JEAN FERRAT

Un demi-siècle de chansons et de textes parmi les plus beaux de la langue française viennent de disparaître avec Jean Ferrat.

Pour ce rien cet impondérable
Qui fait qu’on croit à l’incroyable
Au premier regard échangé
Pour cet instant de trouble étrange
Où l’on entend rire les anges
Avant même de se toucher
Pour cette robe que l’on frôle
Ce châle quittant vos épaules
En haut des marches d’escalier

Je vous aime
Je vous aime

Pour la lampe déjà éteinte
Et la première de vos plaintes
La porte à peine refermée
Pour vos dessous qui s’éparpillent
Comme des grappes de jonquilles
Aux quatre coins du lit semés
Pour vos yeux de vague mourante
Et ce désir qui s’impatiente
Aux pointes de vos seins levés

Je vous aime
Je vous aime

Pour vos toisons de ronces douces
Qui me retiennent me repoussent
Quand mes lèvres vont s’y noyer
Pour vos paroles démesure
La source le chant la blessure
De votre corps écartelé
Pour vos reins de houle profonde
Pour ce plaisir qui vous inonde
En long sanglots inachevés

Je vous aime
Je vous aime

Au revoir Monsieur Ferrat, tu vas nous manquer.

Ses chansons sont si nombreuses que c’était difficile de choisir, mais celle-ci a le mérite de se terminer par un je vous aime.
Il savait nous parler de liberté, de paix et il savait célébrer la femme et même les poètes…

Romance

Connaissez vous la nouvelle
de la rencontre inhabituelle
entre une petite coccinelle
et une belle hirondelle.

La rencontre  eu lieu
au delà des cieux
ils prononcèrent leurs voeux
en se regardant dans les yeux.

Le soir même ils se sont enfuis
juste avant minuit
le petit insecte fut ébloui
devant cet oiseau si instruit.

Nul a entendu parlé
s’ils s’étaient accouplés
mais il la cajolée
avant de s’envoler.

Je vous  ai fait une romance
de cette longue errance.
Ma folle espérance
qui remémore notre enfance.

Et voilà que j’entrevois
pour ces contes d’autrefois
votre petit air narquois
mais pleins d’émois.

Elucubration d'une poétesse

Il y a des rimes riches
mais elles sont en friches.

Puis les autres
 ce sont les nôtres.

Je joue des mots
mais ce n’est pas de l’argot.

Je donne du sens
sans contre-sens.

Voici les choses de la vie
et j’en suis ravie.

Je joue de la rime
pour avoir la prime.

J’ai délaissé ma plume
je suis dans la brume.

J’ai terminé mes bêtises
qui ne sont point sottises.

Juste envie de rimes
ce n’est pas un crime.

Histoires à n'en plus finir….

Tu te désespères
te tords les mains
gémis et te plains
tu es solitaire

tu souffres plus que de raisons
tu cries au malheur
mais ne le repousse point
tu ne connais plus le bonheur.

C’est un  être humain
il n’est pas pantin
laisse le vivre à sa façon
un jour vous serez à l’unisson.

Aimer , ce n’est pas enfermer
c’est laisser de la liberté
sache te préserver
mais continues à l’aimer.

Naguère

Si je te rencontrais ce matin
oserais je te dire, viens
mes doigts pianotent sur le clavier
une mélodie désabusée

Tu préfères te recroqueviller
et non m’affronter
tu m’aimais naguère
aujourd’hui c’est la guerre

Tu affrontais vents et marrées
comme en plein océan le rocher
J’étais ton doux rivage
à l’horizon pas de nuages.

L’amour s’en est allé
il a fui un soir d’été
qu’importe si c’était l’hiver
j’en suis très amère.

Je ne pleure pas sur mon sort
je partage les torts
tu évites mon regard
j’ai perdu mon phare.