Quelques parts là-haut vers les sommets (14)

Le docteur Masson sortit du commissariat, l’air blême.Il ne savait plus très bien ce qu’il venait de dire.Il avait parlé, beaucoup trop sans doute.

Le vent froid de Grenoble lui fouettait le visage, mais il ne le sentait pas.Sur le trottoir, il sortit son téléphone, hésita, puis composa un numéro qu’il connaissait encore par cœur.

Celui du Docteur, maintenant Professeur Valgrange.

La tonalité retentit, deux fois, trois fois.Pas de réponse. Quelques secondes plus tard il reçu un message mi-figue mi-raisin, cela ne le fit pas sourire. Sauf que lui, il travaillait.

Il raccrocha, puis laissa un message, la voix tremblante :

— Armand… c’est Renaud. Rappelle-moi, s’il te plaît. C’est… important. Très important.

Il rangea le téléphone, resta un moment immobile. Autour de lui, les voitures passaient, indifférentes.Puis il s’éloigna lentement, comme s’il savait qu’il n’aurait peut-être pas le courage de répéter une seconde fois ce qu’il venait de dire à l’OPJ Morel.

La veille il avait reçu un appel, il lui avait dit vous n’avez pas besoin d’aller à la gendarmerie, c’est nous qui reprenons l’enquête. Je vous donne rendez-vous à 10 h. Au moment où il se garait, il recevait un deuxième appel, venez un peu plus tard vers 10 h 30. Maintenant il avait compris c’était parce que Valgrange lui avait voler la politesse.

Dans la clinique Aux Gentianes, le professeur Valgrange terminait sa consultation avec une jeune patiente anxieuse. Il prit quelques notes, la rassura, puis la raccompagna jusqu’à la porte.

En revenant vers son bureau, il remarqua la lumière clignotante de son téléphone. Un message vocal.Il appuya sur lecture.

« Armand… c’est Renaud. Rappelle-moi, s’il te plaît. C’est… important. Très important. »

Armand fronça les sourcils.Il jeta un coup d’œil à l’horloge : 10 h 45.

Le message datait de quinze minutes après la fin de sa propre déposition.Il hésita une seconde, puis composa le numéro de Masson.Une sonnerie. Deux. Trois.

— Allô, Renaud ? C’est Armand. Tu voulais me parler ?

Au bout du fil, un silence.Puis la voix de Masson, basse, épuisée :

— Oui. Merci de rappeler. J’avais besoin de te dire… que tout est en train de ressortir. Tout.

Armand se tut. Il sentit la gravité dans le ton de son ancien collègue.

— Renaud, où es-tu ?

— Chez moi. Enfin… pour le moment.

— Tu veux que je passe ?

— Non. Pas encore. Il faut d’abord que je t’explique. Que tu comprennes ce que j’ai fait.La voix se brisa légèrement.

— Renaud, écoute-moi. Calme-toi. Je t’écoute.

— Pas maintenant, Armand. Ce n’est pas un appel de médecin à médecin. C’est… quelque chose d’autre.

Et la ligne se coupa. Armand resta un instant figé, le téléphone encore à l’oreille.Le message de Morel lui revint en mémoire :

« Appelez-moi si vous pensez avoir oublié quelque chose… ou autre chose. »Il comprit alors que ce « quelque chose » n’avait peut-être rien à voir avec les faits médicaux.C’était autre chose, de plus grave.Et Masson venait, sans le savoir, d’ouvrir la porte.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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