L’autoroute de tous les dangers. /2

Hugo

Depuis quelques semaines j’ai fait la connaissance d’une charmante femme, elle travaille à la station Total sur l’A6. Je l’ai tout d’abord observé, puis j’ai commencé à la draguer. Au début elle était sur la réserve, assez intimidée mais ce n’était qu’une façade car elle est assez délurée. Je m’en suis rapidement aperçu quand une nuit alors que la station dormait je lui ai tout d’abord chatouillé le menton, puis embrassé dans le cou, enfin pour parachever le tout j’ai caressé son visage et glissé mon doigt sur ses lèvres. Je l’ai regardé et j’ai su que je pouvais l’embrasser elle n’allait pas crier au viol.

Délicatement j’ai posé ma bouche sur la sienne, pousser un peu la résistance de sa bouche fermée et j’ai introduit ma langue à l’intérieur. Ce n’était pas désagréable elle venait de sucer un bonbon à la menthe. C’est mon péché mignon la menthe. Comme c’était l’heure de sa pause, nous avons baissé le rideau de la boutique et à même le sol je l’ai dévoré. J’ai vraiment été surpris car elle était vierge. Elle a crié un peu, ce qui aurait dû m’arrêter mais elle m’a dit pourquoi tu t’arrêtes, continue tu me plais et j’ai songé avec du recul que tant qu’à faire autant se faire déflorer par un type comme moi. Enfin c’est ce que j’avais pensé. Plus tard elle m’avouera avoir eu très mal. Mais rapidement elle s’était sentie bien. De plus elle ne m’en voulait pas, elle aurait dû me dire que c’était sa première fois je l’aurais fait dans un lit.

Je suis plutôt bel homme. J’ai 45 ans divorcé, une gamine de 15 ans et un gamin de 5 ans. Je les vois très peu car ils habitent Los Angeles avec leur mère. Alors ce petit brin de fille me poussait à toutes les fantaisies. Je l’ai prise trois fois la première nuit, dans toutes les positions, elle ne connaissait rien du sexe aussi elle a tout accepté de moi. Du moment où je ne lui faisais pas mal et que j’étais fort amoureux d’elle, elle acceptait tout. Irait-elle plus loin, à ce jour je l’ignorais. J’étais conquis par cette jeune femme qui vivait en solitaire, ses amis étaient tous en Italie. Sa mère avait divorcé, elle avait quitté son père et venait de repartir en Italie définitivement, sa fille l’avait suivi puis était revenue. Son frère vivait en Italie. Je savais tout d’elle, mais pour ma part je m’étais peu confié et surtout j’avais travesti la vérité. Elle ignorait que j’étais le Patron des Industries Pharmaceutiques de Lyon. Ce soir elle ferait connaissance avec des collaborateurs. Ma mère avait sûrement invité deux ou trois concurents ainsi que Steph mon ami d’enfance.

Virginie aimait mes cheveux coupés en brosse brun foncé plutôt noir corbeau m’avait-elle dit en me passant la main dedans. Mes yeux bleus me donnaient un charme fou. Je connaissais les dégâts que je faisais sur la gente féminine. Ce soir j’allais la présenter comme ma femme et elle allait se faire des ennemies. Je préférais me taire, je pense qu’elle était capable de se tirer d’un mauvais pas. Depuis que nous sommes dans la forêt, Virginie ne dit plus rien, je pense qu’elle appréhende l’instant où tous vont venir nous féliciter. Aussi j’interrompt le cours de ses pensées en lui demandant de me passer le badge électronique qui se trouve dans la boîte à gant.Je l’actionne et un portail blanc s’escamote à nos yeux. On entend de la musique, le perron est noir de monde. Je me tourne vers Virginie lui caresse la joue et lui dit :Nous voilà dans la demeure de la famille Leyrieux, je la vois un tantinet tiqué mais elle ne peut rien dire car j’écrase ma bouche sur la sienne. J’entends des applaudissements et la voiture est entourée de joyeux fêtards. Avant de descendre je lui dit, ne t’inquiète pas qui que je sois je t’aime.

Je fais le tour de la voiture, j’ouvre sa portière et soulève ma femme comme une plume, la dépose au sol et à nouveau l’enlace et l’embrasse. Mes amis trépignent d’impatience, je referme la portière et tends les clefs au majordome de ma mère qui va garer ma voiture aux côtés des autres.

Alors Hugo qui est cette beauté ?

Tu as disparu de la circulation depuis des mois et ta mère qui nous a invité n’a rien voulu nous dire.

Mes amis je vous présente Virginie ma femme, la lumière de ma vie. Nous rentrons d’un voyage de noce à Venise.

Virginie je te présenterais à chacun d’entre eux, mais viens saluer mon père et après nous te fêterons dignement.Mon père est dans son fauteuil roulant, comme a son habitude il est sévère, il examine ma douce amie avec un binocle qu’il met devant ses yeux. Et il.murmure :  » ça va elle peut faire l’affaire ».

Les yeux de Virginie se remplissent de larmes, je me sens gêner aussi je me penche vers elle et lui dit :  » ne tiens pas ombrage des propos de mon père il veut dire que tu es digne d’entrer dans notre famille. Viens je vois là bas mon ami Stéphane et sa femme nous allons les saluer. Au passage j’attrape deux coupes de champagne, je sais que Virginie n’a rien dans le ventre à part une barre de céréales, je la laisse avec mes amis et je pars à la recherche d’une assiette, car j’ai peur qu’elle ne tienne pas debout à la fin de la soirée si elle ne se requinque pas.Quand je reviens je vois Steph qui s’en prend à Mélodie en se comportant comme à son habitude à un gros porc.

Mon ami est sous antidépresseurs et avec l’alcool ça va mal.se terminer. J’espère qu’il ne va pas s’en prendre à Virginie. Tiens il vient vers moi, plus congestionné que d’habitude. Que me veut-il ?

Tu m’as apporté mon fric le looser

De qyel.fric parles-tu ?

De celui du Casino, tu me dois encore 10 mille €. Je t’en fais cadeau à une condition que je puisse me taper ta femme.

Tu rêves,

Soit c’est oui et je me l’a fait cette nuit. Soit c’est non et je fais un scandale ce soir.

Steph arrête, tu te venges

Oui, alors je compte

Bon tu as gagné mais auparavant Virginie doit manger, elle n’a rien pris depuis six heures du matin, elle ne va pas tenir le choc avec tout ce qu’elle a bu.

Vieux frère je savais que tu me laisserais ta poupée. Je lui ai filé ce que tu sais.

Du GHB

Oui, et là je l’ai embrassé elle c’est laissé faire.

Melodie a dû être choquée

Oh non elle est toute contente.

Au fur et à mesure nous nous étions rapprochés des deux femmes, soudain je vois Virginie vacillé. Steph en prince charmant a juste le temps de la récupérer elle s’effondre comme un château de paille.

A suivre…

L’autoroute de tous les Dangers !

Virginie /1

Dans la station d’essence tout le monde connaissait Virginie, brune cheveux au carré, un petit nez en trompette, des tâches de rousseur, de belles lèvres en forme de cœur, deux yeux verts, et une petite fossette au menton.
Elle travaillait la nuit. Elle prenait son service à la station Total de l’autoroute A6 vers 22 h et elle repartait à 6 h du matin lorsque le patron arrivait.
Huit heures d’affilée, mais elle aimait bien. Le travail consistait à réapprovisionner les rayons, vérifier la machine à café, rendre la monnaie et discuter avec les habitués. La nuit les voyageurs allaient aux pompes 24/24, rare était ceux qui avaient oublié leur carte bancaire.

C’était une fille sympa sans histoire.
Certaines nuits étaient désespérément calme c’est sûrement la raison pour laquelle Xavier un matin de décembre lui a dit que la boutique fermerait deux  weekend par mois. Désormais il n’y aurait personne de 22 h à 6 h du matin. Ce n’était pas elle qui était virée mais Loïc. Désormais elle travaillerait en binôme avec Josiane, la petite nouvelle. Tantôt de 6 h à 14 h et de 14 h à 22 h. Et ce du lundi au vendredi. Une fois par mois elle reviendrait travailler à 22 h le vendredi et ferait non stop jusqu’au lundi. Le patron avait tout prévu, un lit de camp pour ses moments de repos et la paye suivrait. C’était à prendre ou à laisser. Elles feraient un essai et il ajusterait les horaires selon la demande des clients.
Virginie était mécontente, elle aimait bien travailler de nuit. Elle avait ses habitudes. Mais surtout elle avait rencontré un client de passage et ils faisaient l’amour dans la boutique. Un jour c’était dans la remise, d’autres fois dans les toilettes, ou sur une table. Peu importait le lieu , Virginie était comblée. Ce vendredi elle l’attendait car c’était le grand weekend de sa collègue. Du coup elle était libre jusqu’au lundi 6 h.
La semaine précédente il était venu la récupérer à 14 h, ils avaient passé un weekend chez lui en amoureux. Même le lundi matin il avait téléphoné et décommandé ses rendez-vous, ensuite elle était allée chez elle en sa compagnie, ils avaient essayé le lit, puis il lui avait demandé de venir habiter avec lui. Virginie ne s’attendait pas à cette proposition. Certes sexuellement ils s’entendaient à merveille mais il avait 15 ans de plus qu’elle. Mais pour elle c’était un véritable conte de fée, et, elle lui avait dit oui.

Elle rêve à ce qu’elle a fait au cours de la semaine, tous les jours il l’a comblé de cadeaux, de mets comme de sa vie elle n’a jamais eu l’occasion d’en manger. Elle a rencontré son père un homme raide comme la justice, il est depuis un accident cérébral dans un fauteuil roulant. Mais comme dit son fils il n’a rien perdu de son rang. Ils ont fait l’amour dans toutes les positions. Elle en a pas parlé à sa meilleure amie mais ce weekend elle va demander à Hugo si cela le dérangeait qu’elle vienne leur rendre visite. Elle était en permission car dans l’armée.

Ah te voilà ma collègue se fait attendre, comme tu es beau où m’emmenes-tu ?
Est-ce que tu peux laisser ta voiture et monter dans la mienne, je vais t’emmener faire un petit voyage.
Loin ?
Non juste de l’autre côté de la ville mais c’est dans la campagne et je te dois bien ça. Je donne une fête en ton honneur.
C’est chez ta mère
Non, bien qu’elle y sera, c’est notre résidence secondaire, j’espère que ta collègue va se dépêcher,j’aurais dû choisir la semaine où tu termines à 14 h. Mais il y avait une réception et je ne t’avais pas encore présenté Cela fera un an demain que nous nous connaissons et je veux officialiser notre rencontre.
J’en suis ravie Hugo
Je ne veux pas me montrer à ta collègue, gardons secret notre amour, ma voiture c’est la Citroën noire qui est garée devant la boutique. Je vais la déplacer et aller me garer vers les camions.

Tu as changé de voitures ?

Non, c’est celle de mes loisirs.

Ah Monsieur a une voiture pour travailler et une voiture pour ses loisirs.

Cela te dérange ma douce, tu préfères que nous prenions ta twingo verte pour se rendre à une réception où je vais annoncer que nous sommes mariés.

Hugo ne me laisse pas le loisir de lui répondre il se penche vers moi, prends mon visage dans ses mains et m’embrasse comme un fou. Puis après m’avoir caressé le visage, il’sort, me fait un signe de la main et s’appuie nonchalamment à sa voiture en fumant une cigarette. J’attends patiemment l’arrivée de Josiane.
10 h Josiane n’est toujours pas arrivée, aussi je téléphone au patron, personne ne me répond. C’est bien ma veine. Finalement je la vois arriver sur une moto à l’arrière. Elle descend précipitamment, embrasse l’homme qui repart aussitôt, rentre dans la boutique sans aucune excuse.
Je me précipite à l’extérieur en espérant qu’Hugo n’est pas trop prêt de la boutique. Non , il fait les 100 pas, il n’a pas l’air très content mais je le fais taire par un baiser.
Mais c’est déjà 10 h 30 qu’est-ce que tu faisais?
C’est ma collègue elle n’arrivait pas et le patron ne me répondait pas, mais on nous attend ?
Oui j’ai une surprise pour toi.
Ah c’est pour ça que tu voulais que je sois à l’heure.
Oui on n’aura pas le temps de passer chez nous. Tu te changeras dans la forêt domaniale ou notre maison se trouve. Personne ne te verra, les invités nous attendent depuis 21 h.

E n’ai pas de sous-vêtements propre, après une journée de travail je dois sentir le gasoil. J’aurais dû prendre une douche.

T’inquiètes je connais tout de ton corps et on va s’arrêter et tu te changeras avec ce que je t’ai acheté. Pour la douche tu en prendras une dans notre suite.

On dort sur place ?

Oui c’est préférable, nous allons arroser notre mariage.

Tiens voilà un endroit, il.n’y a personne tu quittes tout et tu découvriras au fur et à mesure ce que je t’ai acheté.
Regarde une robe cocktail noire, sous vêtements rouges guêpière string. Des talons hauts rouges. Cela te plaît ?Wahou je sens que je vais adorer mon weekend. Des bas noirs et des talons rouges. En rouge et noir j’adore Hugo. Tu me gâtes.

Et Virginie se mit à fredonner « En rouge et noire » de Patricia Kaas, ce qui fit rire Hugo. Il avait posé sa main sur sa cuisse et remontait lentement jusqu’à son string qu’elle venait d’enfiler.
Hugo que fais-tu ? Si tu me l’avais dit je ne l’aurais pas mis.
Alors je n’aurais pas eu le plaisir de te l’ôter.
Alors sois sage. Je vais me peigner car tu m’as ébouriffé les cheveux.
De toutes façons on va bientôt arriver. Ah une dernière chose je te présenterais comme ma femme. J’espère que cela ne te dérange pas.
Non, pas du tout. Au contraire j’aimerais bien le devenir.
Et bien à compter de cette nuit tu es ma femme adorée. On officialisera ça un de ces jours. Viens dans mes bras. Tu sais j’ai déjà envie de toi, mais on a tout le weekend et on le commence ce vendredi…Il faut que je te dise deux ou trois choses avant d’entrer, j’ai invité des collègues de mon travail, ainsi que des concurrents et ils sont en  général tous accompagnés. Tu seras de loin la plus belle ce soir. Ils pensent que nous revenons de voyage de noce. Comme tu m’as dit avoir vécu à Venise et bien nous revenons de Venise.
Et Hugo me met une petite tape aux fesses qui m’émoustille tout le corps.
Dans la première heure je n’ai pas touché terre, tous ses amis viennent me saluer et, à chaque fois je reçois des baises-mains ou de grandes accolades. Les femmes me snobent un peu sauf la femme de son meilleur ami, mais je la trouve triste, mince voir anorexique. Quant à  son mari lui est énorme. Il a un ventre important, le teint rouge, les mains moites je le sais car il m’a pris la main et me l’a baisé, je n’ai pas aimé car il a passé sa langue sur chacun de mes doigts, je me suis essuyée j’étais pleine de bave. Je l’ai trouvé assez condescendant. Hugo m’observait et, je ne savais vraiment pas quelle contenance prendre, heureusement une dame âgée est venue à ma rescousse en me disant :
 » Chère Virginie mon fils Hugo est cachottier, il ne nous avait pas dit quelle délicieuse femme vous êtes ! »
Mais je lui pardonne son mariage éclair dans cette ville merveilleuse où vous viviez. Mais je vous ai écouté parler vous n’avez aucun accent.
Non car depuis quelques années je vis en France.  Lorsque sur le Pont des soupirs j’ai croisé Hugo c’était mon retour dans ma ville natale.
Oh comme c’est romantique sur le pont des soupirs, il vous a embrassé.
Oui, comment le savez-vous ?
Vous êtes d’une naïveté ma chère enfant mais j’adore. A plus tard amusez-vous bien.

A suivre …

L’enfant de personne/21-3

En avant pour de meilleurs lendemains

Nous avons fixé notre mariage pour le 8/05/1945.

Mais auparavant je suis allée voir, seule mon cousin Pierrot. Il est dans un état terrifiant, maigre, méconnaissable. Comme je suis enceinte je n’ai pas eu le droit de rentrer dans le sanatorium. Nous sommes restés dans le jardin et il était dans un fauteuil roulant. Chaque fois qu’il toussait il portait à sa bouche son mouchoir et quand il l’ enlevait de ses lèvres il était plein de sang.

Il m’a raconté ce que son père lui faisait faire, c’était horrible. Et puis il m’a demandé pardon, m’a ajouté je vais mourir, je n’arrive pas à remonter la pente. Je voudrais que tu me pardonnes.

-Bien entendu que je te pardonne

il était le souffre-douleur de son père et il le battait s’il refusait de faire des choses immondes. Il m’avoue aussi que prisonnier il n’a rien fait pour survivre et que sur un organisme faible la tuberculose avait rapidement fait des ravages sur lui.

Ne pouvant l’embrasser je lui ai promis que je reviendrais, il m’a souri et je suis partie.

Mon père m’attendait dans la voiture, pendant que je promenais mon cousin il avait rencontré le médecin du sanatorium et lui avait demandé ce qu’il pensait de son neveu.

– Tu vois Magdeleine il culpabilise, il se puni lui-même, je pense que nous devrions lui parler du petit Hans et lui dire pourquoi son père me détestait. Je pense qu’il aurait un but dans sa vie et se battrait davantage. Son meilleur ami au camp en Pologne était un juif, il l’a protégé. Et lui l’a soigné avec abnégation quand il était malade. Et c’est grâce à Roger qu’il a été rapatrié car Roger était un kapo au camp et médecin en Pologne avant la guerre.

-Il s’appelait Roger comment ?

-Je ne sais pas , Pierrot ne s’en souvient pas. Si Roger est vivant je pense qu’il saura retrouver Pierrot. Et même je pense que ce n’était pas son prénom Roger. Mais c’était mieux et ça lui a sûrement évité un camp de concentration.

-Il faut qu’il vive or il en n’a pas envie.

– Je vais avertir Émilie, elle aime son frère, elle pense s’occuper de son demi-frère. Et si cette branche de la famille pouvait vivre heureuse je me dirais qu’enfin cette malédiction est terminée.

Fin avril un matin , nous avons vu arriver à la propriété un Monsieur maigre c’était le père d’Anna et David, il avait réussi à survivre chez des gens qui l’avait caché. J’étais dehors quand il est arrivé, il m’a demandé Mr Pitaval , vu son âge j’ai pensé à mon futur beau-père. Pierre s’est levé et la serré dans ses bras en lui disant:

– Daniel comme mon père va être content, tu es vivant. Reste là je cours chercher mon père et ton fils. Anna est sûrement pas loin elle promène le cousin de ma future femme.

-Je les ai rencontré sur le chemin qui va aux vignes de ton père. Elle va remonter mais ce que je lui ai dit la secouer.

-Ah ! C’est ta femme

-Oui, je ne sais pas où elle est, nous avons été séparé lors d’une rafle. J’espère qu’elle va revenir. Il se dit tellement de choses.

Et brusquement cet homme de l’âge de mon père s’est mis à pleurer. Cela me serrait tellement la poitrine que je me suis sentie défaillir et je serais tombée si Mr Doumer qui sortait de la maison ne m’avait pas récupéré au vol.

-Magdeleine, Magdeleine parle-moi, c’est le bébé il arrive.

Au moment où je vais pour lui dire non j’ai la poche des eaux qui se rompt.Il s’affole, mais Sarah et Marianne alerté par le cri de Pierre me font emmener dans la chambre où je dors avec lui et appelle le Dr Morand. Il va arriver sa bonne et cuisinière le voit qui parle sur la place du village. Pierre veut rester, il veut assister à la naissance de notre enfant, mais sa mère l’envoie avertir son père.

Trente minutes plus tard j’accouche d’un second petit garçon. Il est magnifique bien plus gros que Noël, cette fois-ci c’est Pierre qui pèse notre enfant avec la balance qui sert habituellement à peser le sucre ou la farine.

-Et bien toi tu es un beau bébé. Magdeleine, il pèse 3 kg 890.

Je me souviens que Noël lui pesait un kilo de moins mais il avait un mois d’avance. Notre bébé lui avait une semaine de retard.Nous avions pensé à un prénom bien avant sa naissance et nous nous étions aperçu que tous les deux nous avions un grand-père qui s’appelait Baptiste. Aussi tout naturellement nous l’avons appelé ainsi.

Quand le Docteur Morand arrive, il voit que tout est fini et que la mère et l’enfant se portent à merveille.

-Vous pourrez préparer la noce. Car je compte bien vous marier maintenant que j’ai repris mes fonctions de maire.

Pierre est allé chercher notre petit garçon, il est arrivé avec un ourson marron et il a voulu embrasser son petit frère. Son père l’a mis sur le lit à côté de moi et il a pris sa première photo avec son leïka, un appareil photo que mon père lui avait offert avant de repartir chercher son frère et sa famille ainsi que ma cousine Émilie qui avait eu 15 jours de vacances. Ils assisteront tous à notre mariage.

Seul Pierrot ne sera pas là, il s’est éteint il y a trois jours serré dans les bras de Daniel qui devait ressembler à Roger. Il m’a amené au sanatorium car Pierre allait au plus mal, il lui a dit en le voyant :

-Roger je savais que tu viendrais, maintenant je peux partir. Encore pardon Magdeleine. Dis adieu à Émilie et qu’elle prenne bien soin de notre petit frère et dis lui de lui donner un nom de baptême. Hans fait trop allemand.

Daniel l’a pris dans ses bras et avec un sourire il est mort.

Lorsque papa a su que mon fils était né et que son neveu s’en était allé il a dit l’un meurt l’autre naît, la vie continue.

C’est le 7 mai que le bruit a couru que la guerre était terminée, demain 8 mai on se mariait et la capitulation de l’Allemagne nazie serait signé.

Pierre voulait que je sois la plus belle des mariées d’après-guerre. J’avais comme témoin Félix et ma cousine Émilie. Pierre avait José et Sarah la femme de Moshé. Ma robe était trop belle, blanche immaculée, Pierre se fichait pas mal que nous ayons consommé avant le mariage. Il voulait se marier à l’église, j’ai tout d’abord hésité mais il a su me convaincre. Vivant on était vivant et il voulait que tout le Cerdon entende sonner les cloches. C’était puéril mais après ce que nous avions vécu je ne pouvais que m’incliner. Le maire et le curé tous les deux appartenaient au Maquis du Bugey/Ain-Jura ne nous ont pas contredit.

On était sorti de cette sale guerre avec des plaies et des bosses mais notre famille s’était agrandie. Alors quand le Cerdon a coulé à flot j’ai entendu Noël se pencher sur le landeau de son frère en lui disant :

– Toi aussi tu boiras du vin rosé pétillant qui s’appelle Cerdon quand un autre bébé sera né. Moi j’en ai bu une cuillère à café, c’était super bon. Pépé Paul en a donné à notre petit cousin qui ne s’appelle plus Hans mais Jean-Marie. C’était sûrement ça son secret avec son grand-père. Notre voyage de noce a eu lieu au lac de Nantua nous sommes parti 4 jours. A notre retour nous avons préparé nos bagages, demain nous partons tous les quatre dans un appartement sur Saint-Etienne où l’hôpital a fait appel à Pierre ainsi qu’à mon père. Emilie et son petit frère Jean-Marie partent aussi avec nous. En attendant que Pierre s’achète une voiture nous prenons le train.

Cet été nous reviendrons passer nos vacances et en septembre nous serons là pour les prochaines vendanges. C’est la promesse que j’ai faites aux trois soeurs de Pierre. Sur le quai de la gare après les embrassades, j’ai ri en voyant le chef de gare lever son pouce, et me dire lorsque je le croisais :

 » -Il vous va merveilleusement bien ce tailleur jaune. » Heureusement que je l’ai gardé précieusement.

-Pourquoi il t’a dit ça le Mr avec la casquette qui siffle pour que le train démarre.

-Quand tu seras plus grand je te raconterais l’histoire de ce tailleur jaune.Il est beau il a la couleur du soleil.

-Oui !

C’est bien pour ça qu’il attirait l’oeil.

Allez Noël, Baptiste votre Père et moi nous allons vous offrir une vie merveilleuse.

FIN

L’enfant de personne/21-2

Cauchemars et sentence

As-tu assisté à son execution ?

-J’ai non seulement assisté à son execution mais j’y ai participé. J’ai pris le fusil que l’on me tendait. J’ai ôté le foulard noir sur les yeux de mon frère et je lui ai dit :

« -Si tu es un homme peux-tu me dire la raison pour laquelle tu m’en voulais tant et pourquoi as-tu reporté ta haine sur ma fille ? Il m’a regardé dans les yeux et m’a craché au visage en me disant je ne suis que ton demi-frère, et votre père ne m’aimait pas.

Alors je me suis aligné et lorsque j’ai entendu feu je lui ai visé sa sale tête.

Les premiers jours j’avais du remord, puis j’ai discuté avec mes camarades et j’ai pris sur moi. Enfin j’ai appris que ma balle était à blanc. Mais lui est mort en pensant que je le tuais. Mon remords s’est estompé.

J’ai revu Émilie ta cousine et je ne lui ai pas dit qu’un peloton de Résistants venaient de le mettre à mort.

Enfin il faut que vous sachiez et je m’en excuse auprès de toi Moshé, Sarah mon frère a denoncé des juifs. Donc il n’a eu que ce qu’il méritait.

Puis mon père s’est excusé auprès de nous tous, il a quitté la grande cuisine et est allé marché dans les vignes c’est ce que Félix nous a dit le lendemain matin.

Plus tard j’ai remarqué que mon père n’était pas parti avec Paul faire brûler des sarments. Il n’était pas avec eux. Il était assis sur le banc à l’extérieur sans son masque, il ne le quittait jamais. Sur ses genoux étaient assis mon petit Noël. Il n’avait pas peur, il babillait et mon père buvait ses paroles. Je ne les ai pas dérangé, si mon petit garçon n’hurlait pas c’est que le visage de mon père ne devait pas l’effrayer. Puis papa adorait Noël et il avait une façon de lui parler qui rendait notre fils très heureux.

Après avoir rejoint Pierre qui alignait des chiffres dans le bureau de son père, je ne savais pas comment aborder ce que je venais de voir.

– Que ce passe-t-il Magdeleine c’est ce que nous a raconté ton père hier qui te perturbe.

-Non, car je voulais me venger de mon oncle mais finalement je trouve que ma vengeance ne m’aurait pas guéri de la blessure qu’il m’a infligé. Maintenant qu’il est mort je peux continuer à vivre car il a envoyé des gens à la mort. Moi je suis vivante et heureuse.

-Alors qu’as-tu ?

-Papa a quitté son masque et il a Noël sur ses genoux.

-Ne t’inquiètes pas, ce n’est pas la première fois qu’il le quitte et qu’il y a Noël. La toute première fois j’étais avec lui et Noël lui a demandé :

– » Pépé qui t’as fait bobo »

-Et ton père le plus simplement du monde lui a expliqué. Je les avais laissé, tranquillisé, car notre enfant ne pleurait pas.

-Merci Pierre je me sens soulagée, jamais je n’aurais osé dire à Papa qu’il fallait qu’il garde son masque surtout qu’il doit transpirer là-dessous.

C’est un peu plus tard que loin de tous j’ai discuté en compagnie de Pierre avec mon père voulant savoir ce qu’il était arrivé à ma tante.

– Papa peux-tu nous dire ce qu’il est arrivé à Tante Jeanne ?

-Lorsque mon frère a été arrêté il a osé dire que c’était sa femme qui l’avait poussé dans les bras des allemands et qu’elle n’était pas la dernière à s’envoyer en l’air avec des Bosch. Mais comme personne en avait entendu parlé. Nul n’est venu l’arrêter. Voulant en avoir le cœur net je suis allé à notre maison familiale. La propriété avait été mis sans dessus dessous, les portraits de mes aïeux avaient été piétiné, saccagé, les meubles réduit en miettes. Les murs éventrés. Je ne savais pas qui avait fait ça. Jusqu’à ce que je croise la femme de chambre de ma belle-sœur qui tenait dans ces bras un bébé blond, environ l’âge de Noël. Elle me l’a tendu en me disant voici votre neveu il s’appelle Hans. Je n’en croyais ni mes yeux, ni mes oreilles, ma belle-sœur avait eu un enfant d’un allemand. Quel déshonneur !

-Il est où cet enfant papa, avec ma tante ?

-Ta tante est morte. Son amant l’a empoisonné ne voulant pas être pris par les partisans comme il les appelaient.

-Et son enfant ?

-Il l’a mis dans les bras de Martine, la femme de chambre de ma belle-sœur.

-Et toi tu en as fait quoi ? Ce n’est pas de sa faute.

-Non, ce n’est pas sa faute. Il est chez Germain avec sa nounou.

-Et son père ?

-Lui, je n’en sais rien… Il a disparu. Mort où il a rejoint son armée. E tt je ne veux rien savoir de lui.

-Martine ne sait pas qui a saccagé la métairie de tes parents ?

-Non elle se cachait avec sa fille et Hans. Elle a juste entendu crier, des bruits puis plus rien. Comme l’enfant avait faim elle est sortie et elle a découvert la maison sans dessus dessous. Elle a cherché du lait pour le petit et elle s’est réfugiée dans la cuisine, elle avait suffisamment de provisions pour soutenir un siège.

Après cette confession pénible, mon père s’est effondré sur la table. Encore un drame de plus. Cet enfant de l’âge de Noël qui n’a plus ni son père, ni sa mère comme c’est triste.

J’étais en pleur dans les bras de Pierre, mes larmes n’arrêtaient pas de couler. Ce bébé, car à deux ans on est encore un bébé même si le mien veut être un grand garçon, allait devenir l’enfant de personne. L’histoire recommençait.

A suivre…

L’enfant de personne/21

Ce sera la première fois que les vendanges se feront sans Paul.

Pierre qui fait un stage à l’hôpital de Nantua est venu nous apporter de l’aide accompagnés de ses fidèles lieutenants José et Félix. D’autres du maquis de l’Ain sont aussi venu.

Au début l’ambiance était au plus bas, puis ma belle-mère le premier soir les a tous réunis en leur disant:

– Si Paul était là il aimerait vous entendre chanter. Ne baissons pas les bras les vendanges s’annoncent merveilleuses. Et j’aurais besoin de beaucoup d’entre vous pour écraser le raisin. Nous pratiquons une méthode ancestrale depuis que le grand-père de Paul a acheté cette vigne. Bon appétit et reposez-vous bien.

Lorsque ma future belle-mère a achevé son discours improvisé tous sont spontanément venu l’embrasser. La famille Doumer qui avait fuit l’Allemagne nazie avait rejoint le domaine car entre deux guerres ils correspondaient avec Paul. Juifs c’est tout naturellement que Paul leur avait offert l’hospitalité dans une cachette connue de lui seul. Moshé était viticulteur en Saxe et commercialisait un vin pétillant appelé en français » Le petit chaperon rouge » à cause de son bouchon rouge. ( Véridique). Il serait d’un très grand secours.

Sa femme Sarah aidait Marianne en cuisine. Ils avaient deux enfants, deux garçons de 10 et 8 ans, mais avaient recueilli deux jeunes dont les parents n’étaient jamais arrivés à la ferme. Une fille de 14 ans nommée Anna et son frère de 17 ans David. Eux aussi aidaient pour ramasser le raisin.

Alors que mon père était reparti sur Saint-Etienne voulant connaître le sort qui avait été réservé à son amie d’enfance, nous apprenons qu’en gare d’Oyonnax un train arriverait dans l’après-midi depuis la Suisse. Il y aurait à son bord certains du maquis du Bugey que les Allemands auraient abandonné à leur sort après la chute des villes de l’Ain et du Jura. Ne voulant rien dire à la mère de Pierre nous partons accompagnés de Félix , Moshé et David sur Oyonnax distant de 26 km.

A l’arrivée il y a une foule énorme. Des femmes, des soeurs, des familles, des anciens résistants. Pierre n’en finit pas d’embrasser des hommes et des femmes. Certains me disent :- C’est vous la femme à la robe jaune et ils m’embrassent. Je dois être rouge comme un coquelicot devant ses hommes qui ont affronté les Allemands. Porté cette robe c’était juste pour accompagner un SS et il fallait que ce soit crédible.Je ne pouvais pas voyager avec ce vêtement surtout en voyant les regards couroucés de certains voyageurs.

Mais finalement je suis bien contente qu’ils se soient cassé les dents sur ma robe jaune. Mais ces jeunes sont persuadé que j’ai servi d’appât en mon âme et conscience. je ne me prends nullement pour une héroïne. Mais Pierre me dit laisse tu rentreras dans la légende. Et je le vois sourire.

Enfin le train est annoncé quai Numéro 2. Faut-il traverser les voies ou attendre vers la sortie ? Pierre se décide et demande à Félix et Moshé de rester à la sortie au cas où on le manquerait si par un heureux hasard il était dans ce train. Et c’est accompagné de David que nous nous dirigeons vers le quai. C’est un wagon à bestiaux. Le même qui les avaient emmené en Allemagne, c’est ce que dit la foule qui attends dans un silence impressionnant. Soudain un homme en blouse blanche s’approche de Pierre. C’est son chef de service, il lui demande de venir l’aider car il y a beaucoup de malades, de personnes déshydratées. Il y a aussi des blessés par balles et des résistants torturés ayant encore des blessures qui se sont infecté.

Un silence de mort s’installe sur le quai lorsque descendent les premiers survivants du train. Ils sont debout mais dans un état lamentable. Certains s’affaissent épuisés sur le quai. Les brancards et les bras ne sont pas assez nombreux. Aussi Pierre monte sur un des wagons et demandent à ceux présents sur le quai soit de s’en aller dans le hall de la gare soit de soutenir ceux qui arrivent. Aucune des personnes ne s’opposent aux paroles de Pierre. Ceux qui ne peuvent pas aider s’en vont. Je préfère m’en aller je ne suis pas d’un grand secours. Par contre Moshé reste.

Il va s’écouler plus de trois heures avant que nous voyons réapparaître Moshé suivi de Pierre. Ce dernier est pâle à faire peur. Il.s’asseoit à même le sol et nous raconte l’insoutenable vision d’horreur qu’il a eu lorsqu’il est entré dans le wagon ou gisaient pêle-mêle ceux de son réseau et surtout de son père couché sur la cuisse de son frère d’armes son bras droit dans son réseau. C’est le médecin chef de l’hôpital de Nantua qui m’a secoué par l’épaule tant j’étais tétanisé devant les morts et les rares survivants du dernier wagon. Sur 40 seuls trente sont vivant mais dans un sale état. Nous ne nous sommes pas attardé à vérifier ce que chacun d’entre eux avaient, tous ont été dirigé sur l’hôpital d’Oyonnax, pour mon père j’ai demandé à ce qu’il soit amené à Nantua. Mon patron ne s’y est pas opposé, il m’a dit qu’importe l’hôpital votre père est entre la vie et la mort. Allez rassurer les vôtres, je vais d’abord l’examiner et revenez avec votre mère dès cette nuit. Pierre est dans mes bras il pleure comme un enfant. Puis, essuyant ses larmes il dit mon père s’est toujours battu. On va bien l’entourer il va s’en sortir j’en suis sûr il ne peut pas mourir alors qu’il est de retour chez nous.

Nous sommes de retour à la ferme, Mariane est auprès de son amour. Les vendanges se sont achevé. Mais personne n’est rentrée chez eux. Tous espèrent que Mr Paul va s’en sortir. Ils donnent différents coups de mains. Et tout naturellement ils se relaient à l’hôpital pour que Marianne puisse se reposer. Cela fait quinze jours que Paul est à Nantua. Il a une jambe de cassé ainsi qu’un bras. Différentes plaies et contusions un peu de partout mais ceci est en train de guérir. Par contre sa main droite est salement endommagée. Le chirurgien hésite à l’amputer. De plus Paul est dans le coma on ne peut pas avoir son accord. Tout repose sur les épaules de Pierre, il m’en a parlé ce matin. Je ne sais si j’ai été d’un grand secours mais je lui ai dit :

– Imagine que ce ne soit pas ton père mais un patient inconnu qui arrive dans ton service, en ton âme et conscience que ferais-tu ? Il a réfléchi et m’a dit :

– J’informerai ceux de sa famille et je leur dirai qu’il est préférable qu’il soit amputé.

-Et bien parles avec ta maman et donne lui toutes les raisons pour laquelle il est préférable que ce soit fait. Tu m’as dit que ton père était gaucher, or c’est de sa main droite qu’il s’agit. Et puis ton chef de service t’as bien dit qu’il lui mettrait un crochet en attendant que la science avance.

– Pourquoi es-tu ma bonne fée, qui me donne toujours de bons conseils ?

-Parce que je t’aimes grand nigaud.

Nous étions dans la chambre de mon beau-père, il était blanc, respirait normalement. Sa mère avait donné son accord. L’opération aurait lieu après-demain, le chirurgien était allé sur Oyonnax pour avoir un spécialiste des mains pour opérer. Dans l’après-midi alors que nous attendions le retour du chirurgien et de l’éminent professeur qui arrivait de Paris, Marianne nous a appelé.

– Dis-moi Pierre je n’ai pas rêvé ton père bouge bien ses cils. Pierre se penche et il est stupéfait son père le regarde et ouvre ses yeux.

-Papa

-Pierre

Tout le monde pleure, c’est Paul qui arrête nos pleurs, il nous murmure plus qu’il nous le dit à haute voix :

-Je suis vivant c’est l’essentiel pour le reste j’y arriverais.

-De quoi parles-tu Papa ?

-Je t’ai entendu en parler avec Magdeleine. Je sais que l’on doit m’amputer.

Nous étions stupéfaits, il était dans le coma et il savait ce qu’il allait se passer . Lorsque nous avons rapporté ces paroles à ceux restés à la grande maison, Félix s’est souvenu que son grand-père avait tenu ce même genre de propos quelques semaines avant de mourir. Sa mère s’était demandé s’il ne leur avait pas joué la comédie. Aujourd’hui il comprenait.

Un mois plus tard Paul est rentré à la ferme, il va mieux. Mais il a refusé de nous raconter ce qu’il s’était passé. Il a juste dit « Ce train est allé jusqu’au Struthof situé en amont du Rhin. On n’a jamais traversé le Rhin. Certains wagons se sont vidé. Et le nôtre n’a pas été ouverts. Puis le train est reparti. A un moment donné il s’est arrêté on entendait passer les avions. Les mieux portant appelaient au secours. Puis petit à petit nos forces ont diminuées. De temps en temps la porte s’ouvrait on nous donnait un seau d’eau. Je pense que si il y a eu si peu de morts dans notre wagon c’est parce que c’était la majorité de mon réseau qui y était. On s’est soutenu, entre aidé tout le temps où je suis resté conscient. »

Depuis Paul réapprend à vivre. A la place de sa main il a un crochet. La dernière de ses filles l’appelle  » capitaine crochet. »

« Ce matin j’ai annoncé à mes beaux-parents que j’attendais un bébé. La joie était sur tous les visages. »

Paul a juste dit, il va falloir vous marier mes enfants.

D’un commun accord nous décidons d’attendre l’année 1945.

Et surtout je veux que ceux de ma famille soit présent…

A suivre

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