Shana face à son passé 5

Le fiasco de la nuit était connu des ministères concernés. Si pour l’un c’était bien que l’intervention n’ait pas eu lieu pour celui des armées c’était tout recommencer à zéro et laisser des enfants dans les bras d’êtres ignobles.

À midi on appris sa démission, le pays était loin de se douter de tout ce qu’il se passait en interne.

Mais le plus étrange ce fut l’appel que reçu le Capitaine Morel le lendemain matin. Le procureur en personne demanda à lui parler. Puis ce fut la direction centrale. L’ordre était clair : suspendre l’opération immédiatement. Et, lui dans la foulée fut suspendu aussi, une mise à pied de trois jours pour insubordination lui fut administré avec effet immédiat.

Morel qui était en congé forcé pris sa voiture direction la capitale. Il voulait échanger loin des regards indiscrets, loin des bruits de couloir. Il voulait rencontrer l’ex Commandant Lambert le grand-père de Baptiste et Thomas. Lui était un homme intégre il pourrait le conseiller. Bien entendu qu’il rendrait visite à son frère d’armes Thomas et à sa jeune compagne Shana.

Morel était tenace, il ne lâcherait pas. C’est ce qu’en avait conclu le Commandant Gerard Lambert en demandant à Shana de le recevoir chez eux en attendant que son petit fils revienne d’une mission éclaire.

Lorsque le Grand-père de Thomas avait appelé, elle était encore chez Myriam. Elle lui relatait les derniers événements de la nuit.

— Pourquoi cet homme lié à une enquête sur des transferts illicites de capitaux se rend en pleine nuit chez un vigneron de Villié-Morgon, qui lui à déposé plainte pour un vol massif de son meilleur vin. Quel est le rapport entre les deux ? Shana après avoir déposé Mila et Maël dans leur collège rentrait chez elle pour rencontrer Julien Morel dont Thomas et Baptiste avaient en grande estime.

— Et pourquoi le ministère cherche-t-il à étouffer ça ?

Tout en partant rejoindre une réunion informelle dans un lieu tenu secret Julien et Shana papotaient dans la voiture tout en s’interrogeant sur ce rendez-vous clandestin. Shana avait brièvement informé Julien Morel de ce qu’il s’était passé cinq ans plus tôt. Il se souvenait du procès retentissant et s’étonnait qu’après ce scandale qui avait ébranlé l’ensemble du Pays on avait à nouveau fermé les yeux sur des malversations d’éminentes personnes.

Une question restait suspendue dans l’air moite de ce bar fermé depuis des lustres, mais appartenant aux beaux-parents de Baptiste. Ce dernier l’avait propose pour de nombreuses missions secrètes de son frère. Il était isolé sur la départementale 906 ancienne route Nationale 6, autrefois il y avait un petit poste d’essence attenant. La nuit des chauffeurs routiers faisaient une halte se souvenant de ce relais routier fort sympathique. Mais ce matin les deux poids lourds avaient servis à transporter les voitures de ceux qui avaient ce rendez-vous informel.

A dix heures la réunion pouvait commencer en présence de l’ancien ministre des armées et de son aide de camp. Après un bref résumé des derniers événements pour ceux qui n’étaient pas au courant, la parole fut donné au Capitaine Julien Morel.

Et si l’homme aux lunettes métalliques n’était pas qu’un financier influent… Mais le pivot silencieux d’un réseau mêlant pouvoir politique, évasion fiscale et corruption d’État ?

Shana soudain se lève, elle se tord les mains et semblent etre hanté par de vieux souvenirs. Elle est pâle, Thomas se précipite vers elle et lui demande ce qu’il lui arrive et elle lance ce qui va devenir une bombe dans ce petit relais routier qui n’a entendu jusqu’à présent que des rires.

— J’ai peur que ce financier soit un acteur majeur et joue le rôle de Capet, car pourquoi s’est-il rendu dans leur maison ? Qu’allait -t-il y faire ? Quel jeu joue-t-il ?

— Ne te mets pas dans un état pareil mon cœur, calme-toi. Ici autour de cette table nous allons faire le nécessaire quitte à sortir des clous.

Morel savait qu’il tenait un fil. Il ne lui restait plus qu’à tirer — au risque de tout faire tomber. Il était convaincu des propos de Shana et d’accord avec Thomas. L’ancien ministre des armées mettaient à leur disposition des aides inespérées dont ils reconnaîtraient bien plus tard leur avoir été bien utiles.

Trois jours plus tard, le silence avait remplacé le frisson de la découverte. L’affaire semblait enterrée, classée, diluée dans la routine des rapports de service. Aucun papier n’avait été rédigé. Aucun compte-rendu n’avait officiellement mentionné la présence d’Étienne de Brévailles dans la maison de l’horreur comme tenait à le répéter Shana.

Mais ni Julien ni Thomas étaient pret à abandonner.

Thomas confia à ses subalternes :


— On va enquêter, mais en dehors des canaux. Pas de dossier officiel. Pas de trace. On reste dans l’ombre, comme lui. Si par déontologie certains d’entre-vous refusent de me suivre, je ne vous en tiendrais pas rigueur. Mais vous serez affecté à une caserne classique. Tous ses hommes firent corps avec leur chef. Shana en plein tourment fut affecté à ne pas aller sur le terrain pour un temps indéterminé en accord avec le Colonel Lefèvre qui l’avait bien connu lors de sa formation d’élève sous-officier.

Comme le GIGN était sur une affaire de haute importance, c’est Morel et certains de ses hommes et femmes qui menèrent les premières investigations.

Ils commencèrent par ce qu’ils savaient : l’appartement ou habitait de Brévailles était officiellement vide, appartenant à une société écran basée au Luxembourg. Une coquille vide, bien connue de Tracfin pour avoir transité des fonds d’origine douteuse. Plus intéressant encore, l’un des gérants de la société était un certain Maxime Larzay, ancien énarque, aujourd’hui conseiller personnel du ministre des Finances.

— Ça commence à sentir le souffre, capitaine, lâcha Buisson.

Par recoupements, l’équipe dressa une carte des connexions : de Brévailles, Larzay, une société offshore, plusieurs versements bancaires étranges… et un nom revenant souvent dans les documents analysés par Tracfin : Fondation JCT, une organisation soi-disant caritative, mais qui servait à blanchir de l’argent destiné à des campagnes politiques officieuses.

Et ce matin une surprise de taille attendait Morel et son adjoint Buisson, le Ministre des armées les attendait dans le bureau de leur commandant. Il avait sa tête des mauvais jours.

Messieurs ce que vous avez fait est inadmissible. Vous avez franchi une ligne rouge. Voici un ordre clair : vous rentrez dans le cadre, immédiatement. Lisez, appliquez.

Morel et Buisson sans un mot prennent le courrier et après un salut se retire . Dans le couloir ils commencent à décacheter le courrier et lisent :

Objet : Rappel à l’ordre et consignes impératives

À l’attention des personnels concernés de la Gendarmerie nationale,

Il m’a été rapporté que certaines initiatives récentes ont été prises en dehors du cadre légal et hiérarchique strict qui régit l’action de la Gendarmerie nationale.

Je tiens à rappeler avec la plus grande fermeté que nul n’est au-dessus des règles républicaines, et que toute action entreprise hors des clous – fussent-elles motivées par un sentiment de devoir – est inacceptable.

Je vous ordonne expressément de :

1. Cesser immédiatement toute action non autorisée par la chaîne de commandement.

2. Faire rapport, sans délai, de vos décisions et initiatives récentes à votre commandement direct.

3. Vous conformer strictement aux consignes en vigueur, dans le respect du droit, de la déontologie, et de l’honneur du service public.

Le respect de la discipline, de la loi et de l’exemplarité est non négociable.

Je demande au Directeur général de la Gendarmerie nationale de faire toute la lumière sur les faits évoqués, et de me transmettre un rapport circonstancié sous 48 heures.

Le manquement à cet ordre fera l’objet de sanctions.

Fait à Paris, le [21/06],Le Ministre de l’Intérieur,[Bouchon Paul]

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 4

Lorsque Thomas a terminé d’expliquer à ses tireurs d’élite qui est ce dénommé Etienne de Brevailles, la capitaine Chardon souffla un peu fort à son voisin

— C’est pas possible, cet homme déjeune à Bercy plus souvent que moi à la cantine.

Thomas laissa son groupe en rire, il avait une mission fort importante à accomplir celle d’expliquer à Shana qui était l’homme qu’elle avait vu entrer dans la maison de l’horreur. Et il se disait qu’à côté être tireur d’élite était moins difficile que de choisir des mots pour lui le dire.

Thomas tournait comme un ours en cage, il attendait Shana qui avait été appelé par Myriam qui s’occupait de leurs enfants. Ils étaient repartis chez eux car Shana ne voulait rien savoir. Puis son téléphone avait sonné, Myriam était leur amie et la nounou de leurs enfants depuis plus de 12 ans. Elle a dû lui annoncer que demain elle récupérerait les enfants puisque la mission était annulée.

Lorsque Shana revint, Thomas était au pied du mur, il était grand temps de lui donner la raison pour laquelle tout était annulée.

Après avoir écouté Thomas, Shana n’avait dit aucun mot. Seule une larme avait coulé, puis de gros sanglots l’avaient secoue longtemps. Thomas se sentait impuissant alors il a fait la seule chose qu’il savait faire. Il a pris Shana dans ses brasLa nuit était tombée sans bruit, enveloppant leur appartement d’une ombre douce. Seule la lampe posée au sol projetait une lueur chaude sur les murs, comme un dernier refuge contre tout ce qui, dehors, venait de se briser.Shana se tenait près de la fenêtre, les bras croisés contre elle-même. Son regard, vide, fixait les lumières de la ville. Elle ne pleurait plus. Il n’y avait plus de larmes, seulement un froid planté dans la poitrine.Thomas s’approcha sans un mot. Il posa sa main contre son dos, lentement, comme s’il demandait la permission d’exister à côté d’elle. Elle ne bougea pas tout de suite. Puis elle se tourna vers lui, les yeux rougis, le cœur tremblant.

« Cette nuit j’ai encore plus besoin de toi. Je t’aime. »

Puis elle ajouta :

— Pourquoi est-ce un éternel recommencement ? Pourquoi suis-je toujours au milieu de la tempête ?

Thomas hocha la tête. Il ne chercha pas à répondre. À ce moment-là, les mots auraient été inutiles. Il posa son front contre le sien, ferma les yeux. Leur souffle s’accorda, imperceptiblement, comme deux battements perdus qui se retrouvent. Alors, elle se raccrocha à lui. À ses bras, à sa chaleur, à cette certitude qu’il n’était pas ce monde pourri qu’elle venait de redécouvrir. Il la serra fort, si fort qu’elle sentit son propre cœur battre contre sa poitrine, à travers le sien.

Le baiser naquit entre deux silences. Il était d’abord fragile, presque timide, puis devint plus profond, plus vrai. Shana passa ses mains derrière sa nuque, le tira contre elle comme pour effacer la distance entre leurs corps et les questions sans fin.Ils tombèrent sur le lit comme on tombe dans une vérité simple. Leurs vêtements n’étaient plus qu’un obstacle à la tendresse. Chaque geste était une promesse : je suis là, je te vois, je ne partirai pas. Thomas l’effleura du bout des doigts, comme on trace un poème sur la peau. Elle ferma les yeux, s’abandonna à cette tendresse brûlante. Ce n’était pas une fuite, ce n’était pas une distraction. C’était un cri muet, une lumière dans le noir.

Ils s’aimèrent doucement, intensément, sans urgence. À chaque mouvement, c’était comme s’ils recousaient les fils invisibles qui menaçaient de se rompre. Il y avait de la douleur dans leurs gestes, mais surtout de l’amour – cet amour qui, même écorché, refusait de mourir.

Quand leurs corps s’apaisèrent, mêlés dans le silence, Thomas murmura contre sa peau :

« Tu n’es pas seule. Tu ne l’as jamais été. »

Et elle comprit que malgré tout, la vie continuerait, portée par cette lumière-là.

La lumière douce du matin glissait entre les rideaux entrouverts. Dans la chambre encore tiède de la nuit passée, le silence était vivant, un silence habité, plein de tout ce qu’ils n’avaient pas eu besoin de dire.Thomas était déjà éveillé. Il la regardait dormir, une mèche de cheveux tombée sur son visage, sa respiration paisible. Il n’osait pas bouger. Il y avait dans ce moment quelque chose de sacré, de fragile, comme si le moindre geste pouvait le briser.

Shana ouvrit lentement les yeux. Elle mit quelques secondes à revenir, à se souvenir, puis elle le vit. Il était là, le menton posé contre le bras, le regard tendre.

Elle lui sourit, un sourire encore fatigué, mais vrai.

— Tu ne dors jamais, toi ? murmura-t-elle.

— Je dors quand tu vas bien.

Elle baissa les yeux, touchée. Il n’avait pas besoin d’en dire plus. C’était sa façon à lui de veiller, de panser ce qui en elle avait été blessé sans crier.

Il tendit la main, écarta doucement la mèche de son front.

— Tu veux qu’on parle ? demanda-t-il.

Elle réfléchit. Puis elle secoua doucement la tête.

— Pas tout de suite. Reste… juste là.

Il s’allongea contre elle, son torse contre son dos, son bras passé autour de sa taille. Elle se sentit protégée, entière. Ses doigts vinrent caresser les siens, en silence.

— Tu sais, dit-elle après un moment, je crois que je n’ai jamais aimé comme ça. Comme si t’étais la seule chose qui me tient debout.

Elle ferma les yeux. Une larme glissa sur l’oreiller, mais cette fois, ce n’était pas une larme de douleur. C’était une larme d’amour, simple et immense.

À suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 3

À Château-Thierry le Gign s’était déployé, à minuit l’assaut devait être donné. Mais sur le coup de vingt-trois heures Shana qui était dans le fourgon caché dans la forêt avait reçu un appel émanant du Capitaine Morel il demandait à parler au Commandant de l’unité d’élite. Rapidement Shana avait averti son amour de ce drôle d’appel. Thomas était contrarié, il suffisait d’un petit couac pour enrayer et compromettre sa mission. Mais il connaissait Morel ils avaient fait l’école des Officiers à Montluçon ensembles. C’était un homme intégre et rigoureux, s’il se permettait de l’appeler avant l’assaut final c’est qu’il devait se passer quelque chose d’important. Aussi il demande à sa fiancée de lui passer l’appel directement sur son portable.

— Commandant Lambert ici le Capitaine Morel, désolé mon vieux de t’interrompre avant ton assaut mais j’ai un élément important à te signaler qui va sûrement remettre en question ton intervention.

— Qu’as-tu de si grave à me dire ?

— Suite à la description du Lieutenant Lamalle concernant un individu melé à un réseau de pédopornographie, nous avons eu ordre de faire attention à l’individu décrit. Or il y a environ une heure nous avons été appelé par la BAC qui patrouillait dans les rues de Lyon qu’un individu correspondant au signalement se baladait en direction de Villefranche-sur-Saône à bord d’un SUV gris. Nous l’avons suivi et nous sommes depuis trente minutes en planque devant une belle demeure d’un viticulteur de Villié-Morgon. Nous sommes dans une camionnette banalisée. Et il y a tout juste un quart d’heure nous apprenons que nos collègues de Villefranche se relayaient depuis quatre nuits en planque car le viticulteur Bonnard les avait appelé suite à plusieurs vols de bonnes bouteilles. Cela se passait la nuit.

— Ah ! Donc l’homme à la SUV peux-tu me le décrire, oublie ce que Shana a dit.

À l’autre bout du fil le Capitaine Morel compris que ce qui se disait dans les gradés de la gendarmerie s’avérait être vrai. Le Commandant Lambert était amoureux du Lieutenant Lamalle. Vite il se ressaisi et fait une description de l’inconnu.

— Il porte de fines lunettes métalliques, a un nez bourbon, et des lèvres minces, presque effacées. Je peux ajouter que ce soir il porte un costume parfaitement ajusté, et il a un attaché-case à la main.

— Un vrai gentleman qui pourrait se confondre avec des milliers d’autres qui partent au bureau le matin. Par contre vu l’heure j’ai des doutes. Les gendarmes de Villefranche sont certains du dénommé Bonnard, viticulteur de son état.

Ceux de la BAC l’ont pris en photo, ils l’ont envoyé au Commissariat de Lyon pour identifier la cible. Et là ils ont eu une surprise de taille. La reconnaissance faciale effectuée à partir des images captées révéla un nom : Étienne de Brévailles.

Thomas apres avoir entendu le nom prononcé était resté silencieux. Puis rapidement il avait annulé l’ordre d’entrer dans la maison des Capet. Celui qu’ils avaient entraperçu il y avait sept jours était à cinq cent kilomètres d’eux. Il rageait intérieurement. Ils avaient préparés cet assaut avec minutie et en dix minutes tout était remis en question.

Ce type était l’un des barons de la haute finance parisienne, président du conseil d’administration de l’un des plus puissants fonds d’investissement européens. Son nom apparaissait régulièrement dans Les Échos, souvent aux côtés du ministre des Finances lui-même lors de conférences ou d’allocutions officielles. Lorsque sa fiancée allait l’apprendre ce serait un séisme dans sa tête. Thomas se sentait impuissant face à ce qu’il allait dévoiler aux hommes et aux femmes de son groupe. Mais son coeur battait à tout rompre, il voulait ménager son Amour.

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé ( 2

Chez Baptiste la Capitaine Lamalle rencontra sa jeune femme, elle aussi gendarme et leurs deux enfants Cyrille le garçon 14 ans et Céline sa jumelle. Les grands-parents étaient là. Shana fut heureuse de croiser l’inspecteur qui, désormais est à la retraite. Ce dernier l’a félicité pour son parcours brillant et lui souhaite bonne chance dans ses nouvelles fonctions.

Alors qu’elle s’apprêtait à regagner la caserne, la porte s’est ouverte à la volée devant un beau jeune homme. Baptiste le présente à Shana, voici mon frère Thomas. Ce dernier l’inspecte des pieds à la tête, ce qui lui valu le courroux de son père. Évite de prendre tes airs supérieurs, Shana est sortie major de sa promo. Shana je vous présente mon second fils tireur d’élite au GIGN et Capitaine comme son frère.

— Bonsoir Capitaine, Lieutenant Lamalle ravie de vous rencontrer et de vous dire bonsoir je me retire dans mes quartiers.

C’est lors d’un stage en unité spécialisée qu’elle le rencontra à nouveau. Le Capitaine Thomas Lambert est tireur d’élite, affecté au GIGN. Il a cinq ans de plus qu’elle, silencieux, précis, avec ce regard qu’ont ceux qui ont trop vu. Ils étaient là pour une simulation d’intervention. Lui en appui longue distance, elle en coordination de terrain. Le courant ne passa pas tout de suite, car il était resté outré par sa sortie méprisante chez son frère. Celui-ci lui avait dit tu l’as bien mérité. Sur le terrain, il la trouvait trop jeune pour tant d’assurance. Elle le trouvait froid, presque hautain. Mais les exercices les rapprochèrent. Le respect grandit, puis l’admiration, puis… quelque chose de plus profond.

Une nuit, après un exercice nocturne, ils parlèrent plus que de coutume. Il lui demanda :

— D’où tu tires ça ? Cette force tranquille, ce sang-froid presque inhumain.

Elle répondit sans détour :

— Je viens de l’enfer. Mais je refuse d’y retourner. Ce soir-là, il la regarda autrement. Et elle sut.

Ils tombèrent amoureux comme on tombe dans un feu : lentement d’abord, puis d’un coup. Leur relation fut discrète, intense, construite sur un respect mutuel profond. Elle admirait son contrôle, sa précision. Il aimait son courage, sa droiture. Ensemble, ils formaient un duo rare : passion et mission entremêlées.

Mais l’amour en uniforme n’est jamais simple, il y eut des missions séparées, le secret professionnel et le danger permanent. Et toujours, cette peur sourde : ne pas se retrouver au retour. Pourtant, Shana avançait. Lieutenant dans une unité territoriale prestigieuse, elle voulait changer les choses, sans jamais se compromettre. Elle portait en elle les cicatrices de son passé et l’amour brûlant d’un homme prêt à tuer pour sauver.

Elle n’était plus seulement survivante. Elle était désormais chef, femme, mère, amante, et gendarme. La pluie tombait en silence sur les tuiles rouges d’une grande maison bourgeoise isolée dans un recoin discret de l’Île-de-France. Un lieu à l’abri des regards, protégé par le silence complice des puissants et la peur des faibles. Mais ce soir-là, le silence allait être brisé.

Un fourgon banalisé s’était arrêté à 300 mètres de la propriété. À l’intérieur, Shana fixait les plans de l’intervention sur sa tablette numérique, casque sur les oreilles, cœur serré. Le Commandant avait exceptionnellement validé sa présence au sein de l’unité d’élite chargée de l’assaut. Officiellement, pour son expertise terrain et sa connaissance des réseaux. Officieusement, parce que cette mission touchait à son propre passé.

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 1 ( suite)

Dix ans ont passé depuis ce procès retentissant dans le Pays. Le fils aîné Capet a été tué devant la prison par une jeune femme dont on a jamais connu l’identité. C’était hier….

Shana franchit les grilles de l’école de gendarmerie de Chateaulin d’un pas ferme. Le cœur battant, elle leva les yeux vers les bâtiments austères qui allaient devenir, pour plusieurs mois, son quotidien. Ce jour-là, elle ne laissait rien paraître. Ni la douleur, ni les souvenirs, ni les cicatrices invisibles.

Car Shana n’était pas comme les autres. Derrière son regard déterminé se cachaient des années d’épreuves, d’ombres, de silences. Son passé avait été marqué par l’injustice, la violence, et des pertes qu’aucune jeune fille ne devrait connaître. Mais elle avait refusé de sombrer. Elle s’était relevée, chaque fois, un peu plus forte, un peu plus libre.C’est ce passé-là, ce poids, qui lui donnait aujourd’hui une force unique. Là où certains voyaient un fardeau, elle voyait un moteur. Elle voulait protéger, comprendre, réparer.

Elle voulait être comme ce policier qu’elle avait croisé, il lui avait tendu la main, écouté, agit. À Châteaulin, elle n’était pas venue fuir son histoire. Elle était venue pour s’en servir. Le bus s’arrêta devant les grilles de l’école de gendarmerie de Châteaulin. Myriam avait voulu l’accompagner, mais elle avait refusé. Shana attrapa son sac, le cœur battant à tout rompre. Ils étaient une cinquantaine, hommes et femmes venus de tous horizons, tous habités d’une même flamme : servir.Elle inspira profondément. Une voix en elle murmurait que rien ne serait facile. Mais elle n’était pas venue pour la facilité.

Dès leur arrivée, tout alla très vite. Ils furent rassemblés, appelés un à un, affectés à leurs compagnies respectives. Shana fut intégrée à la 12e compagnie. On leur remit les premiers effets militaires : treillis, rangers, képi. Elle se souvint du poids du sac, du tissu rêche sur sa peau, des regards autour d’elle – mélange de peur, d’excitation, de fierté.

Puis vinrent les consignes : pas de téléphone sauf le week-end, levé à 5h30, discipline stricte, hiérarchie absolue. Une vie rythmée par les ordres, les valeurs, l’apprentissage du métier.La première nuit dans le dortoir fut étrange. Tout le monde semblait sur le qui-vive, inquiet de mal faire. Mais pour Shana, cette rigueur était une libération. Pour la première fois, elle sentait que les règles étaient là pour construire, pas pour détruire. Elle n’était plus seule face au chaos. Elle faisait partie d’un tout. Les premières semaines Shana découvrit l’instruction militaire : la marche au pas, le maniement des armes, les exercices physiques éprouvants, les cours de droit, de procédure, de psychologie. Tout était nouveau, mais elle apprenait vite. Sa douleur passée devenait une énergie brute qu’elle canalisait.

Les entraînements étaient durs, parfois humiliants. Les cadres criaient, corrigeaient, poussaient à bout. Certains craquaient. Shana, elle, serrait les dents. Elle pensait à ce qu’elle avait déjà traversé. Ce n’était rien, comparé à ce qu’elle avait vécu.

Elle se fit vite remarquer pour son sérieux, son calme, sa détermination. On commença à l’écouter, à lui faire confiance. Elle devint un modèle discret pour certains, un mystère pour d’autres. À Châteaulin, le Colonel Lefèvre avait rapidement repéré en Shana quelqu’un d’exceptionnel. Sa rigueur, son calme même sous pression, sa capacité à diriger sans hausser le ton, à protéger sans se perdre. Il l’observait depuis des semaines, impressionné par cette jeune femme que rien ne semblait pouvoir briser.

Lors d’un entretien privé, il lui avait dit simplement :

— Vous avez ce qu’il faut, élève Lamalle. Pensez sérieusement à l’école des officiers. Je peux appuyer votre dossier.

Une fois Shana sorti le Colonel était perplexe, il avait vu cette jeune femme quelque part et dans des circonstances étranges. Il interrogerait son aide de camp il l’avait vu passer.

Elle n’avait pas hésité. Non par orgueil, mais parce qu’elle savait que plus elle grimperait, plus elle pourrait faire la différence. Elle voulait des responsabilités. Elle voulait agir en profondeur.

À peine sortie de l’école de sous-officier, Shana enchaîna avec l’École des Officiers de la Gendarmerie Nationale (EOGN). Deux années exigeantes, techniques, stratégiques, où elle affina son leadership et son sens de l’humain. Elle en sortit major de promotion, honorée et respectée. À seulement 30ans, elle portait déjà le grade de lieutenant, prête à commander.

C’est le Capitaine Bastien Lambert qui lui avait remis les distinctions qui lui était attribué pour être lieutenant. C’était le petit fils du policier qui avait poussé Shana à faire tomber le procureur. Bastien s’en souvenait, et dès qu’il avait vu Shana il savait qui elle était. Aussi lorsque son Colonel lui demande s’il connait Madame Lamalle, de suite il remarque son hésitation.

— Capitaine Lambert, je veux comprendre comment cette jeune femme en seulement trois ans a réussi à franchir toutes les étapes sans rechigner et a devenir la meilleure au milieu de ces hommes et femmes. Rien ne sortira de cette pièce.

— Mon Colonel je n’en doute pas une minute. Et il lui exposa une minime partie de ce qu’il était arrivé à Shana. Bastien se doutait bien que le Colonel ne s’en tiendrait pas à ces propos et qu’il se renseignerait.

Il se garderait bien d’en parler avec Shana, car cette jeune femme lui inspirait le respect. Sa force de caractère pour lui était incommensurable. Un matin qu’elle rentrait d’une mission avec l’armée sur des quartiers sensibles de Marseille, il s’était attardé et avait osé lui dire qu’il était le petit fils du policier Lambert. Depuis Shana le regardait différemment. Ils avaient été au mess boire un coup, il avait appris qu’elle avait une sœur ainée de son âge et deux enfants Mila une fille de 12 ans et Maël un garçon de dix ans. Elle ignorait ce que sa propre mère était devenu, quant à son père, elle ne savait ni son prénom ni son nom. C’était un amour de passage comme lui avait dit sa soeur ainée. Bastien lui avait dit que c’était ses grands-parents qui les avaient élevé lui et son frère et sa sœur, car leurs parents étaient morts lors d’un accident d’avion, au retour d’un voyage en Thaïlande. Son frère était tireur d’élite au sein du GIGN et sa sœur enseignante dans une école maternelle à Marseille dans les quartiers Nord. Quand à lui il était marié et papa de deux enfants. Depuis ils étaient amis, mais ils allaient se quitter car comme elle était sortie première de sa promo elle avait choisi de rejoindre sa famille sur Paris. Bastien l’avait très bien compris. Avant de partir il lui avait proposé de venir chez lui puisque c’était son jour de permission.

A suivre …

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