Quelques parts là-haut vers les sommets ! (8)

Dans le bureau d’interrogatoire, l’OPJ consulta un dossier que la gendarmerie venait de lui transmettre. Ses yeux se levèrent lentement vers le boucher.

— Monsieur, dit-il d’une voix ferme, nous avons vérifié vos déclarations. Vous avez affirmé que votre ex-femme est morte dans un crash aérien en Mer Noire, au large de la Bulgarie.

Le boucher acquiesça d’un geste sec.

— C’est la vérité. Elle est partie. Elle est morte.

L’OPJ ouvrit le dossier et le fit glisser vers lui.

— C’est faux. Vous n’avez jamais cherché à vérifier si elle figurait parmi les passagers. Et savez-vous ce que nous avons découvert ? Le frère de votre femme lui, était bien dans cet avion. Il était même le pilote. Mais votre ex-femme n’apparaît nulle part sur les listes officielles. Elle n’a jamais pris ce vol.

Un silence pesant s’abattit. Le boucher écarquilla les yeux, surpris, avant de se renfrogner.

— Des erreurs… ça arrive dans les archives… tenta-t-il.

L’OPJ tapa du doigt sur le dossier.

— Pas ce genre d’erreur. Les passagers ont été identifiés un par un. Si Mélanie avait été à bord, son nom figurerait dans les registres. Elle ne s’est pas écrasée ce jour-là. Autrement dit, vous mentez depuis le début.

Le boucher se mit à gesticuler, rouge de colère :

— Elle est morte, vous m’entendez ? Elle est morte !

Mais ses cris, cette fois, ne suffisaient plus. L’OPJ savait qu’il venait de mettre au jour une contradiction majeure : Mélanie n’était pas dans l’avion. Elle s’était volatilisée ailleurs, et le boucher n’avait jamais cherché à le cacher… seulement à faire croire à sa mort.

Le boucher tapa du poing sur la table, son visage écarlate :

— Vous n’êtes qu’un fumier, vous ! Un flic de pacotille ! Vous me collez des histoires pour me salir, mais vous n’avez rien contre moi ! Je viens pour la disparition de mon fils , et vous m’accusez d’avoir voulu la mort de sa mère vous êtes un sacré malade.

Le silence dura une seconde, lourde comme du plomb. L’OPJ le fixa droit dans les yeux. Sa voix, posée, trancha l’air comme une lame :

— Ça suffit.Il se leva lentement, referma le dossier devant lui et fit signe aux gendarmes postés à la porte.

— Vu vos propos, vos contradictions, et vos insultes, je vous place en garde à vue. Vous allez avoir le temps de réfléchir à vos mensonges.

Le boucher tenta encore de protester, sa voix montant dans un flot de rage :

— Vous n’avez pas le droit ! Mélanie est morte ! C’est moi qui vous le dis !Mais déjà les gendarmes l’encadraient, fermes, le conduisant vers la cellule.

L’OPJ, lui, resta immobile quelques secondes, fixant le dossier. Une certitude grandissait en lui : Mélanie était vivante, et le boucher avait toujours su plus qu’il ne voulait l’avouer.

Les gendarmes avaient déjà attrapé le boucher par les bras pour l’emmener, mais il se débattit, hurlant à pleins poumons :

— Vous croyez que j’ai peur de vos cellules ? Vous me payerez ça !

Puis, comme emporté par sa propre fureur, il vociféra :

— Et mon fils, hein ? Mon fils qui a disparu, vous l’avez oublié ? Vous croyez que je ne sais pas qui est derrière tout ça ? Bande d’incapables ! Vous laissez courir des assassins pendant que vous enfermez des honnêtes gens !

L’OPJ, resté impassible, se rapprocha d’un pas.

— Ça suffit. Vous êtes en garde à vue, et chaque mot que vous criez est enregistré. Alors si vous avez des choses à dire sur votre fils, mieux vaut les dire clairement.Le boucher se tordit, rouge de rage, les yeux injectés de sang.

— Vous n’aurez jamais Mélanie ! Ni vivante, ni morte ! Et mon fils… si vous ne le retrouvez pas, c’est vous qui porterez sa disparition sur la conscience !

Les gendarmes l’entraînèrent enfin vers le couloir. Sa voix continuait de résonner, un mélange de menaces, de rancune et de désespoir. Dans le silence retombé, l’OPJ nota mentalement que le lien entre la disparition du fils et celle de la mère était peut-être plus étroit que ce que le boucher voulait bien avouer.

Dans la cellule froide, le boucher tournait comme un fauve en cage. Ses pas claquaient sur le béton, ses poings martelaient la porte métallique. Il hurlait à s’en briser la voix.

— Mélanie ! Sale traînée ! Si je te retrouve, tu verras ce qu’il en coûte de me ridiculiser ! Crois pas que tu peux te cacher derrière tes beaux messieurs de Grenoble !

Il cracha au sol, puis reprit, de plus en plus délirant :

— J’ai des amis, moi… des gars qui savent faire parler les gens. Ils iront te chercher jusque dans ton trou ! Tu crois m’échapper, mais tôt ou tard, tu payeras !

Un silence. Puis soudain, sa voix changea, emplie d’une colère désespérée :

— Et toi, mon fils… où tu es ? Disparu comme ta mère… Foutus gendarmes incapables ! Vous êtes tous ligués contre moi !

On me vole mon sang, mon héritier !Il frappa si fort la porte que le métal vibra.

— Si quelqu’un lui a fait du mal, je jure que je le retrouverai. Et là… je ferai pire que l’enfer !

Les policiers échangerent un regard ou le type était vraiment catastrophé ou il.jouait la comedie.

Chaque mot était enregistré. L’OPJ, resté dans le couloir, écoutait en silence. Ce n’étaient pas de simples insultes : dans ces vociférations, il y avait des menaces précises, une rancune féroce et l’aveu implicite qu’il savait bien plus qu’il ne voulait le dire.

L’OPJ quitta le couloir, laissant derrière lui les vociférations du boucher qui résonnaient encore contre les murs.

Dans le bureau, deux gendarmes attendaient, les bras croisés. Il leur servit un café, resta debout, le regard fixé dans le vide, puis parla d’une voix grave :

— Vous avez entendu comme moi. Il a beau jurer que son ex-femme est morte, tout son corps crie le contraire. Il sait qu’elle a survécu.Un des gendarmes fronça les sourcils :

— Et son fils ? Pourquoi hurler ainsi à son sujet ?

L’OPJ hocha lentement la tête :

— Justement. On pensait avoir deux disparitions distinctes… mais j’en viens à croire qu’elles n’en font qu’une. Le gamin a pu retrouver sa mère. Ou bien c’est elle qui est revenue le chercher. Dans les deux cas, le boucher n’a plus aucun contrôle. Et ça… il ne le supporte pas.Il posa son gobelet, les yeux brillants d’une lueur sombre.

— Voilà le vrai secret. Derrière ses mensonges, il y a un lien entre Mélanie et son fils. Lui fait tout pour l’effacer. Elle, si elle vit encore, fait tout pour protéger le garçon.Les gendarmes échangèrent un regard lourd de sous-entendus. Le plus jeune osa demander :

— Et si elle n’avait jamais voulu revenir à Aime ?

L’OPJ esquissa un sourire amer.

— Alors ça veut dire qu’elle avait une bonne raison. Et que notre boucher a beaucoup plus à perdre que ce qu’il veut bien avouer.

Il se redressa, prit son manteau.

— Demain, en se distribuant le travail on reprend les pistes à Grenoble. Si Mélanie s’est volatilisée, quelqu’un là-bas a forcément laissé une trace. Et peut-être que ce fils disparu est la clé de tout.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

10 réflexions sur « Quelques parts là-haut vers les sommets ! (8) »

  1. Au gnouf le boucher ! 😉😂🤣. Et son frère qui pilotait dans l’avion qui s’est écrasé ??? Quel rapport avec Mélanie.

    Mais cela devient bien compliqué…

    Bises et bon vendredi, ÉvaJoe – Zaza

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      1. Ok EvaJoe… Ce qui veut dire que le boucher avait braiment une dent contre la famille de son épouse… A vérifier, donc…

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  2. Bien sûr qu’il ne peut pas leur dire aux policiers que Mélanie n’a pas disparu.

    C’est lui qui l’a fait disparaitre d’une manière ou d’une autre si je me souviens de la conversation qu’elle a eu dans la voiture.

    Mais tu vas encore nous tournicoter cela à ta façon.

    Au fait, le frère du boucher qui lui est mort dans l’avion n’a-t-il pas un rôle dans tout cela et je pense à Antoine.

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  3. Re Coucou.
    Tu vas dire que je suis chiante.
    Je viens de reprendre la lecture de tous les chapitres pour tenter de reconstituer la famille Guérin and Co.
    Ce que j’en ai déduit :
    Le vieux Michel, la mémoire du village.
    La vielle femme… mère de Mélanie et belle-mère du boucher.
    La vielle femme… mère du pilote qui conduisait l’avion. « Et savez-vous ce que nous avons découvert ? Le frère de votre femme, lui était bien dans cet avion. Il était même le pilote »
    Mélanie mariée au boucher ; ils sont parents d’Antoine. Il faudrait d’ailleurs que tu rectifies dans le chapitre 4, femme à la place de fille : « … Antoine… mon petit-fils…
    Les gendarmes se figèrent. Michel, à l’arrière, fronça les sourcils.
    … Ma fille… vous la connaissez… du village… oui… la fille du boucher… »

    Le chauffeur de la voiture, Armand, le psychiatre, mais aussi l’amant de Mélanie qu’il a mis enceinte.
    Pierre, boulanger dans le village, le frère du boucher et l’oncle d’Antoine chez qui il effectue son apprentissage de boulanger.

    Mathieu, second fils de Pierre et cousin d’Antoine.
    J’espère que j’ai rien oublié, et dans ma tête maintenant, c’est beaucoup plus clair.

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    1. ‘Ah ah … Non je ne te trouve pas chiante, comme je l’écris chapitre par chapitre j’ai peu d’avance sur vous. Il est bien possible que je commette des erreurs la preuve pour le frère de Mélanie et non le frère du boucher. Pour le chapitre 4 je vais aller changer…
      Merci au contraire…

      Bisous et bon week-end

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      1. Je n’ai change qu’à un seul endroit car il y avait une erreur de tournure de phrase. On pouvait penser que c’était le frère du boucher et non le frère de Mélanie…
        Quand à Mélanie c’est forcément son ex-femme

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