Quelques parts là-haut vers les sommets (25)

Antoine franchit les portes du centre de rééducation, Armand à ses côtés, l’agent derrière eux. Son cœur battait à tout rompre. Il pensait à sa mère, à tout ce qu’il avait vécu, et même à Théo, le fils de Renaud Masson, dans sa classe.

Dans la salle, son père était assis, la jambe encore bandée, posée sur un coussin. Il leva les yeux en voyant son fils entrer, surpris et hésitant.

— Antoine… murmura-t-il.

Le garçon s’arrêta à quelques mètres, serrant les poings. Il y avait tant d’années de colère et de peur qui se bousculaient en lui.

— Je… je sais que je ne peux pas effacer ce que j’ai fait… commença le père d’une voix faible.

— Tu peux essayer de m’expliquer, mais tu n’as pas le droit de me demander de pardonner, interrompit Antoine, la voix tremblante mais ferme.

Le père soupira, la gorge serrée.

— Pendant toutes ces années, j’ai… j’ai fait des choses que je ne devrais jamais avoir faites. Je pensais que… je pensais savoir ce qui était bien. Je voulais te protéger à ma manière, même si… je me suis trompé.

Antoine le fixa, incapable de détourner le regard. La colère et la tristesse se mélangeaient dans sa poitrine.

— Tu as enfermé maman pendant quatre ans. Tu l’as fait passer pour folle. Et tu crois que ça peut s’expliquer !

— Je… je voulais… je pensais que je… balbutia le père.

Antoine secoua la tête.

— Non. Tu n’as rien voulu. Tu ne voulais pas que je sois médecin comme Maman, tu m’as mis en apprentissage. Comme si j’étais un pion sur un échiquier. Tu as cassé mon rêve. Tu as détruit nos vies.

Le silence s’installa quelques secondes, lourd et chargé. L’agent restait à distance, vigilant, tandis qu’Armand soutenait Antoine du regard, silencieux mais présent.

Le père se pencha un peu en avant, suppliant presque :

— Antoine… je veux que tu saches que je suis désolé. Vraiment. Je n’attends pas que tu me pardonnes… juste que tu comprennes.

Antoine inspira profondément, le visage fermé. Puis, lentement, il recula de quelques pas. Ses yeux brillaient d’une détermination glaciale.

— Tu n’es plus mon père. Je ne veux plus porter ton nom. Je veux m’appeler comme mon beau-père. Sans attendre la moindre réaction, il se retourna et s’élança dans le couloir. Antoine couru à une vitesse phénoménale, puis ses jambes deviennent tremblantes et son souffle court. À sa gauche une pièce est entrouverte, il s’y engouffre. Une fois à l’abri dans cette petite salle, il s’effondra sur une chaise, le visage enfoui dans ses mains. Armand s’approcha doucement, s’agenouilla à côté de lui et posa une main réconfortante sur son épaule.

— C’est fini, Antoine, dit-il doucement. Tu n’es pas seul. Les larmes commencèrent à couler, d’abord silencieuses, puis de plus en plus librement. Toute la colère, la peur et la douleur accumulées depuis des années se déversèrent enfin. Antoine sanglotait, secoué par un mélange de soulagement et de tristesse, mais aussi par un sentiment de libération : il venait de tourner une page qu’il croyait impossible à franchir.

— Tu as été très fort, pour le reste c’est ton choix murmura-t-il en posant une main ferme mais douce sur son épaule.

Armand resta à ses côtés, silencieux, offrant simplement sa présence et son soutien. Aucun mot n’était nécessaire. Antoine sentait que, pour la première fois depuis longtemps, il pouvait enfin être lui-même, se laisser aller, et commencer à se reconstruire.Après un long moment, il releva lentement la tête, les yeux rougis mais plus calmes. Il inspira profondément, sentant qu’une partie de son fardeau venait de s’alléger.

— Merci, murmura-t-il enfin.

— Je suis là, répondit Armand simplement, un léger sourire rassurant aux lèvres. Antoine hocha la tête. Même si le chemin serait encore long, il savait qu’il avait fait le premier pas vers sa liberté et sa propre identité.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

3 réflexions sur « Quelques parts là-haut vers les sommets (25) »

  1. Coucou EvaJoe.

    Cette confrontation était nécessaire, Antoine va pouvoir repartir sur un bon pied, entouré de Mélanie et d’Armand.

    Bises et bon mardi. Zaza

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