Une ombre dans l’escalier 15

Alain sort de l’hôpital, encore secoué par ce que Jeanne lui a confié. Il hésite, puis compose le numéro de Myriam. Elle répond presque aussitôt.

— « Allô ? »

— Myriam. On doit parler. Je viens de voir Jeanne.

Il y a un grand silence, Alain attends et ne dit rien.

— Elle t’a dit quelque chose ?

— Elle m’a donné une clé USB. Et… Elle m’a dit de me méfier de toi.

Une pause, on entend une mouche volée, le silence se fait pesant. Myriam ne panique pas mais elle ne dit rien, Alain attend qu’elle réagisse et évite de trop se poser des questions.

Puis Myriam murmure :

— Viens chez moi. Maintenant.

Myriam l’attend, assise dans le fauteuil près de la fenêtre. Une lumière douce baigne la pièce, mais son visage est tendu. Shana et le bébé sont dans la chambre, à l’écart.

Elle lui sert un verre, mais ne touche pas le sien

— Je comprends qu’elle t’ait dit ça. Moi aussi, à ta place, je douterais.

Alain la fixe, et lui demande de tout lui raconter, sans laisser des zones d’ombres, même si c’est insoutenable.

Myriam inspire profondément, les yeux perdus dans le vide.

— Il y a deux ans… J’ai découvert qu’une structure “d’accueil” censée protéger les mères isolées, faisait en réalité partie d’un réseau. Les très jeunes femmes accouchaient sans papiers, sans noms, souvent sous de faux prétextes médicaux. Les bébés étaient déclarés morts, mais ils étaient bien vivants. Ils etaient revendus à une association qui les plaçait à l’adoption chez des familles aisées qui signaient un chèque sans se poser de questions.

— Sans agrément officiel ?

— Ils avaient un agrément en bonne et dû forme mais ne passait pas devant la commission.

— Tu avais des preuves ?

— J’avais des doutes. Et j’avais commencé à enquêter seule, discrètement. Jusqu’au jour où… C’est moi qu’on a visée.

Elle baisse la tête.

Myriam se met à pleurer, Alain ne sait plus quoi dire, il la prend dans ses bras, la console, lève les yeux et voit Shana qui, elle aussi pleure. Il ne dit rien et attends que Myriam reprenne ses esprits.

— « Je suis rentrée chez moi. La nounou n’était plus là. Mon fils, Noam agé de huit mois avait disparu.

— Il n’y avait aucune trace. Je n’ai eu aucun appel. Personne ne l’a retrouvé Juste un berceau vide. Et une phrase griffonnée sur le miroir de la salle de bain :

“Tu as voulu jouer, tu as perdu.”

Alain serre les dents. Shana est repart, elle ne veut plus rien entendre. Toutes les deux on leur a pris leur enfant. Certe leur histoire est différente mais elles ont perdu un être cher. Alain arrive à lui poser une question.

— Et tu crois que… le bébé qu’on a trouvé …

Myriam secoue la tête.— Ce n’est pas un enlèvement mais c’est la suite logique de ce que je t’ai raconté. Mais c’est la même mécanique. Le même système. Et je ne les laisserai plus recommencer.

Alain, ému, murmure :

— Tu t’es fait passer pour l’avocate de l’enfant, tu m’as poussé pour le déclarer afin de pouvoir garder un œil sur ce réseau.

Elle acquiesce.

— Shana est en danger. Et moi aussi. Mais maintenant, toi… tu es dedans.

Alain sort la clé USB de sa poche.

— Alors on va y aller jusqu’au bout.

Alain et Myriam sont penchés devant l’ordinateur. La clé USB est insérée. Un seul dossier visible : « Nascituri » — en latin pour “ceux qui doivent naître”.

Ils l’ouvrent, à l’intérieur, une arborescence méthodique, glaçante.Des fichiers audio, des rapports médicaux. Des vidéos de surveillance. D’autres horribles de toutes jeunes filles que l’on soumet à des pervers. Ils ont trouvé un autre système de procréation. Pas besoin de FIV. Ils ont les hommes sous la main, les filles sont là car seules, sans papier comme Shana et aussi Yasmine. Certaines ne peuvent pas avoir d’enfants, d’autres en ont si facilement. Que deviennent les premières ?

Il y a aussi un fichier principal :

CONFERENCES-PRIVES-PARIS2017

Myriam clique, c’est une vidéo. Une salle luxueuse, feutrée. Une réunion à huis clos. Des hommes bien habillés. Cravates, montres suisses. Des visages floutés, sauf un : l’homme à la canne au pommeau d’argent. Un ancien diplomate, toujours honoré dans des cercles très fermés. C’est lui le conférencier, Il parle d’une voix tranquille, presque académique :

— Nous sélectionnons les filles selon des critères de fertilité, de soumission, et surtout d’isolement administratif. Elles tombent enceintes avec les « contributeurs » sélectionnés, toi par exemple tu es d’une belle lignée, regarde comme ta fille est belle. Mais sa mère a mon fils, tu devais me le remettre ma femme ne peut pas avoir d’enfants.

Et c’est à ce moment-là que l’homme à la canne hurle : Elle est où la petite garce qui s’est enfuit avec mon fils. Puis il se ressaisit et continue d’expliquer comment il procede. Nous nous assurons que les enfants soient sains. Ensuite… Nous les plaçons si vous n’êtes pas intéressés, discrètement, en toute sécurité.

Myriam est blême, elle serre les poings et se retient afin de ne pas pleurer.

Dans un autre dossier :

« PARTICIPANTS-MAJ2024.xlsx »Une liste de noms, certains rayés., plus des photos, des âges, des profils.

Oh c’est Yasmine, la maman morte bien trop tôt. Myriam refoule ses larmes lorsqu’elle voit une photo de Shana dans les bras du vieux, si peu habillé, elle semble groggy. Sans doute prise à son insu.

Et à la fin… une photo floue. Un bébé dans un berceau. Pas celui que Shana a trouvé, Myriam le reconnaît. Elle murmure :

— C’est Noam.

Myriam s’effondre presque. Elle retient un cri, se lève, tourne en rond, le souffle court.

— Il est vivant. Il était dans leur système. Mon fils… Alain reste figé.Puis il ajoute :

— Cela dépasse tout ce qu’on imaginait. Il faut qu’on copie ça. Que ça sorte.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 14

Après avoir appris la nouvelle pour la journaliste, Shana est restée assise, droite sur la chaise, les mains croisées sur les genoux. Elle ne dort pas. Elle n’y arrive pas. Ses pensées tourbillonnent. Elle a appris des choses étranges.

Elle doit se concentrer sur le bébé dans sa tête elle lui donne comme prénom Maël, cela tombe bien on doit lui donner une existence. Myriam trouve le prénom très beau, désormais ce sera le sien. Alain ira le déclarer à la mairie comme l’enfant de Yasmine la jeune fille trouvée morte dans la cave. Pour l’instant on ne connait pas le père.

Maël né le 11/06/2015 à Paris neuvième de père inconnu et mere décédée à la naissance de l’enfant Yasmine Ghellab 18 ans. Déclaré par le médecin obstétricien Alain Chassagne.

A son retour le médecin avait expliqué à Shana pourquoi ce n’était pas elle sa maman.

Shana, voilà Maël est déclaré, tu ne pouvais pas être la maman de cet enfant. Je ne pouvais pas le déclarer comme étant ton enfant tu comprends Shana. Mais Shana ne l’entends pas, elle est partie loin, elle a froid, elle sanglote, le passé lui remonte au cœur. Seule la respiration du bébé rythme le silence, entrecoupés des pleurs de Shana sa maman adoptive.

Et soudain, c’est comme un écho du passé. Une image, sans prévenir, un parfum qui revient. Une rue, la nuit, et elle Shana courant plutôt que marchant. On la suit, la poursuit. Elle se tord la cheville, elle glisse et tombe de tout son long. Une douleur terrible lui vrille le ventre. Elle se souvient de l’eau qui s’écoule entre ses jambes, sur le coup elle avait pensé à du sang. Mais maintenant elle se souvient. La femme qui se penche sur elle, qui la gifle et lui dit. Imbécile tu vas te vider et ton bébé va mourrir.

Shana ne se souvenait pas exactement du moment où le cauchemar avait commencé. Tout s’était mêlé : l’odeur rance, la voix rauque, la stupeur qui l’avait figée. Elle avait fermé les yeux si fort que l’intérieur de son crâne avait tremblé.

Les semaines qui suivirent furent floues, comme si elle avait été dissoute dans un monde parallèle. Ce n’est que lorsque les nausées se répétèrent chaque matin, qu’elle comprit que ce qu’elle redoutait le plus était en train de se produire.

Elle était enceinte .Elle pensa à fuir, à disparaître. Elle pensa aussi à ne rien dire, à faire comme si de rien n’était. Mais rien n’était possible. Son corps la trahissait à chaque instant. Et surtout, il rôdait encore. Convaincu que cet enfant à naître était un garçon. Son fils. Son héritier. Comme si l’horreur pouvait engendrer l’orgueil. Il lui dit ce garçon sera à moi. Tu le nourriras, on l’appellera Milo.

L’homme, lui, était convaincu. Arrogant et sûr de son sang, il répétait à qui voulait l’entendre – ou plutôt à ceux qui ne pouvaient rien dire – que ce serait un garçon. Son garçon. Comme s’il avait semé une graine de pouvoir, comme s’il créait un prolongement de lui-même. Il attendait l’enfant comme un roi.

Les jours s’étaient étirés, pesants, lents, presque irréels. Shana vivait comme une ombre, enfermée dans un corps qui portait l’enfant d’un monstre. Elle n’osait ni espérer, ni haïr ce petit être en elle. Elle survivait. Rien d’autre.

Neuf mois pleins de mystère dans la maison du couple. Où de temps en temps le vieux venait voir son ventre qui grossissait.

Le jour de l’accouchement arriva dans le silence. Pas de cris, pas de bras tendus. Shana accoucha dans une pièce froide, sous une lumière blafarde, sans personne pour lui dire que tout irait bien. Mais le destin, lui, n’avait rien à prouver. c’était une fille.

Le monde s’écroula. Shana sentit tout son être tomber dans un trou noir. Elle ne pleura pas. Pas tout de suite. Quelque chose s’était brisé en elle, au-delà de la douleur. Une fissure qui ne ferait jamais de bruit mais qui ne se refermerait jamais.

L’homme dédaigneux avait regardé l’enfant qui vagissait sur la table. Il lui avait craché dessus. Une fille encore une… Faites-en ce que vous voulez je ne la veux pas. Quant à la mère elle peut encore servir. C’était le reflet de ce qu’il méprisait. Alors, il avait choisi d’effacer la vérité, de voler l’amour avant qu’il ne naisse.

Milo était devenu Mila. Tout remontait à la surface pour Shana. Le vieux croisé dans l’escalier était le monstre qui avait engendré ce bébé. Et aujourd’hui il l’a menaçait d’avoir laissé vivre ce petit garçon. Mais où était Mila qui était née un soir d’hiver ?

« Edith la fille adoptive du couple avait emporté l’enfant après que Shana l’ait embrassé, ensuite un grand trou noir, elle s’était réveillé car une femme celle du vieux était penché sur elle lui envoyant de drôles d’incantation. « 

Shana se souvient de la visite de la femme, c’est elle qui lui avait parlé de l’ex croissance de chair dans le cou de son mari et aussi des autres enfants. Elle comptait sur ses doigts, il y avait eu de nombreuses filles et peu de garçons. Heureusement que ta fille est morte elle aurait eu la marque du diable. Après cette terrible nouvelle Shana avait pleuré longuement puis au petit matin était partie, si sa fille était morte elle ne voulait pas rester pour être à nouveau grosse.

Dix huit mois s’étaient écoulés, c’est le temps qu’il lui fallut pour respirer de nouveau sans ressentir la morsure de l’acier dans sa poitrine. Dix-huit mois pour croire, un peu, qu’elle avait échappé à l’ombre. Elle avait fui sans se retourner. Changé de nom. Coupé les ponts. Les cauchemars étaient encore là, tapie dans l’obscurité. L’absence de sa fille — qu’elle n’avait jamais tenue dans ses bras — la hantait dans chaque rire d’enfant, chaque poussette croisée sur un trottoir. Mais depuis que Maël était arrivé, tout son trop plein d’amour elle le lui donnait.

Puis l’homme avait refait surface, elle ne le reconnaissait pas, mais après les premières menaces il avait glissé une enveloppe dans ce qui lui servait de boîtes à lettres Aucune adresse. À l’intérieur, une photo d’une petite fille aux yeux noirs, debout dans un jardin, tenant un ours en peluche.

Elle avait exactement l’âge qu’aurait dû avoir Mila sa fille. Elle devait montrer la photo a Alain. Lui saurait comprendre.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 13

Deux jours plus tard, lorsque Shana arrive dans la kitchenette , elle découvre Myriam en train de lire le journal devant son petit-déjeuner. Elle a la main figée sur la tasse, et les yeux perdus dans le vide. Sur son front une ride s’est formée signe d’une perplexité énorme.

Shana s’avance, le bébé dans les bras. Elle perçoit immédiatement le changement dans l’air.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

Myriam tourne lentement le journal vers elle.

En bas de la une, encadré de rouge un entrefilet :

Journaliste agressée : — « Jeanne Berthier retrouvée inconsciente dans une ruelle du 10e arrondissement. Son état est stable mais elle dit ne se souvenir de rien. — »

Shana blêmit.

— C’est elle… celle qui est venue ici ?

Myriam hoche la tête.

— Oui. Elle s’approchait trop près. Et quelqu’un l’a arrêtée.

— Tu crois qu’elle ment ?

Un long silence. Myriam plisse les yeux.— Absolument. Elle ne souffre pas d’amnésie. Elle sait exactement ce qu’elle fait.

— Pourquoi elle ferait semblant ?

Myriam repose sa tasse.

— Parce qu’elle a compris que ce qu’elle a découvert est plus dangereux que ce qu’elle voulait révéler. Et que la prochaine fois… elle ne se réveillera peut-être pas.

Le bébé pleure doucement.Shana, troublée, le berce sans répondre.Elle repense à l’homme au chapeau. À la cave. À la photo de la mère morte.Et maintenant, une journaliste silencieuse, presque complice par peur. Tout semble s’enfoncer dans une ombre épaisse. Mais quelque chose en elle s’allume. Une colère tranquille.

— On va pas se taire. Pas toujours.

Myriam la regarde. Pas tout de suite, semble-t-elle dire, mais bientôt.

L’hôpital dort à moitié. Les couloirs sont calmes, les pas étouffés. Alain, blouse encore froissée, sort de la salle de garde et prend l’ascenseur jusqu’au 2e étage. Il a en mémoire l’appel téléphonique de Myriam.

Chambre 207. Jeanne Berthier.

Il frappe doucement.

— Jeanne ? C’est Alain. On s’est croisés plusieurs fois à l’hôpital. Je suis… l’ami de Myriam.

La porte s’ouvre à peine. Il entre. Jeanne est allongée, le visage marqué de bleus. Un œil encore gonflé, des points de suture à la tempe.

Elle lui sourit faiblement.

— Myriam m’a appelé , je vous attendais.

Il tire une chaise.

— J’ai appris ce qui s’est passé. Vous avez eu de la chance.

Elle le fixe un moment. Puis fouille sous l’oreiller.Elle sort une clé USB, minuscule, scotchée à une compresse.

— Elle contient tout ce que j’ai trouvé… Et ce que je n’ai pas eu le temps d’écrire.

Il prend la clé, lève les yeux vers elle.

— Pourquoi me la donner à moi ?

— Parce que vous êtes médecin. Vous êtes censé protéger la vie, pas la vendre.

Un silence, plus lourd s’installe. Alain le médecin tourne la clef dans sa main, il attend sûrement d’autres confidences.

Puis elle murmure :

— J’ai connu la fille morte. Elle s’appelait Yasmine. Elle n’avait pas 17 ans. Elle est tombée enceinte dans une structure « d’accueil » pour mineures étrangères.

— Elle s’est échappée ?

— Oui, elle a réussi à s’enfuir, juste assez longtemps pour qu’elle me parle. Elle avait peur. Elle avait vu des femmes qui accouchaient sans nom, sans visite. Et les bébés… n’étaient jamais enregistrés.

Alain serre la clé dans sa main, lJeanne s’assombrit. Elle chuchote la dernière chose, comme un coup de scalpel.

— Méfiez-vous de l’avocate. Elle sait bien plus qu’elle ne dit.

A suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 12

Shana s’est installée dans une routine fragile chez Myriam : donner le biberon, veiller au sommeil du bébé, observer le silence. La télévision reste éteinte. Les volets à demi clos. Parfois elle se promène dans le jardin en poussant le landeau. Mais Alain en a apporté un autre. Celui de Noam est dans le grenier. Celui-là est noir avec un liseré rouge. Pour le lit Myriam a insisté pour que ce petit bout d’homme puisse le prendre. Il.lui vient de sa grand-mère.

Mais ce matin-là, alors que Myriam est sortie faire des courses, la sonnette retentit au portail de la maison. Myriam lui a montré comment voir sans être vu la personne qui vient d’appuyer sur la sonnerie. Shana ouvre la caméra et regarde. La sonnette retentie une nouvelle fois impérative.

Shana sursaute, le bébé aussi.Elle se fige.

La sonnette de nouveau , la personne s’impatiente Elle se décide à regarder qui est cet intru qui vient réveiller ce moment si paisible entre la mère de substitution et l’enfant qui dort dans le berceau du petit garçon trop tôt disparu.

Shana jette un regard dehors. C’est une femme ! Trente-cinq, peut-être quarante ans. Tailleur sobre, cheveux relevés, bloc-notes à la main. Ce n’est pas une voisine. Elle ouvre le son lorsqu’elle voit ses lèvres bougées. C’est une voix , posée mais neutre.

— Bonjour… Je suis désolée de déranger. Je suis Jeanne Berthier, journaliste au Paris Matin. Je voudrais parler à Myriam Ménard. J’ai des questions à propos du bébé retrouvé dans le 9e arrondissement.

Shana ne dit rien, elle écoute ce qu’elle veut. Ses noms et prénoms sont pour elle, inconnus.

— Je sais qu’elle a été vue sur les lieux. On m’a dit qu’elle avait un lien avec une jeune femme, témoin clé. Je ne cherche pas à nuire. Je veux juste comprendre.

Shana recule d’un pas, le cœur cognant fort, comme si l’autre à l’autre bout de l’allée pouvait l’entendre respirer.

— Vous êtes là, n’est-ce pas ? Je ne veux pas vous nuire. Je veux raconter la vérité. Celle qu’on cache. Un long silence.

Puis, tout bas :

— Il y a eu un autre mort, vous savez ? Dans un parc fermé depuis des années. Ce bébé… n’était pas censé vivre.

Shana étouffe un cri. Le bébé pleure.

À cet instant, la porte du jardin s’ouvre derrière elle. Myriam, rentrée plus vite que prévu, pose immédiatement ses sacs et comprend.Elle n’ouvre pas le portail mais lui répond à l’interphone.

— Cette jeune femme n’a rien à vous dire. Vous devez partir. Maintenant.

La journaliste incline la tête, polie, mais revient à la charge, Myriam est agacée, elle ouvre la porte fenêtre et descend l’allée sans toutefois ouvrir le portail. Elle la jauge de haut en bas. Myriam la fixe, froide comme la lame d’un scalpel.

— Si vous êtes vraiment journaliste, alors vous connaissez la loi sur la protection des témoins et la diffamation. Je vous conseille de partir et de ne jamais revenir. Et aucune ligne dans votre journal.

La journaliste recule, mais pas sans riposter :

— L’histoire sortira. Avec ou sans vous. Faites juste en sorte de ne pas être du mauvais côté.

Elle tend sa carte à Myriam qui ne l’a prends pas. Aussi la soi-disant journaliste dépose sa carte dans la boîte à lettres. Un dernier regard appuyé à la villa, puis elle s’éloigne dans la rue et se dirige vers sa voiture une Capture rouge.

Myriam attend que la voiture soit loin, elle ouvre le portail et récupère la carte et referme la porte avec sa clef magnétique.Là haut sur la terrasse, Shana est là, blême, le bébé contre elle.

— A-t-elle entendu pleurer le bébé ?

— Non. Mais elle a senti. Et ça suffit à nous mettre en danger.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 11

— Je vous présente l’officier qui va prendre votre déposition, mais il va faire avec vous le portrait robot de l’homme qui vous suit, vous a agressé et vous harcèle.

Portrait-robot

— Je vous écoute Shana, donc c’est un homme

Sexe : Masculin

— Quel âge pensez-vous qu’il peut avoir ?

— Je ne sais pas, peut-être entre 50 et 60 ans

— : Et sa taille , il est grand comme moi, je fais 1,85 m

— Légèrement plus petit

— On va dire 1,80 mètres, et sa corpulence :

— Corpulence que voulez-vous dire ?

—Grand, petit, maigre, gros qu’en pensez-vous

— Maigre et mince mais je ne vois pas bien car il a toujours un manteau qui le grossit.

— Par ce temps, il a un manteau, dîtes moi son teint, la couleur de son visage

— il est pâle comme de la craie

— Ses cheveux de quels couleurs les voyez-vous.

— Noirs, aux tempes il est grisonnant l’autre jour son chapeau est tombé ses cheveux étaient humides derrière et tout lisses mais bien coiffés

— Avez-vous vu la couleur de ses yeux

— Il a des yeux méchants enfoncés dans son visage et gris, non comme le cadre de mon vélo

— Vous voulez dire gris acier

— Oui c’est ça, mais ils sont froids

— D’accord, et les sourcils

— mince et comme ça

Shana montre à l’inspecteur un demi-cercle, celui-ci lui dit :

— Fins et arqués, certainement très entretenus Comment voyez-vous son nez ?

— long et avec un trait

— Long et droit, avec une arête très marquée, cela vous va

— Oui dit-elle en regardant le portrait robot qui apparaît sur l’écran. Elle se met à trembler, le Commissaire et l’inspecteur sentent qu’ils sont bien en phase avec la jeune fille.

— Passons à sa bouche si vous voulez bien. Nous pouvons faire une pause.

— Non je veux aller voir mon bébé. C’est comme s’il n’avait pas de lèvres , elles sont très minces. Il sort ses dents et les serrent.

— Son menton vous avez remarqué une barbe ou un signe distinctif

— Il est carré et il a trois poils dans un trou comme comme. Shana se met à pleurer. Le Commissaire sort et revient avec Myriam. Elle a le bébé dans les bras. Elle lui tend le biberon. Shana s’en saisit et le lui donne. Et dit d’une voix calme trois poils dans une fossette.

— Passons aux oreilles le jour où son chapeau est tombé les avez-vous vu ?

— On dirait qu’il.n’en a pas, elles sont collés à sa tête

— Peut-être a-t-il eu un accident ou c’est une drôle de morphologie. Il vous a parlé, sa voix comment est-elle ?

— Il a un drôle d’accent elle semble enrouée.

— Pour le chapeau, Myriam trouvé le portrait-robot fort ressemblant et dit avoir vu cet homme. Elle nous a donc aidé, pour elle c’est un melon noir, mais parfois il a un Fedora noir aux larges bords. Penche légèrement vers l’avant, ses vêtements c’est un manteau long en laine noire, dessous il a un costume sombre et des gants en Cuir. Sa canne :est en bois noir verni, le pommeau en argent sculpté avec une tête de loup. Quand le Docteur Alain l’a croisé dans l’escalier il a senti soit du vétiver soit une odeur de cuir

Le Docteur a ajouté qu’il avait un nez aquilin — un nez de vieille Noblesse. Genre aristocrate sur le retour. Il a vu lorsqu’il l’a croisé dans l’escalier , Une fine cicatrice sous l’œil gauche. Il avait une bague ancienne à l’auriculaire droit (chevalière sans armoiries, peut-être effacées) et il lui avait trouvé un regard insistant, mais dominant. Dans l’escalier il l’avait essayé de l’intimider. Mais c’était peine perdue. Pendant que je vous parle nous sommes allés sonner au quatrième étage là où vous l’avez vu entrer.

— Et ? Vous l’avez trouvé

— Non il y avait qu’une jeune femme et deux enfants à peu près du même âge . Environ dix-huit mois.

— Ce sont ses enfants demande Myriam d’une drôle de voix, et elle ajoute, elle connait l’homme.

— La femme nous a dit il est entré en trombe en me racontant qu’il était poursuivi par des gamins qui lui avait pris un petit chaton.

Shana devient blème et leur dit, c’est une excuse pour trouver le bébé.

Ce sont les policiers qui ont récupéré les maigres effets de Shana et les ont ramenés chez Myriam. Désormais elle va vivre avec elle.

Elle a une chambre pour elle toute seule, le bébé a une jolie chambre tout à côté de la sienne. Tout-à-l’heure elle y est entrée et a lu sur un faire-part Alain et Myriam ont la joie de vous annoncer la naissance de Noam.

A suivre…

Copyright Juin 2025