Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Jules et Cécile dévorent, à croire qu’ils n’ont pas mangé depuis des semaines. A chaque bruit, Cécile sursaute comme si l’assassin allait s’introduire chez nous en plein jour. Je n’ose songer à la nuit, la connaissant elle va trembler comme une petite feuille exposée au vent.

Cela fait déjà une heure que nous attendons Nicolas, Père ne l’a toujours pas libéré, c’est pourtant Père qui dit toujours que ne l’on doit pas retenir les gens à la limite du raisonnable. Et bien là il oublie ses grands principes.

Enfin la porte s’ouvre, voilà Nicolas, il souffle pourtant monter les escaliers quatre à quatre il en a l’habitude. Je le regarde interrogative mais c’est Jules qui lui demande combien de verres il a bu.

  • – Oh ! Mais Père exagère tu n’as pas su lui dire non m’écriais- je
  • Es-tu fâché mon amour, j’ai surtout chaud, la chaleur et l’Armagnac ne vont pas ensemble. Mais t’inquiètes j’ai jeté le dernier dans la plante qui se trouve vers la fenêtre.
  • – Pauvre plante s’écrie goguenard Jules
  • – C’est celle où Charles jette tous ses Armagnacs ajoute Cécile et figurez-vous que tout le monde s’extasie sur sa beauté. Même le jardinier l’a encore dit à ta mère adoptive l’autre jour.
  • – Oui c’est vrai mais ne nous faites pas languir ou est cet assassin ?

Nicolas et moi n’en croyons ni.nos yeux ni nos oreilles lorsque Cécile et Jules nous font le récit de leur rencontre au détour d’une rangée de vignes de notre demi-neveu. Bien que là il est dans toute son arrogance et splendeur de tueur.

  • Il vous a menacé avec son pistolet, mais il est fou. Comment a-t-il pu arriver si vite ?
  • – Il s’est bien gardé de nous le dire mais il a exigé de Cécile de lui trouver une cachette en attendant des jours meilleurs.
  • – Jules tu n’as pas protégé ma jumelle
  • – Voyons Claire je suis un gentleman , c’est bien pour ça que votre jumelle avait ss robe pleine de paille et était cramoisi, car je l’ai un tantinet bousculé, l’ai attrapé par la main et nous avons pris nos jambes à notre cou. Par contre en chemin Cécile a perdu sa chaussure qui n’était pas faite je l’avoue pour une course poursuite à travers la vigne.
  • – Ah mais c’est rocambolesque
  • – Comment peux-tu trouver ce moment terrifiant aussi amusant.
  • Pardonne-moi Cécile mais je t’imagine en train de courir, les cheveux au vent, perdant un de tes talons et tombant tel un fétu de paille dans les bras de Jules ton preux chevalier. Je comprend mieux que Père t’ai trouvé étrange. Mais où est cet escogriffe ?
  • Nous n’en savons rien, mais Nicolas viendras-tu avec moi cette nuit ?
  • Oh non !

Le cri qui nous échappe à Cécile et moi a fait accourir Père qui devait monter rejoindre Mère dans leur appartement. Il rentre brutalement dans notre chambre suivi de Mère encore plus affolée. C’est Père qui nous demande pourquoi nous avons eu un cri d’effroi. Je n’ose lui dire mais Nicolas me devance.

  • Jules et Cécile ont croisés sur votre propriété celui qui pas plus tard qu’hier était encore le frère ainé de Cécile.
  • Il est chez nous ce fourbe, cet assassin, ce dingue, ce violeur. Je vais immédiatement téléphoner à la gendarmerie afin qu’il mette tout en oeuvre pour le cueuillir et l’envoyer en prison. J’aimerais bien savoir comment sa mère a été convaincue de le laisser s’échapper.
  • Ma mère était sous la coupe de cet individu…

Pauvre Cécile elle n’ose plus prononcer le mot frère, même si ce dernier en a jamais été un. Il l’a martyrisait chaque fois que sa mère avait le dos tourné. Un jour il lui a même brûlé le bras avec une cigarette. Une autre fois elle ne doit son salut qu’à sa femme de chambre. Il pesait de tout son poids sur elle et voulait la marquer au fer rouge comme il disait avec le fer à repasser. Ce ne peut pas être un frère ce type. Jamais Charles ne m’a fait du mal. Au contraire j’étais tout ce qui lui restait de Maman aussi était-il toujours mon protecteur. Mais lui c’est un vaurien de la pire espèce.

Père n’a pas attendu d’explications supplémentaires, il s’est rué dans le vestibule s’est saisi du téléphone puis a appelé le Majordome afin qu’il appelle la gendarmerie de Belleville et qu’elle se ramène a-t-il hurlé sans tambour ni trompette. Pas besoin d’avertir ce fou de la présence de la maréchaussée.

Puis Mère et Père ont tourné les talons sans se soucier de la présence des garçons dans notre chambre. Tant que ce malade n’était pas sous les verrous il n’était pas possible de se balader maintenant, main dans la main dans la nature. Mais il n’était pas question que Cécile dorme cette nuit ailleurs que dans la chambre, alors que Nicolas n’espérait qu’une chose c’est d’être avec moi. Comme c’était compliqué.

Mais personne n’allait bien dormir cette nuit là. Tout cela à cause de ce sale type. Il allait en faire voir des vertes et des pas mûres à l’escouade de gendarmerie venue pour l’arrêter.

Nous nous organisons pour la nuit, nous récupérons au grenier deux matelas afin que Jules et Nicolas puissent dormir tout près de nous. Mais il n’est pas question que je dorme dans mon lit, c’est moi qui vais dormir sur le matelas posé sur le sol. Pour Père ces deux matelas seront le sésame de ma vertue. Je ne dois en aucun cas me montrer dans les bras de Nicolas, il en ferait un drame. Il est très collet monté et les bonnes manières dans son milieu sont très importantes et respectables. J’avoue qu’être dans les bras de mon chéri me manque énormément. Mais Cécile est partie faire une balade avec Jules, j’ai peur qu’elle se soit jeté sur Jules tant elle a envie d’être désirée. Jules je ne le connais pas tant que ça. Est-il autant prévenant que Nicolas, bien que Nicolas n’arrive pas toujours à mettre un frein à ses élans.

La nuit est encore chaude lorsque soudain nous entendons le bruit caractéristique d’une arme, enfin c’est ce que dit Jules car je n’ai jamais entendu le bruit d’un pistolet, par contre il m’est arrivé d’aller à la chasse avec Père et Charles , mais ce bruit est plus étouffé. Que ce passe-t-il ? Qui vient de tirer ?

Nicolas m’éloigne de la porte-fenêtre et la ferme, bien lui en a pris car une balle s’écrase sur le montant. Nous nous éloignons rapidement de la baie vitrée. Jules pousse Cécile dans notre salle de bain et moi je me jette au sol sous la poussée de Nicolas. Puis il se lève et met un des matelas debout devant la porte-fenêtre. Je l’aide à le faire tenir avec deux fauteuils et nous sortons dans les escaliers. 

Nous entendons distinctement les tirs échangés entre la gendarmerie et ce fou, puis un grand silence et un cri ou plutôt un brouhaha et le Capitaine appelle Père :

  • Monsieur De la Roche Vineuse appelé votre médecin nous avons deux blessés à moins que votre fille puisse venir soulager mes hommes.
  • Ma fille est absente, elle est restée dans le Nord avec son époux. Ma fille Claire peut faire un bandage de fortune en attendant notre médecin.
  • Et me voilà promulguée infirmière. Le premier est un jeune homme pas plus vieux que mon amour, il est blanc comme un linge, mais la blessure ne semble pas profonde, je la désinfecte, puis Nicolas regarde s’il y a du dégât mais la balle ne lui a qu’effleurer le bras. Il a sûrement eu plus de peur que de mal. Par contre pour l’adjoint du Capitaine là c’est différent, mon brevet de secouriste ne suffira pas. Nicolas récupère une ceinture que Père lui tend et il lui fait un garot au dessus de la cuisse car il saigne abondamment. Il ne nous reste plus qu’à attendre. Les tirs se sont tu. Ou est ce bandit de grand chemin qui par son nom nous est parent. Quelle honte ! 

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Nous sommes à table et par deux fois notre Majordome est venu se renseigner pour savoir s’il pouvait servir. D’un signe discret j’ai fait non de la tête. Il est reparti sans poser de questions, mais je vois Père qui s’agace, il joue avec le rond de sa serviette sous les yeux excédés de Mère, il tapote une mélodie inconnue sur la table, soupire, marche de long en large. S’assoit, puis n’y tenant plus il demande à Rose d’apporter l’entrée.

C’est a ce moment-là que surgit Cécile, rouge de la tête aux pieds, que ce soit sa robe ou son visage elle est cramoisie. Elle bredouille je ne sais quoi et finit par s’asseoir ce qui fait bondir Père. Il lui assène des mots si violents que ma sœur jumelle se met à sangloter. Puis elle se lève et sans un mot disparaît. Père va pour se lever mais Annabelle et moi lui demandons de ne pas poursuivre Cécile car il risque de la contrarié davantage.

  • – Mesdames taisez-vous, je suis encore chez moi et lorsque je dis on dîne à 20 h tout le monde se doit d’être là. Quant à votre ami mon cher futur beau-fils il mangera avec qui il voudra, à la cuisine si le cœur lui en dit, ici ce est pas un moulin. Et si je veux voir Cécile entre quatre yeux je n’ai nullement besoin que mes filles me fassent la leçon. Tenez vos places.

Un silence suit les paroles de Père, plus aucun d’ entre-nous n’ osons parler. Père est furieux et Jules n’est toujours pas de retour. Étaient-ils ensemble, rien n’est moins sûr. Nous ont-ils joué la comédie, j’y croirais d’avantage. Cécile me le dira dans l’intimité de notre chambre. Pour l’instant je mange les crudités de notre potager sans grand enthousiasme. Mon amour me tape du pied, que me veut-il ? Je suis son regard et voit dans les vignes son ami assis qui fume. Il est perdu dans ses pensées, pourquoi n’est-il pas à table ? Que s’est-il passé entre ces deux-là ?

Le repas continue sans que Cécile ou Jules ne nous rejoignent. Comme d’habitude la tarte au citron meringuée était un délice. Père et Nicolas vont dans la bibliothèque boire un digestif, Annabelle téléphone à Charles, cela risque de durer des heures, moi je reste avec Mère le temps que mon fiancé revienne. J’espère que cela ne va pas durer plus que d’habitude.

C’est à ce moment que mère me saisit le bras, je lève les yeux de mon livre et l’interroge du regard. Elle met un doigt sur la bouche et me pousse dans l’entrée et de là sur le perron.

  • – Claire, tu vas profiter que ton fiancé est avec ton père adoptif pour aller voir Cécile, elle me fuit mais à toi elle va te répondre. J’ai peur qu’elle et Jules soient allés un peu loin. C’était leur première rencontre j’ose espérer qu’elle ne s’est pas déjà donné à lui.
  • – Voyons Mère n’allez pas croire pareilles choses, Cécile a été bien élevé jamais elle ne se jetterait au cou d’un homme qu’elle ne connait pas.
  • Annabelle l’a bien fait, et toi je le pense aussi je ne suis pas naïve ma petite Claire.

Je baisse les yeux je sais a quels jours elle fait allusion, mais je dis oui ni non. Je préfère tourner les talons et monter à l’étage pour voir de quoi il retourne.

  • – Toc toc
  • – Qui est là murmure une toute petite voix
  • – Cecile laisse moi entrer c’est Claire

La porte s’entrouvre et oh surprise dans la chambre il y a Jules, je suis décontenancé e. Les draps de son lit sont froissé comme si… Comme s’ils avaient fait l’amour. Je leur jette un regard et tous les deux éclatent de rire.

  • – Ce n’est pas très gentil de vous payer ma tête.
  • – C’est bien de ta faute tu étais certaine comme tous tout-à-l’heure que j’avais consommé.
  • – Oui et alors ? As-tu vu ta tête rouge ?
  • – J’ai pris un coup de soleil
  • – Ta robe toute plissée
  • – Nous avons roulé dans la paille
  • – Oh vous avez réponse à tout
  • – Tu ne poses pas les bonnes questions
  • – Ah bon !
  • – Allez tu en meurs d’envie
  • – Pourquoi Jules n’est pas venu manger et pourquoi toi tu as joué la comédie
  • – Ah et bien voilà, tu poses les bonnes questions.
  • – Oui alors ?
  • – Nous avons vu l’assassin
  • – Quel assassin ?
  • – Tu le fais exprès
  • – Non, mais de quel… Oh mon Dieu il est là. Il nous a suivit. Mais que nous veut-il ?
  • – Jules a une théorie mais il voulait l’exposer quand Nicolas et toi nous nous serions retrouvés.
  • Et bien attendons-le. Mais je vais dire à mère que je suis avec toi. Elle vous fera monter un plateau repas.
  • – Oh oui – nous mourrons de faim.

A suivre..

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Assassinée ce sont ces mots qui résonnaient dans ma tête toute la journée de ce jeudi. Mais quelle folie avait atteint le cerveau de « l’enfant roi » ainsi surnommé par le grand-père le Maître tout puissant des Mines de Béthune et du Nord en général. Adulé par son père qui était en train de mourir, choyé par Cécile qui se croyait investi d’un rôle qu’on lui avait poussé à prendre. Câliné par sa mère qui était fier d’avoir pu enfin donner un héritier à la couronne de la famille de Bougainvilliers. Puis elle le savait ce serait le seul, la fortune lui reviendrait. C’est ainsi que Cécile entrevoyait la lecture du testament mais les prochains jours allaient lui donner tort.

Vendredi nous sommes allées toutes les deux faire des emplettes en ville. On a rencontré Madame de Machin chose comme la surnommait Annabelle. Elle est tombée sous le charme de Cécile enfin nous ne l’avons point contrarié car elle s’adressait à moi. Comme quoi nous étions des copies conformes et si un doute subsistait dans la tête du vieux c’était impossible. C’était bien elle que le mari de notre mère avait laissé et de Bougainvilliers l’avait arraché des bras de cette femme qui soit -disant il avait aimé à la folie. Je ne veux pas revenir sur le passé, il va y avoir un procès, la date est fixée, l’an prochain en mars 1961 tout sera règlé.

J’espère que le nombre de femmes violées ne va pas augmenter à la vitesse où lors de notre séjour nous en avons déjà comptabilisé trois pour le neveu mais trente pour notre vieux. Et sûrement beaucoup qui se cachait et qui craignait d’un époux qui ne comprendrait pas.

Un des maris d’une femme d’une quarantaine d’années, était allé déposer sa fille à l’orphelinat et il avait battu sa femme et mis à la porte quand il avait su que sa Gertrude était allé déposer plainte pour viol commis sur sa femme un an plus tot. Triple peine pour cette femme. Charles avait réussi à récupérer l’enfant et avait proposé à la mère de s’installer chez eux, afin d’être la lingère de sa femme. J’avais vu cette personne se jeter aux pieds de notre frère et lui les embrasser. Au moment j’avais trouvé ce geste excessif mais avec du recul je le comprenais. Elle était sauvé des griffes de l’autre. Quant à son époux, Charles l’avait signalé à la gendarmerie. Le gars était en prison, il serait juger pour abandon de famille. On devrait plutôt le punir pour avoir battu sa femme. Se faire violer n’est pas de la faute de la victime mais pour certains d’entre eux c’est que leurs femmes l’ont cherché. Comme c’est triste.

En rentrant le soir nous sommes fatiguées, les talons hauts par cette chaleur c’est une horreur. Puis circuler jambes nues c’est honteux. Donc nous étions réduites à porter nos bas avec nos porte-jarretelles. Si j’avais pu me mettre jambes nues j’aurais pris des ballerines plates. J’aurais pu sauter danser mais non il faut tenir son rang dans la haute Société du Mâconnais. C’est lassant. J’espère que Stéphane ne m’imposera pas des tenues vestimentaires digne de nos grands-parents.

Ce soir j’apprends par un télégramme que Stéphane et son ami vont arriver dans les heures qui suivent. Je saute de joie ce qui fait rire Cécile. Et surtout nous allons jouer avec mon chéri. Pour le dîner je passe la même tenue que Cécile, même chaussure, un collier acheté cet après-midi dans un monoprix avec un bracelet complète notre tenue estivale.

Sur la tête Annabelle a réussi à nous faire un chignon, les cheveux de Cécile ont eu plus de mal à tenir car ils sont plus courts que les miens. Allongée dans des transats avec sur le nez une paire de lunettes car seule la couleur de nos yeux nous trahirait.

Ceux de Cécile était bleu mais comme disait père il y a une pointe d’améthyste . Oui quand Cécile était en colère ses yeux viraient au « presque violet ». Quant au mien c’était un savant mélange de bleu et de vert avec pour ne pas faire de jaloux père disait. Claire a les yeux couleur émeraude. Ces demoiselles ont des joyaux à la place des yeux.

Nous entendons au loin la voiture de Stéphane, on dirait plutôt un char d’assaut qu’une voiture. Elle fait un bruit bizarre sa jolie traction achetée après la guerre par son père à un ami FFI. Maintenant elle est plus voiture de collection, c’est sûrement la raison de ce bruit. Derrière la traction il y a une Panhard bleu, voilà pourquoi on entendait ce bruit. Ces messieurs ont de l’argent a dépensé a émis notre Père. Mais cela se comprenait son ami venait de Marseille et il ne pouvait pas laisser sa voiture dans la cour de la préfecture.

  • – Mon amour où te caches-tu hurle mon fiancé.
  • Dans un accord parfait nous crions:
  • – Je suis là.

Et là j’entends Jules dire :

  • – Chic, moi aussi j’en ai une.
  • – Touche pas à mon amour
  • – Mais la reconnais-tu lui dit Jules
  • – Bien entendu que je ne risque pas de me tromper, la voilà ma douce Claire.

Et boum , Stéphane se dirige vers Cécile. Vite arrêtons le danger surtout que je vois père s’avancer vers nous. Je dis d’une petite voix toute triste tu te trompes c’est moi Claire celle que tu as dans tes bras est Cécile ma soeur.

Cecile qui était dans les bras de Stéphane se retrouve projeté au sol. Heureusement que Jules a le temps de la rattraper, nous avons évité un drame. Lorsque père arrive à notre hauteur il nous sermonne en nous disant :

  • – Arrêtez vos enfantillages cela suffit.
  • Oui Père nous n’en menions pas large.

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Enfin nous voilà dans nos terres comme le dit si bien Annabelle, la vie devrait reprendre son cours normal. Loin des turpitudes imposées par cette famille de dingue dont Cécile et moi en sont les dignes représentantes. Il faudra vivre avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes.

Comme dit Cécile en y regardant de près à part notre demi-frère qui lui a servi de père en toute bonne foi, Charles et le jumeau d’Artémis, nous ne voyons personne qui soit digne de nous. Pourtant on peut avoir quelques défauts, mais tous les garçons issus de cette branche sont plus que fous. Comme je l’ai dit à Chantal veille bien sur ton petit gars et ne lui dit jamais qui est son père. Où si tu lui dis,attend qu’il soit plus grand.

Enfin voici la demeure de père, nous avons déjà un télégramme. Il est de Charles. Il a fait vite. Que dit-il à Père ? Allons-nous être informé ?

A ma chère femme, à vous père et mère et mes petites sœurs chéries,

J’ai une très mauvaise nouvelle à vous apprendre. Madame De Bougainvilliers a été assassinée. Tout porte à croire que c’est son rejeton qui a commis ce meurtre. Quant à lui il est introuvable.

Bien entendu que le télégramme n’était pas rédigé aussi simple. Là c’est Père qui nous en a dit l’essentiel. Pour le reste il n’est pas rentré dans les détails. Les télégrammes c’est bien mais tous ses mots qui ne servent pas à la cohérence du texte m’ont toujours agacé. A la place des points il est écrit STOP. Bref Charles en avait tellement écrit qu’il avait truffé son texte de stop comme nous l’a dit Annabelle.

Nous en avons ri dans la maison de Grand-père alors que le corps de la mère adoptive de Cécile n’est pas encore froid, ce matin en me levant j’en ai un peu honte

J’espère que ma soeurette ne m’en voudra pas. Elle était chamboulé. Avec du recul j’ai peur de sa réaction. Mais faut dire qu’Annabelle imitant Charles qu’elle a toujours adoré n’a pas son pareille pour faire le clown. Et ces deux-là ont toujours été complices. Maintenant qu’ils sont marié c’est encore plus la symbiose.

Père renvoie Annabelle plus tôt que prévu à Béthune et le pire il veut que Cécile accomplisse son devoir et soit présente aux obsèques de sa mère adoptive. Elle a eu beau supplier, crier, gémir , Père est resté inflexible. Jusqu’à ce que l’on débarque dans sa vie elle chérissait la seule mère qui l’a élevé. Elle n’en a ni à rougir ni à la haïr. C’est par ses mots que Père l’a fait fléchir.

Cecile va partir en train et attendra l’ouverture du testament car il y aura forcément un testament et comme son demi-neveu est dans la nature et que sur les papiers il est écrit qu’elle est l’enfant légitime tout comme lui il faut qu’elle soit présente. Ne serait-ce que pour ceux qui aimaient son père qui n’était autre que son demi-frère. ? Le pauvre homme doit se retourner dans sa tombe comme a dit Mère ce matin. Et par ce fait Cécile s’est mise à sangloter à l’évocation de son papa qu’elle chérissait énormément.

Charles que j’ai eu au téléphone et fort content qu’Annabelle ne soit pas seule. Mais cela peut attendre à la fin de la semaine car l’oncle veut une autopsie. Certes elle a bien reçu une décharge de chevrotine, mais le premier médecin dit que cela ne pouvait pas la tuer. D’où cette autopsie, ce qui du reste était aussi l’avis de notre frère. Il a même fait un article sur le journal enjoignant notre neveu à se présenter au commissariat car lui disait-il tu aimais ta mère et je ne te vois pas la tuer. Pourtant au téléphone il m’a soutenu le contraire. Il a un langage de journaliste m’a dit Père.

Moi sa soeur j’en suis perturbée, mon frère n’a jamais eu double langage. Annabelle ne s’en émeut pas. Elle trouve ça normal. Il faut que le loup revienne à la bergerie. J’ose espérer que s’il se rend il ira directement en prison, car le savoir roder autour de ma famille me rend malade.

Père a convenu qu’effectivement cela ne servait à rien de précipiter les choses. Du coup Cécile était heureuse j’allais pouvoir lui présenter mon amour et elle rencontrerait son meilleur ami.

Comme j’avais hâte que mon fiancé revienne, enfin fiancé sans cérémonie mais ça n’allait pas tarder. Il fallait juste que tout ce bazar s’arrête. Mais là notre vie si calme basculait de jour en jour. A quand tout ce cirque allait disparaître ? Nous étions une drôle de famille et comme le disait à mère une de ses amies. :

  • – Très chère mais comment fait votre époux pour vivre aux côtés de cette famille tuyau de poêle ?

A suivre

Je dédie ce morceau à Zaza pour son titre qui est même repris par mes personnages 🤣🤣

A bientôt

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Il est à peine sept heures lorsque Chantal vient taper délicatement à notre porte, elle n’attend pas notre permission pour entrer.

Elle ouvre les persiennes, le soleil entre à flot dans la pièce. Ouf il fait beau. Elle hésite avant de me demander :

  • – Comme il m’est difficile dans vos belles chemises de nuit de savoir qui de vous est Claire …
  • – Où Cécile ajoute ma jumelle
  • – Effectivement , vous êtes ?
  • – Devinez lui dit-on d’une même voix.
  • – Vous êtes insupportables, je vais ne pas vous nommer juste vous faire part de ce que Monsieur de la Roche Vineuse m’a dit.
  • – Ah que vous a dit Père
  • – Claire, vous venez de vous trahir il.y a que vous qui appelez Monsieur : « Père ».
  • – En effet cette fois vous avez gagné. Alors dites nous tout.
  • – Il faut que vous rassemblez rapidement vos affaires , vous partez à huit heure précises. Il a même ajouté, habillées ou non elles partent.
  • – Et bien sortez chère Chantal, nous allons rapidement nous habiller, tout est prêt, puisque nous avons déjà mis nos bagages dans les voitures dès hier au soir. Par contre est-ce que la mère adoptive de Cécile nous accompagne ?
  • – Votre père ne m’en a rien dit. Certes il ne me considère pas comme la bonne à tout faire comme le vieux, mais il ne me fait pas ses confidences.
  • – Ce n’est pas grave nous le saurons bien assez tôt.

Tout en m’habillant je me demande si Cécile est heureuse, soit elle sera contrarié que Père lui impose sa mère, enfin celle qui s’est faites passer pour elle, soit elle sera soulagé qu’elle vienne et tout son contraire aussi. Elle a la tête que j’ai lorsque je suis dans mes pensées sombres. Voir son visage est parfois déconcertant. Car j’ai l’impression d’être moi et aussi Cécile. N’ayant jamais vécu ensemble, sauf lors de la gestation, et bien que nous soyons en symbiose totale, je me sens mal à l’aise en la regardant. Elle est beaucoup plus révoltée que moi par cette situation.

Est-elle heureuse ? J’espère que dans notre propriété elle retrouvera son beau sourire et rencontrera tout comme moi son âme sœur.

Je suis tirée de mes pensées par la cloche qui n’a jamais sonné depuis notre arrivée. C’est ainsi que Monsieur de Bougainvilliers la faisait retentir tous les matins pour que son personnel sache qu’il était temps de se lever. Mais il n’était pas sept heures en ces temps-là mais cinq heures du matin comme nous l’avait bien raconté Paul.

Et bien qui est impatient me demande Cécile. Du temps de mon Grand, enfin tu sais cela signifiait que qui que ce soit pouvait se faire insulter de sotises ou frapper par lui.

Le vieux n’y allait pas de mains mortes il frappait sur la figure quiconque lui résistait. Hommes, femmes et enfants tous y passaient. Chantal une fois qu’elle était venue avec son fils né de son viol avec le vieux avait elle , reçu cinq coups de balais sur le dos car son fils avait volé en cuisine de belles fraises qui trainaient dans une soucoupe, quant au petit il l’avait fouetté devant tout le personnel en le traitant de « bâtard ». C’était arrivé alors que son fils n’avait même pas six ans. Depuis cette date elle n’avait jamais emmené le gamin au château comme tout le monde disait. De toutes façons même si à ce moment il avait été certains que les doutes du vieux étaient vérité, il aurait traité l’enfant de bâtard. À ses yeux les garçons c’étaient des rejets de la Société, les filles du potentiel bétail, pour assouvir ses envies et habitudes malsaines.

Nous voici dans la grande salle nous prenons en compagnie de mes parents adoptifs notre dernier déjeuner. Charles est là mais nous ne voyons pas Annabelle donc je suppose qu’elle va rester et nous allons nous coltiner Madame de Bougainvilliers. Quelle déception ! Pourquoi part-elle avec nous ? 

Ah voici Annabelle, pour la circonstance elle a mis un pantalon ce que Père déteste en temps habituel, mais pour faire de la route il le conçoit. Par contre en cours de route elle sera obligée d’enfiler une robe sinon elle sera contrainte de rester dans la voiture. En mille neuf cent soixante peu de femmes osaient transgresser l’ordre établi. Aux hommes les pantalons ou les shorts l’été. Les femmes n’étaient pas des hommes elles devaient rester en robes ou en jupes. Et chez ceux de la haute comme disait mon chéri c’était pire.

  • – Mesdemoiselles ce n’est pas le moment de rêver, nous avons plus de neuf cent kilomètres à parcourir. Deux jours nous serons nécessaires si nous pouvons partir avant huit heures trente je vous en serais fort reconnaissant.
  • – Est-ce que Madame de Bougainvilliers vient.
  • – Non

Je ne pose aucune autre question, Annabelle est verte , je me demande ce qu’elle a, j’en saurais d’avantage une fois en voiture. En effet il est à peine huit heure vingt lorsque nos deux voitures s’éloignent. Charles a longuement serré dans ses bras sa femme, puis il lui a remis sa valise d’infirmière et nous sommes partis.

Nous avions à peine fait trois cent mètres qu’Annabelle s’est arrêtée et est allée vomir. Ah voilà que ses vomissements la reprenait. Pourtant depuis son cinquième mois elle nous disait être bien mieux. Et bien nous allions faire un drôle de voyage.

Après à peine une heure de route nous voici arrêté par la police. Père va se garer et Annabelle en fait tout autant.

  • – Que ce passe-t-il ? Demande Père
  • – Êtes-vous accompagné par Madame de Bougainvilliers ?
  • – Non, nous aurions dû
  • – Pas du tout qu’allez-vous chercher ?
  • – Alors pourquoi êtes-vous à sa recherche
  • – Nous avons reçu l’ordre de rechercher une Bentley grise et une Peugeot dont la couleur n’était pas définie. Dans l’autre voiture qui s’y trouve ?
  • – Nos filles
  • – Et vous ignorez où est Madame André de Bougainvilliers.
  • – Non nous le savons
  • – Elle se trouve à Béthune dans la propriété des de Bougainvilliers.
  • – Helas nos confrères les gendarmes ont voulu l’arrêter cet elle a disparu.

Plus tard , Père va se demander si elle n’était pas partie pendant la nuit. Car au petit déjeuner elle brillait par son absence.

A la pause déjeuner, Annabelle en a profité pour se rendre à une cabine téléphonique, hélas deux de ses pièces sont avalé. Père lui conseille de se rendre au PTT afin de lui téléphoner pendant le temps du repas pour être sûr qu’elle le trouvera.

Quand elle revient elle nous explique les derniers événements . Dès notre départ les gendarmes s’étaient présentés chez les Bougainvilliers pour arrêter Madame, cette dernière n’était pas dans sa chambre. Charles avait demandé aux pandores la raison de cette arrestation, car leur a-t-il dit cette femme au même titre que tant d’autres est une victime. Mais eux ne l’entendaient pas de cette manière. Elle avait aidé son fils à s’échapper de prison, personne ignorait si elle n’était pas sous l’emprise de son fils. Aussi le juge avait demandé son arrestation. Le brigadier chef avait demandé où nous étions et c’est ainsi que nous avions dû nous justifier, comme des voyous avaient ajouter Père.

C’est la première et dernière fois que je mets les pieds dans cette ville si triste. Ce qui avait fait rire Cécile. Mais devant le regard noir de Père celle s’était abstenue de surenchérir.

Le soir nous sommes arrivés sur Saumur, nous avons bien roulé. Nous nous arrêtons chez des amis de Père qui sont ravis de revoir Annabelle. Cécile et moi à priori nous ne les intéressons pas. Qu’importe on n’est pas vraiment de la famille de Père.

La nuit est belle nous sommes non loin du château c’est fort beau. L’ami de Père fait lui aussi du vin. Il a de belles vignes que nous visitons le lendemain avant de partir. Dans les rochers nous admirons quelques maisons troglodytes qui sont habité.

Vets les dix heures nous partons, mais Père s’arrête dans la ville pour connaître les derniers événements. Charles ne sait rien.

Alors nous repartons pour notre coin de Paradis non loin de Moulin-à-vent. J’ai de plus en plus hâte d’arriver. Heureusement la route est plus calme, Annabelle est toujours taciturne mais au moins elle ne vomit plus. Apparemment celle s’était disputée avec Charles. Et elle était contrariée.

A suivre….