Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Charles se prépare à rencontrer à la prison notre vieux comme il l’appelle désormais. Il s’est rendu accompagné de son frère, notre oncle , dans les bureaux de la mine, mais hélas, la secrétaire ne leur a pas été d’un grand secours, la porte était fermée à clefs et, personne n’en avait un double. L’oncle s’étant opposé à ce que Charles l’ouvre d’un coup d’épaule comme il s’apprêtait à le faire, il avait bien fallu aller voir notre géniteur

Nous ! Sûrement pas mais notre frère a dû s’obliger à aller voir notre père de sang. Il a accepté de rencontrer Charles. Il voulait lui faire une accolade mais le frangin a reculé comme notre oncle nous l’a raconté. Puis un dialogue de sourd a commenté.

  • Que me vaut ta visite mon cher ?
  • Monsieur
  • Je ne vois pas de Monsieur, je suis ton père que tu sois d’accord ou non, mon sang coule dans tes veines
  • Monsieur mon père
  • Si tu penses que je vais répondre à tes questions en le prenant de haut crois moi tu vas être déçu. C’est donc si difficile de me dire Papa.
  • Mais Monsss, enfin père
  • Non … Papa dis-le bon sang de bois, ose me le dire, toi qui prends ma place à la mine. Donne moi du Monsieur encore une fois et la discussion sera close.

Un grand silence, Charles nous dira après qu’il s’est mis à trembler intérieurement, puis il s’est ressaisi et a finalement articulé contre son envie de le dire les mots que l’autre attendait

  • Papa je suis venu vous demander de me dire où vous avez mis les clefs de votre bureau, si vous voulez que je fasse tourner la mine il faut que j’ai accès à tout.
  • Alors ça t’a écorché la bouche que de me dire ce mot  » Papa » hein dis-moi un peu si tu saignes des gencives.
  • Non
  • Non qui
  • Non papa ça va
  • Bon tu trouveras mes clefs dans mon coffre
  • Votre coffre se trouve où
  • Dans ma chambre
  • Y-a-t-il une combinaison
  • Oui
  • Pouvez-vous me l’a donner

A cet instant notre géniteur s’est levé et il.lui a dit :

  • Puisque tu es ingénieur des Mines débrouille toi et fais marcher ton cerveau…

Charles s’est retrouvé seul sans avoir la clef du coffre. Et surtout sans rien savoir des affaires courantes. Ils sont rentrés bredouille. Charles était blème et en colère. Le vieux de Bougainvilliers l’avait pris pour un moins que rien. Il allait leur donner du fil à retordre. La poche du vieux recelait des découvertes insoupçonnées.

Tout d’abord dans la poche gauche en haut, il y avait une enveloppe avec une liasse de billets et pas des petites coupures mais des grosses de cinq cent francs. En tout une vingtaine de billets. On ne savait même pas à quoi était destiné cet argent. Ensuite il y avait la clef d’une porte de cadenas, puis la clef très spéciale du coffre. Tout ceci dans les deux poches de son pantalon. Et dans une poche intérieure il y avait une autre clef ce qui a fait dire à notre oncle que c’était celle de la Caisse D’Epargne vu que lui avait l’autre. Car il fallait deux clefs pour ouvrir ce coffre. Mais cela faisait plus de vingt ans qu’il n’avait pas été convié par le banquier a l’ouvrir.

Aussi avant de chercher la combinaison du coffre de la chambre , le jumeau de notre géniteur à pris rendez-vous avec la banque pour voir si le coffre ne pouvait pas par un extrême hasard contenir la combinaison du coffre. Ils avaient eu de la chance le banquier pouvait les recevoir en fin d’après-midi. Mais est-ce que Charles allait pouvoir accéder au coffre. Bien sûr qu’il avait la clef, mais le banquier accepterait-il de le laisser entrer dans la salle des coffres. On le saurait d’ici deux heures.

D’ici là nous avons flâner dans le jardin et surtout piqué une tête dans la piscine des « De Bougainvilliers ». Vers dix-sept heures, notre frère est parti en direction du Centre ville, accompagné de l’oncle et nous avons attendu leur retour.

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Charles s’est absenté longuement. A son retour un large sourire s’exprimait sur son visage. L’après-midi en compagnie du frère de notre géniteur s’était passé aussi agréable que studieuse. Ce vieux Monsieur était ravi de faire la connaissance de son neveu et demain de ses nièces. Même Annabelle, la pièce rapportée, comme elle disait était convié à le retrouver à l’Auberge du cheval blanc dans Béthune, restaurant fort réputé pour la région selon Chantal.

Ils s’étaient rendu dans deux puits de mine différent. Charles et Thibault de Bougainvilliers avaient aussi rencontré les porions . Charles en bombant le torse nous avait dit avoir cloué le bec à un des porions qui voyaient d’un sale oeil la main mise de Charles qui allait leur donner du fil à retordre.

un énième beboulement avait eu lieu mettant à mal un de leurs meilleurs filons. Aussi Charles qui avait d’une part discuté avec les frères de notre premier papa savait que les mines s’éboulaient souvent sans que rien ni personne n’y trouve a redire. Il avait donc suggéré à notre nouvel oncle et aux deux porions une méthode efficace déjà mis en place dans les mines de Pays de l’Est.

Dorénavant vous exécuterez mes ordres leur avait-il annoncé.

  • Dans la mine après avoir retiré le charbon vous le remplacerer par des cailloux pour éviter les éboulements et les affaissements du terrain.

Père est médusé d’entendre Charles expliquer la manière dont il voulait que dorénavant les Mines ne soient pas un lieu où les coups de grisou enlèvent des jeunes gens dans la force de l’âge. Cette année où il va prendre son poste il veut zéro coup de grisou. Il s’y engage personnellement.

Dès la prise de poste de l’après-midi un bruit se fait entendre dans les galeries à la pause les Maîtres porions annoncent les nouveautés mis en place par le jeune Monsieur de Bougainvilliers. Ils en sont abasourdis et n’en reviennent pas.. Il va révolutionner leur monde. Et il va même plus loin. Il veut une équipe spéciale qui travaillera une fois l’extraction du charbon effectué. Si ce n’est que la nuit il n’y aura qu’une équipe de nuit, elle effectuera le remblayage. L’extraction du charbon se fera le jour. Il invente pour ses mineurs la polyvalence. Lorsque le père de Chantal annonce ces mesures, ce sont une centaine de bérets qui sont jeté en l’air sous des Hourra pour le jeune Monsieur. Il est littéralement acclamé. Jamais le vieux ou son petit fils aurait eu l’intelligence de procéder ainsi ( veridique, ce procédé c’est l’organisation du travail selon Taylor).

Quand Chantal lui rapporte ce qu’il s’est passé à la mine en son absence, Charles décide immédiatement d’aller à la rencontre de l’équipe de notre oncle du côté de notre mère. Ni une ni deux le voilà partie, il n’averti pas notre oncle de Bougainvilliers. Après tout ce sont bien ces mesures qui ont été acclamé. Il ne se fait guère d’illusions et se doute qu’à la moindre erreur sa notoriété sera mis à mal. Mais pour l’instant tout se passe bien.

Le reste de la journée s’était passé à se balader dans le jardin magnifique qui abritait depuis des générations la famille de Bougainvilliers. Le soir nous avions invités notre oncle pour le remercier de son déjeuner au Cheval Blanc. Il est arrivé fort élégant. Une veste qu’il tenait négligemment sur l’épaule car il y avait à 20 h encore plus de vingt-cinq degrés. En dessous une chemise blanche à manche longue, un pantalon noir et des chaussures vernies noires. Une cravate couleur moutarde. Père était très décontracté, certes il avait un pantalon et non un short comme Charles , avant qu’il s’sperçoive que nous ses soeurs avions revêtus de belles robes de soirée. Il ne se fit pas prier, il remonte les marches et revient avec un ensemble en toile beige et une jolie cravate vieux rose assorti à la robe de sa femme. Mère avait la migraine elle n’a pas assisté au repas.

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Charles était à peine arrivé que Père lui demandait où nous étions passé, il l’a rassuré en prétextant une balade en compagnie de sa cousine Chantal dans un parc. Bon gré mal gré il a fait contre mauvaise fortune bon cœur, surtout que l’oncle de Chantal , le majordome avait introduit le jumeau de notre géniteur. Ce dernier venait s’entretenir avec Charles sur sa nomination à la tête des Houillères de Béthune dont Anin faisait partie.

  • Dépêche-toi Charles un homme vient de se présenter il demande à te rencontrer.
  • Oui je l’ai rencontré en ville c’est le jumeau de notre géniteur.
  • Jumeau lui, mais il ne ressemble nullement à son frère.
  • Il nous a dit être son faux jumeau. Il.m’a laisse sa carte, il se nomme bien Pierre de Bougainvilliers.
  • Et bien va voir ce qu’il te veut, il est dans le bureau de son frère c’est là où le majordome l’a fait entrer.
  • J’y vais à plus tard

Lorsque nous sommes rentrées, nous avons croisés la traction noire de Monsieur de Bougainvilliers orne de fleurs blanches et filant à bout allure vers les terrils de Béthune. Charles par la fenêtre ouverte nous a salué.

  • Il va falloir l’attendre pour se rendre à Anin nous a dit Chantal
  • Mais il.a qu’à prendre la traction de papa
  • Pour nous rejoindre
  • Oui ça nous évitera de marcher au retour
  • Pauvre petite nature

Notre père nous taquinait, il semblait moins taciturne que ces jours passés.

  • Annabelle ne me raye pas la carrosserie comme à ton habitude, je te prête ma voiture.
  • Voyons papa je ne l’ai plus rayé depuis longtemps
  • Je préfère t’avertir si tu la raye tu payeras les réparations.
  • Oui

J’espère qu’Annabelle ne va pas nous taper contre un mur ou rentrer dans une voiture car la connaissant elle nous demandera de partager les réparations. Et il faudra toute la mansuétude de notre mère pour que père revienne sur sa décision.

Emmenés par Annabelle, Chantal nous a fait déposer Cécile et moi à Anin devant la maison de nos grands-parents maternels. Comme c’était non loin de chez Chantal, une fois que Charles nous aurait rejoint nous repartirons chez elle où nous attendait le reste de la famille.

Une bonne odeur de café et une douce chaleur nous étions chez nos grands-parents. Mémé Renée avait mis une robe noire ornée d’une dentelle blanche au col et au poignet, elle nous attendait assise dans son fauteuil tout près de la cheminée. Notre Grand-père Léon avait une moustache blanche ainsi que ses cheveux, des yeux verts presque transparent comme ceux de Charles, un pantalon noir et une chemise blanche à manches courtes. Sur sa tête une casquette, il fumait du gris dans sa pipe comme il.nous l’a dit, espérant que la fumée n’allait pas nous incommoder. Devant notre négation il a allumé sa cigarette qu’il avait patiemment roulé devant nous.

  • Ou est mon petit-fils Charles
  • Il est avec oncle Pierre
  • Ah il est revenu l’enfant maudit
  • Maudit ?
  • Oui, rejeté par les Bougainvilliers car pas conforme à leur rang
  • Qu’avait-il en dehors du fait qu’il soit un faux jumeau ?
  • Il a un pieds baut
  • Ah et c’était une tare pour nos grands-parents Bougainvilliers… Comme c’est triste.
  • Helas autrefois et ça ne date pas de si vieux les enfants malformés étaient abandonnés, votre oncle a eu de la chance que sa mère les aime tous les deux ses petits. Mais elle est morte alors que les gamins n’avaient que dix ans c’est ce que Pierre m’a raconté. Nous sommes conscrits tous les deux, on l’a place dans une ferme puis il.s’est sauvé et son père l’a envoyé à la mine. On avait tous les deux treize ans lorsque nous sommes descendus la première fois. J’ai su qui il était le jour où son père est venu à Anin suite à un coup de grisou. Le porion lui a dit la mauvaise graine ne meurt jamais. On venait juste de me remonter et je leur criais :  » Pierrot est mal en point mais il est vivant » le vieux s’est penché sur moi et m’a dit : Ne crie pas, c’est quel Pierrot ? Connais tu son nom de famille ? Il m’a dit un jour qu’il était personne. Alors c’est mon fils. Tous les mineurs ont sifflés et quand mon copain Pierrot est remonté j’ai su que c’était le fils du Seigneur des Houillères comme tous nous l’appelions.
  • Était-il blessé,?
  • Oui une plaie ouverte à la tête, mais lui comme moi nous étions les seuls survivants du coup de grisou. Mais Pierrot n’est pas revenu travailler, le porion nous a dit que le Seigneur avait eu honte.
  • Et est-ce que tu l’as revu ?
  • Jamais, si Charles peut lui demander de venir me voir … J’aimerais bien.
  • Tu le lui demanderas Grand-père , il va venir Charles.
  • Arrêté Léon de ressasser le passé je vous ai fait un gâteau vous allez m’en dire des nouvelles. Je suis heureuse de vous connaître mes petites filles car je vais mourir tranquille désormais. Je peux m’en aller.
  • Mémé tu as le temps, attends mon mariage
  • A quand la noce
  • L’an prochain
  • Tu es laquelle des jumelles ?
  • Claire
  • Et toi Cécile ?
  • Mou aussi je vais me marier le même jour que Claire.
  • Que font vos fiancés?
  • J’ai répondu à mon grand-père que mon fiancé était inspecteur de police en poste à Mâcon, quant à Cécile elle lui a dit je le cherche mais j’ai devant moi une année pour le trouver.

Grand-père a tellement rit qu’il s’en est étouffé et s’est fait gronder par Mémé Renée

A suivre …

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

Apres le petit déjeuner, nous les jeunes décidons que ce matin nous irons visiter Béthune afin de nous familiariser avec les lieux. Et surtout pour voir quel impact nous aurons sur les habitants. Et cet après-midi nous nous rendrons accompagnés de Chantal dans la famille de notre mère.

Apres la visite du Beffroi et de l’hôtel de ville, nous nous sommes dirigés vers une figure fort connue des Bethunois. Le « Charitable » ce qui nous a bien fait rire. Ce ne doit pas être notre géniteur Monsieur de Bougainvilliers car lui à part ses petites parties fines, nous ne le voyons point donner la moindre pièce. Ce qui allait nous surprendre ce fut l’accueil des gens du terril. Car les Puits de Mine s’étendait tout alentours, beaucoup plus qu’à Arcin. Du reste c’était là où se situait les bureaux de la mine où Charles irait travailler des mercredi prochain.

Mais revenons à la visite du Beffroi, il trône sur la Grand Place depuis 1386. Les maisons qui entourent la place sont de style Flamand et sont très bien conservé.L’autre se reconnaît facilement il est vêtu d’une longue cape noire, d’un bicorne et de gants blancs. Lui les représente mais il n’est pas rare de les croiser au détour d’un chemin. Désormais nous saurons qu’il est possible d’en voir en chair et en os.

L’église Saint Vaast avait été détruite lors des bombardements, elle a été reconstruite grâce à une généreuse donatrice. Elle est selon Chantal plus belle que celle d’avant. Les orgues et les vitraux sont majestueux.

Notre visite des monuments est terminée , l’oncle de Chantal nous a rejoint et a proposé à Charles de l’emmener boire une bière. C’est incontournable. Lui y est allé, nous, nous sommes rendues dans un des jardins de la ville. Assises sur un banc nous avons vu arriver un vieux Monsieur d’un âge respectable, ce n’était point l’homme de notre première visite, celui-ci il.nous faudrait le rechercher. Lui c’était différent, il était assis non loin de nous et nous observait. Puis il se décide à se lever et nous demande à brule-pourpoint si nous n’étions pas parenté avec le patron des houillères. Nous observons, incrédules dans un premier temps puis interrogative. Qui est ce bel homme et que nous veut-il ?

Il ôté son chapeau noir et en s’inclinant devant nous dit :

  • Je savais que ma nièce par alliance avait eu une fille mais j’ignorais que vous aviez une sosie.
  • Qui êtes vous ?
  • Le jumeau de Monsieur de Bougainvilliers
  • Je ne vous ai jamais vu chez nous réponds Cécile
  • C’est bien normal chère jeune demoiselle c’est le vieux qui m’empêchait de prendre contact avec vous.
  • Et, ma mère acceptait cette situation
  • Pauvre demoiselle vous ne savez pas tout, votre mère, ma nièce en l’occurrence était la chose du vieux.
  • La… La chose que voulez-vous dire ?
  • Tant qu’André votre père était à ses côtes, il préservait votre mère des assiduités du « vieux grigou ». Mais hélas il l’a vite remise dans son lit après sa disparition.
  • Oh !
  • Je m’excuse de vous faire de la peine mais ça va vous être difficile de l’accuser avec une mère qui…

Le frère de Monsieur de Bougainvilliers s’est tu n’osant dire la suite, puis il s’est tourné vers moi en me demandant qui j’étais. Puis devant ma réponse :  » je suis sa jumelle » , il est devenu tout blanc. S’est assis sur notre banc et a bredouillé :

  • C’était donc vrai ce que m’avait dit André sur son lit de mort, j’avais cru qu’il divaguait sous l’effet des médicaments. Que sa femme suite à un avortement après la naissance de votre frère ne pouvait plus avoir d’enfants. Il vous avait adopté.
  • Je sais tout ça Monsieur, je suis née en 1940 dans un tout petit village sur la route de l’exode. Si ma sœur a été adoptée quelques mois plus tard j’ai eu la chance ou la malchance d’être adopté quelques heures après ma naissance.
  • Il faut que je vous dise ce que Monsieur André m’a dit. Le patron des mines suivaient vos parents et se doutaient que votre maman attendait des jumeaux. Il lui avait fait promettre de n’en garder qu’un si deux naissaient. Et s’ils ont fuit comme tant d’autres sur les routes de France l’avancée des soldats allemands ce n’est pas pour leur échapper mais pour vous sauver toutes deux de la malédiction des Bougainvilliers.
  • Quelle malédiction ? Lui demande Cécile
  • Celle de supprimer sans le tuer le plus chétif et de le déposer dans un couffin chez les soeurs Saint Vincent de Paul.
  • C’est ce qui a été fait pou vous ?
  • Non car je ne suis pas sa copie conforme contrairement à vous deux. Je suis un faux jumeaux, je ne suis pas né dans la même poche. Mais j’ai été sommé des que j’ai eu vingt et un an de quitter la ville.
  • Et vous êtes revenu
  • Oui, dès que j’ai eu la voie libre. Je vais aider votre frère à s’intégrer dans ses fonctions.
  • Oh !

Puis il s’est incliné, nous a donné une carte de visite, à ajouter :  » A bientôt si vous le voulez. Et il est reparti.

Nous sommes revenu jusqu’au bar où je ne sais quoi où l’on entendait chanter dans une langue inconnue. C’est du ch’ti nous a dit Chantal qui nous attendait. Charles est reparti, il vous suggère de rentrer en ma compagnie.

Je crains lui dis-je qu’à son arrivée, Père lui dise que nous étions sous sa responsabilité et qu’il n’avait pas gardé son rang. C’était notre chaperon.

Chantal m’a regardé et a éclaté de rire.

A suivre…

Hum ! Une famille tuyau de poêle !

La mère adoptive de Cécile s’est permise de nous faire une scène avant de partir. Elle refusait de remonter sur Béthune. Il a fallu toute la fermeté de Père pour qu’elle accepte enfin de nous accompagner. Après lui dit-il si vous voulez vous éloigner de Cécile c’est votre droit le plus grand. Vu sous cet angle Madame de Bougainvilliers a consenti à faire ses bagages.

Père a eu une idée loufoque au moment du départ, il ne voulait prendre qu’une voiture. Mais c’était sans compter sur les bagages d’Annabelle, Cécile et moi-même. Finalement Mère a réussi à lui faire admettre que nous ne savions pas combien de temps nous restions dans le froid.

Il a haussé les épaules et confié sa belle traction noire à Charles qui n’était pas peu fier de la conduire. Père et Mère on hérité de la mère de Cécile, on ne l’a voulait pas avec nous. Du reste Charles a tranché en disant

  • Les jeunes restent ensemble
  • D’accord Charles mais nous prenons notre temps, ne conduit pas comme Fangio ( c’est d’époque)
  • Bien entendu je ne suis pas fou.

Annabelle a tout naturellement pris sa place auprès de son époux. Cécile et moi nous étions à l’arrière séparée par une valise qui n’avait pas trouvé de place dans le coffre.

Après deux cent kilomètres et vu l’heure tardive à laquelle nous étions parti, nous nous sommes arrêtés à Reims. Un bon repas et direction nos chambres. Bien entendu que nous, les jumelles dormons dans la même chambre. Père a été scandalisé en découvrant que toutes les chambres avaient qu’un lit pour deux personnes. Il a eu beau faire un esclandre, le réceptionniste n’a émis aucun mot. Il était plutôt largement agacé. Il lui a même indiqué un hôtel minable, qui aurait sûrement une chambre à deux lits pour les jolies demoiselles.

Nous sommes arrivés à calmer Père après que nous lui ayons promis que nous dormirons tête bêche. Mais il rêvait. Ce n’était pas grave que deux jumelles dorment dans le même lit. Surtout que nous n’avons même pas papoté. Nous avons sombré dans un sommeil qui aurait dû être réparateur mais qui m ‘entraînait dans des lieux mal famés de Béthune. Au petit matin au déjeuner je baillais à qui mieux mieux.

Père me regardait bizarrement, j’ai dû me justifier en racontant mon rêve. J’ai affolé nos deux mères adoptives que je puisse rêver à pareille ignominie. Finalement j’ai dormi pendant les deux cent kilomètres suivants. Cela m’a fait grand bien. Cécile m’a dit que j’étais fort agité au départ puis petit à petit mon sommeil s’est apaisé et j’ai dormi sans parler.

J’aurais pu dire des choses que j’avais fait avec Nicolas, qu’en aurait penser Charles. La sexualité chez nous c’est tabou. Ce que je sais je l’ai appris de mon chéri et aussi de filles délurées en troisième. Mais je me suis bien gardée d’en faire part à Père et Mère.

Nous déjeunons non loin d’un puit de Mines. Ce pays est triste à mourrir, noir moche. Pire il pleut, un bord d’orage nous a dit la serveuse. Elle nous a servi un repas de pauvres comme a dit Père. Une tranche de jambon avec une terrine de « je ne sais quoi » mais sûrement pas d’oies a ajouté Charles, le plat consistant était des frites accompagnés d’un morceau de viande indistinct. Il paraît que c’était du porc. Ensuite un fromage blanc et des fraises. Cécile et moi y avons mis de la chantilly. C’est drôle nous avons les mêmes goûts.

Le voyage s’est poursuivis une fois que Père eut terminé son cigare, car dans la voiture Madame de Bougainvilliers avait vomi en sentant les relents du cigare de Père. Ce qui avait fait dire à Annabelle :

  • chochotte ! Ta mère adoptive est une véritable bourge.
  • J’en sais rien lui a répondu Cécile, et vous dans quelle catégorie pensez-vous être ?
  • Nous ne sommes pas des bourgeois juste des Nobles.
  • Et c’est quoi la différence
  • Aucune mais on ne va pas en faire un fromage. Je maintiens ta mère fait sa précieuse.
  • Apres tout je m’en moque royalement a répondu Cécile.

L’incident fut clos mais Madame de Bougainvilliers jetait des airs furibonds à Annabelle qui riait sous cape. Quant à Cécile elle a eu droit à une phrase cinglante pour ses propos vulgaires. Elle a haussé les épaules et a dit entre haut et bas, je ne connais pas cette femme c’est une menteuse. Ce qui a eu le mérite de clouer le bec à sa mère adoptive.

Enfin nous arrivons fatigués mais la maison du Seigneur des lieux est toute illuminé. Si le vieux donne une réception c’est qu’il a été remis en liberté et ça risque de faire du grabuge. Mais nous nous apercevons bien vite que tous les domestiques attendent les enfants cachés de Monsieur de Bougainvilliers.

Ce ne serait pas si triste que ce serait comique. Mais nous n’avons nullement besoin de porter nos bagages, une nuée de petites mains se précipitent vers nous. Après avoir franchis les grilles du château comme l’appelle pompeusement Cécile, nous avons remonté une longue allée bordée de tilleuls, puis nous arrivons dans la cour du Seigneur de la mine, ici un double escalier conduit au hall d’entrée. Au sol des tomettes rouges qui brillent sous l’encaustique. Je plains ceux qui entretiennent le sol. Un Majordome s’incline devant Père et Mère, Madame de Bougainvilliers a disparu dans sa demeure qui n’est autre que la conciergerie du château.

Ou est le fils de Monsieur de Bougainvilliers :

  • Charles vous souvenez-vous de moi ?
  • Je ne suis pas venu souvent ici mais je me souviens d’un cheval à bascule
  • Oui, Monsieur vous l’avait acheté pour vos trois ans je m’en souviens bien. Mais vous veniez pas souvent jouer
  • Je pense que celui que j’appelais papa ne devait pas être très chaud pour que je vienne chez votre patron.

Avec ce trait de génie de Charles, le vieux Majordome n’a plus rien dit, nous l’avons vu sourire, il ne doit pas plus que nous le porter dans son coeur. Les femmes de chambre dès qu’elles ont su notre venue ont dû s’activer pour nous préparer nos chambres. La mienne est magnifique de belles fleurs roses ornent les murs. Sûrement un artiste qui l’a décoré. Tout est en rose aussi bien la courte-pointe que les chaises capitonnées de velours roses. Le lit est en bois rose, le chevet, la commode et l’armoire tout est rose. Ce qui a fait dire à Charles :

  • Tu vas dormir dans une boîte à bonbons

Cecile avait l’air d’être triste, je lui ai proposé de la prendre. Mais elle ne l’a pas voulu. Ce n’est que le lendemain que j’ai appris que c’était sa chambre d’enfants. Elle a eu la chambre jaune, père et mère la verte et Charles et Annabelle une belle chambre bleue nuit. Mais c’est la femme de chambre de Charles qui a fait l’effet d’une bombe. Le soir elle n’y était pas mais lorsqu’Annabelle s’est payée le luxe de sonner la femme de chambre, elle ignorait que Chantal était la cousine de Charles. Charles en entendant :

  • Bonjour Monsieur Charles

Le ton était moqueur et Charles qui dormait d’un oeil a répondu

  • Que fais-tu Chantal dans l’antre de l’ogre
  • Vous vous connaissez ? Demande Annabelle
  • Ma chérie je te présente Chantal ma cousine, je réitère ma question que fais-tu là ?
  • Dès que j’ai su par mon oncle qui n’est que le majordome qu’un enfant caché du vieux arrivait, je lui ai demandé s’il connaissait son nom de famille et de suite j’ai su que c’était de toi qu’il s’agissait. Je me suis présentée la première et j’ai demandé à m’occuper de toi et de ta femme.
  • Ah merci Chantal. Surtout que tu ne ‘e sais pas, nous ne sommes pas là que pour les vacances je suis nommé directeur des Houillères de Anin.
  • Oh mais c’est super tu vas pouvoir nous donner de grands coups de mains, mes oncles t’aideront sois sans crainte.
  • Nous verrons ça dans les prochains jours, j’irai prendre connaissance des porions d’ici lundi prochain. Ces jours-ci je veux me familiariser avec le personnel et pour le reste nous verrons au jour le jour.
  • Allez cousin Charles je peux t’embrasser
  • Ah ah pour l’instant je te conseille de sortir car ma tenue n’est point respectable.
  • Annabelle vous voulez faire quoi en attendant ? Descendre prendre votre déjeuner.
  • Non Chantal nous sommes encore de jeunes mariés.
  • Hum ne m’en dites pas plus, sonnez-moi lorsque vous aurez besoin de mes services.
  • Top là cousine- lui dit Charles-

Nous sommes tous dans la grande salle à manger, les mariés arrivent accompagnés par Chantal. Quelle n’est pas notre surprise, ce sont de nouvelles embrassades. Pour l’instant c’est un bon repos que nous allons prendre. Il sera grand temps demain pour Charles d’aller voir le vieux grigou qui nous sert de père mais uniquement sur le papier. Nous sommes bien décidés de récupérer sa fortune surtout s’il prend dix ans. Mais nous en avons discuté et nous savons exactement comment elle va nous servir.

A suivre…