Le couloir du deuxième étage est envahi de bruits : sirènes étouffées, talkies, pas précipités. Armand et le capitaine Morel sortent de l’appartement, où le corps de Renaud Masson vient d’être pris en charge.L’air sent le désinfectant et la panique.Un vacarme monte soudain du bas de l’escalier.
— Laissez-moi passer, je vous en prie !
Une femme surgit dans le couloir, essoufflée, le manteau entrouvert, suivie de deux enfants terrorisés.
— Madame ! Où allez-vous ? crie un agent en lui bloquant le passage.
— C’est chez moi ! Je veux voir mon mari !
Elle essaie de forcer le passage, les yeux agrandis par l’inquiétude. Morel s’avance calmement, mettant son brassard autour du bras.
— Madame Masson ? Je suis le capitaine Morel, Police judiciaire.
— Qu’est-ce qui se passe ? Où est mon mari ? Pourquoi il y a les pompiers ?
Morel échange un regard rapide avec Armand. Il parle d’une voix basse :
— Votre mari a eu un malaise, Madame. Les secours s’occupent de lui. Elle le fixe, incrédule.
— Un malaise ? Non… non, il allait bien ce matin !
Elle regarde autour d’elle, repère la civière, les uniformes. Son visage se fige.
— Oh mon Dieu…
Armand s’approche, une main rassurante posée sur son bras.
— Venez, asseyez-vous un instant. Vos enfants ont besoin de vous. Elle secoue la tête, comme si elle refusait d’entendre.
— Non, attendez… il y a Théo !
— Théo ? répète Morel.
— Mon fils aîné ! Dix-sept ans ! Il devait rentrer du lycée il y a une demi-heure. Il m’a dit qu’il passerait directement ici pour voir son père. Elle se tourne brusquement vers l’appartement.— S’il est entré… s’il a vu quelque chose…
— Vous n’avez pas croisé votre fils en montant ? demande Armand.
— Non ! Je croyais qu’il était déjà là !
Morel, d’un ton net, se tourne vers ses agents :
— Recherchez un adolescent, dix-sept ans, Théo Masson. Fouillez l’immeuble, caves, toit, escaliers de service. Tout de suite.
— À vos ordres, capitaine !
Armand reste près de la mère, qui chancelle sous le choc.
— Il est peut-être sorti, murmure-t-il, pour tenter de la calmer. Elle secoue la tête, la voix brisée :
— Non… il n’aurait jamais laissé la porte ouverte. En bas un pompier m’a dit avoir reçu un appel d’un jeune garçon et la porte était ouverte lorsqu’ils sont arrivés.
Morel lève les yeux vers Armand.
— Si la porte était entrouverte
— Alors Théo est monté et c’est lui qui vous a appelé, s’il a raccroché brutalement j’espère qu’il a réussi à se cacher, conclut Armand à voix basse.
Et, d’un même mouvement, les deux hommes se précipitent vers la cage d’escalier. Puis Armand fait demi-tour, Rosemonde peut avoir besoin de lui.
Cette dernière se laisse tomber sur une chaise, les larmes aux yeux.
— Il n’aurait jamais laissé la porte ouverte… jamais. Armand reste près d’elle, lui parle doucement pendant que Morel disparaît dans la cage d’escalier, son talkie à la main.
— Théo ! crie un agent plus haut. Théo Masson ! Police !
Le silence répond, seulement troublé par le vent. Morel grimpe les marches du dernier palier. La porte du toit est entrouverte, battant sous les rafales.Il sort sa lampe, fait signe à ses hommes de le suivre. Le toit est vaste, gris, parsemé de cheminées. Le faisceau de lumière découpe la nuit en cercles tremblants.
— Capitaine ! Ici !
Morel s’approche. Derrière une grosse cheminée, un adolescent est recroquevillé, les genoux contre la poitrine.Ses vêtements sont couverts de poussière et de neige, ses yeux agrandis par la peur.
— C’est bon, gamin, murmure Morel. On est de la police. Tu es en sécurité.
Théo tressaille, se redresse à moitié.
— Il… il était là…— Oui. On sait, répond calmement Morel. Tu peux sortir maintenant.
Théo hésite, puis rampe vers lui. Morel le prend doucement par l’épaule.
— C’est fini. On descend, d’accord ? Ta mère est en bas.
À l’évocation de sa mère, Théo tremble.
— Elle sait ?
— Elle sait que tu es sauf. C’est tout ce qui compte pour l’instant.
Ils redescendent lentement. Dans le hall, la mère de Théo se précipite et l’enlace, sanglotant.
Armand détourne le regard, ému malgré lui.
Morel, lui, observe le garçon. Derrière le choc, il devine autre chose : une peur précise, une image gravée.
— Théo, tu l’as vu, n’est-ce pas ?
Le garçon relève les yeux, hoche lentement la tête.
— Oui… et je sais qui c’était.
Tous partent au Commissariat, afin de prendre la déposition de Théo pendant qu’il est encore en pleine capacité de le faire. Armand récupéré sa voiture où Antoine et sa mère dorment. Armand réveillé doucement Mélanie et lui dit vous êtes en sécurité nous sommes dans la cour arrière du Commissariat. Puis il entre.
Dans la petite salle du commissariat, le silence est presque total.Théo, les épaules tremblantes, fixe la tasse de chocolat fumant devant lui.À côté, sa mère, épuisée, garde la main posée sur son bras. Armand reste debout près de la fenêtre, sombre, immobile.
Morel s’assoit en face d’eux, carnet ouvert.
— Théo, tu m’as dit que tu avais vu un homme dans l’appartement, juste avant de t’enfuir. Tu peux me dire à quoi il ressemblait ?
— Il portait un manteau noir. Des gants aussi. Il avait les cheveux gris, un peu en désordre.
— Tu l’as déjà vu auparavant ? Théo hésite, puis acquiesce.
— Pas en vrai. Mais… je crois que je l’ai déjà vu sur une photo.Morel relève la tête.
— Quelle photo ?
— Une photo du mariage de Mélanie, dit-il d’une voix hésitante. Celle où papa y était aussi.
Armand se fige.
— Tu veux dire le mariage de Mélanie avec Permet ?
— Oui, c’est ça. Papa disait qu’il y avait assisté, parce qu’il était le cousin du marié.
— Et l’homme que tu as vu dans l’appartement, c’est celui qui se mariait avec Mélanie ?
— Oui. C’était lui.
Le silence tombe, lourd.Armand ferme les yeux un instant. Morel, impassible, note les mots du garçon.
— Tu es sûr, Théo ? Pas seulement une ressemblance ?
— Non. J’en suis sûr. Il avait le même regard. Froid. Je n’oublierai jamais ça.
Morel range son carnet, se redresse lentement.
— Très bien. Merci, Théo.Il fait signe à un agent d’emmener la mère et les enfants dans une autre pièce. Quand la porte se referme, le silence reprend sa place.
— Alors c’est bien lui, murmure Armand. Permet.
— Oui, répond Morel. Et il a tué Masson pour effacer toute trace du passé. Armand hoche la tête, le regard perdu.
— Il sait peut-être que Mélanie et moi…
— C’est ce que je crains, coupe Morel.Morel range son carnet, se redresse lentement.
— Très bien. Merci, Théo.Il fait signe à un agent d’emmener la mère et les enfants dans une autre pièce. Quand la porte se referme, le silence retombe.
— Alors c’est bien lui, murmure Armand. Permet.
— Oui, confirme Morel. Et il a tué Masson pour effacer toute trace de son mensonge. Armand hoche la tête, le regard perdu.
— Mélanie ne doit pas savoir, pas maintenant. Elle est trop fragile.
— On peut la mettre sous protection sans lui dire tout de suite la raison, propose Morel.
— Faites ce qu’il faut, répond Armand. Mais je ne veux pas qu’elle apprenne ce qu’il a fait. Pas avant que je sois sûr de pouvoir lui parler moi-même.Morel acquiesce.
— Très bien. Je m’en charge discrètement.Il marque une pause, puis ajoute :
— Et vous, professeur… soyez prudent. S’il croit que vous savez, il pourrait revenir vers vous avant qu’on le retrouve.Armand garde le silence, le regard fixé sur le vide.— Qu’il vienne, dit-il enfin. Je l’attends depuis cinq ans.
A suivre…

Ah ah ils ont peur 😁
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C’est qu’il est dangereux le bonhomme , il faudra réussir à le choper. A suivre alors …
bises – Zaza
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Voilà, chapitre terminé pour Masson.
Oui, Armand a intérêt à être prudent devant cet être plus que vindicatif qui veut reprendre sa femme qui ne lui appartient plus !
Je viens de me rendre compte de ce que j’écris : « sa femme » et « ne lui appartient plus ». Comme si on pouvait vraiment appartenir à quelqu’un !
J’espère avoir un peu de temps demain pour venir te lire.
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Armand est vraiment en danger … ouf !!! J’ai peur pour lui …
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