Pendant ce temps Charles et Stan étaient arrivés dans le Nord. Rapidement ils avaient trouvé l’exploitation minière. De toutes façons les mines ce n’est pas ce qu’il manque ici. De terrils en puits de mine, de mineurs hommes femmes ou de maisons toutes alignées semblables les unes aux autres, le paysage en devenait monotone et Charles avait ses yeux embués de larmes.
Il se revoyait enfant, assis dans une cour semblable jouant avec des morceaux de charbons, qu’il pleuve ou non il avait l’impression de revivre un cauchemar. Son père était donc un mineur. Et sa mère pourquoi avait-elle eu sa soeur avec le patron des mines…
Il avait bien une petite idée mais elle était tellement sordide qu’il voulait à tout pris l’éloigner de son cerveau qui bouillonnait.
Stan depuis que l’on avait atteint les faubourgs de Béthune voyait que Charles avait des souvenirs qui lui revenaient. Au départ il l’avait laissé dans ses tourments mais maintenant il fallait voir comment procéder. Stan ne voulait pas se mettre dans l’illégalité, sa future carrière de policier était en jeu.
Charles quant à lui n’avait rien à perdre, il voulait savoir et comprendre ce qu’il était arrivé à sa femme et maintenant à sa sœur. Et si tout partait de là de ce bout de terre minier il le découvrirait. Il ne pouvait pas rentrer bredouille au Domaine de la Roche Vineuse.
- Charles !
J’entends une voix au loin qui me parle. Je sors de ma léthargie, c’est Stan. J’ai dû m’endormir.
- Oui que me veux-tu
- Nous sommes devant les portes du Puits principal, je me suis renseigné pendant que tu dormais les Mines appartiennent toujours à la même famille depuis 200 ans et même plus.
- Leur nom dis-moi leur nom
- La famille de Bougainvilliers
- Le père de Claire vit ici
- Ici, non c’est la mine, mais on interrogera ceux qui sortiront, si je suis là à la tombée de la nuit c’est que j’ai appris qu’ils avaient terminés leur labeur. On trouvera bien une ou deux personnes sympathiques qui pourront nous parler.
- Si tu le dis, je dois m’accrocher à n’importe quoi afin de pouvoir tenir debout. De savoir que Claire n’est ma sœur que par ma mère me consterne.
- Mais vous êtes tous les deux les enfants de vos parents adoptifs. Je ne te demande pas d’oublier tes parents biologiques mais raccroche-toi à cette idée. Et tu sortiras la tête haute.
- Oui tu as raison, Claire est et restera à jamais ma petite soeur et je pense que ceux qui ont tirés sur Annabelle les ont confondus.
- Bon on en reparle plus tard, voilà les premiers qui sortent.
- Tu as vu leurs têtes, limite ils me feraient peur
- Ils n’ont sûrement pas de douches ou je pense que le charbon tient sur leurs corps, allez avance.
- Bonjour
- Oui, que me voulez-vous
- Juste un renseignement
- Sur
- Le patron des Houillères
- Ah lui, vous n’avez qu’à aller à Béthune vous le trouverez, buvant et baisant dans sa maison.
- Vous n’avez pas une haute opinion de votre patron Mademoiselle
- Madame si cela ne vous dérange pas. Vous voulez savoir si dans mes compagnes d’infortune une l’aime.
- Non ce n’est pas la peine, je ne cherche pas à vous faire du mal ou de la peine. Mais qui parmi vos compagnes en sauraient un peu plus sur lui.
- Je veux bien vous répondre mais pas ici, déjà on me regarde, venez me rejoindre dans les corons d’Anin. C’est tout près de Béthune.
- Mais je ne connais pas votre nom
- Demandez la Veuve Baptiste dans la rue de la Sentinelle. N’ayez crainte vous me trouverez.
- Nous venons à quelle heure ?
- Peu importe
- Alors à tout-à-l’heure Madame Baptiste
- Monsieur ?
- Oui
- C’est quoi votre nom
- Stan
- C’est tout
- Oui
- Alors venez Mr Stan
- Je serais avec un ami, il est resté là -bas ne vous inquiétez pas, ce n’est pas vous qui nous intéresser mais votre Patron.
Mais elle a déjà tourné les talons et rejoint ces compagnes.
Je rejoins rapidement la voiture ou Charles m’attends. Nous trouvons un hôtel hélas il n’y a qu’une chambre de libre mais elle a deux lits. Après tout ce sera mieux pour recouper ce que nous aurons appris. Déjà quand j’informe Charles de ce que Madame Baptiste m’a dit je le sens fébrile. Il devrait me confier son souci. Possible que je puisse l’aider.
- Charles dis-moi ce qui te tient en soucis
- Ce type il devait se jeter sur tout ce qui avait un jupon. Aujourd’hui et hier. Ma mère a dû…
Charles se met à pleurer, il est arrivé à la même conclusion que moi.
- Tant que nous n’avons pas rencontré Madame Baptiste ne tirons pas des conclusions hâtives.
En mon for intérieur je pense comme lui, mais nous devons en apprendre davantage. Nous quittons nos costumes voulant passer inaperçu dans les Corons. J’ai acheté en revenant deux pantalons, un bleu et l autre gris, deux polos, deux casquettes et de simples chaussures. C’est l’été nous n’avons nullement besoin de vestes.
Il est à peu près 20 h 30 lorsque nous arrivons vers les Corons, c’est immense, nous demandons notre chemin à deux gamins de 8 ou 9 ans. Ils nous proposent de nous accompagner rue de la Sentinelle. Arrivé dans la rue je leur demande s’ils connaissent Madame Baptiste. Le plus jeune ouvre des yeux comme des soucoupes, ces deux inconnus cherchent sa mère, car un des gamins est le fils de Chantal Baptiste.
- Serais-tu d’accord pour nous emmener vers ta maman
- Elle vous connaît
- Oui un peu mais je veux lui présenter mon copain
- Alors suivez-moi
Nous déambulons par une rue puis deux, je me demande si le gamin ne nous roule pas dans la farine, pourtant nous sommes toujours à la Sentinelle c’est noté sur une porte.
- C’est là Monsieur
Il entre en criant :
- Maman Monsieur Stan est arrivé avec son copain
Sacré gamin il savait qui nous étions. Nous entrons, le sol n’est pas en terre battue comme nous le redoutions mais carrelée de tomettes rouges. Autour d’une table il y a quatre femmes. Et près de l’âtre éteint il y a une vieille femme. Sûrement la mère. Chantal nous dit d’aller saluer Madame Baptiste la mère de son époux décédé dans un coup de grisou il y aura bientôt 7 ans. Elle voit que nous regardons vers son fils et nous dit :
- Dans la nuit qui a suivi j’ai accouché de mon petit Paul. Il n’a jamais connu son père.
- Je suis désolé et je ne voulais pas ressasser des mauvais souvenirs.
- De toutes façons un drame serait arrivé tôt ou tard lorsque mon époux aurait vu le petit.
Je n’en demande pas mieux mais j’ai très bien compris l’allusion. Ce sale type doit avoir des bâtards dans tous les Corons. Comme nous l’a demandé notre hôtesse nous saluons sa mère. Elle ne peut pas avoir plus de 50 ans. Pourtant elle fait très vieille. La perte de son fils y est sûrement pour quelque chose. Je laisse Charles et donne à notre hôtesse divers cadeaux que nous avons eu l’idée de lui apporter. De la bière très prisée, du café sûrement trop cher pour cette femme, quelques gaufres achetées dans une échoppe sur Béthune. Elle me remercie. Lorsque Charles revient de vers Madame Baptiste mère il me semble encore plus perturbé. Je les ai vu échanger. Je suis perplexe, la femme avait l’air de le connaître.
À suivre…
