Une rencontre inattendue (27)

Nicolas et Claire partent en direction de la demeure seigneuriale du patron des Houillères. Ils ont demandé leur chemin une fois à un Monsieur qui portait un haut de forme, une canne avec un pommeau doré, et une redingote. Il les a dévisagé comme s’il voyait un fantôme. Claire a eu l’impression que c’était elle qui l’intriguait. Mais il leur a montré en haut d’une petite colline une maison. Et il a ajouté  » c’est chez vous. »

  • Que voulait dire cet homme ? C’est chez vous.
  • C’est bizarre, je n’ai vraiment pas tout compris Claire. Par contre Steph m’a dit que la petite fille du patron te ressemblait. Je me demande s’il n’a pas pensé que c’était toi.
  • Moi ? Je serai elle.
  • Oui si tu lui ressemble tant.
  • Et pourquoi je lui ressemble à s’y méprendre. Elle n’est que sa petite fille. Sais-tu son âge ?
  • Non, ta cousine Chantal en a rien dit à ton frère et à mon ami.
  • C’est compliqué j’aurais préféré que la nièce de mon père soit ma tante.
  • C’est plutôt ta cousine
  • Ne m’embrouille pas
  • Peu importe, pour eux tu es leur petite fille et nièce. Tu fais partie de la famille Meignière. Il se fiche que le vieux est…
  • Est quoi ? Vas-y dis-le que ma mère trompait mon père.
  • On ne sait absolument rien de ce qui s’est passé
  • Toi, tu sais quelque chose.

Je ne pouvais pas dire à mon amour que le vieux avait violé sa mère. Ce n’était pas mon rôle et pour moi c’était même inconcevable. Aussi pour l’instant je ne lui ai rien dit.

Tout en devisant nous sommes arrivés devant la demeure du Patron des Houillères. J’avise un jardinier et je l’interpelle :

  • Et mon brave, je suis de la police
  • Oui

Mais au moment ses yeux se portent sur Claire il lui dit :

  • Mademoiselle, votre mère se faisait du souci, enfin vous voici de retour. Entrez Monsieur vous nous ramenez la petite.
  • Oui, mais je veux m’entretenir avec Monsieur De Bougainvilliers.
  • Monsieur n’est pas là, il n’y a que sa brue, la mère de la petite.
  • Et son père
  • Il est mort, Mademoiselle ne vous a rien dit.
  • Je ne l’ai pas interrogé à ce sujet
  • Je comprend, je vais appeler la femme de chambre de Madame et vous pourrez vous entretenir avec elle.

Claire est abasourdie, elle doit vraiment ressembler à sa quoi. Est-ce sa demi-soeur ou sa nièce. Mais elle n’a pas le temps de se poser plus de questions un jeune garçon d’à peine 12 ans se jette sur elle en la frappant de ces deux poings et l’apostrophe en criant :

  • Marie Cécile enfin tu es revenu Jean-Marc est parti à ta recherche.
  • Je pense jeune homme que votre soeur a perdu la mémoire. Qui est Jean-Marc ?
  • C’est notre frère
  • Où est votre mère
  • Je suis là, Louis retourne travailler , je m’occupe de cet inspecteur.
  • Oui maman

Et le petit garçon serre encore Claire dans ses bras et disparaît par le grand escalier. Sa mère nous fait entrer dans un boudoir, nous invite à nous asseoir, sonne et tout en se tournant vers nous, nous demande ce que nous buvons. Claire ne dit rien, quant à moi je prends un café. Et cette femme tout de noir habillé ajoute vous apporterez deux tasses de thé, Marie Cécile en prendra une tasse avec moi. Une révérence et la jeune bonne disparaît.

Celle qui est la mère du jeune garçon, ferme la porte à double tour et se tourne vers Claire et lui dit :

  • Vous n’êtes pas ma fille, mais je pense que je sais qui vous êtes, nous n’avons pas beaucoup de temps mon beau-père ne va plus guère tarder. Vous êtes ma belle-sœur, la demi-soeur de mon défunt mari. Nous avons découvert votre existence au moment de l’ouverture du testament de mon Marcel. Le notaire a réussi à vous retrouver à moins que ce soit Jean-Marc.
  • Non Madame c’est une coïncidence
  • Ne m’appelez pas Madame, je suis votre belle-soeur
  • Mais nous avons trente ans de différence.
  • Qu’importe ! Par contre il faut que vous partiez, mon beau-père ne veut pas de vous ici.
  • Mais je ne vous demande rien, de toutes façons je suis sûre que c’est le Monsieur que nous avons croisé en ville. Celui qui se dit mon père a-t-il une canne avec un pommeau
  • En or, oui!
  • En or, c’est pire que ce que j’imaginais. Viens Nicolas, nous partons je ne veux rien savoir de ce type.
  • Attends, j’aimerais savoir où est Marie Cécile ?
  • Mon beau-père a eu une altercation avec elle et je lui ai conseillé de s’éloigner. Elle est partie accompagnée par son frère chez ma sœur.
  • Pourquoi son petit frère nous a dit
  • Qu’importe ce qu’il.vous a dit. Tenez je vous donne le nom et l’adresse du notaire. Allez le voir. Maintenant suivez-moi, quittez rapidement Béthune car j’ai peur pour votre vie.
  • Qui veut ma mort ?

Mais au moment où celle qui se dit ma belle-soeur va pour me répondre, nous entendons une voix caverneuse et en colère hurler :

  • Où est cette fille de mauvaise vie, Marie-Cécile, c’est lui l’homme que tu aimes.

Ma belle-soeur est pâle comme une morte, elle nous pousse dans un petit couloir et nous dit le plus bas possible.

C’est par là que sort notre personnel , mon beau-père ne vous trouvera pas. Suivez le couloir jusqu’à une porte vitrée, ouvrez-là, vous allez déboucher sur un jardin. Allez jusqu’au mur d’enceinte. Vous trouverez une porte peinte en vert, ouvrez-là, vous serez à l’arrière de la maison. Ne revenez pas par la gauche. Descendez en direction de la mine, dites-moi où vous êtes descendu. J’y serais dans trente minutes.

Nicolas lui donne les coordonnées de notre hôtel. Elle disparaît dans un frou frou de sa longue jupe. Je prends la main de Nicolas et nous faisons en tout point ce que cette femme, je n’arrive pas à dire belle-soeur nous a dit.

Enfin nous voici à l’hôtel, nous rejoignons Stéphane, il est seul je vois Claire qui cherche son frère. Stéphane l’a tranquillise en lui disant qu’il l’a ramené chez Chantal.

Après avoir mis Stéphane au courant, nous attendons cette femme, mais la nuit est tombée et personne ne s’est présentée à l’hôtel. Je ne me vois pas repartir chez ce type. Tant pis nous nous décidons a partir récupérer Charles et nous voyagerons de nuit. Au moment où nous réglons les chambres d’hôtel je vois arriver le jardinier. Discrètement je le rejoint. Et il me dit :

  • Madame a fait un malaise mais elle avait donné à ma femme qui est sa femme de chambre ce papier il y a une adresse où vous pouvez lui ecrire.

Il tourne son béret dans ses mains, il doit attendre un pourboire. Je lui remet dix francs. Il me remercie et s’en va.

À suivre …

Une rencontre inattendue (26)

Nicolas préfère me raconter de vives voix ce qu’il s’est passé plutôt que de mettre dans l’embarras Charles, aussi je me tais concernant son état de santé. Nous aviserons sur place.

Le temps file à une lenteur d’escargots, j’ai regagné notre chambre. Charles est toujours agité, j’en veux à la fois à cet homme qui n’a pris aucun gant concernant son père et à Monsieur De La Roche Vineuse qui a mis Charles dans un état indescriptible. Tant qu’il sera sous sédatif je ne pourrai pas lui parler. Vivement que mes amis arrivent.

Il est plus de 20 h lorsque la réception m’annonce que l’on me demande. Nicolas me donne une accolade comme à son accoutumé et Claire m’embrasse. Ses yeux sont tristes. Que s’est-il passé là -bas au Domaine ? Mais il est temps d’aller prendre un repas. N’ayant pas trouvé de restaurant et vu l’heure j’ai demandé au Maître d’hôtel de nous préparer pour trois personnes une collation qu’il va nous servir dans ma chambre. Ce n’est pas le repas qu’ils attendaient mais ils sont tellement fatigué que nous remettons à demain les explications, y compris celles concernant le père de Claire et Charles.

Je me garde bien de parler de cet homme, ami de leur père qui a jeté une pierre au visage de Charles. Ses mots ont déclenchés tout ce drame. Eux deux pensent qu’à cause des propos de Jean De La Roche Vineuse, Charles a perdu le contrôle de ses nerfs. Pour ce soir nous en restons là.

Je leur laisse ma chambre et vais dormir un étage plus haut. Je dors comme un loir et c’est la femme de ménage qui me réveille en frappant à la porte.

  • Monsieur, j’ai un mot pour vous de l’hôpital
  • J’arrive, un instant

Moins de deux minutes plus tard je suis à peu près présentable et je récupère le mot.  » Votre ami peut rentrer, venez le chercher après la visite du médecin ».

  • Vous ne connaissez pas l’heure à laquelle je dois me rendre à l’hôpital.
  • Vers midi le médecin passe, mais comme votre ami est un « Monsieur » je pense que ce sera bien plus tôt.
  • A Marseille tout le monde va dans le même dortoir, il n’y a pas de différences entre les malades.
  • Ici c’est la famille De Bougainvilliers qui a fait construire l’hôpital, aussi il ne faut pas mélanger les mineurs et les gens de la haute.

Je ne dis rien mais je suis choqué. Je n’informe pas les tourtereaux et rejoint rapidement l’hôpital. Charles est d’une pâleur à faire peur, il est dans un mutisme total. Le médecin me fait signe et me demande si je suis de la famille. Voulant savoir ce qui est arrivé à Charles je lui répond que je suis son cousin. Il m’entraîne dans son bureau et me dit que Charles n’est pas réellement malade mais qu’il est tourmenté par son passé. Je l’interroge sur ce qu’il lui a dit et je l’entend me répondre :

  • Votre cousin a l’impression de vivre chez des menteurs et que sa vie est un mensonge permanent. Je l’ai un peu interrogé pour que je puisse l’aider et là il s’est muré dans le silence. J’espère qu’avec vous il se sentira en confiance.
  • Ne vous inquiétez pas Docteur, sa soeur vient d’arriver et je pense qu’il va pouvoir se sortir de sa léthargie.
  • Alirs bon retour chez vous et si j’ai un conseil à vous donner, dissuader votre cousin d’aller voir Monsieur de Bougainvilliers.
  • Ah ! Il vous en a parler.
  • Oui il veut aller le tuer, comme vous allez quitter immédiatement Béthune je me tais sur ses propos.
  • Ne vous inquiétez pas Monsieur je suis dans la police et j’y veillerais personnellement. Mon cousin est confus après avoir appris des nouvelles terribles.
  • Vous avez une heure pour quitter Béthune après j interpelle la police et j’avertis Monsieur De Bougainvilliers.
  • C’est une menace ?
  • Non

Je quitte rapidement l’hôpital en emmenant Charles, sous le regard énigmatique du médecin. Ils sont tous la coupe du vieux. Cela va être dur de les rencontrer et Nicolas et moi devons regagner notre affectation dès lundi prochain. À peine quatre jours… Cela nous laisse peu de temps entre notre retour sur Mâcon et mon départ pour Marseille.

De retour à l’hôtel j’expose les faits à mes deux amis , Charles s’agite mais sa sœur lui dit qu’ils ont la journée complète pour trouver une solution. Nous partirons dans la nuit. Nicolas et Claire qui ne sont pas connu du médecin vont aller se promener du côté de la demeure du patron des houillères. Charles ayant envie de dormir, ils partent immédiatement. Je reste pour surveiller le frère de Claire.

À suivre…

Une rencontre inattendue (25)

Charles a demandé le numéro de son père adoptif. Il tourne comme un lion en cage, ses mains tremblent, je ne le connais pas depuis longtemps mais jamais je ne l’ai vu aussi fébrile.

Enfin, la réception de l’hôtel a pu obtenir la communication. Au moment où je vais pour franchir le seuil de la porte, Charles me fait signe de rester. Cela m’ennuie mais devant son état agité j’acquiesce d’un hochement de tête. De suite je le vois fort soulagé. Il tremble, pourtant il a appris une excellente nouvelle, son père n’est pas mort sous les balles ennemies il y a 20 ans.

Je pense qu’il a peur de la réaction de Monsieur de la Roche Vineuse. En mon for intérieur je le demande si son adoption a été légale. En ces temps tourmentés ont-ils été bien informés de la procédure. A moins que… Mais je n’ose aller plus loin dans ma pensée. Puis je dois être attentif aux propos qu’ échangent Charles et son père.

Apres les formules de politesse entre un père et son fils , Charles apostrophe son père, de suite je réagis et fais signe à Charles de se calmer. Je vois rapidement que c’est peine perdue. Il est dans une rage folle et ce n’est plus du dialogue mais une confrontation entre deux êtres qui sont à des années lumières l’un de l’autre.

Je crains le pire et si je n’entends pas ce que son père lui dit j’assiste impuissant à la réaction de Charles. Il ne raccroche même pas le téléphone, il l’arrache à la prise et le jette contre la fenêtre. Sous le choc la vitre vole en éclat et je vois du sang qui s’écoule du visage de mon ami.

  • Charles, calme-toi mon vieux

Il ne réagit pas, il est hagard, murmure des mots sans suite et tombe raide au sol. Il n’est certainement pas évanoui, je ne réfléchi pas et ouvre à la volée la porte qui donne sur le couloir et appelle au secours. Une femme de chambre accourt.

Elle pousse un cri et à son tour appelle

  • Vite, vite il faut un médecin

Finalement je me ressaisi, pousse la soubrette à l’extérieur de la chambre et appelle la réception.

  • Bonjour, ici la chambre 42 j’ai besoin d’un médecin rapidement, mon ami s’est blessé.

Au même moment on frappe à la porte, je vois la femme de chambre accompagné d’un homme. C’est un client de l’hôtel, médecin, il a entendu les cris de Mélanie et s’est précipité pour en savoir davantage. Il a pris sa trousse de premier secours, et rapidement il voit l’étendu des dégâts sur le visage de Charles. Il faut l’emmener à l’hôpital il a besoin de points de sutures. J’apprends en même temps que j’ai moi aussi une plaie au visage. Je ne m’en suis pas aperçu dans le feu de l’action.

Je n’ai pas grand chose ma plaie a juste deux points de suture mais ce n’est pas le cas de Charles. Il a le visage tuméfié , et diverses coupures plus ou moins profondes, deux d’entre elles ont nécessités une petite anesthésie locale. Le médecin lui a administré un sédatif tant son état inspirait de l’inquiétude. Il est allongé sur un lit d’hôpital. Je ne puis rien faire pour lui, aussi après l’avis du médecin je suis rentré à l’hôtel.

J’ai à peine franchi la porte que le réceptionniste m’interpelle, vous avez eu deux appels.

  • Ont-ils laissé leurs noms ?
  • Oui, un émanait de Mademoiselle Claire, et l’autre de Monsieur Nicolas.
  • Dois-je les rappeler ?
  • Ils vous ont laissé un message
  • Le même message
  • Oui
  • Ou est-il ?
  • Je l’ai noté pour ne pas en oublier un seul mot.

Je me précipite vers l’homme qui me tend un papier à entête de l’hôtel .

 » Stéphane nous arrivons. Nous t’appellerons en cours de route, tu nous diras à quel hôtel vous êtes descendu. En attendant prends-nous deux chambres. »

  • Merci
  • J’ai signalé à mon chef que deux personnes voulaient deux chambres. Hélas il ne nous en reste qu’une seule. Nous sommes un modeste hôtel et actuellement a lieu la foire et cela draine beaucoup de va et vient.
  • Vous l’avez retenu
  • Bien entendu Monsieur
  • Et bien c’est parfait, par contre avez vous appris que la fenêtre de la chambre 42 avait volé en éclat.
  • Ne vous inquiétez pas j’ai appelé un vitrier, il doit être en ce moment dans votre chambre.
  • Et les morceaux de verres
  • Tout sera remis en état avant midi
  • C’est parfait. Comme vous l’avez noté von doit me rappeler et comme ma chambre n’est pas prête je vais me rendre au bar.
  • J’ai compris, Monsieur si vous avez un appel téléphonique je vous ferais appeler, n’ayez aucune crainte.
  • L’hôpital doit aussi me rappeler
  • Tout est noté

Le réceptionniste tape sur son front en même temps, il n’a pas besoin de l’écrire il a ce qu’il faut dans sa matière grise. Un sourire effleure mes lèvres, je ne suis pas condescendant, c’est juste que cet homme cherche à se justifier. Mais je le conçois très bien et du reste je lui en fait part. De suite je le sens moins inquiet. Une fois ce point réglé je me jette sur un verre de scotch, j’en bois un cul sec puis le second je le savoure.

Les heures passent, aucune nouvelle de l’hôpital et encore moins des deux amoureux. Que font ces deux-là ? J’espère qu’ils ne batifolent pas, alors que je les attends.Connaissant Nicolas il n’aurait aucun scrupule à déflorer claire avant le mariage. De plus j’ignore ce que leur a dit Monsieur de la Roche Vineuse pour les jeter sur la route sur un coup de tête. A moins qu’il se soit passé de son consentement.

Je suis perdu dans mes pensées lorsque j’entends que l’on m’appelle. Il est plus de 16 h et j’ai enfin Nicolas.

  • Tu nous as pris nos chambres !
  • Oui, mais
  • Il n’y en a qu’une seule
  • Comment peux-tu le savoir ?
  • Je n’en sais rien, mais je dors avec Claire, je suis déjà frustré chez son père sans en rajouter une couche à plus de 700 kilomètres.
  • Je trouvais ça étrange que tu ne dormes pas avec ta fiancée
  • Tu te doutes bien que l’on l’écoutait et je ne voulais pas que le vieux empêche Claire de m’accompagner.
  • Oui je trouve que leur père a accepté sans faire de vagues.
  • Bien entendu qu’il y a eu un combat verbal entre Claire et son père mais sa maman est intervenue et le père Vineuse n’a plus rien dit.
  • Vous pensez arriver à quelle ?
  • Je pense qu’à 20 h nous serons sur place. Cherche-nous un restaurant tranquille. Sinon comment va Charles ?
  • Je n’ai pas eu de nouvelles depuis dix heures ce matin, mais je pense qu’il dort encore.
  • Ce n’est pas grave
  • Non, juste une tension extrême et une nouvelle qui a dû le perturber. Et Annabelle comment va-t-elle ?
  • Elle est sortie du coma mais elle ne veut parler qu’à Charles.
  • Est-elle revenue au Domaine ?
  • Oui, seulement depuis hier matin.
  • C’est déjà une bonne nouvelle
  • Mais je ne comprends pas , Charles ne t’avais rien dit
  • Non
  • Bizarre, Annabelle lui a téléphoné plusieurs fois.

À suivre …

Une rencontre inattendue (24)

  • Marie Cécile qui est-ce ?
  • Marie Cécile de Bougainvilliers, l’unique petite fille du vieux.
  • Elle lui ressemble tant que ça
  • Oui c’est étrange on dirait sa jumelle
  • Ah !

Stan note dans son carnet Marie Cécile de Bougainvilliers ressemble comme deux gouttes d’eau à Claire de La Roche Vineuse.

Étrange mais intéressant. C’est à ce moment que Charles me décroche un regard qui en dit long. Il est capable de tout, l’ami Charles, surtout que maintenant qu’il sait que sa mère a été déshonoré par son patron il y a désormais vingt ans, il pourrait faire des bêtises, Stan doit être vigilant.

Il décide de prendre en main la suite de la rencontre chez Chantal . Les femmes sont intarissables sur le Grand patron des houillères. Les expressions toutes plus vulgaires les unes que les autres fusent :

  • Il a les mains baladeuses
  • Il nous coince partout où il peut
  • Pas dans la mine ?
  • Non mais nous avons intérêt de ne jamais rentrer seule.
  • Il.nous fait monter dans son bureau, il.nous promet de nous augmenter ou de nous faire changer de travail, mais il y a une condition nous devons nous déshabiller
  • Vous le faites ?
  • Nous , Non crièrent-elles toutes en chœur. Jamais.
  • Hélas plus elles sont jeunes plus elles passent à la casserole.
  • C’est un pervers, il quitte son pantalon et nous tire les cheveux et nous sommes obligés de….
  • Chut ne dit rien ma fille

Chantal devient rouge comme une pivoine. Charles et moi nous ne voulons pas qu’elle nous en dise davantage. Hélas nous comprenons trop bien.

  • Chantal , c’est bon nous avons compris quel sale type est cet homme. Nous allons vous laisser nous avons abusés de votre accueil.
  • Non ça nous fait du bien de savoir que Claire et Charles sont vivants. Dommage pour ton père. Quant à ta mère elle est hélas partie bien trop tôt. Mais si votre mère adoptive est fort gentille, aimez- là du mieux que vous pouvez. Ce doit être une bonne âme pour avoir adopté deux enfants en bas âge.

Charles est ému d’entendre sa cousine parler de sa mère adoptive en des termes élogieux alors que sa tante, sa mère est morte dans d’atroces conditions. Nous prenons congés de ma famille. Stan est salué par mon grand-père avec beaucoup de malice d’un tonitruant :

  • Bonsoir mon Commandant
  • Il va en couler de l’eau sous le pont avant que je sois Commandant
  • Vous en avez la stature jeune homme

Sur ces mots nous quittons leur humble demeure et en sens inverse nous parcourons les rues des corons. Hélas nous avons dû nous tromper de chemins car nous passons plusieurs fois devant une taverne d’où résonnent des chansons paillardes. Stan pense qu’il est préférable de se renseigner plutôt que de prendre le risque de rencontrer des hommes sous l’emprise de l’alcool et cherchant la bagarre. Soudain nous entendons crier :

  • Charles, Charles

C’est le frère de mon père, il lui ressemble tellement que je ne puis me tromper.

  • Attendez je vais vous reconduire, je vous ai vu tourner en rond je ne pouvais te laisser toi et ton ami vous perdre dans les dédales des corons. Êtes-vous venu en voiture ?
  • Oui
  • Est-ce que vous vous souvenez du lieu exact
  • A peu près

Après avoir tourné de rue en rue, l’oncle Pierre a eu l’idée de retourner chez Chantal ma cousine afin de demander à son neveu s’il se souvenait par quel endroit nous étions arrivé. Ce fut très facile, mais il s’en est fallu de peu que nous dormions à la belle étoile.

De retour à l’hôtel nous nous sommes effondré sur nos lits, fatigué mais heureux notre enquête avançait. Demain nous irions faire un tour vers la demeure du Seigneur de ces lieux Monsieur de Bougainvilliers n’irait pas jusqu’à nous convier à rentrer mais il nous fallait trouver une faille pour rencontrer la jeune Marié Cécile.

J’ai dormi comme une souche, lorsque j’ouvre les yeux il n’est pas loin de 10 h. Pourquoi Charles qui n’est plus dans le lit voisin ne m’a pas réveillé. Je rage intérieurement.

Sur la table un mot :

 » Je n’ai pas osé te secouer davantage tu dormais si bien. Je suis parti en direction de la demeure du vieux Bougainvilliers. Il est 9 h 55. Si tu as déjeuner rejoins-moi. »

Hum ! Tout cela ne présage rien de bon, si Charles est reconnu, vu que ses oncles ne se sont pas trompés en nous voyant tous les deux. Le vieux peut se souvenir de son père. Je crains le pire. J’avale un café noir et file en direction de Béthune centre. À quelques mètres je vous Charles en grande conversation avec un Monsieur à la mine austère. Nous voilà bien, c’est sûrement le « vieux « . Je les rattrape et je n’y vais pas par quatre chemins.

  • Tu me présentes Charles
  • Je ne connais pas ce Monsieur, sauf que ce n’est pas celui que tu crois.
  • Bonjour jeune homme, je me suis permis d’interpeller Monsieur Meignière car j’ai trouvé une certaines ressemblance avec Pierre Meignière qui travaille à la mine d’Arcin. Et votre ami m’a confirmé cette son neveu.
  • Et, vous êtes ?
  • Je suis le meilleur ami de Jean Meignière son père et son fils vient de m’apprendre son décès. Or je suis fort étonné car nous nous écrivons.
  • Pardon de quand date son dernier courrier ?
  • Il y a huit jours
  • Huit jours mais Charles on t’avait bien dit que ton père était mort fusillé par les Allemands.
  • Oui, j’ai vu son nom dans un cimetière, je ne comprend vraiment pas.
  • Monsieur pouvez-vous nous dire où le père de mon ami habite.
  • Ecoutez jeunes gens je vais lui envoyer un courrier car je ne veux pas lui faire un choc en lui apprenant que son fils est vivant ainsi que sa fille. Charles l’a donné ses coordonnées, je vous écrirais et vous verrez si votre père est prêt à renouer des liens avec vous.
  • Mais c’est son fils et Claire sa fille, pourquoi ne le voudrait-il pas ?
  • Ce n’est pas à moi de vous le dire, mais à lui.

Encore une énigme , décidément, mais le connaît-il vraiment ? J’espère que Charles n’est pas tombé dans un piège ? Nous verrons lorsque le courrier arrivera.

Nous repartons en direction de la maison plus que bourgeoise du Sieur Bougainvilliers, Charles est secoué, à l’hôtel il appellera Claire mais auparavant il essayera de joindre son père adoptif. Il n’a pas envie de mettre la zizanie dans sa famille. Car il n’a eu qu’eux depuis vingt ans. Et pour lui c’est sa famille dorénavant.

À suivre…

Une rencontre inattendue ( 23)

Je n’ose poser une question à Charles. Madame Baptiste nous propose du café et nous invite à rejoindre ses voisines et amies à la grande table. Dans un premier temps nous entendons juste les cris des enfants qui se chamaillent, puis Madame Baptiste Mère va nous faire une déclaration qui va avoir une répercussion sur la suite de notre discussion.

  • Alors Charles Meignière tu lui as dit à ton ami ce que je t’ai dit.
  • Non, pas encore Madame Baptiste, je suis encore sous le choc.
  • Ma Bru je te présente ton cousin le fils de la sœur de ton père.
  • Charles, tu es le petit Charles avec qui nous jouions enfants avant l’exode.
  • Si ta belle-mère le dit je vous crois
  • Paul va chercher tes Grands-pères au café, mais tu ne leur donne pas la raison. Juste que ta mère a des invités.
  • Oui Mémé
  • Paul dis aussi à ton frère de rentrer
  • Oui Maman

Depuis que Paul est parti toutes les femmes ont les yeux rivés sur Charles, chacun voit en lui les traits de Pierrot le père de Chantal. Nous apprenons qu’ils pensaient que Charles était décédé. C’est ce que le Patron avait dit au père de Madame Baptiste la jeune il y a une dizaine d’année.

Toujours ce patron il est toujours omniprésent, il commence à m’agacer songe Stan. Quant à Charles il ne sait plus quoi dire. Il était venu pour trouver une filiation pour sa soeur et là il se trouve avec une famille de mineurs. Madame Caroline Baptiste lui dit qu’il va rencontrer son grand-père. Il doit se mettre face à la porte et attendre sans faire aucun geste.

Soudain un jeune garçon entre il doit avoir une quinzaine d’années, et crie :

  • Pépé et Pépère arrivent.

Les femmes se taisent mais Caroline leur dit de continuer à babiller, aucun changement sinon les deux vieux vont s’en rendre compte.

  • Alors les femmes que nous…Vou… Oh mon dieu le petit est revenu, Charles mon petit où est mon fils ?
  • Je sais cela fait vingt ans que tu ne m’as pas vu je suis le père de ton père. Pas un jour n’est passé en espérant qu’avant de mourir je vous reverrai. Ou est ton père ?
  • Il nous a déposé devant une église et
  • Mais pourquoi ?
  • Il devait revenir nous chercher, je ne sais pas, tout ce que j’ai appris c’est qu’il était mort fusillé par les Allemands.
  • Fusillé, mon fils il était dans la Résistance
  • Oui
  • Mais et ta mère ?
  • Elle est morte en mettant au monde ma sœur.

Un grand silence entrecoupé de pleurs, et là la porte s’ouvre à nouveau, rentre un couple âgé.

  • Mèmère viens voir
  • Pierrot, je vois, ce n’est pas le mari de ma fille mais c’est le portrait de ton grand-père au même âge. Tu es revenu chez nous Charles.

Charles ne sait quoi dire, aussi il se met à pleurer les tensions, l’émotion le bouleversent. Sa grand-mère le prend dans ses bras et lui demande si le bébé est une fille ou un garçon.

Le bébé qui a 20 ans pense Stan. L’émotion est palpable.

  • C’est une fille elle se nomme Claire, elle vient d’avoir 20 ans.
  • Elle n’est pas venue avec toi
  • Non car je suis venue chercher des réponses

C’est à ce moment que le Grand-père regarde son petit-fils et lui dit :

  • Ta Maman a été violé par le vieux Bougainvilliers, elle voulait mourir. Ton père a décidé de profiter de l’exode pour quitter Anin. Il devait revenir pour tuer le patron des Houillères mais ses frères l’ont dissuadés. En quittant les mines ta mère pouvait garder l’enfant et personne n’aurait su.
  • Personne ne le savait, c’est vous grand-père qui venez de me le dire. Je ne dirais rien à ma sœur.
  • Si je viens de te le dire c’est parce que tu veux des réponses, alors en voilà une. Mais que veux-tu savoir de plus ?
  • Qui est ce patron super puissant qui a vie et mort sur ses employés. Pour lui c’est du bétail qu’il mène à l’abattoir. Je veux le rencontrer. Je veux savoir qui a cherché à tuer ma femme ? Et qui a essayé de tuer Claire.

Lorsque Charles a fini d’hurler ces mots qu’il a jeté en pâture à l’assemblée que constitue une partie de sa famille c’est un silence impressionnant qui fait écho à ses paroles.

  • On a voulu tuer ma petite fille
  • Notre petite fille
  • Oui bien sûr Jeannot Charles et Claire sont nos petits enfants. Vous pensez à qui les jeunes. Du reste qui est ce jeune homme qui t’accompagne Charles.
  • Je suis l’ami et collègue de Claire. Demain je serais policier sur Marseille. Je suis venu sous le sceau du secret enquêté ici pour connaître la famille du patron des houillères. A ce propos qui est le Patron. Vous avez dit Monsieur le « Vieux Bougainvilliers ». Y aurait-il un jeune ?

Le grand-père de Charles va nous expliquer toute la généalogie des Bougainvilliers, je me suis demandé plus tard s’il en connaissait autant de la sienne.

Le vieux continue à régner comme un despote sur les mineurs. Il a eu un seul fils très bête mais qui a tout de même réussi à engrosser deux ou trois vierges ainsi que des mères de famille honorable. Certaines ont quitté la mine d’autres sont restés la tête haute. Ta cousine en fait partie. Il y a sept ans alors qu’un coup de grisou venait d’avoir lieu Bougainvilliers avait accompagné son père pour constater les dégâts. Les femmes étaient remontées les premières, apeurés, serrées les unes contre les autres, ce goujat a attrapé par les cheveux ma fille et l’a entraîné. La suite tu l’imagines sûrement. Le début nous le savons par ces compagnes ici présentes. Elle n’est jamais retournée au Puits 50. L’autre ignore la naissance du petit.

C’est à ce moment que mes yeux ont cherchés les enfants, ouf ils n’y étaient plus. Les propos du vieil homme étaient sordides et atroces lorsqu’il eu fini de nous raconter le calvaire subi par sa fille.

Puis il.nous dit que celui qui devrait remplacer le vieux serait l’aîné de ses petits enfants. En plus de bâtards le fils du vieux avait eu trois garçons et une fille. Et des bruits se murmuraient que le partage de la fortune du vieux aurait lieu qu’après sa mort. Mais qu’il veillait de son vivant qu’à ce qu’aucun batard ne puisse revendiquer sa fortune.

Je me décidais d’intervenir pour demander au Grand-père maternelle de Charles s’il avait eu vent de choses pas très honorables concernant des enfants nés hors mariage.

  • Il a dit au fils Maray qu’il avait noté dans un carnet tous les enfants qu’il avait eu avec ses beautés.
  • Ses beautés que voulait-il dire ?
  • Sa femme était fort moche et largement bête, il s’est marié avec elle à cause des mines de son beau-père. Un mariage de raison.
  • Donc il a eu combien d’enfants ?
  • 10, 7 garçons et trois filles. Mais a-t-il ajouté la fille Planté est partie pendant l’exode, je ne sais si elle a eu une fille ou un garçon.
  • Donc cela fait 11. Aucune mort violente ?
  • Deux de ses fils sont morts le même jour à une heure d’intervalle dans le bistrot du coin.
  • Y a-t-il eu une enquête ?
  • Oui et non
  • Comment ça ?
  • L’enquête a commencé puis le vieux s’en est mêlé et tout s’est arrêté.
  • Et les autres ? Les filles ou femmes ont elles été ennuyés
  • Je vous accompagne demain, nous irons leur demander. Mais je ne vois pas comment ils ont pu retrouver notre petite fille.
  • Je me renseignerais, il a l’air d’avoir des relations dans la maréchaussée.
  • C’est étrange cette tentative d’assassinat, elle demande rien, elle ignore qui est son père et on cherche à la tuer après s’en être pris à ta femme.
  • Claire sait que son père n’est pas le mien, c’est à vas demande que je suis venu à Béthune puis ici pour trouver les réponses et connaître celui qui est son père. Je ne lui raconterais qu’une partie. Je verrais avec Nicolas ce que je ouis le dire ou non.
  • Nicolas ?
  • C’est chère Chantal le fiancé de Claire, mais les fiançailles n’ont pas encore eu lieu.
  • Aurais-tu une photo de Claire ?
  • Non, je n’en n’ai pas apporté, Stan tu as apporté la photo de votre promo
  • Oui voilà, cherchez Claire, c’est facile dans notre promo il n’y a que deux filles.

Ce sont les grands-parents qui se penchent sur la photo et un seul cri résonne dans la pièce :

Oh Claire ressemble à Marie Cécile, mais elle est plus belle. Ses cheveux sont magnifiques, est-elle blonde ?

À suivre…