La mer, gardienne des mémoires ! (11)

Pour la première fois depuis son arrivée en Bretagne, il sentit que le fil fragile qui reliait tous les événements — Arthur, la lettre, la bouteille, Lou et maintenant cet enfant — se tissait enfin.Il n’y avait plus de hasard. Seulement des retrouvailles, lentes et précieuses, comme les vagues revenant toujours au rivage.

Lou observa Peter, les yeux fixés sur lui, mais son esprit revenait sans cesse à ce qu’elle avait lu dans le journal local en septembre 1981.Un accident à Roscoff. Un homme nommé Arthur. Rien de plus.

À l’époque, elle n’avait pas fait le lien. Elle pensait que c’était quelqu’un d’autre, un inconnu, et elle avait tourné la page, comme on le fait toujours avec les nouvelles trop douloureuses. Il était parti fin août, elle n’avait pas de nouvelles. Elle lui avait envoyé un premier courrier de l’île de la Réunion pour lui annoncer qu’elle était enceinte, aucune réponse, elle ne s’était pas faites à cette idée. Mais la vie suivait son cours. La naissance de son fils un matin de mai lui avait rappelé son amour… Puis trois années s’étaient écoulées. Et, son frère Peter était là.

Mais maintenant…Peter.Son nom, sa voix, son regard.Et surtout, le petit garçon, qui portait en lui quelque chose de profondément familier, ce même éclat qu’elle avait connu chez Tristan.

Tout se recomposa dans son esprit, en une fraction de seconde.

— Attendez… murmura-t-elle, la voix tremblante. L’accident… celui que m’avait raconté Erwan… c’était… Arthur ?

Peter hocha lentement la tête.

— Oui. Ton Tristan. Mon frère. Il est… chez nos parents, en Irlande. Il est vivant, mais dans le coma. Bien que depuis quelques jours, ma sœur me dit qu’il a ouvert par deux fois les yeux et prononcer votre prénom Lou…

Lou sentit un mélange de choc, de soulagement et de peine monter en elle. Elle se souvenait de Tristan, de cet été-là, des promesses inachevées, et maintenant, il y avait leur enfant. Elle regarda son fils jouer, et comprit. La vie avait trouvé un moyen de prolonger la présence d’Arthur, même dans son absence.

— Tout ce temps… murmura-t-elle. Je n’avais pas compris. Je n’avais jamais relié l’accident à lui…

Peter posa une main douce sur son épaule.

— Je sais. Et c’est pour ça que je suis venu. Pour que tu saches, pour que nous puissions… peut-être, commencer à comprendre ce qui s’est passé et ce que nous pouvons encore faire.

Lou inspira profondément, ses yeux brillants.

— Alors… c’est vrai. Tout était vrai.Elle se tourna vers son fils, puis de nouveau vers Peter.

— Et vous… vous êtes là, maintenant. Pour nous aider à le porter, même si… même si lui ne peut pas le faire.

Peter hocha la tête, silencieux. Le vent marin semblait les envelopper, et pour la première fois depuis longtemps, Lou sentit qu’une partie du passé pouvait enfin se relier au présent, comme si les fils de leurs histoires se rejoignaient enfin.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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