Shana face à son passé 1 ( suite)

Dix ans ont passé depuis ce procès retentissant dans le Pays. Le fils aîné Capet a été tué devant la prison par une jeune femme dont on a jamais connu l’identité. C’était hier….

Shana franchit les grilles de l’école de gendarmerie de Chateaulin d’un pas ferme. Le cœur battant, elle leva les yeux vers les bâtiments austères qui allaient devenir, pour plusieurs mois, son quotidien. Ce jour-là, elle ne laissait rien paraître. Ni la douleur, ni les souvenirs, ni les cicatrices invisibles.

Car Shana n’était pas comme les autres. Derrière son regard déterminé se cachaient des années d’épreuves, d’ombres, de silences. Son passé avait été marqué par l’injustice, la violence, et des pertes qu’aucune jeune fille ne devrait connaître. Mais elle avait refusé de sombrer. Elle s’était relevée, chaque fois, un peu plus forte, un peu plus libre.C’est ce passé-là, ce poids, qui lui donnait aujourd’hui une force unique. Là où certains voyaient un fardeau, elle voyait un moteur. Elle voulait protéger, comprendre, réparer.

Elle voulait être comme ce policier qu’elle avait croisé, il lui avait tendu la main, écouté, agit. À Châteaulin, elle n’était pas venue fuir son histoire. Elle était venue pour s’en servir. Le bus s’arrêta devant les grilles de l’école de gendarmerie de Châteaulin. Myriam avait voulu l’accompagner, mais elle avait refusé. Shana attrapa son sac, le cœur battant à tout rompre. Ils étaient une cinquantaine, hommes et femmes venus de tous horizons, tous habités d’une même flamme : servir.Elle inspira profondément. Une voix en elle murmurait que rien ne serait facile. Mais elle n’était pas venue pour la facilité.

Dès leur arrivée, tout alla très vite. Ils furent rassemblés, appelés un à un, affectés à leurs compagnies respectives. Shana fut intégrée à la 12e compagnie. On leur remit les premiers effets militaires : treillis, rangers, képi. Elle se souvint du poids du sac, du tissu rêche sur sa peau, des regards autour d’elle – mélange de peur, d’excitation, de fierté.

Puis vinrent les consignes : pas de téléphone sauf le week-end, levé à 5h30, discipline stricte, hiérarchie absolue. Une vie rythmée par les ordres, les valeurs, l’apprentissage du métier.La première nuit dans le dortoir fut étrange. Tout le monde semblait sur le qui-vive, inquiet de mal faire. Mais pour Shana, cette rigueur était une libération. Pour la première fois, elle sentait que les règles étaient là pour construire, pas pour détruire. Elle n’était plus seule face au chaos. Elle faisait partie d’un tout. Les premières semaines Shana découvrit l’instruction militaire : la marche au pas, le maniement des armes, les exercices physiques éprouvants, les cours de droit, de procédure, de psychologie. Tout était nouveau, mais elle apprenait vite. Sa douleur passée devenait une énergie brute qu’elle canalisait.

Les entraînements étaient durs, parfois humiliants. Les cadres criaient, corrigeaient, poussaient à bout. Certains craquaient. Shana, elle, serrait les dents. Elle pensait à ce qu’elle avait déjà traversé. Ce n’était rien, comparé à ce qu’elle avait vécu.

Elle se fit vite remarquer pour son sérieux, son calme, sa détermination. On commença à l’écouter, à lui faire confiance. Elle devint un modèle discret pour certains, un mystère pour d’autres. À Châteaulin, le Colonel Lefèvre avait rapidement repéré en Shana quelqu’un d’exceptionnel. Sa rigueur, son calme même sous pression, sa capacité à diriger sans hausser le ton, à protéger sans se perdre. Il l’observait depuis des semaines, impressionné par cette jeune femme que rien ne semblait pouvoir briser.

Lors d’un entretien privé, il lui avait dit simplement :

— Vous avez ce qu’il faut, élève Lamalle. Pensez sérieusement à l’école des officiers. Je peux appuyer votre dossier.

Une fois Shana sorti le Colonel était perplexe, il avait vu cette jeune femme quelque part et dans des circonstances étranges. Il interrogerait son aide de camp il l’avait vu passer.

Elle n’avait pas hésité. Non par orgueil, mais parce qu’elle savait que plus elle grimperait, plus elle pourrait faire la différence. Elle voulait des responsabilités. Elle voulait agir en profondeur.

À peine sortie de l’école de sous-officier, Shana enchaîna avec l’École des Officiers de la Gendarmerie Nationale (EOGN). Deux années exigeantes, techniques, stratégiques, où elle affina son leadership et son sens de l’humain. Elle en sortit major de promotion, honorée et respectée. À seulement 30ans, elle portait déjà le grade de lieutenant, prête à commander.

C’est le Capitaine Bastien Lambert qui lui avait remis les distinctions qui lui était attribué pour être lieutenant. C’était le petit fils du policier qui avait poussé Shana à faire tomber le procureur. Bastien s’en souvenait, et dès qu’il avait vu Shana il savait qui elle était. Aussi lorsque son Colonel lui demande s’il connait Madame Lamalle, de suite il remarque son hésitation.

— Capitaine Lambert, je veux comprendre comment cette jeune femme en seulement trois ans a réussi à franchir toutes les étapes sans rechigner et a devenir la meilleure au milieu de ces hommes et femmes. Rien ne sortira de cette pièce.

— Mon Colonel je n’en doute pas une minute. Et il lui exposa une minime partie de ce qu’il était arrivé à Shana. Bastien se doutait bien que le Colonel ne s’en tiendrait pas à ces propos et qu’il se renseignerait.

Il se garderait bien d’en parler avec Shana, car cette jeune femme lui inspirait le respect. Sa force de caractère pour lui était incommensurable. Un matin qu’elle rentrait d’une mission avec l’armée sur des quartiers sensibles de Marseille, il s’était attardé et avait osé lui dire qu’il était le petit fils du policier Lambert. Depuis Shana le regardait différemment. Ils avaient été au mess boire un coup, il avait appris qu’elle avait une sœur ainée de son âge et deux enfants Mila une fille de 12 ans et Maël un garçon de dix ans. Elle ignorait ce que sa propre mère était devenu, quant à son père, elle ne savait ni son prénom ni son nom. C’était un amour de passage comme lui avait dit sa soeur ainée. Bastien lui avait dit que c’était ses grands-parents qui les avaient élevé lui et son frère et sa sœur, car leurs parents étaient morts lors d’un accident d’avion, au retour d’un voyage en Thaïlande. Son frère était tireur d’élite au sein du GIGN et sa sœur enseignante dans une école maternelle à Marseille dans les quartiers Nord. Quand à lui il était marié et papa de deux enfants. Depuis ils étaient amis, mais ils allaient se quitter car comme elle était sortie première de sa promo elle avait choisi de rejoindre sa famille sur Paris. Bastien l’avait très bien compris. Avant de partir il lui avait proposé de venir chez lui puisque c’était son jour de permission.

A suivre …

Copyright Juin 2025

Une ombre dans l’escalier 24

Il y a des hommes qui façonnent les lois. Et puis, il y a ceux qui les tordent jusqu’à ce qu’elles leur obéissent.

Ainsi commence le procès de Jaril Capet et de son fils aîné Eron Capet âge de vingt-sept ans au moment des faits. Il devait prendre la succession de son père. Il avait à son actif quelques défauts des plus douteux. Dealer bien connu dans les milieux, son père l’a protégé à outrance, passant au-dessus des lois et jusqu’à les bafouer en a conclu l’avocat général.

Le procureur était connu de ses paires pour sa droiture. Ce que personne ne sait, c’est qu’il est aussi père de dix-sept enfants — et que pas une seule de leurs mères n’a donné son consentement à la venue d’un enfant né d’un viol.

Shana qui assiste au procès dans la salle rit lorsqu’elle entend qu’il était connu par sa droiture, quand elle ira devant la barre elle en donnera une autre version que son ami le juge en vomira dans le tribunal tout son excellent repas de midi.

Le premier jour du procès est consacré aux garçons de cet homme. Le plus grand a 27 ans le plus jeune trois ans. Les filles il leur réservait un sort different.

Shana est enfin appelée à la barre. La salle bruie à chacune des paroles vibrantes de sincérité de la jeune femme. Tout est décortiqué le machiavélisme d’un procureur avec un ambassadeur le fameux homme à la canne. Celui-là était aussi un sadique il punissait les enfants à coup de bâtons pour éviter qu’ils ne deviennent pas de la vermine. Cette partie du procès se déroule à huis clos, la plupart des enfants étant mineurs.

Shana montre du doigt le fils Capet qui, lui a essayé de la violer il y a tout juste trois mois. Il suit les traces de son père lance-t-elle au tribunal. Il faut faire attention avec ses autres frères. J’ai même peur qu’il soit trop tard.

Un médecin est appelé à la barre, chef d’une clinique ayant pignon sur rue. Tous les accouchements étaient signes de sa main. On s’était rapidement étonné du nombre de morts de nourrissons pendant les cinq ans où il avait exercé. Aujourd’hui ses anciens collègues sont atterré. Brevin était le meilleur, il est tombé bien bas a dit à la barre un de ses collègues de la fac de médecine.

Linne la collègue du Capitaine Lambert a interrogé plusieurs femmes. Elles ont accouché à la clinique Brevin, souvent seules, vulnérables, dans un flou administratif et psychologique total. À chaque fois, la même phrase : »Votre bébé n’a pas survécu. Le père ne veut pas être impliqué. « Mais Linne a fait analyser des traces ADN retrouvées dans les fichiers du docteur. Et un nom revient. Encore. Et encore. Jaril Capet. A son actif seuls dix-sept enfants se sont fait connaître d’eux-mêmes lorsqu’ils étaient majeurs ou par le biais d’assistantes sociales qui avaient eu affaire à ces enfants dans des circonstances assez dramatiques ou scabreuses.

Les parents pour certains avaient parler de faux dossiers, d’arnaques, de vols, certains avaient osés parler de viols. Jaril Capet L’homme le plus intouchable du pays était jugé indigne de la nation.

Lorsque la vérité éclate, c’est un séisme. Des manifestations éclatent. Des mères veulent récupérer leurs enfants. Des enfants, aujourd’hui adolescents ou jeunes adultes, découvrent qu’ils sont issus du même père. Un des enfants a tellement honte qu’il va aller se suicider.

Le procès reprend à huis-clos pour éviter les échauffourées de la veille.

Jaril Capet, vous êtes accusé du meurtre de l’ambassadeur de France au Pérou même si ce dernier était impliqué dans votre trafic. On n’a pas à faire justice soi-même, d’enlèvement de mineurs, de mensonges à répétition envers les mères biologiques, et de falsification d’identités. De sévices importants, viols assassinat…. Que plaidez-vous ?

Capet (calme, glacial) : Je plaide la nécessité.

Dans la salle ça siffle, hurle, les mères sont scandalisées. Un des jeunes adultes arrive jusqu’à son père et le tape à grand coup de poing. La salle est évacuée, le procès peut reprendre.

Toutes les parties civiles ont dit l’horreur, l’insoutenable, la soumission,la peur. Les viols à répétition pour engendrer des enfants.

Les avocats ont plaidé. Le procureur encourt la perpétuité, son fils 20 ans . Les délibérés ont duré quinze jours. Puis les jurés ont repris leur place, les avocats aussi. Le procureur général a prononcé la sentance, il a d’abord dit sa honte après avoir découvert que l’ex procureur Capet avait trahi les siens. Lui qui avait eu la Légion d’honneur, la Croix du mérite et bien d’autres décorations. Toutes lui étaient ôtés.

Jaril Capet levez-vous, avez-vous quelque chose à ajouter.

Oui mon cher Philippe

Pas d’outrages lui rappelle son avocat.

Je ne regrette rien sauf que j’ai oublié de vous dire que je me suis faites la femme du procureur adjoint et que son fils aîné est sûrement mon fils. Puis il éclate de rire et retourne s’asseoir. Deux policiers lui signifient qu’il doit rester debout jusqu’à l’énoncé du verdict.

Le verdict tombe : coupable sur tous les chefs d’accusation. Prison à vie sans possibilité de libération.Quant à son fils ayant demander pardon il n’ecope que de dix ans.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 23

Quelques heures plus tard… Saint-Ouen, Quai de Seine – 03h12

Le fourgon s’arrêta sans un bruit, phares éteints. D’autres véhicules étaient déjà positionnés autour du vieux bâtiment industriel, un monstre de tôle et de béton dormant au bord du fleuve. L’air sentait la rouille, le fuel et la pluie menaçante. Il n’y avait personne, tout avait été nettoyé. C’était propre, pas le moindre mégot, aucun papier, la place était nette. Si Shana en avait pas été persuadée, ils seraient passés à côté. Un gémissement là derrière un mur fraîchement monté. Le premier coup avait déclenché le hurlement d’une femme. Shana avait mené le groupe et c’est elle qui est entrée la première sa soeur gisait au sol à moitié nue, un bol d’eau à proximité et une laisse autour du cou pour un jeu sadique du procureur. Elle avait réussi, Edith sa soeur était vivante, maintenant c’était le temps de la reconstruction.

Quelques jours plus tard, Shana a enfin retrouvé sa fille, il y a eu des pleurs et de longues embrassades, puis Edith a entouré sa jeune sœur et sa nièce pour que chacune apprivoise l’autre. Mila connaissant Edith, cela lui a facilité la tâche. Depuis qu’elle avait su que l’enfant dont elle s’occupait c’était l’enfant de sa petite soeur, elle n’avait pas arrêté de lui parler de sa maman. Et ce fut tout naturellement que la fillette allait vers celle qu’elle connaissait le visage.

le jour où Mila a dit Maman à Shana, cette dernière s’est mise à pleurer des larmes de joie.

Pendant ce temps dans les bureaux de l’Aide Sociale à l’Enfance, on vient d’avertir Myriam que tout est conforme l’enfant Noam est bien le sien les test adn sont formels. Demain elle va retrouver son fils, Alain l’accompagne car c’est lui son père. Il est heureux et abasourdis, Noam a été conçu un soir de folie entre eux deux, mais qu’importe Alain est fier de son fils.

Face à Myriam et Alain, un petit garçon, assis sur un tapis, des cubes dans les mains. Un ours en peluche dans le coin. Il a grandi. Il a changé. Mais ses yeux, ces yeux sombres et profonds, c’est ceux de son père. Six mois se sont écoulés depuis ces jours de folie. Six mois avant de pouvoir prendre son bébé dans les bras.

— Noam… », murmure Myriam. L’enfant lève la tête la regarde.

Un instant, le silence absolu.Puis, doucement, il se lève, avance, il pose sa main sur celle de Myriam, sourit à son père, pas un mot. Juste ce contact, comme une reconnaissance instinctive.

Myriam tombe à genoux. Elle pleure sans bruit. Elle n’ose pas l’étreindre. Pas encore. Une éducatrice chuchote :

— Il vous regarde depuis qu’il est là. Il ne pleure pas. Il attend.

Noam approche, plus prêt, un pas deux pas, il s’approche encore. Puis il entoure le cou de Myriam de ses petits bras. Et là, elle craque. Elle le serre fort. Comme si elle ne voulait plus jamais le lâcher.

Alain attend, il a désormais tout son temps, Myriam l’a accepté comme son futur epoux. Elle lui murmure, entre deux larmes :

— C’est fini, mon cœur. On rentre à la maison.

A suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 22

Le vieux la rattrapa brièvement, comme s’il voulait éviter qu’elle fasse trop de bruit en tombant. Puis, sans un regard en arrière, il glissa vers la porte de service, déjà entrebâillée.

Dans l’oreillette, la transmission devint chaotique.

— On a perdu le signal !

— Agent au sol ! Agent au sol !

— Quelqu’un s’est tiré par l’arrière ! cria l’un des hommes du RAID.

Mais c’était trop tard.

Dans les chemins forestiers sombres, le vieil homme s’évanouissait comme une fumée, connaissant les recoins de la forêt, la moindre cachette, le moindre ruisseau il marchait d’un bon pas.Il avait planifié son évasion depuis longtemps. Et il savait que le vrai danger n’était jamais ceux qui hurlent mais ceux qui écoutent.

Une heure plus tard, Shana cligna des yeux. La lumière était crue, blanche. Une ambulance. Les gyrophares jetaient des éclats bleutés contre les murs. Un visage penché au-dessus d’elle, flou, puis plus net. C’est Myriam et sûrement un pompier, Myriam est blanche et ne dit rien seul le pompier lui parle.

— Tout va bien. Vous êtes en sécurité

Mais elle ne pouvait pas s’exprimer, personne ne l’entendait. Enfin Myriam se penche vers elle et écoute ce qu’elle croit crier, mais qu’elle murmure. Shana secoua la tête, lentement d’abord, puis avec plus de détermination pour balbutier :

— Il est parti… Le vieux…

Elle ferma les yeux. Et là, l’image surgit. Une odeur de poussière et de cire. Le crissement d’une rampe en bois sous une main. Une ombre glissant entre deux étages, silencieuse mais familière. Elle l’avait vue une fois, il y a des semaines, peut-être des années, elle ne savait plus. Le temps s’était figé sur l’ombre dans l’escalier, le jour où elle avait désobei.

À l’époque, elle ne savait pas encore qui il était vraiment. Mais aujourd’hui, tout faisait sens.

Elle ouvrit brusquement les yeux.

— Je sais où il est.

Plus de deux heures plus tard, Shana est pencher sur une carte de Paris, elle dans le fourgon blindé du RAID, elle pointa du doigt la carte.


— C’est dans mon arrondissement mais plus haut que chez moi, non loin de chez moi. . Rue Blanche, ou pas loin., un Immeuble Haussmannien, sa façade est claire. Il y a une porte verte à double battant.

Shana récite un souvenir, on entendrait une mouche volée dans le véhicule, les hommes admirent ce petit bout de femme qui a vécu un enfer mais qui va les aider pour le coup de filet final. Ils sont admiratifs. Shana ne se rends pas compte des regards des hommes cagoulés, sauf qu’elle se sent en harmonie avec eux.

— J’ai entendu son nom une fois… :  » Jarid Capet chambre 6, sous les toits. » Il avait dit ça au téléphone.

Les hommes du RAID sont abasourdis, c’est le nom du procureur Capet… Serait-ce une coïncidence ? Leur chef lui fait répéter.

— Quel nom avez-vous dit

— Je sais de qui je parle c’est le procureur Capet, le vieux exécute les ordres de cet ignoble personnage. Il est chauve, cheveux inexistant sauf lorsqu’il met une perruque noire corbeau, une moustache poivre et sel, grand, des yeux verts, et une cigarette qu’il ne fume jamais au bord des lèvres. Lorsque j’étais enfant je devais aller tous les mercredis dans sa villa. Il me prenait sur ses genoux et….Shana éclate en sanglot, à tous ces hommes elle ne peut pas leur dire ce que lui faisait ce pervers. Juste leur dire j’étais sa proie comme d’autres et ses mains sales nous ont pour certaines pervertis. Maintenant je ne sais plus si ma fille est de lui ou du vieux à la canne dont j’ignore le nom.

Le Commandant du groupe remercie Shana pour son témoignage et il crie ses ordres à ces subalternes :

— On boucle le quartier. Pas de sirènes. Il connaît trop bien nos procédures. On y va discretement.

Shana écoutait, sa main serrée dans celle de Myriam. Brusquement Elle se lève, chancelante.

— Je viens.

— Hors de question. Vous avez pris un coup à la tête.

— Il m’a vue. Il sait que j’étais là. Il ne vous laissera pas l’approcher. Mais il me laissera entrer.

Un silence., puis un appel aux pompiers pour avoir un diagnostic, puis , rassuré, le Commandant Blériot consent à emmener la jeune femme. Mais Pierre son second va l’équiper afin qu’elle soit protégé, tout-à-l’heure cela a failli tourner au drame. Les témoins gênants dans ses milieux on les supprime.

Rue blanche à quelques mètres près l’immeuble était là. Typique, balcons ouvragés, pierres blondes, silence bourgeois. Personne ne se doutait de ce qui se jouait derrière les persiennes poussiéreuses. Comble de l’ironie c’était l’immeuble des Capets, les fils avaient chacun une chambre de bonnes dans les étages. Le troisième fils venait de sortir, étonné de voir tant de policiers. Avant qu’il.n’avertisse qui que ce soit, il était ceinturé et emmené en lieux sûr. C’était un gamin de quinze ans. Personne ne savait le degré de duplicité que cachait cette famille.

L’ascenseur était trop lent. Ils prirent l’escalier, Shana en tête. Chaque marche ravivait une impression. La courbe de la rampe et son odeur de vernis subtil ce matin mais fort lorsqu’elle la frottait. Le léger grincement à l’étage du milieu.

L’odeur âcre du grenier. Ils arrivèrent sous les toits. Un long couloir bas de plafond, tapissé de moquette élimée. Une lumière jaune battait faiblement au plafond. Chambre 6. La porte était entrouverte.Elle inspira. Frappa doucement.

— C’est moi.

Le cliquetis léger d’un lit, toute la colonne est stoppée, puis on entend sa voix de stentor :

— Je me doutais que tu viendrais. Entre…

Elle fit un pas, et franchit le seuil.La chambre était étroite, basse de plafond, avec un lit métallique, une table encombrée de papiers, et une unique lucarne donnant sur les toits gris de Paris. Une ampoule nue pendait, se balançant légèrement dans le silence. Et au sol gisant dans une mare de sang le vieux, les yeux revulsés, Shana vit son regard fixé. Le vieux était mort. Capet l’avait tué, elle n’en menait pas large, mais son corps était plus appétissant que celui du vieux.

Capet était là, assis sur le rebord du lit, le regard posé sur elle comme s’il l’attendait depuis toujours.

— Tu ressembles à ta mère, dit-il doucement.

Elle se figea.

— Tu ne sais rien de ma mère.

Il esquissa un sourire sans joie.

— Tu crois vraiment qu’on t’a choisie par hasard ? Que tu es tombée sur nous comme une goutte de pluie sur une vitre ? Non ! Tu étais déjà dans le décor avant même de naître. Mais ta mère t’as eu avec un gigolo que j’employais. Elle m’a trahi deux fois. Une fois pour ta sœur

—Je n’ai pas de sœur.

Il ricana et lui dit :

—Tu ne sais rien, tu n’es qu’un pion sur un échiquier.

Elle recula d’un pas, mais il leva une main, lentement. Pas pour menacer. Pour continuer à lui raconter.

— Tu avais une sœur. Il y a vingt ans. Née prématurée, puis morte à la naissance, ont-ils dit à ta mère comme toi.

Elle blêmit. Sa gorge se serra.

— Arrête…

— Elle n’est pas morte. Elle a été prise, vendue à ce diplomate qui git dans son sang. Son nom n’a même jamais été mis sur un acte de naissance. Elle n’a aucune existence. Ce fut une belle opération, sauf que cette garce est stérile, alors on lui confie les enfants des autres.

Il sortit de sa veste une vieille photo froissée. Une petite fille aux yeux noirs, prise en contre-jour, quelque part dans une cour en béton.

— Voici ta sœur, elle a à peine dix ans.

Les larmes lui montaient aux yeux, mais elle ne pouvait plus bouger. Pas encore. Il poursuivit :

— Tu veux la retrouver ? Tu veux la sortir de là ? Alors écoute bien : il y a un entrepôt à Saint-Ouen. Quai de Seine. Les flics surveillent depuis des mois sans savoir qu’ils y font plus que stocker des stupéfiants. Je l’ai fait enlever ce matin par deux hommes de main, c’est de cette manière que j’ai appris qu’elle n’avait plus les deux enfants qu’elle élevait comme les siens. C’est lui qui tirait les ficelles, ton vieux, le géniteur de ta fille . Ce salou ( piot) c’est servis avant moi.

Je te voulais vierge et farouche, mais lui s’en est pris à toi. Avant de passer l’arme à gauche il m’a craché tout ce qu’il savait, voulant sûrement sauver sa peau. Tout est dans un coffre scellé dans le mur. Sur ce papier j’ai noté tous les numéros, je sais que le RAID est entré. Un silence tomba. Une tension brute. Elle ne savait plus quoi croire, mais quelque chose en elle… savait qu’il disait au moins en partie la vérité.

A suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 21

Au moment où le vieux s’approche de Shana il aperçoit dans l’échancrure de son chemisier un bijou noir serti de petites pierres précieuses. Shana a son sale regard sent la suspicion. Elle sait ce qu’il faut lui dire.

— C’est un collier de pacotille acheté dans une foire, il donne l’illusion d’un vrai. Vous aussi vous croyez que ce sont des pierres précieuses. Et bien non ce ne sont que des perles en plastiques.

Et Shana rit tant qu’elle en peut, elle force un peu la dose car elle sent que l’autre se méfie. Depuis un quart d’heure Edith est sorti et elle n’est pas revenue. Le vieux semble fort en colère, il hurle :

— Edith sale garce amène-moi mes enfants. Elle est de connivence avec toi… Ce n’est pas possible, ou est-elle passée ? Edithhhhhh…..

Hélas personne ne vient , Shana pense que les policiers sont intervenus. Elle a dû être intercepté, afin que les enfants soient en lieu sûr.

Soudain le vieux se rapproche à nouveau de Shana et tire brutalement sur le collier seul le médaillon reste dans sa main tout le reste tombe au sol.

Il est bizarre ce joyau, il y a un espace, qu’as tu caché là-dessous ? Je me demande si ce n’est pas une caméra ou un truc dans ce genre.

Elle avait répliqué d’un ton léger, presque moqueur :

— Sérieusement ? Vous regardez trop de films.

Mais à l’autre bout de la transmission, dans le van garé dans la forêt , les techniciens avaient blêmi.

— Il a un doute, dit-il en relevant les yeux. Le capitaine ne perdit pas une seconde.

— Intervention imminente. Vous avez le feu vert, c’est chaud.

Le commando en planque dans la forêt reçut le signal. En silence, des silhouettes noires surgirent de l’ombre, se déployant avec une précision chirurgicale.

A ce moment-là Shana ressent un frisson de panique qui remonte dans sa nuque, il est bien réel. Elle tremble, dans les yeux du vieux elle voit une haine féroce.

Soudain, La porte explose.


« POLICE ! NE BOUGEZ PLUS ! »
Des agents en noir, casqués, entrent en force. Tout se passe très vite, personne ne réalise ce qu’il s’est produit.

Quand la porte avait volé en éclats, il n’avait pas bougé. Il avait attendu, observé, calculé. Et puis, profitant d’un angle mort, il s’était levé, avec une vivacité qu’aucun des agents n’aurait soupçonnée chez un homme de cet âge. En deux pas silencieux, il s’était approché d’elle. Shana le vit à la dernière seconde, une silhouette floue à la périphérie de son champ de vision. Un éclair, un choc violent à l’arrière du crâne.

Tout vacilla. Elle s’effondra sans un mot.

A suivre…

Copyright juin 2025