Une ombre sur le Causse

Quand les évènements se précipitent !

Ils se glissèrent à l’extérieur, chacun sachant que la nuit ne dévoile pas seulement des secrets, mais aussi des dangers insoupçonnés. Alors qu’ils s’éloignent de l’immeuble, une ombre se faufile derrière eux, invisible mais omniprésente, prête à frapper au moment le plus inattendu.

Olivier entraîne sa compagne, cette femme est tout en jambe, ce n’est vraiment pas son genre, mais il doit se méfier de son jugement hâtif , cela lui a joué de sale tour. Tout en cheminant à ses côtés, Il se demande la raison pour laquelle on l’a affublé du nom d’un clown. Pour Esméralda il aurait dû s’appeler Phébus, il serait proche de sa nana. Soudain il sourit et se souviens de sa dernière mission, en rentrant son chef en avait entendu de toutes les couleurs, surement pour cette raison qu’il portait ce nom.

J’ai reçu un dernier message afin de m’informer où nous devons nous diriger, nous allons à proximité du lac des Moines. A cet endroit précis nous trouverons un indice qui nous donnera la direction à suivre, afin de faire les morts. Je laisserais Esméralda, elle sera une randonneuse comme nous en côtoyons à cette époque par centaine. Tant que personne ne sait qui elle est, elle n’est pas en danger. Pour ma part je revêtirais les vêtements qui se trouvent dans une malle et tranquillement dans la journée je regagnerais mon domicile comme si j’étais parti faire une excursion.

J’explique rapidement à mon binôme ce qu’il va se passer, lui demande si elle a quelques victuailles dans son sac, devant son signe négatif, je me demande si je n’ai pas a faire à une bleue. Tant pis nous aviserons au fil de la journée. Nous allons nous rendre là, je lui montre sur mon topo guide le lieu où je le lui dirai plus tard nous devons trouver un indice. Humain ou autre à ce stade de l’enquête je n’en sais strictement rien. Le message était laconique. Elle me demande s’il y a de la grimpette.

— Nous avons à partir de maintenant 7 km 500 de montée, c’est faisable, j’espère que vous avez autres choses que vos ballerines car vous allez glisser sur l’herbe rase.

—Je n’ai pas prévu de chaussures de randonnée

—Même pas une paire de basket

—Oui j’ai cela dans mon sac

—Et bien prenez-les, je vous le conseille

Esméralda semble paniquer, je l’attrape par la main et la pousse brutalement dans une allée étroite avec un semblant de toit. Je lui mets la main sur la bouche, elle comprend qu’elle doit se taire. Elle en profite, une fois que j’ai ôté ma main de sa bouche pour se baisser et changer de chaussures.

Bonjour la discrétion, elles sont roses fluo. Quelle idiote m’a-t-on filé ? Cela promet, nous sommes repérables à des centaines de kilomètres à cause de cette grande giclette. Au moment où nous pensons ressortir j’entends des chuchotements, je pousse Esméralda dans un couloir étroit et j’ai l’impression d’entendre son cœur battre à tout rompre. Pendant que je scrute le couloir faiblement éclairé afin de trouver une porte de sortie, les interrogations viennent perturber ma mission. Pour quelles raisons nous sommes suivis, qui est à notre poursuite et surtout quel est le rapport avec la fausse monnaie. Car pour moi, les cigarettes c’est une diversion. Mais il me faut me ressaisir, je dois trouver un endroit sombre pour nous planquer, et surtout vu qu’il est déjà cinq heures du matin ne pas être repéré par des randonneurs, toute notre mission serait compromise. Je ne suis pas resté là depuis six mois, si c’est pour être démasqué au moment où l’aventure commence. Soudain j’avise une porte entrebâillée, je pousse ma comparse et lui dit de se dissimuler derrière les sacs de farine, nous sommes dans l’entrepôt du père Robin. Vu l’odeur qui se dégage du fournil il n’aura nullement besoin de ses sacs de farine. Je sens la présence d’individus, nous nous accroupissons et retenons nos souffles, l’un parle à l’autre et ce que j’entends me réjouit, » tu vois bien qu’il n’y a personne », c’était des randonneurs ou le boulanger qui discutait sur le pas de sa porte.

Pour passer inaperçu, c’est plus que raté, vu ce qu’elle a aux pieds. A-t-elle fait cela en connaissance de cause ? Qui la poussé à prendre ce genre de pompes ? Je pense à cela car j’entends une respiration non loin de nous. Les individus sont là tout près, nous n’avons aucun intérêt à nous montrer. Nous devons disparaitre rapidement pour que la mission soit une réussite. Je prends la main d’Esméralda et lui fait signe d’avancer en silence en direction du fournil. Nous, nous glissons le plus silencieusement possible entre les sacs de farine et les caisses de pain fraîchement sorti du four. L’odeur alléchante des croissants chauds nous picotent le nez, mais dissimulés du plus que nous pouvons je conseille à mon binôme de troquer son haut noir pour des vêtements aux couleurs plus voyantes, elle ne semble pas comprendre, puis elle s’exécute rapidement. Pendant ce temps j’en fais de même, je troque mon haut noir contre un tee-shirt rouge, change mes chaussures noires contre des blanches, mets ma casquette blanche sur la tête et attends que Madame en ait fini avec ce changement de vêtements. Je m’approche d’elle et lui demande à nouveau de changer de chaussures, elle s’exécute sans rechigner, tous les deux nous avons ôté nos passe-montagnes soudain une lumière aveuglante nous surprend, c’est le commis du boulanger qui fait son apparition, de suite il aperçoit tout comme moi les deux individus qui nous suivaient, il se met à crier :

—Patron, il y a des intrus dans l’entrepôt.

La porte du fournil s’ouvre à la volée, et je vois apparaître tour à tour l’apprenti de Monsieur Robin, le patron lui-même, son associé, ainsi que sa femme , dans la lumière de l’ampoule blafarde j’aperçois deux jeunes gens inconnus qui n’en mènent pas large. Ils se confondent en excuse disant qu’ils n’en voulaient à personne, mais que la bonne odeur du pain chaud et de la viennoiserie les avait attirés. Le patron rigole, et leur dit :

— Vous étiez là pour me voler, mais pas plus tard que la semaine passée j’ai déjà eu des visiteurs, une fois ça suffi, vous voilà pris la main dans le sac, j’appelle la gendarmerie.

Les deux hommes sont bien silencieux, ils ne profèrent aucun mot. Le père Robin aidé de son frère les ligote mains dans le dos et les entraîne dans le fournil, nous en profitons pour rebrousser chemin. Notre mission est bien compromise, aussi je propose à mon binôme de m’accompagner chez moi.

Elle ne dit pas un mot, le jour est levé, nous croisons quelques randonneurs qui partent rejoindre les différents chemins qui traversent Nasbinals. Devant chez moi il n’y a personne. Je fais entrer ma comparse et lui propose un café. Pendant que le café passe, j’envoie un message à mon correspondant anonyme et j’attends la réponse. Ne la voyant pas venir je retourne auprès de la demoiselle et là oh stupeur c’est une femme fort différente de celle que j’ai entraperçu dans le dépôt. Pendant que je préparais le café elle s’est métamorphosé en une poupée de mode, je la reconnais aussitôt c’est la jolie jeune femme que j’ai croisé dans le bureau du chef à Rodez. Je lui demande son prénom, elle me répond

— Mireille

Et ajouté :

— Je vous reconnais, mon chef m’a fait part de vos états de service, ils sont éloquents, vous êtes Olivier ce jeune gendarme gravement blessé lors d’une opération anti drogue à Villejuif.

— Pour la discrétion, c’est raté. Qui était les deux individus qui nous suivaient.

—Je l’ignore, c’est la première fois que je les voyais.

A suivre…

Copyright janvier 2025

Une ombre sur le Causse

Esméralda

Olivier à ce moment précis sent comme une présence dans son dos. Doucement il se retourne, il n’y a personne. Le lieu de rendez-vous ressemble plus à une masure surtout si on la compare à la maison située en face. C’est un vieux bâtiment dont les fenêtres devaient être autrefois ornées de persiennes, aujourd’hui elles sont usées par le temps. L’air est nimbé de mystère, une tension palpable flotte autour de lui. Un frisson parcourt son échine alors qu’il lève les yeux vers une des fenêtres, où une silhouette semble se dissimulée derrière les lamelles de bois.

Olivier qui se confond avec la nuit se tient immobile, observant le mouvement furtif de l’ombre à l’intérieur. Une présence qui scrutait, surveillait, mais qui se tenait à l’écart, comme une proie qui connaît le danger mais ne peut fuir. Le regard perçant de l’homme vêtu de noir se fixe sur la silhouette, ses pensées tourbillonnant autour de la raison de sa présence ici.

— « Je sais que tu es là », murmure-t-il, en un souffle dans l’obscurité.

Il attend une réaction, un mouvement. Les persiennes s’ouvrent légèrement, laissant entrevoir un œil brillant, qui observe avec une méfiance palpable. C’est un regard chargé d’histoires, de secrets trop lourds à porter.

— Pourquoi me surveilles-tu ? demande l’homme en noir, d’un ton à la fois accusateur et intrigué.

L’œil derrière les persiennes se plissent légèrement, comme si son propriétaire pesait les conséquences de chaque mot.

—Parce que je sais ce que tu cherches, répondit finalement une voix rauque, désincarnée par l’écho de la nuit.

L’homme en noir sent un frisson d’anticipation. Les ténèbres l’entourent, mais il sait que quelque chose d’important est sur le point de se dévoiler. Les mystères de la nuit s’épaississaient, et il était prêt à plonger dans l’inconnu.Soudain un trait de lumière puis comme un feu follet la lumière passe d’une fenêtre à l’autre. Olivier s’approche de la porte close et fermée par des verrous, brutalement il s’en éloigne et bien lui en prends, celle-ci s’ouvre à toute volée laissant deviner une silhouette mince, elle aussi toute de noire vêtue. La voix gutturale entendue à la fenêtre se change en une plus mélodieuse, une main happe Olivier et elle lui dit :

— Je suis Esméralda vous devez être Bozo le clown, je déteste les embrassades, venez nous partons

— Pourquoi tant de précipitation ?

— Vous n’avez pas eu le dernier message.

Olivier sort son téléphone. Un nouveau sms vient d’arriver. La lumière bleue de l’écran éclaire son visage marqué par l’angoisse et la détermination. Un simple message, mais chargé de promesses et de dangers : « Ils sont dans le village. Faites vite. »

Il glisse son téléphone dans sa poche et jette un coup d’œil à Esméralda, il lui semble qu’ils se connaissaient, mais tant qu’elle porte cette cagoule, cela lui semble difficile de la dévisager. Il sait qu’il ne peut pas agir seul ; l’ombre qui les guette dans la nuit est trop insidieuse.

— Vous avez reçu le même message. Ils sont dans le village. Nous devons planquer ailleurs. Entre eux d’eux la tension est palpable. Olivier lui dit :

— Tu sais ce que cela signifie, ils cherchent des réponses. L’un d’entre nous s’est dévoilé, moi cela fait six mois que je suis là et toi, belle Esméralda ne serais-tu pas arrivée hier avec ton grand chapeau et ta canne ? Je vois la jeune femme vaciller, elle se reprend rapidement et me dit :

— Oui, et nous devons les devancer. On ne peut pas rester ici. On doit vérifier ce qui se passe.

— Tu connais les lieux, quels sont les ordres si nous sommes repérés ?

— Je ne connais pas du tout la Région, je pensais que tu avais prévu une base arrière, dans une cachette plus sûre.

Alors qu’ils discutent, le bruit d’un moteur retentit au loin, faisant vibrer l’air nocturne. Les deux silhouettes échangent un regard inquiet. « On n’a pas de temps à perdre, déclare Bozo d’une voix ferme. Et il ajoute si nous voulons découvrir qui se cache ici, nous devons agir vite.

A suivre ..

Copyright Janvier 2025

Une ombre sur le Causse

Enfin ! Il va y avoir de l’action !

Il est trois heures du matin lorsqu’ Olivier reçoit son premier message, c’est un sms laconique, mais auparavant il avait été réveillé, en fanfare. Il avait hésité entre les cloches de l’église voisine ou la sonnerie de son téléphone qu’il avait choisi fin mai lorsque l’arrivée de son binôme semblait imminente.

Pour être discret cela était raté, j’avais réussi mon coup. La fenêtre et les volets grand ouvert le meuglement de la vache avait réveillé mon voisin d’en face, un homme bourru et pénible à souhait. Je ne lui avait pas laissé le temps de déverser un flot d’injures sur moi, j’ avais rapidement fermé les volets.

Olivier réécoute le message vocal où il apprend que son binôme sera une femme surnommée Esmeralda et que cette dernière est arrivée ce jour dans le village. Il est en colère à part le type avec son chapeau et sa canne immense, il n’a pas vu de femme.

Bien je verrais lorsqu’elle sera en face de moi. Par contre je n’apprécie pas du tout que ce soit une femme avec un prénom digne de la cour des miracles. Bonjour la discrétion. En se baladant dans le village à visage découvert cela va vite jaser et leur mission sera vite compromise. Pourtant le lieu avait été choisi méticuleusement, plaque tournante de plusieurs chemins de randonnées, et cela drainait une foule considérable de marcheurs. Ces deux-là se fondraient parmi les randonneurs, mais de retour au village tous s’étonneraient de le voir en compagnie d’une nana. Il en était là de ses réflexions lorsque son téléphone émet le bruit caractéristique d’un nouveau message Une phrase laconique ne lui en apprend pas énormément. « Esmeralda attends Bozo le clown (ce sera ton nom pour cette mission) dans la maison située en face de l’ancien café des Morin.« Il avait ajouté (n’oublie pas d’effacer le message). Il me prend pour qui le chef, un blaireau, il aurait dû me donner ce nom. Ce qui m’ennuie le plus dans ce message c’est que j’ignore où se trouve l’ancien café des Morin. Mon ami d’enfance s’appelle Pierre Maurin, mais ils sont garagistes de père en fils, puis cela ne s’écrit pas pareil, quoique le Commandant n’est pas de la Région, les noms propres il doit les écrire comme à Paris. Alors que je me préparais pour me confondre avec la nuit je me souvenais qu’à l’école du village il y avait une autre famille de Morin, le gamin avait notre âge à Pierre et à moi, il était souvent malade et sa famille avait dû quitter le village il y avait quelques années. Léon Morin il s’appelait, cependant je ne me souvenais pas qu’ils avaient eu un café. Bon assez tergiverser, il faut que je rejoigne la souris grise que l’on m’a attribué. Souris ou Esmeralda qu’importe c’est une nana, moi qui les fuis plutôt que de leur courir après, me voilà bien lotis avec une femme. En haut lieux ils ont dû le faire exprès.

Lorsque Bozo sort il est tout de noir vêtu, une cagoule noire sur le visage où seuls ses yeux apparaissent, quoique ses yeux bleus peuvent être remarqués, mais il n’est pas le seul. A sa ceinture il a passé une arme dissimulée derrière son sac à dos noir. Il n’a aucun papier, ni même ses clefs, seul un téléphone vierge sans contact.

Sous la latte du plancher de sa chambre il avait trouvé un plan du village, bien entendu son chef l’avait averti où ces papiers avaient été planqués ; Il y avait un chemin de tracé, il l’avait parcouru il y avait à peine quinze jours. Seules deux maisons étaient signalées, celles du vieux parti en maison de retraite et une autre qu’ Olivier avait trouvé en mauvais état, certes habitable mais que sur une partie. Le café des Morin était sûrement en face d’une de ses deux bicoques. Ça y est l’aventure peut commencer, Bozo avance furtivement dans les rues désertes de Nasbinals. Ses pas sont silencieux, mais il a le cœur qui bat à tout rompre, l’aventure va commencer, il a, à la fois hâte et il est s fébrile, cette souris ne me dit rien qui vaille. J’ai l’impression que tout le village me suit des yeux. En face de la première maison entourée d’un rond rouge il n’y a qu’un pré, bien entendu que cela ne veut pas dire, qu’autrefois dans les années 80 il ne pouvait pas y avoir un café. Repris par personne on l’avait abattu. J’ai tout de même des doutes, et, je fais le rapprochement avec le type croisé l’autre soir, il y a pris une clef dans la boite à lettres. Mais c’était un homme. Mon sixième sens se met en alerte, avec un bon déguisement on peut changer la plus belle des nanas en épouvantail à moineaux, alors pourquoi pas en un homme très visible par son accoutrement. Du reste depuis décembre on avait vu dans le village plusieurs personnes le traverser, voire s’y attarder, comme le fou des burons. Quant à l’autre maison, elle me paraissait en plus mauvais état que celle où je m’étais arrêté il y a tout juste cinq minutes. En face une maison refaites assez récemment, je récupère ma lampe afin de voir s’il n’y a pas un indice sur la façade. Les volets sont fermés il ne doit y avoir personne, je peux me permettre d’en éclairer sa façade. Hélas je dois me rendre à l’évidence il n’y a rien qui peut me mettre sur la voie. Toutefois sur le côté il y a un couloir, la porte est ouverte, je me dirige vers celui-là et la chance est avec moi car je me heurte à un morceau de bois ressemblant à s’y méprendre à une enseigne. J’éclaire l’objet et surprise il est noté café MORIN. Le patron a bien orthographié le nom. La maison d’en face est la bonne.

Olivier à ce moment précis sent comme une présence dans son dos. Doucement il se retourne, il n’y a personne. Le lieu de rendez-vous ressemble plus à un coupe-gorge surtout si on la compare à la maison située en face. C’est un vieux bâtiment dont les fenêtres devaient être autrefois ornées de persiennes, aujourd’hui elles sont usées par le temps.

L’air est nimbé de mystère, une tension palpable flotte autour de lui. Un frisson parcourt son échine alors qu’il lève les yeux vers une des fenêtres, où une silhouette semble se dissimulée derrière les lamelles de bois

Olivier qui se confond avec la nuit est calme, déterminé. Il se tient immobile, observant le mouvement furtif de l’ombre à l’intérieur. Une présence qui scrute, surveille mais qui se tient à l’écart, comme une proie qui connaît le danger mais ne peut fuir. Le regard perçant de l’homme vêtu de noir se fixe sur la silhouette, ses pensées tourbillonnent autour de la raison de sa présence ici.

A suivre…

Copyright janvier 2025

Une ombre sur le Causse.

Six mois plus tôt

Cela faisait cinq ans que je m’ennuyais dans les bureaux de la gendarmerie de mon Pays. J’en étais réduit à être le plus triste des gratte-papiers. Je n’avais commis aucune faute, sauf de m’être attardé dans une rue ou un fou avait abattu une vingtaine de personnes, il tirait au hasard et bien entendu j’avais pris une première balle à quelques millimètres du cœur, puis une seconde qui m’avait perforé le rein.

Je n’ai plus de séquelles mais je suis au vert. La tête est connue depuis qu’un malfrat m’a arraché mon masque qui me permettait de passer incognito. Je me suis coupée la barbe, je n’ai plus un cheveu sur le crâne , même mon jeune frère a eu du mal à me reconnaitre. Je me languis dans ce bureau poussiéreux. Si ce matin je n’ai pas éternué cent fois c’est juste parce que je me suis arrêté de compter. J’en étais là plongé dans mes pensées lorsque, comme dans un brouillard j’ai entendu que l’on m’appelait. C’est d’un pas nonchalant que je me suis rendu dans le bocal comme on appelait le bureau du boss. A mon arrivé en est sorti Mireille une toute jeune femme habillée comme la reine d’Angleterre. Elle portait un tailleur vert qui flashait, un chapeau assorti ressemblant plus à un parasol mais qui, sur elle, lui allait à merveille. Des escarpins verts complétaient sa tenue. Quant à ses lèvres elles étaient vertes mais en opposition à son ensemble d’un vert sombre pailletés de milles couleurs. C’est cette impression que j’en ai eu lorsque je l’ai croisé. Elle s’est effacée entre la porte et moi, m’a fait un sourire éclatant, si à ce moment-là j’avais connu la suite des évènements j’aurais bien passé ma journée à pavaner à son bras et je l’aurais terminé par un excellent repas au restaurant La Safranière à Mende-en Lozère, une ville où je vivotais dans une obscure gendarmerie, alors que j’avais à mon actif des opérations dignes d’un agent secret comme disait mon jeune frère né quinze ans après moi.

Moi… Agent secret comme cela me faisait rire, moi qui n’y avais jamais songé, même pas dans mes rêves les plus fous. Monté en grade ça par contre je l’espérais mais en franchissant ce bureau j’allais être KO en l’espace de trente secondes. Dans un premier temps mon chef ne me regarde pas, il tourne les pages d’un cahier, il toussote, se râcle la gorge. A mon tour je me la racle, puis a-t-il réalisé que j’étais là, je ne le saurais jamais car il ne s’excuse même pas.

– Ah Turpin je vous attendais, je vous observe depuis quelques temps vous baillez à vous décrocher la mâchoire., vous soupirez, tournez en rond. Vous voulez du mouvement je vais vous en donner. J’ai lu dans vos papiers que vous étiez de Nasbinals, et bien cela ne peut tomber mieux.

– Pourquoi Monsieur

– Figurez-vous que nous cherchons depuis des semaines une personne connaissant bien la vie des gens de votre village, ainsi que les chemins de randonnée.

– Vous parlez des chemins de Compostelle

– Oui et d’autres, car nous savons que les billets de banque sont écoulés sur un chemin de randonnées mais nous ignorons lequel.

– Et, qu’attendez-vous de moi ?

– Vous irez dès la semaine prochaine prendre la température.

C’est à ce moment-là qu’il m’a regardé et éclaté de rire, à vrai dire j’avais la sensation qu’il se payait littéralement ma tête ; Il me prenait pour un abruti de première. J’étais furibond. Mon Boss était un homme d’expérience portant l’uniforme avec fierté m’envoyait en mission, sans vraiment me fournir quelques explications, j’étais nerveux, allez dans mon village natal et me fondre dans les habitants alors que j’étais l’enfant du Pays, gendarmes de surcroît, s’il me voyait mettre mon nez de partout, j’allais devenir le suspect numéro Un et pire pour certains qui devaient planquer l’homme à abattre. J’étais décontenancé.

– Invisible mais comment suis-je censé faire ça, chef ?

– Je ne parle pas au sens littéral Bien sûr. Je veux que tu te fondes dans la foule, que tu te comportes comme un villageois ordinaire. Évite d’attirer l’attention sur toi. Je sais que tu es connu à Nasbinals, mais toi tu connais bien les gens. Utilise cette connaissance à ton avantage.

– D’accord, mais pourquoi tout ce mystère ? Et y aurait-il un rapport avec la contrebande de cigarettes dont mon jeune frère m’a parlé pas plus tard que dimanche lorsque je suis allé le voir.

– Il y a des rumeurs qui circulent à ce sujet, des tensions sur les chemins de randonnées nous ont été signalés. Nous en avons des échos par les gendarmes du coin, mais hormis les cambriolages, les infractions habituelles ils n’ont rien trouvés pouvant nous amener sur cette voie.

Je soupirais, puis après avoir repris mes esprits, je me rendais vite compte que ce ne serait pas une incursion à l’étranger comme ma dernière mission. C’était plus facile mais bien plus dangereux que celle-là. Il fallait voir les choses sous un angle différent. Il fallait que je lui donne des informations sur tous mouvements suspects ainsi que les discussions me semblant incohérentes en ce lieux. Bien entendu d’ici l’été j’aurais un binôme, mais c’était à moi qui incombait de planter le décor.Lorsque j’avais dit au Commandant que je ferais de mon mieux, il s’était levé m’avait frappé sur l’épaule en une tape amicale, il avait ajouté : « fait attention. Rappelle-toi, tu es un professionnel. Utilise ton instinct et ta formation, garde ton esprit ouvert. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent. »

Une ombre sur le Causse

UNE OMBRE FURTIVE

A quelques temps de là, alors que le soleil se couchait sur le petit village de Nasbinals un homme solitaire fit une entrée discrète. Le village, connu pour sa tranquillité et son charme pittoresque, accueillait en cette saison de nombreux vacanciers venus des quatre coins de France, ainsi que de l’Europe. Parmi eux des marcheurs parcourant l’Aubrac, d’autres des pèlerins arpentant le chemin de Saint Jacques de Compostelle, d’autres comme cet homme cherchant un havre de paix, pour se reposer d’un long périple.

L’homme, vêtu de vêtements ordinaires, semblait vouloir se fondre dans la masse des estivants. Il portait un chapeau de paille légèrement incliné, ses lunettes de soleil masquant partiellement son visage. Sa démarche était tranquille, délibérément lente, comme s’il ne voulait pas attirer l’attention. Tout d’abord le voici longeant l’office du Tourisme, c’est là où Myriam la jeune fille en stage le remarque en ce premier jour de juin, mais il y a tellement de touristes qu’elle n’y prête peu d’attention, seul son chapeau de paille attire son attention, il y a deux belles cerises, qui lui feront dire, bien plus tard c’était des fausses mais je les aurais bien mangés tant elles me paraissaient délicieuses.

L’homme s’était arrêté, avait hésité, puis finalement il avait continué son chemin, s’arrêtant auprès de l’étendue d’eau admirant les reflets dorés du soleil jouant sur la surface car des enfants pataugeaient encore sous les yeux de leurs parents. Le vieux Maurice quant à lui l’avait croisé lorsqu’il sortait du bar « Au rendez-vous des randonneurs, lieux prisés par de nombreux touristes, mais rarement par les habitants du village. Ceux-ci se retrouvant en d’autres lieux où l’on taillait la bavette jusqu’à tard le soir. Le village en cette fin d’après-midi bruissait de discussions animées des touristes venus pour la plupart à pied. Tout contribuait pour ce solitaire à lui permettre de se noyer au milieu de ceux qui affluaient pour se loger.

La boulangère l’avait, elle aussi remarqué, il lui avait acheté une baguette, il avait refusé le dernier pain au chocolat que, gentiment elle lui offrait. Ils avaient échangé des banalités, puis il était reparti, ne voulant laisser aucune trace de son passage, aucun souvenir marquant. Il avait continué sa route s’arrêtant de temps en temps pour admirer les vitrines des boutiques artisanales, semblant s’intéresser aux produits locaux. Puis, il cherche dans sa poche un carnet sur lequel il a dû noter l’adresse du gîte où il compte passer la nuit.

Mais nul ne le voit s’approcher d’une boîte à lettre légèrement entrouverte, il glisse sa main et en sort une clef. C’est à cet instant précis qu’Olivier rentre chez lui après une balade vivifiante. De suite il remarque cet inconnu et le suit des yeux quelques instants, le voit mettre la main dans la boîte à lettres de l’ancien du village, qui, pas plus tard qu’hier est parti à l’EHPAD du coin. Bizarre se dit Olivier, qui a laissé cette clef, mais l’homme ne semble pas vouloir ouvrir la porte, au contraire il s’éloigne du village qu’il n’a fait que traverser selon les quelques témoins qui le diront quelques semaines plus tard. Si Olivier avait continué à regarder, il aurait connu sa destination, c’était une vieille maison à la sortie du village, à quelques encablures de celle d’Olivier, il l’avait louée sous un faux nom, une fois à l’intérieur, il referme soigneusement la porte ainsi que les volets. Il vérifie auparavant que personne ne l’a suivi, il fait le tour de la maison, comme demandé il voit les paquets entassés dans la chambre du fond sous la courte-pointe rouge matelassée. On aurait dit qu’un corps gisait dessous. Il s’assoit sur une chaise en bois, et sort de sa poche un carnet ancien élimé, il griffonne quelques mots, arrache la page et note sur les pages suivantes les évènements de cette journée qui font suite à tant d’autres. Puis il ouvre plusieurs portes afin de trouver une chambre donnant sur la rue. Il se déshabille rapidement et s’allonge dans les draps sentant bon la lavande. Il met son réveil sur une heure avancée de la nuit, et il s’endort.

A suivre…

Copyright janvier 2025