Quelque part là -haut vers les sommets ! (3)

Alors que la nuit tombait, les gendarmes progressaient lentement sur la route glacée. Michel, le vieux du village, les accompagnait à distance, murmurant à voix basse les lieux où il avait vu l’homme au chapeau rouge.

Soudain, l’un des gendarmes s’arrêta net.Sur la neige immaculée, des gouttes rouges formaient une piste fragile, menant vers le bois qui bordait le village. Le contraste avec le blanc éclatant de la neige était saisissant.Le silence tomba. Même le vent semblait retenir son souffle.

Les habitants, rassemblés derrière les fenêtres, virent les hommes s’avancer avec prudence, chacun redoutant de comprendre ce que signifiait ce sang. Michel sentit un frisson lui remonter l’échine : la piste suivait exactement le chemin qu’avait pris la femme huit jours plus tôt, puis l’homme en noir il y avait deux jours.

Personne n’osait prononcer les mots à voix haute, mais chacun savait ce que cela voulait dire : quelque chose de terrible avait recommencé.

La piste de sang conduisit les gendarmes, Michel en tête, jusqu’à un chalet isolé au cœur des bois, niché dans un couloir d’avalanche. La neige formait des murs naturels tout autour, rendant l’endroit presque invisible depuis la vallée.

Dès qu’ils approchèrent, ils s’aperçurent que le chalet était habité. Une lumière vacillante filtrait à travers les volets à moitié clos, et une odeur de bois brûlé et d’herbes séchées s’échappait de la cheminée.

Poussant la porte avec précaution, ils découvrirent à l’intérieur une vieille femme. Son visage, ridé et sombre, était presque caché sous un foulard noir, mais ses yeux brillaient d’une intensité inhabituelle.Elle les accueillit sans peur, presque comme si elle les attendait.

Autour d’elle, le chalet semblait figé dans le temps : des meubles anciens recouverts de tissus, des ustensiles rouillés, et sur une étagère, des objets rouges – des petits morceaux de tissu, un gant, peut-être… et quelques traces de neige sur le sol qui semblaient récentes.La présence de la vieille femme éveilla immédiatement des questions : était-elle liée à la femme aux bottes rouges ? À l’homme au chapeau rouge ? Et surtout, savait-elle quelque chose de la disparition d’Antoine ?

Les gendarmes se figèrent devant elle.Son visage buriné racontait une vie longue et rude, chaque ride semblant tracer des souvenirs oubliés du village et de la montagne. Ses vêtements étaient simples, usés par le temps, mais autour de son cou pendait une écharpe rouge éclatante, qui contrastait avec l’austérité de sa tenue et avec la blancheur de la neige déposée sur ses bottes.

Elle les regarda sans ciller, puis sa voix s’éleva, tremblante mais claire, comme un écho d’un autre temps :

« …ils arrivent… toujours… rouge… neige… pas de bruit… mais les bottes… oui… toujours… »

Ses mots se succédaient sans suite logique, entrecoupés de silences et de murmures presque inaudibles :

« …l’enfant… le bus… le vent… plus tard… non… pas là… »

Chaque phrase semblait surgir d’une mémoire fragmentée, et pourtant chaque mot portait un poids étrange.Les gendarmes échangèrent des regards inquiets, tentant de comprendre si elle parlait de faits réels ou de fantômes de souvenirs anciens.

Michel, derrière eux, frissonna. Il savait que la montagne avait ses secrets, mais la présence de cette femme… et cette écharpe rouge… semaient un doute profond. Était-elle la clé de la disparition d’Antoine ? Ou annonçait-elle seulement que le cycle du village allait se répéter encore ?

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Quelque part là -haut vers les sommets ! (3) »

  1. Coucou EvaJoe.
    Bizarre, ou j’ai écrit bizarre…
    Une sacrée découverte dans ce chalet. Cette femme débitant des mots énigmatiques qui renforce le mystère de la disparition d’Antoine.
    Il va falloir un décodeur aux gendarmes ! 😉
    Bises et bon début de semaine – Zaza

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