents au moment de sa disparition avaient quitté Belleville et s’étaient établi dans la banlieue Lyonnaise. Si mes souvenirs sont exacts c’est à Oullins.

Si prêt de nous, si j’avais su je serais allé les voir, mais je pense qu’ils ne doivent pas me porter dans leur cœur. Tout ce qui est arrivé est de ma faute. Ne croyez pas ça Monsieur Moreno, ils ont essayé de vous joindre plusieurs fois. Puis ils ont appris que vous vous étiez mariés que vous viviez dans le Sud de la France et que vous aviez un enfant. Ils n’ont pas voulu démolir votre couple tout récent.

Alejandro et Pedro écoutaient attentivement, bouleversés par le récit.

Chaque détail éclairait enfin des années de silence et de mystère.

Madeleine, reprit Madame Goujon, a survécu à l’accident, mais elle avait perdu la mémoire. L’amnésie a effacé tout souvenir de son fils et de sa famille. Elle a dû reconstruire sa vie seule. Malgré tout, elle a repris ses études, le lycee, puis elle a intégré la Fac de médecine de Lyon, car un des médecins lui avait dit vous êtes doué.

Elle est devenue médecin pédiatre. Pedro sentit son cœur se serrer. Alejandro posa une main sur son épaule et dit :

Nous devons la retrouver. C’est le moment de réparer tout ce temps perdu.

— Vous n’avez plus qu’à suivre nos pistes, ajouta Madame Goujon. Tout ce que nous pouvions faire, nous l’avons fait, et maintenant, c’est à vous de réunir votre famille.

Pedro se redressa brusquement.

— Mais… où est-elle ? Vous savez où elle vit ?

Madame Goujon secoua doucement la tête.

— Non, je l’ignore. J’ai seulement appris qu’elle avait repris des études de médecine, mais je ne connais pas son nom d’aujourd’hui, ni l’endroit où elle exerce. Les informations se sont perdues avec le temps.

Alejandro ferma les yeux un instant. Quinze années de silence et de douleur venaient de se résumer en quelques phrases. Mais il n’était plus question de reculer.

— Alors nous irons la chercher, Pedro. Nous la retrouverons, quoi qu’il en coûte.

Pedro serra les poings.

— Oui, je veux la voir. Je veux lui dire que je suis vivant. Je veux l’embrasser, qu’elle me prenne dans ses bras.

Margot, qui jusque-là était restée silencieuse, souffla doucement.

— Si elle est médecin, nous avons une piste.

Il doit être possible de retrouver son parcours, ses diplômes, son affectation.

Alejandro acquiesça.

Nous irons à la faculté de médecine, chercher les registres. Nous remonterons son chemin.

Madame Goujon les regarda avec une émotion contenue.J’espère de tout cœur que vous y parviendrez. Cette femme mérite de savoir la vérité, tout comme ce garçon mérite de retrouver sa mère. Pedro détourna la tête, les yeux brillants. Il n’avait qu’une idée en tête : marcher vers Paris, fouiller chaque rue, chaque cabinet médical s’il le fallait, jusqu’à tomber sur elle.Dès le lendemain, Alejandro et Pedro reprirent la route. Margot tenait à les accompagner, mais Alejandro lui expliqua que cette recherche appartenait d’abord à une famille brisée qui devait se retrouver.Elle comprit, non sans douleur, et les laissa partir.

Le père et le fils commencèrent par l’université de médecine. À Paris, les archives de l’époque étaient précieusement conservées. Alejandro, d’une voix ferme, expliqua qu’il cherchait la trace d’une ancienne étudiante Madeleine Lopez.

L’employé des registres, intrigué, disparut dans une salle tapissée de classeurs. Le temps leur sembla interminable. Enfin, un dossier jauni fut déposé sur le comptoir. Le nom de Madeleine apparaissait bel et bien, suivi d’une mention :

Madeleine Lopez a été reçu ce jour devant ses pairs, elle a prononcé le serment d’Hippocrate après avoir soutenu sa thèse sur le suicide des jeunes et des enfants. Elle a reçu les félicitations du Jury devant sa recherche très étayée par plusieurs cas précis. Doctorat obtenu à Paris, installation en cabinet libéral.

Pedro posa ses mains sur la table, tremblant.

Elle y est… Papa, elle est là, quelque part dans Paris.

Alejandro serra son épaule.

Oui, mais il nous faut trouver où. Paris est grand.

Ils passèrent des jours entiers à écumer les annuaires médicaux, interrogeant les administrations, notant chaque Madeleine ou chaque Lopez pouvant correspondre. Les portes se fermaient souvent, les réponses étaient vagues. Mais jamais Pedro ne perdit courage. Chaque soir, il répétait :

On finira par la retrouver. Je le sens.

Alejandro le regardait, bouleversé par tant de détermination. Quinze ans plus tôt, il avait perdu Madeleine et ignoré qu’il avait un fils. Aujourd’hui, il marchait aux côtés de Pedro, prêt à tout pour réunir enfin ce que le destin avait brisé.

Après des semaines de recherches, un nom finit par les arrêter net. Sur l’annuaire médical, Alejandro posa son doigt tremblant : Docteur Madeleine Lopez, médecin pédiatre, spécialisée dans le suicide des jeunes et des enfants, Paris 15e.

Pedro eut le souffle coupé.

C’est elle… Je le sais…

Le lendemain matin, ils se rendirent dans la rue indiquée. Le cœur de Pedro battait si fort qu’il croyait qu’on pouvait l’entendre résonner dans tout le quartier. Une petite plaque dorée brillait à l’entrée de l’immeuble :

Docteur M. Lopez – Médecine générale et pédiatrique.

Alejandro hésita un instant devant la porte vitrée.

Tu es prêt ? demanda-t-il à voix basse.

Pedro hocha la tête, bien qu’il se sente vaciller.

Oui… je dois la voir.

Ils poussèrent la porte. Dans la salle d’attente, quelques patients feuilletaient distraitement des magazines. Pedro n’entendait que le martèlement de son cœur. La secrétaire leva les yeux et demanda poliment :

Vous avez rendez-vous .

Alejandro inspira profondément.«

Non… mais dites-lui, s’il vous plaît… que quelqu’un de son passé est là.

La secrétaire les observa, un peu surprise, puis elle les fit entrer dans une petite salle d’attente vide à cette heure, disparut derrière une porte. Quelques secondes plus tard, une silhouette apparut. Madeleine.

Ses cheveux avaient grisonné légèrement, son regard était doux, empreint de calme et de bienveillance.Pedro la dévora des yeux. C’était elle. Sa mère. Même s’il ne l’avait jamais connue, il le savait au plus profond de lui.

Madeleine s’avança, intriguée.

Oui ? Vous désirez ? demanda-t-elle d’une voix posée.

Alejandro sentit ses jambes fléchir, mais il tint bon. Il croisa le regard de Pedro, qui lui donna la force de prononcer les mots.

Madeleine, je sais que tu as perdu tous tes souvenirs suite à un accident. Tu souffres d’une amnésie partielle. Un médecin nous l’a expliqué . Un choc brutal peut te redonner ta memoire. Tu ne me reconnais pas, Je suis Alejandro. Et voici Pedro… ton fils.

»Le temps sembla se figer. Madeleine recula d’un pas, les yeux agrandis par la stupeur.« Mon… fils ? » répéta-t-elle d’une voix tremblante.Pedro fit un pas vers elle, incapable de retenir ses larmes.

Oui, maman… c’est moi…

Lorsqu’elle aperçut Pedro, elle s’arrêta net. Ses yeux s’écarquillèrent et sa main se porta à sa bouche.

Alejandro… souffla-t-elle, la voix étranglée.

Pedro, surpris, cligna des yeux.

Non… moi c’est Pedro.

Madeleine chancela, déstabilisée.

Tu es… tellement semblable… La fossette, les yeux… C’est lui… C’est toi…

Alejandro, resté légèrement en retrait, fit un pas en avant.

Madeleine. C’est bien moi. Alejandro.

Elle tourna la tête vers lui, interdite, et son regard passa de l’un à l’autre. Deux visages, deux reflets. Le passé et le présent côte à côte. Elle recula contre le mur, les larmes lui montant aux yeux.

Alors… qui… qui est-il ? » dit-elle en désignant Pedro, la voix brisée.

Alejandro posa une main sur l’épaule de son fils.

C’est Pedro. Notre fils. Celui que tu as porté. Celui que tu as cherché.

Madeleine porta les mains à son visage. Tout son corps tremblait.

Mon fils… Mon fils… » Elle se mit à pleurer, incapable de détourner les yeux de Pedro.

L’adolescent s’approcha doucement, comme on avance vers un rêve trop fragile pour être vrai.

Maman… » murmura-t-il, et d’un seul élan il se jeta dans ses bras. Madeleine l’étreignit avec une force qu’elle ne soupçonnait pas, comme si elle voulait rattraper toutes les années perdues.

La fin demain

Copyright Septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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