Shana face à son passé 11

Le dimanche fut une succession de petits bonheurs. D’abord, vers neuf heures, Mila frappa à la porte et me dit :

— Maman, papa t’a laissé une lettre. Il faut que tu nous la lises, c’est ce qu’il veut.

Lorsque je prends connaissance du courrier, Mila et Maël sont là, attentifs, écoutant avec sérieux les conseils de leur père. Un sourire discret se dessine en moi à la lecture de ses mots. Je m’interroge : comment vont réagir mes ados ? Et pourtant, sans discuter, ils accueillent tout d’un bloc, comme une évidence.

Bien sûr, tous les jours ne furent pas simples, mais dans l’ensemble, ils m’aident du mieux qu’ils peuvent.

À midi, je déjeunais chez mes beaux-parents, en compagnie du frère et de la sœur de Thomas. J’étais pleinement intégrée à leur cercle, comme l’une des leurs.

Après le repas, Olga, ma belle-mère, m’a tendu un écrin contenant une rangée de perles. Elles avaient appartenu à sa sœur, qui était aussi la marraine de Thomas. J’ai d’abord décliné, touchée mais un peu gênée.

C’est alors que Manon est arrivée, le sourire aux lèvres, et a lancé en riant :

— Ne fâche pas maman, m’a glissé Manon. Elle se réjouit tellement que Thomas ait accepté de se marier. Avant, c’était un vrai ours : aucune femme ne trouvait grâce à ses yeux. Et puis tu es arrivée… Juste après qu’il nous ait annoncé je ne sais quelles absurdités qui ont rendu notre père fou de rage.Je n’ai jamais su ce qu’il avait dit exactement.

Olga, sa mère, s’est contentée de souffler : C’est du passé

Mila et Maël, de leur côté, s’étaient parfaitement fondus dans la bande de cousins et cousines. L’ambiance était légère, joyeuse — chacun savourait pleinement ces instants partagés.

Le soir venu, nous sommes rentrés à la caserne. Là, j’ai croisé pour la première fois Madame Buisson, l’épouse du second de Thomas. Elle m’a abordée avec chaleur et m’a proposée de venir prendre un café pour rencontrer les autres épouses. Je lui ai répondu que ce serait avec plaisir, dès que je connaîtrais mes horaires.

Le lundi, à dix heures, je me suis présentée devant le Colonel. Dans le bureau se trouvaient également le capitaine Morel et… Baptiste, mon beau-frère, qui n’est autre que l’aide de camp du Colonel. Morel prit la parole pour nous exposer la situation.

Un soir, avait-il raconté, il avait été convoqué en toute discrétion par une ancienne connaissance de l’IGPN — une femme d’une quarantaine d’années, le regard perçant.

— Écoute, Julien, lui avait-elle soufflé. Tu es sur quelque chose de bien plus gros que ce que tu crois. De Brévailles, Larzay… ce ne sont que des courroies de transmission. La véritable machine est ailleurs. Le ministre lui-même a été aperçu en réunion privée avec ces types. Ce que tu fais, là, peut faire sauter une moitié de la République…

En entendant ces mots, j’ai compris que je n’étais pas mise à l’écart — bien au contraire. J’allais intégrer l’équipe de terrain. Morel, lui, reprenait la route pour Lyon.

Mais auparavant Morel nous exposa calmement ses conclusions. Ce dont il parlait n’était plus une simple enquête : c’était une guerre souterraine. Et lui, simple flic de terrain, venait de poser le doigt sur une structure parallèle à l’État. Un système alimenté par la finance, couvert par les réseaux politiques et protégé par un silence savamment orchestré.

J’apprends par le Capitaine Morel qu’entre-temps, Thomas avait réussi à infiltrer un de ses hommes au sein du dispositif, Une taupe s’était infiltrée , discrète,parfaitement intégrée, chargée de remonter des informations sans se faire repérer. Les ramifications étaient tentaculaires, invisibles à l’œil nu. Certaines personnes que nous pensions inaccessibles étaient en réalité profondément compromises. C’était vertigineux. Tout ce que nous pensions savoir était à revoir. Je sentais la tension monter dans la pièce. Pourtant, chacun restait concentré, pragmatique. Ce n’était plus le moment des doutes. C’était celui de l’action. Je comprenais, à travers les regards échangés et les silences lourds de sens, que mon rôle allait bien au-delà de ce que j’avais imaginé. Je n’étais pas là pour observer. J’étais là pour agir. Certes pas en m’exposant aux tirs mais là dans le bureau pour regarder à la loupe ce que nous avions raté il y a dix ans.

Le Colonel est lui aussi abasourdi, contrarié, et surtout fort en colère. Il ne peut pas admettre que des dignitaires de la République puissent se compromettre. Morel se retire et je soumet au Colonel une idée que j’ai eu. Il m’écoute fort attentivement et rapidement demande à Bastien de me trouver un bureau. Puis, il se ravise et me demande de le suivre. Il m’emmène dans l’appartement de fonction qu’il a mais n’utilise pas. Il choisit le séjour et me dit :

— Je vous donne tout ce que vous voulez Lieutenant, ordinateur, téléphone tous les dossiers concernant cette époque, je sais que pour vous c’est sûrement fort dure pour vous de remonter à ces moments.

— Je me permets de vous couper mon Colonel, il faut que l’on mette la main sur ce commanditaire, je pense qu’il y a dix ans nous avons râté quelque chose. Pouvez-vous me donner les écoutes téléphoniques ? Il est possible qu’une voix, un son, une voiture pourra nous permettre d’avancer. Est-ce que le sergent Buisson qui était radio il y a quelques années ne pourraient pas venir me donner un coup de main

— D’oreilles vous voulez dire

Le Colonel avait le don de détendre l’atmosphère, mais il approuva ma demande et me quitta pour donner un ordre.

Le Sergent Buisson me rejoint le lendemain et avant de me montrer un fichier récupéré par un contact à Bercy. Il me dit Lieutenant j’ai le Bonjour de Thomas et je suis la taupe.

Rapidement nous nous mettons au travail il me donne son dossier qui contient une simple feuille Excel, sobre, presque anodine. Elle contenait une liste de transferts, avec des noms codés, mais certains étaient reconnaissables malgré les précautions.

EBRVA » : Étienne de Brévailles »

MLRZ » : Maxime Larzay »

MNST-FIN 02 » : probable référence au ministre lui-même

Et toujours celui-ci JLC que l’on n’avait toujours pas identifié.

Et à côté : des montants, des destinations. Dubaï. Singapour. Panama.

— C’est un budget parallèle. Ils siphonnent des fonds publics sous couvert de montages financiers. Et ils financent quoi, derrière ? Des campagnes ? Des opérations noires ?

Je lui repond, le regard sombre :

— Peut-être pire. Du renseignement privé, du chantage, de l’influence et j’ai peur que tout est recommencé.

Il nous fallait désormais une preuve irréfutable. Un témoignage. Un enregistrement. Quelque chose qui rendrait toute tentative d’étouffement impossible.

Et cela n’allait pas tarder à arriver. Car un homme, était prêt à parler. Et il avait tout enregistré. C’est Le Sergent Buisson qui l’a appris par un recoupement au sein d’un ministère. Un secrétaire avait disparu.

Une semaine plus tard, le capitaine Morel reçut un appel sur une ligne sécurisée. Une voix hachée, déformée, presque murmurée.

— J’ai des preuves. J’ai tout. Mais ils savent que je parle. Je ne peux pas passer par les canaux normaux. Il faut me rencontrer. Ce soir. Seul.

Morel lui proposa un point de rendez-vous dans un bar, mais l’autre que nous avons nomme Monsieur X refuta ce lieu. Argumentant qu’il y avait trop de monde.

Mais de quoi pouvait-il avoir peur ? Il proposa à Morel le point de rendez-vous : un ancien parking souterrain près du funiculaire de la Croix Rousse.

L’homme qui l’attendait dans l’ombre, tremblant, visiblement en fuite, s’appelait Jérôme Calmet. Ancien cadre d’un cabinet d’audit en charge des comptes d’une fondation opaque liée à de Brévailles. Il sortit une clé USB.

— Ici, tout est chiffré. Mais les noms, les virements, les dates… Vous verrez par vous-même. Ils déplacent de l’argent pour des choses qu’aucun État ne devrait couvrir.

Morel lui demanda :

— Des campagnes électorales ? Du lobbying ? Calmet baissa les yeux. Pas seulement, ils payent le silence. Des gens… des enfants… dans certaines soirées organisées dans des maisons privées. Le lien est là, caché dans les virements. On parle de vidéos, de complicités judiciaires. De Brévailles est au centre. Mais il n’est pas seul. Il y a des magistrats, des chefs d’entreprise, un député européen même…

Le lendemain, Calmet était retrouvé mort, noyé, à La Mulatière là où la Saône et le Rhône se rejoignent.

« Suicide », disait la note interne. Mais Morel savait. L’étouffement venait de commencer.

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 10

Huit jours plus tard ils se marièrent. la cérémonie avait été simple. Juste quelques mots échangés dans la petite mairie en pierre claire, baignée par la lumière dorée d’un après-midi de mai. Les mains de Thomas dans celles de Shana. Un regard qui disait plus que n’importe quel serment.

Elle portait une robe fluide , sans éclat superflu. Lui, un costume sombre, sobre, élégant. Autour d’eux, peu de monde. Quelques proches, des collègues triés sur le volet. Le Commandant Lambert lui-même, debout au fond, droit comme un I accompagné de son épouse Olga. Leur petite fille Manon accompagné de son mari Mathieu et de leurs enfants Béa et Tom, ainsi que Baptiste avec sa femme Angélique et leurs jumeaux Cédric et Celine. Pour rien au monde Manon n’aurait raté le mariage de son petit frère. Le capitaine Morel était présent.

Mila tenait l’alliance de son père et Maël l’alliance de sa mère. Mais c’est en sortant que l’étrangeté sublime les frappa. Il y avait un grand silence, mais de part et d’autre des marches de la mairie, il y avait quatorze hommes et femmes, parfaitement alignés, en une double haie d’honneur, en costumes noirs, cagoulés de noir également — comme sur le terrain. Aucun visage visible. Juste leurs yeux de différentes couleurs. Une rose tenue à la main : rouge pour les hommes, blanche pour les femmes.

Les tiges étaient droites, les fleurs inclinées vers eux, comme un hommage. Pas un mot. Pas un mouvement.Thomas, en descendant les marches avec Shana à son bras, ralentit. Il les reconnut sans les voir. Il connaissait leur posture, leur respiration. C’était son groupe. Ceux qu’il avait menés en mission. Ceux qu’il aurait suivi les yeux fermés.

Shana les fixa, elle aussi. Elle aurait pu être parmi eux pour un mariage. Elle aurait pu porter cette cagoule, cette rose, cette posture tendue. Mais elle n’avait aucun regret. Thomas s’arrêta au bas des marches. Le silence était presque sacré.

Alors, l’un des tireurs d’élite s’avança. Un grand homme à la carrure massive s’approcha lentement, puis tendit sa rose rouge à Thomas.

— Pour la cible que tu ne perdras jamais de vue, » dit-il d’une voix grave.

Puis il se tourna vers Shana avec une rose blanche et ajouta :

— « Et pour celle qui t’a touché en plein cœur. »

Il retourna prendre sa place sans un mot. Derrière les cagoules, il n’y avait plus de soldats, plus d’ombres, juste une famille silencieuse. Shana regarda Thomas, émue au-delà des mots.

— Ils te respectent.

— Non, dit-il. Ils nous respectent.

Alors, dans ce couloir de silence et de loyauté, main dans la main, ils avancèrent. Lentement, ensemble. Derrière eux Mila et Maël et leurs cousins cousines. Les adultes étaient dans la cour et prenaient des photos où filmaient.

Et sans un seul applaudissement, sans une seule fanfare, ils vécurent le moment le plus fort de leur vie.

Le soleil déclinait doucement derrière les arbres. La lumière dorée traversait les pans de toile, diffusant sur les visages un éclat d’ambre tendre. Les assiettes étaient presque vides, les conversations roulaient doucement sur les nappes blanches, lorsque Thomas, se leva.

Le silence tomba presque naturellement. Il n’était pas en uniforme, mais dans son costume sombre, il dégageait la même autorité tranquille. Celle qu’on n’impose pas, qu’on incarne.Il leva son verre, sans sourire, mais avec cette intensité dans le regard qu’on lui connaissait.

— Je ne suis pas doué pour les grandes déclarations. Je préfère les décisions nettes, les ordres clairs, et les silences utiles.

Un léger rire parcourut la tablée.

— Mais aujourd’hui, je ne parle pas comme chef d’unité. Ni comme Commandant. Je parle comme un homme qui, pour la première fois de sa vie, a eu peur de vivre heureux.Il jeta un regard à Shana, assise à sa droite. Ses yeux se radoucirent immédiatement.— Shana est entrée dans ma vie comme une brèche dans un mur, franche, inattendue, brillante. Elle n’a pas eu besoin de me convaincre. Elle a juste été là, présente rien que pour moi, et je me suis rendu.

Il inspira un instant, posant son verre.

— Ce que vous voyez aujourd’hui, ce n’est pas juste un mariage. C’est une alliance. Deux soldats, deux âmes cabossées, qui ont choisi de poser les armes, l’un pour l’autre. Et d’en fabriquer une nouvelle. Une bien plus précieuse : l’amour.

Un silence, puis les verres se levèrent. Une émotion discrète. Beaucoup de regards qui se baissent, par pudeur.

Mais Shana se leva alors, doucement. Elle porta ses doigts à la table pour s’y appuyer. Ses yeux étaient brillants, mais sa voix était claire.

— Il fut un temps où je croyais que l’amour n’était pas fait pour moi. J’ai connu la douleur, la peur, la perte de confiance. J’ai été brisée, à une époque où j’aurais voulu disparaître. J’étais une victime. Mais ce que j’ai compris avec le temps — et avec beaucoup de cicatrices que vous ne voyez pas — c’est qu’on peut être une victime un jour, et une survivante le lendemain. Et qu’après avoir survécu, on peut apprendre à vivre… Puis à aimer. Et c’est là que tu entres en scène, Thomas avec ton calme, ta droiture, ton regard perçant de tireur d’élite, mais surtout ton cœur immense, qui m’a vue toute entière. Tu as vu mes failles, mes ombres, mes silences… Et tu ne m’as jamais demandé d’être parfaite. Tu m’as juste tendu la main. Patience après patience, tu m’as appris à me relever, à faire confiance, à rire à nouveau. Je ne t’ai pas seulement choisi comme mari. Je t’ai choisi comme refuge. Comme partenaire de vie. Comme père de nos enfants. Tu m’as montré qu’un passé douloureux ne nous condamne pas à un futur sans lumière.

Thomas très ému, mis sa main sur la bouche de Shana, puis l’embrassa passionnément, mais sa femme lui dit :

— Je n’ai pas terminé Thomas. Merci à toi, mon amour, de m’avoir appris qu’on peut renaître, qu’on peut aimer après la peur, et qu’on peut construire quelque chose d’infiniment beau, même après avoir été détruite.

Un silence attentif. Elle sourit.

— Tu es l’homme le plus exigeant que j’aie rencontré. Tu diriges des missions impossibles, tu fais tomber les murs, et tu ne te laisses jamais le droit à l’erreur. Tu veux toujours protéger. Mais aujourd’hui, tu as accepté de me recevoir et d’accepter.

Elle posa une main sur son ventre encore invisible.

— Ce qu’on porte là, c’est peut-être pas venu au bon moment. Mais c’est venu du bon amour. D’une nuit où le monde tombait, et où on a décidé de ne pas tomber avec.

Elle le regarda droit dans les yeux, elle leva son verre.

— À nous, Thomas. Et à l’inconnu qu’on ne craint plus.

Les applaudissements furent sobres, mais profonds. Pas bruyants, juste respectueux, comme dans une cérémonie officieuse, que seuls ceux qui ont connu le terrain comprennent.

Puis Thomas et Shana disent ensemble à leurs enfants Mila et Maël :

Mila, Maël il va falloir trouver des prénoms commençant par la lettre M plusieurs pour que nous ayons le choix.

C’est par un éclat de rire que se termine le discours en duo de Thomas et Shana.

Puis, la tente s’était vidée doucement, les éclats de voix remplacés par le bruissement des arbres. La nuit s’était posée comme un voile de velours sur le domaine.

Dans la chambre qu’on leur avait préparée, simple, sobre, presque monacal, Shana s’était allongée, encore en robe, les cheveux défaits. La lumière tamisée d’une lampe posée au sol dessinait des ombres souples sur les murs. Thomas entra en silence après s’être assuré que tout était bouclé, comme toujours.

Il s’arrêta quelques secondes à la regarder. Elle tourna la tête vers lui. Son visage n’exprimait pas de tristesse. Juste cette lucidité qu’elle portait en elle, dans les bons comme les pires moments.

— C’est pour demain matin, n’est-ce pas ? demanda-t-elle sans détour.

Il ne répondit pas tout de suite. Il posa sa montre, sa ceinture, son téléphone. Des gestes millimétrés. Et finalement :

— Oui. Avant l’aube.

Elle se redressa, s’assit sur le lit. Sa robe glissa légèrement sur ses épaules.

— Tu ne veux pas me dire où ? Il secoua la tête.

— Je ne peux pas.

Un silence. Il s’assit à côté d’elle, sans la regarder encore.

— C’est pour combien de temps ?

— Je ne sais pas. Mais toi par contre , après demain tu vas travailler au bureau en binôme avec Morel. Lundi matin à dix heures tu as rendez-vous avec le Colonel. Tu n’iras plus sur le terrain, tu me le promets.

Elle posa doucement sa tête sur son épaule.

— J’essayerai, tu crois que ce sera la dernière fois qu’on se touche comme ça avant longtemps ? Il prit sa main, entrelace leurs doigts. Il sentait la fragilité nouvelle de sa peau, la fine chaleur de ce lien si jeune encore.

— Je l’espère pas. Mais si c’est le cas… alors je veux que cette nuit compte.

Il se tourna vers elle. Leurs deux fronts se touchèrent.

— Pas pour le sexe. Pas pour le corps. Pour l’instant. Pour la mémoire. Pour que, chaque nuit où je serai loin, je sache exactement comment tu respires. Comment ton cœur bat sous ma main. Comment ta voix me murmure « reviens ».

Elle ferma les yeux, et posa sa paume contre sa nuque.

— Tu reviendras. Parce que tu n’as pas fini de m’aimer. Et que je n’ai pas fini de te faire chier.

Il sourit, enfin, un vrai sourire, rare, précieux.

— Ça, c’est une promesse.

Puis il l’allongea tout doucement, en la tenant contre lui, comme s’il apprenait un nouveau langage. Celui du silence, du respect, de la lenteur. De l’amour qui se dit par le souffle, la peau, la façon dont deux fronts se frôlent dans l’obscurité. Ce n’était pas une nuit de noces. C’était un serment, muet, profond, entrelacé de chair et d’âme.

Et quand l’aube approcha, il la regarda dormir quelques minutes encore.

Puis il partit.

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 9

Une fois Maël couché par Thomas car il était fort excité par la venue de ce bébé, Thomas me rejoint dans la salle de bain ou je suis en train de prendre une douche. Il se glisse derrière moi et avec le savon dessine les contours de mon corps s’attardant sur mon ventre et me disant à l’oreille :

— Nous allons à la clinique quel jour ?

— Je croyais que tu partais avec les promus.

— Effectivement je n’ai pas eu le temps t’en parler, finalement j’ai renoncé à y aller car le Colonel m’envoie en mission.

— Quand ?

Je sens Thomas réticent à me le dire.

— J’ai peur que cela te déplaise.

— Tant pis vas y

— Déjà je suis en vacance jusqu’à notre mariage, ensuite je partirais dimanche matin à l’aube.

— Le dimanche après notre mariage, tu lui as dit au Colonel.

— Oui et j’ai réussi à partir après avant c’était dans la nuit du vendredi au samedi.

Je ne peux retenir mes larmes au début il croit que c’est la douche mais lorsqu’il me prend dans ses bras, de suite il voit que je pleure. Il me caline.

Apres avoir fait l’amour, Thomas la tête appuyer sur son coude me dit :

— Je savais que tu t’étais entraînée pour rentrer dans les soldats d’élite. Tu as toute mon admiration à la fois pour ta brillante réussite et à la fois pour le choix que tu as fait. Donner la vie à notre bébé et non avorté.

Puis il ajouta :

“Le courage, c’est pas seulement d’aller au bout. C’est parfois de savoir quand s’arrêter.”

J’ étais émue, comme Thomas parlait bien. Une fois Thomas endormi je me relevais et envoyais un mail au Colonel.

Mon Colonel,

Je suis dans l’obligation de reporter mon intégration. J’en assume les conséquences et reste à disposition pour toute suite à donner.”

Lieutenant Lamalle Shana

Il était deux heures douze du matin, Thomas penché sur mon épaule me dit :

Il va te répondre rapidement , possible qu’il te demande des explications.

A notre réveil j’allais sur notre ordinateur et je vis que le Colonel ne dormait pas vu qu’à deux heures trente il m’avait répondu. Il y avait deux courrier l’un formel et militaire :

Il avait répondu avec retenue, mais sans hostilité : « Nous prenons note de votre situation. Une réintégration pourra être étudiée, selon conditions. »

le second courrier était totalement différent

Thomas je vous conseille de surveiller votre femme, elle m’écrit à deux heures du matin. Son état nécessite beaucoup de sommeil. Bienvenue au futur bébé Lambert. Prenez beaucoup de repos lieutenant Lamalle et profitez de ce temps pour trouver ces enfants de salop qui nous ont files entre les doigts. Parfois devant des dossiers in voit ce qui a échappé à tout le monde. Vous travaillerez avec mon aide de camp et Morel à distance, si le besoin s’en faisait sentir et selon votre état je vous promet de vous adjoindre un de mes meilleurs éléments. Tout ceci pour me faire pardonner d’envoyer Thomas loin de vous.

Et je dirais à Madame la Colonelle que son diagnostic s’est avéré exact.

Mes amitiés sincères

Colonel Lefèvre

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 8

J’étais à la fois heureuse et triste, heureuse car j’attendais l’enfant de Thomas qui était le plus attentionné des hommes, c’était mon amour, un papa fort attentionné pour Mila et Maël et j’espérais qu’il serait heureux de l’arrivée de ce troisième, nés de notre amour.

j’avais refait le test deux fois et j’étais enceinte, cet après-midi, j’allais avec Myriam rencontrer son gynécologue obstétricien à la Clinique Sainte Bernadette. C’était un médecin qui avait fait de l’humanitaire, il devrait plaire à Thomas. Par contre lui qui était athé apprécierait-il le choix de cette clinique. Je savais si peu de choses sur Thomas à part que je l’aimais passionnément.

A la veille de réaliser mon rêve, j’apprenais coup sur coup que j’étais enceinte.

Thomas ignorait que j’avais postulé pour intégrer une unité d’élite de la gendarmerie. Après des années de sacrifices, d’entraînements intensifs et de missions éprouvantes, j’ai réussit enfin le processus de sélection. Mon intégration dans l’unité est imminente. Et c’est ce matin que j’ai appris que j’étais à la fois enceinte et appelée. C’était sous quarante huit heures, je devais me présenter au poste de Commandement de ma caserne à 20 h.

Pendant que j’attendais dans la salle d’attente, je racontais à Myriam ce qu’il m’arrivait. Elle m’a écouté je lui ai dit à la fois mon envie d’être mère pour ce petit et à la fois c’était mon rêve qui s’écroulait.

Avant d’entrer dans le cabinet du Professeur Michel elle m’a posé une question, une seule.

— En as-tu parlé à Thomas ?

— Non j’attendais cette visite.

J’attendais le médecin allongé sur la table lorsque j’ai vu que j’étais appelé par Thomas. Je te rappelle plus tard lui ai-je écrit. Il m’a répondu ce soir j’aurais un peu de retard, je suis chargé d’une mission spéciale, je vais devenir instructeur de la dernière promotion des tireurs d’élite.

Le ciel me serait tombé sur la tête cela n’ aurait pas été pire. S’il consultait la liste il me trouverait rapidement. Et moi qui voulait lui l’annoncer.

Lorsque je sors du cabinet, Myriam se précipite vers moi et me dit :

— Alors es-tu enceinte oui ou non ?

Je ne lui réponds pas tant je suis abasourdie, ce qui aurait dû être une surprise va tourner au cauchemar. Myriam insiste :

— Tu n’es pas enceinte.

— Pourquoi me dis-tu ça, mais bien sûr que je suis enceinte. Cela fera trois mois d’ici environ quinze jours. Mais j’ai repris un rendez-vous pour venir avec Thomas car je n’ai pas pu répondre à toutes ces questions concernant Thomas. Je voulais juste me rassurer.

… — Tu me sembles pas du tout confiante, viens à la maison nous en parlerons.

— Non je dois voir Thomas avant, il faut que je lui explique que c’était une surprise. Sinon il ne va pas comprendre.

— Arrête Shana tu parles par énigme et je n’y comprends rien.

— Laisse-moi à la caserne, après je te dirais tout.

Je descend comme une folle, j’ai tellement peur de la réaction de Thomas, pourtant on s’aime tous les deux, lui part parfois pour des missions plus lointaines. Mais partir ensemble ne nous arrive pas souvent. Dans le couloir je croise le capitaine Buisson, il me salue, moi aussi, il ne me dit rien sauf que Thomas n’est pas là. Tant pis, j’attendrais ce soir. Et c’est à ce moment que sort le Colonel Lefèvre accompagné de Thomas. Je salue le Colonel qui me dit :

— j’ai annulé la réunion de ce soir, je vous rends votre compagnon.

Bizarre pourquoi l’a-t-il annulé ? Thomas salue le Colonel et nous montons dans l’appartement que nous avons à la caserne. Nous sommes au dernier étage, nous avons un duplex avec quatre chambres, le bébé pourra avoir sa chambre. Les enfants sont rentrés de leurs cours respectifs. C’est Baptiste qui les a ramené avec les enfants du Colonel. C’est un avantage que de connaître l’aide de camps.

Comme nous ne sommes pas censés rentrer à cette heure, personne descend à notre rencontre, j’en profite pour entraîner Thomas dans notre chambre. Il me regarde d’un air interrogateur. Je lui dit il faut que je te parle, j’ai plusieurs choses à te dire.

— Dis-moi la plus importante, celle à laquelle tu tiens le plus.

Je suis prise au piège, les deux me tiennent à cœur, mais ce bébé c’est la vie qui continue, c’est notre famille qui s’agrandit. Je vois Thomas qui est dubitatif, il me dit tu veux que je t’aide.

— M’aider je ne vois pas comment tu vas pouvoir le faire. Écoute-moi cet après-midi je me suis rendue à la clinique Sainte-Bernadette avec Myriam.

— Je connais cette clinique. Je t’écoute Shana.

— Dans sept mois tu seras Papa.

Thomas fut d’abord étonné, puis il me demanda :

— Comment t’en es-tu rendu compte ?

— Un matin j’étais nauséeuse, n’oublie pas que j’étais chez Myriam et Alain. Le soir Alain m’a apporté un test de grossesse. Et j’ai découvert les petits traits.

— Mon amour tu fais de moi le plus heureux des hommes. L’as-tu dit aux enfants ? Non tu es le premier à le savoir.

— Menteuse, Alain et Myriam l’ont su avant moi. Je vais chercher Mila et Maël, nous allons leur donner des indices sans le leur dire. Ils devront deviner. Qu’en penses-tu ? Mais c’était quoi la deuxième chose.

— Rien, maintenant ça n’a plus d’importance.

— Mina, Maël venez on va vous donner une énigme à déchiffrer.

Le premier à dévaler les escaliers c’est Maël, Mina quant à elle arrive le téléphone collé à l’oreille. Elle doit papoter avec ses copines. Thomas lui fait comprendre qu’elle doit lâcher son joujoux. Elle rit et lui dit :

— Sinon tu me le confisques

— Mademoiselle connait bien sa leçon. Nous avons une surprise à vous apprendre nous allons vous la faite deviner. Je sais Mina que tu détestes ça, mais tu devrais trouver.

— Thomas ne lui donne pas d’indices.

Thomas a toujours de bonnes idées. Je l’aime aussi pour être ce père de deux ados. Bon il va nous falloir passer aux choses sérieuses. Thomas tends à chacun de nos enfants un rébus. Et chacun va s’exprimer. C’est Maël au tirage au sort qui sort le premier. Thomas lui dit sans réfléchir sur vois-tu sur mon dessin.

🧠 + 👶 + ❤️ + 🕐 = ❓

— Heu on ne voit pas grand chose, un cerveau, une tête, un coeur et une horloge. Avec ça je ne peux pas deviner grand chose.

— Et le point d’interrogation ça ne te dis rien. Et toi Mina.

— Vous voulez nous faire deviner quelque chose.

— Alors Mina, qu’en penses-tu ?

Un cerveau et un point d’interrogation c’est que l’on doit d viner ce qu’il y a au milieu. La tête avec un seul cheveux c’est un bébé… Un bébé… J’ai compris, le coeur c’est votre amour, le réveil ou la pendule c’est … Mince Papa tu aurais pu mettre un calendrier. Une horloge c’est l’heure.

— Non c’est le temps qui passe hurle Maël.

J’interviens pour leur demander ce qu’ils ont compris. C’est Mila qui fait la traduction du rébus :

— Devinez quoi un bébé arrive bientôt ?

Nos deux enfants dansent de joie devant cette grande nouvelle. Je ne regrette pas mon choix. Puis Thomas leur dit j’avais préparé un autre rébus mais le bébé m’a devancé. Les deux ont envie de savoir mais Thomas leur dit, votre maman et moi allons nous marier. Lorsque le bébé naitra vous serez tous les trois sur notre livret de famille.

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 7

Thomas Lambert et Morel Julien avaient appris assez récemment que les les hommes de la Haute Société descendaient dans le salon chaque fois qu’ils voulaient une proie. Ils attendaient que les enfants descendent, il fallait intervenir à ce moment precis. Ils avaient infiltré dans les semaines précédentes une jeune femme psychiatre qui devait jouer un rôle.

Elle avait répondu à une petite annonce et correspondait en tout point à ce que ces Messieurs recherchaient. Une jeune femme muette et sourde. Ce n’était pas son cas mais elle avait simulé à la perfection.

Le Commandant Lambert avait appris que Stan Capet restait dans son bureau. Il dirigeait sa Société comme il avait dit à Carole la policière de la BAC. Cette dernière s’était rapprochée de lui et jouait depuis peu la femme amoureuse. Mais elle n’avait jamais remarqué s’il recevait ses ordres de qui que ce soit. Pour Stan Capet il tenait un hotel. Carole était dans l’incapacité de dire s’il avait repris le flambeau de son père. C’était aujourd’hui ou jamais mais il fallait arrêter tous ceux qui profitaient des largesses de la famille Capet.

— Top action dans 3… 2… 1…

BOUM. La porte vola en éclats.

Shana entra en deuxième vague, après l’équipe de tête. Les cris, les bris de verre, les ordres criés dans les radios. Elle fonçait, guidée par l’instinct, par les souvenirs aussi.

Dans un couloir, elle croisa le regard d’un homme menotté au sol. Il l’avait reconnue, elle aussi, c’était un vieux juge sur le retour, elle ne connaissait pas son nom, mais cette fois-ci il ne passerait pas au travers des mailles du filet. En passant à sa hauteur, elle le fixa mais ne lui dit rien. Son regard fit le travail à sa place. Il baissa les yeux, vaincu.

À l’étage, Thomas venait de sécuriser les enfants. Ils étaient vivants. Terrorisés, mais vivants. Il passa la main sur l’un d’eux, apaisant, puis descendit. En chemin il croise son amour et lui dit que les enfants l’attendent.

Dans le salon, Stan Capet, menotté, hurlait son innocence comme le font tous ceux qui croient pouvoir encore acheter le silence. Quand il vit Shana, il se tut net.

— Je me souviens de toi, souffla-t-il, presque admiratif. Que fais-tu là ?

Shana ne lui répondit pas, elle continuait à évacuer les enfants, qui se serraient les uns contre les autres complètement affolés. Puis Carole fit son entrée et Stan lui dit :

— Carole mon amour je leur dirais que tu n’étais pas au courant de ce qu’il se passait ici. Je ne veux pas que tu sois obligé d’aller en prison.

— Je n’irai pas, je leur ai tout dit concernant ton hôtel.

— Sale garce tu n’étais pas plus sourde et muette que moi. Et dire que je t’aimais…

Pourtant il fallu se rendre à l’évidence, il manquait le cerveau, Stan Capet et son frère Aurèle trouvé dans une des chambres en compagnie d’un tout jeune garçon qui avait la tête en sang, suite au coup de poing que le second des Capet lui avait administré se murèrent dans le silence.

Sans le donneur d’ordres tout pouvait recommencer ailleurs. Pour Shana et Thomas rien n’était résolu. Qui tirait les ficelles de ce plan machiavélique ? Le travail allait commencer par les milieux de la Haute Société. Un craquerait bien, ils n’étaient pas tous fait en acier. La faille existait, encore fallait-il la trouver ?

C’est Shana qui proposa ses services pour découvrir la base dormante. Elle irait moins sur le terrain mais c’était très bien ainsi, elle portait la vie depuis deux mois, mais elle n’en n’avait pas encore parlé avec Thomas. Il ne tarderait pas à s’en rendre compte elle était très malade le matin, les nausées empiraient. Mais Thomas était partis en mission et elle habitait chez Myriam et Alain avec ses deux enfants. Myriam et Alain avaient eu il y avait tout juste trois mois une belle petite fille qu’ils ont appelés Miléna, la signification de son prénom étant gracieuse et aimante. C’était un beau bébé, elle pesait près de quatre kilos à la naissance et mesurait 54 cm.

Ce soir elle attendrait Thomas dans leur petit nid, elle ne savait pas comment il allait apprendre la nouvelle. Son métier comportait des risques et il n’avait pas l’habitude de se projeter très loin. Alors une naissance était-elle compatible avec leur vie trépidante ?

L’aube se leva sur la maison silencieuse. Le réseau était tombé sans leur chef. Quant au commanditaire personne ne le connaissait. Shana allait devoir consulter des milliers de documents retrouvés dans le bureau du Directeur de l’hôtel. D’autres dans des malettes.

Les enfants étaient en sécurité. Les pièces à conviction sous scellé. Les hommes arrêtés attendaient dans des cellules le moment où ils seraient interrogés.

Assise sur les marches du perron, Shana tremblait pour la première fois depuis longtemps. Non de peur. D’avoir enfin tourné une page. La maison de l’horreur allait être réhabilité par la gendarmerie, elle servirait de base arrière pour des interventions. Plus aucun enfant ne serait retrouvé enfermer dans les caves, ni ligoté à son lit car fugueur. Juste des gendarmes aguerris y séjourneront.

Thomas vint s’asseoir près d’elle. Il ne dit rien. Il lui prit la main.Elle se tourna vers lui. Les yeux pleins de fatigue, mais aussi d’une lumière nouvelle.

— On a arrêté les frères Capet et tous ceux présents dans la maison, Shana, ou es-tu ? Tu me sembles ailleurs, y a t il quelque chose que je devrais savoir ?

—Je t’en parlerais chez nous. Ici ce n’est ni le lieu ni l’endroit rêvé pour te le dire. Thomas en rejoignant ses hommes étaient perplexe qu’allait lui dire Shana ?

A suivre

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