Un passé bien encombrant. ( 21 )

À peine Bastien m’a dit ces horreurs que je vois Grand-père qui rentre dans la chambre, l’attrape par une oreille et lui dit d’une voix tonitruante :

  •  » File dans ta chambre, et je viendrais te voir, mais réfléchit bien à ce que tu viens de dire à ta sœur car je veux une réponse qui est du sens. Comment veux-tu qu’une petite fille de bientôt onze ans soit capable de diligenter des meurtres. Et surtout en être la cause. Ni toi, ni ta sœurs vous n’êtes en aucun cas responsables de quoi que ce soit. »

Bastien , quand Grand-père lui lâche l’oreille est rouge comme un coquelicot. Il a des larmes la pleine figure, la tête baissée, il ne me regarde pas et s’en va suivi de mon Papy. Je reste seule, cache à nouveau le téléphone rose dans ma pochette et regarde ma grand-mère qui marche dans son jardin. Elle frappe sur toutes ses fleurs. Je vois les pétales des roses qui éclaboussent le sol. Là des jaunes, des saumons, des rouges. Ici des marguerites et des glaïeuls. Pourquoi elle frappe les fleurs? J’en suis là de mes réflexions lorsque mon grand-père revient. Je le vois glisser dans sa poche la clef de Bastien. Il a dû l’enfermer dans sa chambre. Grand-père a sa tête en colère, un pli barre son front et il est triste. Je ne veux pas que Bastien soit puni, il n’a pas dû réaliser ce qu’il me disait. Jamais mon frère a été méchant avec moi. Pourquoi depuis que l’on est dans la maison de nos grands-parents il a une attitude étrange?

  • Charlotte tu vas bien, ton frère te demande pardon, il ne voulait pas te dire ça
  • Alors pourquoi le l’a -t-il dit. Mon frère n’a jamais été méchant, c’est parce qu’il y a le mauvais oeil.
  • Que veux-tu dire Charlotte?
  • En Afrique avoir le mauvais oeil, juste quand on te regarde ça t’apporte du malheur.
  • Voyons tu es assez intelligente pour ne pas croire à pareilles bêtises.
  • Papy en Afrique
  • Ça suffit hurle ma Grand-mère depuis le couloir. Tu as finis de raconter n’importe quoi. Comment votre père vous a-t-il élevé pour que tout soit vrai. Ce sont des croyances d’autrefois. Chez moi l’Afrique je ne veux plus en entendre parler. Je cherche Bastien ou est-il ?
  • Que lui veux-tu ?
  • Il.m’a dit il y a une heure qu’il était prêt à m’aider à ramasser les haricots. S’il est absent, Charlotte n’a qu’à le remplacer.
  • Tu te moques de moi, Charlotte est tombée et Aurélien m’a conseillé d’éviter qu’elle marche. Je viens juste de te le dire. Tiens voici la clef de Bastien, il t’aidera au jardin. J’espère que dorénavant il ne tiendra pas les horreurs qu’il a dit à sa soeur.
  • De quelles horreurs parle-tu?
  • Tu lui le demanderas et par la même occasion tâche de savoir pourquoi il agresse sa soeur de cette manière.

Grand-mère prends la clef et sort la tête haute de ma chambre. J’en profite pour demander à son mari si je peux descendre dans le jardin. Il me regarde d’un air bizarre et me dit qu’il va plutôt m’emmener dans sa cave. Il attend des visiteurs mais comme je suis sage je pourrais rester.

Je n’en n’ai pas envie, je lui dit :

  • Papy je préfère rester dans ma chambre, mais tu dois m’attraper la petite valise marron qui est à côté de la coiffeuse.
  • Elle est à toi?
  • Oui c’est celle que Maman m’a donné
  • Alors si c’est ma fille chérie qui te l’a donné, je vais me faire un plaisir de te l’apporter. Où veux-tu que je te la pose?
  • Sur le lit, je te remercie Papy.
  • Fais bien attention lorsque tu te déplaces, ne va pas tomber une seconde fois.
  • Pas de problèmes.

J’attends que mon grand-père s’éloigne pour attraper mes béquilles posées sur la chaise tout prêt de moi. Et je vais voir ce qu’il y a dans la valise de ma Maman. Heureusement que Papy n’avait jamais vu cette valise car il aurait pu m’empêcher de l’ouvrir. J’entends des voix, mais elles ne sont pas à l’étage. Je m’asseois sur le lit et ouvre la valise. Ô surprise!

A l’intérieur posé sur un coussin blanc il y a une bague magnifique, elle a un rubis énorme et d’un beau rouge. Une chaîne avec un coeur de la même couleur que la bague. Et dessous le petit coussin blanc il y a une lettre. Je me demande si j’ai le droit de lire le mot. Mais si avec Joseph nous enquêtons sur la disparition de Maman , il faut que je sache qui lui a écrit cette missive et si elle est signée.

J’ouvre délicatement l’enveloppe il n’y a que deux mots à l’intérieur et une signature. Je lis et je me mets à trembler, je pleure… Pourquoi?

A suivre…

Un passé bien encombrant. ( 20 )

Je ne comprends pas ce qu’attend la femme de chambre de ma grand-mère, elle me tourne autour, ouvre la bouche et la referme. Soupire, s’en va puis revient.

  • Qu’attendez-vous Madame?
  • Votre verre Mademoiselle Charlotte.
  • Ah ! Vous voulez mon verre, mais si je finis de boire dans une heure, vous allez attendre pendant tout ce temps.
  • Vous ne buvez pas d’un seul coup.

Elle m’énerve cette « Rosette », je vais le boire son verre de cette façon elle s’en ira et je serai tranquille. Je veux téléphoner en Afrique. Joseph saura ce qu’il est arrivé à mon Papa, enfin je l’espère.

  • Tenez Rosette j’ai tout bu.
  • Merci Mademoiselle Charlotte, si vous avez encore soif, vous pourrez m’appeler je viendrais vous apporter un verre d’eau.
  • D’accord

Ouf, la voilà partie, me voici tranquille. Bon le téléphone de Papa est dans mon petit sac, je vais appeler mon ami Joseph. Je ne dois pas lui poser des questions, il faut que je le mène là où je veux.

  • Allo, c’est Charlotte qui est à l’appareil ?
  • C’est moi Joseph, tu ne reconnais pas ma voix.
  • Si mais je voulais m’en assurer. Tu vas bien
  • Oui, mais…
  • Mais quoi?
  • Je ne sais pas si je dois te le dire.
  • Ne commence pas à faire des cachotteries.
  • De toute façon tu ne sembles pas au courant.
  • Au courant de quoi
  • Pour ton père
  • Oui et alors, que sais-tu?

Il tourne autour du pot, il va falloir que je me découvre si je veux en apprendre davantage.

  • Je sais qu’il y avait un problème. On était venu à l’aéroport récupérer une valise qui était restée au débarquement. Soudain on a vu pleins de gendarmes se jeter sur Papa.
  • Qu’as-tu vu de plus?
  • Rien, car Papy nous a emmené
  • Veux-tu que je te raconte ce que je sais
  • Vas y
  • Ton Papa est arrivé en Afrique dans un avion d’Air France, papa qui était venu le chercher l’a vu passé entre deux gendarmes. Ton père a fait comme s’il ne le connaissait pas.
  • C’est sûrement pour ne pas l’impliquer
  • Maus mon père ne comprends pas la raison.
  • Tu crois que moi je comprends .
  • Excuse-moi Charlotte , je ne voulais pas te faire de la peine
  • N’en parlons plus. Et après que c’est-il.passé?
  • Il est à la prison
  • Ton père est allé le voir
  • Il.n’a pas pu.

J’ai raccroché brutalement car j’ai entendu un bruit dans le couloir mais personne n’est entrée. Au moment où je vais rappeler Joseph, mon téléphone vibre, je regarde c’est écrit Papa.

  • Papa où es-tu ?
  • Je viens de sortir de prison , ne te fais pas de soucis, tout est prévu.
  • Mais le père de Joseph ne pouvait pas venir te visiter en prison.
  • Ah tu as parlé à ton ami. Écoute-moi , tu vas demander à ton frère la deuxième carte sim. Tu entends ce que je te dis.
  • Oui, je ne dois plus téléphoner à Joseph
  • Je sais que c’est ton ami, mais pour ma sécurité personne ne doit savoir que je suis hors de prison. Dès que j’ai raccroché, tu ôtes la carte sim et tu ne l’a remets jamais dans ton portable. Je vous appelle tous les deux ce soir sur le nouveau numéro vers 22 h. Dépêche-toi Charlotte.
  • Oui papa.

Je raccroche, ouvre mon téléphone , ôte la carte sim, referme le dos de mon téléphone cellulaire et appelle Bastien avec le téléphone de Grand-père. Celui-ci arrive et me demande ce qu’il.se passe. Dès que je parle de carte sim, il devient tout rouge et semble très en colère. Il me dit que c’est à cause de moi, tous ces meurtres.

A suivre….

Un passé bien encombrant. ( 19 )

Je n’aime pas ce regard insistant du copain des mariés. Ce type est étrange, bizarre. Il triture sa moustache, passe sa langue sur ses lèvres comme s’il voulait me croquer. Puis brusquement vient vers moi. Me prends par le bras et me dit pas très fort.

  • Arrête de me fixer sale gamine, je vois bien quel est ton petit jeu.
  • Je ne suis pas ta copine, je n’ai pas ton âge, je ne comprends pas de quoi tu parles et lâche-moi ou j’hurle et crois-moi tu vas t’en souvenir.

Ce dingue me serre davantage le bras aussi je commence à crier :

  • Arrête de me faire mal. J’hurle mon cri doit s’entendre loin car Aurélien se précipite sur Maurice lui file un coup de poing en plein visage. Il me lâche enfin le bras mais sous le coup il m’entraîne par terre et je chute malencontreusement sur le sol. Je continue à crier de plus belle. A la fois car j’ai mal, ensuite à cause de Monsieur Maurice qui me pince le bras et parce que je ne veux pas rester en sa présence.

Soudain je vois entrer en trombe mon grand-père, il vient vers moi et je l’entends dire:

  • Fiche le camp Maurice, disparaît de ma vue mais tu as intérêt de revenir une fois calmé et tu m’expliqueras ce qui vient de se passer.

Puis il me remet debout mais j’ai tellement mal que je me met à crier. Aurélien s’approche de moi, me fais asseoir sur le sol de la cave et descends ma socquette, me quitte délicatement ma ballerine et me demande si je suis douillette. Je lui fais signe que non. Il prend mon pied, m’explique chacun de ses gestes, et brusquement il tourne mon pieds, je pousse un cri, un seul. Aurélien me dit:

  • Bravo tu as été courageuse, pendant quelques jours tu ne peux pas courir ni même marcher.
  • Pourquoi? Je n’ai plus mal
  • Il faut que les ligaments se remettent à leur place, si tu me promets de ne pas poser le pieds par terre je ne te préconise pas de résine, juste un bandage. Par contre qu’en pensez-vous Monsieur?
  • Je ne connais pas bien ma petite-fille mais je pense qu’elle est en capacité de comprendre mais j’ai des doutes à ce qu’elle respecte tes consignes . Non seulement c’est le portrait craché de sa mère mais elle en a aussi la détermination et la capacité à ne pas nous écouter.

Aurelien et Bastien rigolent, je ne trouve pas ça très drôle. Mais je suis bien contente d’être comme Maman et surtout de lui ressembler aussi bien physiquement que mentalement. Peut-être que grand-mère est mal à l’aise en me voyant si elle a l’impression de revoir sa fille…

Aurelien a proposé de m’emmener à l’hôpital pendant que sa fiancée et Bastien restent. Grand-père attends des visiteurs, mais il a dit à Aurélien que contrairement à sa femme il avait toute confiance en lui. Aurélien a une vieille voiture verte je lui ai dit que c’était la même voiture que Columbo. Cela l’a encore fait rire. Son rire est communicatif, je n’ai plus pensé à mon pied j’ai ri tout le temps. Quand il m’a pris dans ses bras devant la clinique où il travaille j’ai crû que c’était mon papa. Je me suis mise à pleurer. Il m’a déposé sur un fauteuil roulant et il m’a demandé la raison pour laquelle je pleurais. J’ai juste dit c’est mon papa qui me manque. Dans tes bras j’ai pensé à lui. Il a souri, mais il était triste.

Aurelien m’a déposé chez son ami, futur témoin de mariage, lui aussi connait bien ma maman. Il est médecin orthopédiste comme lui. Il lui a expliqué que j’étais têtue comme Maman. Mais lui qui s’appelle Mathieu m’a laissé choisir la couleur de ma résine. Lorsque j’ai pris vert, il m’a dit, les filles en général prennent rose, toi tu es à part. Il faut toujours se démarquer dans la vie. Mais n’en fait pas trop. Aurélien va t’emmener récupérer une paire de béquille mais hélas j’en ai pas des vertes. Je m’en fiche je les veux rouges lui ai-je répondu. Comme ça les daltoniens les verront vertes. Et lui en riant m’a dit , certainement mais ta résine ils la verront rouge.

Je n’avais pas pensé que c’était le contraire. J’aurais dû la prendre rouge ma résine. Je ne connais pas de daltoniens. Mais si Maurice revient avec ma canne je me défendrait. Nous voilà de retour, Maryline discute avec ma grand-mère. Lorsqu’Aurelien me dépose sur le sol j’entends ma mamie lui dire :

  • Finalement la vie t’a permis de te racheter, ta fiancée m’a dit que tu étais chirurgien orthopédiste. Et bien c’est parfait.
  • Et il est doué
  • Mademoiselle s’y connait

Je baisse la tête, ma grand-mère est toujours sur mon dos. Vraiment je ne la connais pas, elle est aigrie cette femme, c’est ce qu’a dit Aurélien au téléphone avec une personne qui l’a appelé pendant que nous roulions vers sa clinique. Il m’a juste dit ne le répète à personne. J’ai très bien compris. Mais je lui ai répondu par l’affirmative. Déjà qu’elle ne m’aime pas je ne vais pas lui donner le bâton pour me battre.

Aurelien dit à mon grand-père :

  • Je viendrai dans dix jours lui retirer sa résine. Elle n’aura pas besoin de rééducation. Par contre veiller à ce qu’elle ne pose pas le pied au sol.
  • As-tu écouté Charlotte au lieu de bailler aux corneilles ce qu’Aurelien vient de dire?
  • Oui grand-mère je ne suis pas sourde.
  • Cette gamine est le portrait caché de sa mère, insolente, exaspérante, on a vu ce qu’il est arrivé à notre fille. Le temps que ton père est en Afrique je vais te serrer la bride.

Je prends les béquilles et sans dure au revoir a personne je file vers le perron où se trouve Papy. Il voit que je pleure mais il ne me dit rien. Il l’aide à monter les deux matches et me demande où je veux aller. Je ne veux rien, je veux juste appeler mon ami Joseph, mais je ne le lui dit pas. Juste qu’il faut que je monte dans ma chambre car je veux aller chercher un livre.

Il me prend dans ses bras vigoureux et en quatre enjambées il me dépose sur mon lit. Ouvre le battant de la terrasse, y installe un transat en rotin. Ouvre un parasol et le demande si je vais être capable d’y aller avec mes béquilles. Devant mon petit oui, il m’embrasse sur le front et me dit si tu as besoin de quoi que ce soit tu m’appelles avec ce téléphone. Et je viendrais m’occuper de ma princesse. Avant que je travaille dis-moi si tu as besoin de quelque chose en particulier. Je lui demande une citronnade. Il s’en va et m’envoie la bonne à tout faire comme dit Bastien.

A suivre…

Un passé bien encombrant. ( 18 )

Une fois Papy parti, un silence de plomb s’est installé dans le caveau. Maryline est ennuyée. Je vais vers elle et je lui dit.

  • Ne t’inquiètes pas, mon papy va régler son compte à sa femme.

Je ne sais pas pourquoi ils ont tous ri, même Bastien, lui en plus il en pleurait. Quant à Aurélien une fois qu’il s’est arrêté de rire il s’est approché de moi et m’a dit :

  •  » Cela fait bien longtemps que nous la connaissons ta grand-mère. Ne t’inquiètes pas cela lui aura passé, puis ce n’est pas de ta faute. »
  • Mon Papy ne va pas lui tirer les oreilles
  • Non, bien entendu, c’est juste qu’il n’etait pas très content.
  • Pour la charrue

Les voilà qui recommence à rire, Bastien me fait signe de ne rien dire de plus. Mais Maryline me donne l’explication.

  • Je vais t’expliquer Charlotte, ta Grand-mère s’est rendue compte que j’attendais un bébé. Ce qu’elle a dit mettre la charrue avant les boeufs cela veut dire avoir un bébé avant de se marier.
  • C’est défendu
  • Non, bien entendu on a le droit mais pour ta grand-mère selon sa manière de penser c’est une honte.
  • Merci. Tu l’auras quand ton bébé?
  • Dans six mois et demi.
  • Et tu te maries à quels moments?
  • Dans un mois.
  • Et bien ce n’est pas grave ton bébé va naître après ton mariage.

Bon les grandes personnes sont bizarres elles rient même pour des mots censés. Tant pis, cela ne me regarde pas. C’est surtout ma grand-mère qui m’inquiète. Bientôt on aura plus le droit de bouger ni pieds, ni pattes. J’en ai marre d’attendre.

Je fais diversion en demandant à Aurélien pourquoi ma Grand-mère paraissait très en colère contre lui au point que Papy en soit devenu tout blanc. Aurélien me dit je vais te raconter ce qu’il est arrivé à ta Maman. Ta Mamie m’en veut plus de vingt ans après que ce drame ait eu lieu. C’est une grosse bêtise. Promets-moi Charlotte de ne jamais faire une stupidité pareille. Car cette bêtise a eu des conséquences graves pour votre Maman chérie.

Notre Maman avait parié avec ses copines qu’Aurelien, Maurice et deux autres garçons seraient incapables de monter sur le noyer qui longeait la propriété de nos Grands-parents. Tous y étaient arrivés sans encombre. Puis Aurélien avait mis au défit les filles de monter. Deux amies de Maman très casse-cou étaient montés à mi-chemin. Maryline avait refusé prétextant porté des talons, elle s’était faite traitée de poule mouillée. Mais Maman qui était la petite amie de Maurice avait relevé le défi. A mi-parcours, applaudis par les garçons et les filles elle s’était arrêtée, avait levé les deux bras en signe de victoire. À ce moment-là, complètement déséquilibrée, elle avait commencé à glisser. Dans un premier temps elle s’était rattrapé d’une main à une branche, hélas cette dernière avait cassé et notre Maman était tombée de plus de trois mètres de haut. Fracture ouverte de la tête, trois mois dans le coma, les deux jambes cassées. En revenant à belle,celle ne se souvenait plus de ce qui lui était arrivé et n’avait jamais pu dire à nos grands-parents que c’était elle qui avait eu la première idée. Aurélien ne lui en voulait pas.

Une fois le récit d’Aurélien terminé je vois Monsieur Antoine qui me fixe bizarrement, dès que je le regarde il détourne la tête, puis à nouveau me fixe. Cela me fait froid dans le dos.

À suivre…

Un passé bien encombrant. (17)

  • Ne pleure pas Charlotte, regarde sur ton téléphone portable et surtout promets-moi de ne rien dire ni à Papy Paul et encore moins à son drôle de copain.
  • Papy il est gentil, je lui dit tout.
  • Petite dinde regarde ce que Papa t’as écrit. Si tu es incapable de tenir ta langue je prends ton téléphone. Si je te l’ai laissé c’est parce avec Papa nous te trouvons très responsable.
  • Non c’est parce que le téléphone était rose

Bastien rit, ce n’est même pas drôle. Je m’arrête de crier, je lis ce que Papa m’a envoyé.

 » Ma petite fille, n’ai pas peur … Pour me cacher à Dakar , un de mes amis gendarmes comme moi va m’emmener menotter. Tu as le droit de pleurer. Bastien je l’ai averti avant. Toi j’ai hésité, parfois tu n’en fais qu’à ta tête. Mais cette fois, ma princesse tu ne dois le dire à personne. Même pas à ton grand-père. Silence. Promets-moi ma fille adorée. Il en va de la survie de ta Maman.

Je n’accuse pas ton grand-père , loin de là… Mais il faut que le secret soit bien gardé et j’aurais la possibilité de me fondre au milieu de ceux qui l’ont enlevé. Bastien te donnera toutes les explications qu’il faudra.

Ne te sépare jamais de ton téléphone mets -y un mot de passe dont tu te souviendras. Je te permets d’appeler ton ami Joseph mais ne lui dit rien me concernant. Rien. Même pas que je suis en Afrique. Si tu en as déjà parlé dis-lui que tout est annulé. Réponds-moi que tu as tout compris. Je vous aime mes enfants. A bientôt. Je vous serre contre moi et vous couvre de baisers. » Papa qui vous aime.

Je continue à pleurer, mais je vois arriver vers nous le copain de Papy. Vite je dois répondre à Papa sans que l’on voit mon téléphone .

« Cher Papa, moi aussi je t’aime et je ferais tout ce que tu as dit. Comme dans le jeu que tu m’as acheté où on ne peut gagner que si notre adversaire ne sait rien sur notre manière de jouer. Alors même si ce n’est pas un jeu je saurais me taire. Gros bisous mon Papa chéri. Ta fille adorée. Charlotte. Bastien me dit qu’il t’embrasse. »

Maurice me console et me dit, chut pas un mot sur ce qu’il vient de se passer à l’embarquement. Vos grands-parents n’ont pas besoin de se faire du souci. Ils sont déjà fort affecté par la disparition de leur fille. Je compte sur vous.

D’une seule voix nous lui disons que l’on est d’accord. Lorsque Papy me voit encore en larmes. Il me dit de ne pas pleurer que mon papa saura se débrouiller, qu’il connaît bien l’Afrique et qu’il comprend que pour moi c’est dur de laisser partir mon papa. Je lui en suis reconnaissante de me dire ses mots forts gentils.

Nous repartons avec l’ami Maurice et Papy, épuisée je m’endors et lorsque je me réveille je suis sur mon lit. Je regarde l’heure à ma montre, déjà 16 heures je n’ai ni mangé ni accompagné Papy visiter ses caves. Je prends mes chaussures à la main car Grand-mère ne veut pas que ses escaliers bien cirés soient rayés. J’arrive à la cuisine il y a un plateau repas. Il est écrit dessus, pour Charlotte. C’est gentil qui m’a préparé cela? Grand-mère ou sa cuisiniere, lingère ,femme de chambre. Elle m’a dit s’appeler Louise mais ma Grand-mère l’appelle Louloute et cela l’a fait rire.

Ah voilà Louise, elle me met un gros bisous sur la joue et me dit :

  • Votre grand-mère est parti jouer au bridge chez ses amies, Monsieur m’a dit que vous alliez être affamé, aussi je vous ai fait ce plateau repas. Vous aimez tout Mademoiselle Charlotte.
  • Oui, mais je ne veux pas que vous m’appeliez Mademoiselle Charlotte. Et dites moi  » tu « .
  • Lorsque je serais en présence de Madame ne t’étonnes pas que je te dises Mademoiselle.
  • Merci Louise

Louise attends que je termine mon repas, elle me donne une glace et m’annonce que Bastien et Grand-père m’attendent devant la porte du caveau. Je ne comprends pas ce que c’est que ce caveau. Mais elle rit et m’accompagne. Ah la porte est déjà ouverte, Louise appelle mon grand-père par son prénom, ça c’est super bizarre. C’est Bastien qui arrive et qui remercie Louise , il me fait signe de le suivre.

Je suis dans une pièce voûtée, il fait frais, sur des étagères il y a des bouteilles de vin. Antoine celui qui avait des vues selon Bastien sur Maman, est encore là. Avec lui un couple, tous les trois boivent du vin rouge. Papy explique que sa robe est rouge brun foncé, qu’il est à boire les yeux fermés. J’écoute je suis sous le charme de sa voix lorsqu’il parle de son vin. Il m’aperçoit et dit au couple, voici la soeur de Bastien, ma petite fille Charlotte. Viens ma princesse, la dame est la meilleure amie de ta Maman. Elle va bientôt se marier, puisque ta Maman est absente pour le moment c’est toi qui sera sa demoiselle d’honneur.

Je ne sais pas quoi leur répondre. Mais si cette dame accepte que je sois sa demoiselle d’honneur je suis super contente. Mais Maryline l’amie de Maman me dit :

  • Ta Maman aurait dû être ma demoiselle d’honneur toi tu seras chargé de prendre ma traîne et Aurélien mon futur mari va te trouver un cavalier dans sa famille.
  • Quel âge as-tu Louise? Me demande Aurélien.
  • Je vais avoir onze ans
  • Eh bien ce sera mon petit frère Théo qui sera ton promis il a douze ans.
  • Merci Monsieur
  • Tu as le droit de m’appeler Aurélien, moi aussi je la connais bien ta Maman, avec Maurice et ma future femme nous étions une bande de copains copines.
  • Et vous avez fait tourner en bourrique ma femme.

Tous se mettent à rire et c’est à ce moment que notre Grand-mère arrive. Elle n’a pas l’air contente de tous nous trouver dans le caveau.

  • Je vois que c’est la fête pendant que je m’absente. Et vous riez pour quelles raisons? Quels bêtises mon époux vous racontent. Ah c’est toi Maryline tu te souviens encore que nous habitons à Solutré. On ne t’a pas vu briller lorsque nous t’avons avertis que ta meilleure amie était partie en Afrique. et que nous étions sans nouvelle d’elle. Quel bon vent te ramène sur nos terres?
  • Bonjour Madame, je suis venue vous annoncer mon prochain mariage avec Aurélien Duboeuf, vous vous souvenez de lui.
  • Oui je ne peux pas l’oublier, j’espère que vous, vous souvenez de la raison Monsieur
  • Madame je vous réitère mes excuses, nous n’avions que dix sept ans et les paris sont souvent stupides.
  • J’espère que vous ferez plus attention à vos enfants quand vous en aurez et j’ai l’impression que cela ne saurait tarder. Vous avez mis la charrue avant les bœufs.

Une fois que ma Grand-mère a fini de dire cette phrase fort énigmatique pour moi, elle a tourné les talons et nous a laissé. Grand-père était pâle, si pâle. Aurélien s’est précipité vers lui et l’a fait asseoir sur une des chaises qui se trouvait non loin de lui. Bastien et moi nous n’osions dire un mot. Papy a repris des couleurs, il s’est excusé au nom de sa femme. Et il est sorti en demandant à Bastien de s’occuper de nos invités, et il a ajouté je vais tirer les oreilles de ta Grand-mère.

A suivre…