Le grand retour /5

L’homme ne lui demande pas son étage mais il appuie sur le dernier. Puis alors qu’elle lui tourne le dos, elle l’observe par la glace de l’ascenseur, Il la regarde d’un sale œil. Elle doit se faire des idées car maintenant il lui sourit. Soudain il s’adresse à elle :

Vous êtes Madame Cinia

Jamais personne ne l’a appelé du nom de Tonio.

Non lui répond-elle

Tonio ce n’était pas votre mari ?

Non

Vous ne viviez pas avec Lui

Vous êtes aussi de la police ?

Non pourquoi me dites-vous ça ?

Car je suis avec un policier et je le rejoins. Si vous n’êtes pas de l’hôtel, partez sinon je crie.

A ce moment la porte s’ouvre mais l’homme appuie à nouveau et ils redescendent. Puis il ajoute :

Écoutez-moi bien Lulu Cinia ou je ne sais qui, vous devez nous rendre le million d’Euro que Tonio nous a volé sinon…

Je n’ai pas d’argent. Tonio n’était pas mon mari, il m’hébergeait et son fric c’était chasse gardée.

Le type semble désarçonné, il s’approche très près d’elle, Lulu prend peur et se met à hurler :

Au secours !

Le type la frappe et l’ascenseur s’étant immobilisé au rez-de-chaussée, il s’enfuit à longues enjambées.

C’est le réceptionniste qui voit passer en trombe un type mais il a aussi entendu un appel au secours en provenance de l’ascenseur. Il laisse l’individu se jeter dans les bras des policiers qui attendent leur collègue, et vole au secours de la jeune femme que les policiers ont amenés il y a tout juste une heure.

Elle est toute tremblante,Lulu a eu plus de peur que de mal, le gardien de la paix lui demande ce qu’il s’est passé. Elle ne dit que l’agression mais ne parle pas du million d’euros que ce type lui a réclamé.

A part la bosse au front , elle n’a subi aucune violence. On viendra prendre sa plainte demain matin. Pour l’instant elle n’a qu’une envie c’est dormir.

Le réceptionniste discute au bas de l’hôtel. L’individu est menotté et les policiers lui demandent si c’est un habitué de l’hôtel

Non je ne connais pas cet homme, par contre c’est bien lui qui est sorti en courant.

Bon , nous avons avisé notre chef , deux d’entre nous vont rester en faction devant la chambre de Madame Lucile Thizou, lui nous l’emmenons en cellule.

L’hôtel se rendort alors que Lulu, elle , n’arrive pas à trouver le sommeil.

Sa vie est lamentable. Elle se souvient de ses dix huit premières années dans les quartiers chics de Lyon. Une vie de rêve pour la dernière née. Une fille, tant désirée par ses parents après leurs quatres garçons. Son père ingénieur à l’Institut française du Pétrole, sa mère chirurgien dans la clinique où son propre père avait déjà exercé. Elle s’occupait des blessés de la route.

Lucile était très douée, enfant prodigue en musique et en danse. A l’école tout lui souriait, elle avait passé son bac à 15 ans. Et avec mention Très Bien.

Puis alors qu’elle venait d’intégrer l’opéra de Paris où elle devait danser le Lac des cygnes avec Sergueï Poponoff, deux filles jalouses d’elle l’avait isolé et poussé dans les escaliers, une mauvaise chute, et sa carrière s’était brisée. C’est son grand-père qui le lui avait annoncé. Sa mère n’avait pas su comment gérer son chagrin.

Au bout d’un an de rééducation Lucile n’avait plus voulu entendre parler de danses. Comme elle excellait au piano et qu’elle avait un beau timbre de voix elle avait intégré la chorale de son village où ses parents venaient d’acheter une maison.

Mais elle avait encore dans les yeux le souvenir grandiose d’avoir été présentée au plus grand danseur de son époque Sergueï Poponoff, elle ne s’était pas produite à l’opéra de Paris mais avait répété avec lui et surtout avait passé des soirées merveilleuses en sa compagnie. Elle avait appris le russe au lycée et il était un très bon professeur dans tous les domaines.

Elle ne devrait pas penser à sa vie d’avant car elle avait une envie irrésistible de pleurer.

Elle se souvenait que Sergueï, suite à son accident, alors qu’il était au sommet de sa gloire avait brutalement rompu son contrat et refusé de danser avec celle qui avait pris la place de la petite Lulu comme il l’appelait.

Et encore pensait Lulu il ignorait que c’était elle qui l’avait projeté dans les escaliers. Car ses parents avaient préféré étouffer l’affaire. C’est ce qui avait été le déclencheur de sa rupture avec eux.

Mais le beau Sergueï n’était pas reparti de suite dans son Pays, il avait attendu que sa Lulu se remette et il flirtait et même un peu plus puisque son Tony était né de ses amours coupables.

Elle avait dix huit ans et demi. Certes son père avait été furibond d’apprendre que cet homme de dix ans de plus que sa fille lui avait fait un enfant alors qu’elle était mineure.

Mais Sergueï était fier d’être papa et bien que vivant chez eux il s’occupait du bébé. Il enseignait la danse classique dans l’école de danse où Lucile avait commencé à danser.

Lucile se souvenait de cette année après la naissance de son enfant. Sergueï était très présent pour leur bébé et surtout pour elle.

Puis un matin était arrivé un courrier de l’ambassade, son visa n’était pas renouvelé, il devait rentrer de suite dans son Pays.

Sergueï, Lucile et leur enfant avaient décide de quitter la France et de s’installer à Saint Petersbourg d’où était originaire Sergueï. Ils attendaient leurs passeports et visas. Ils ne devraient pas tarder.

Mais alors que la date de leur départ était fixée, Sergueï avait été enlevé dans la rue sous les yeux médusés de Lulu et de son frère aîné. Ils avaient même essayé d’arracher le petit qui se cramponnait au cou de son oncle.

Devant les nombreux badauds, ils avaient préféré s’engouffrer dans une voiture du corps diplomatique Russe en emmenant Sergueï.

Nul n’avait plus entendu parler de lui. Les lettres qu’elle avait envoyées lui étaient toutes revenues avec la mention en russe décédé.

A suivre…

Le grand retour/4

L’hôtel était trop beau, Lulu s’était affolée à l’idée qu’elle soit obligée de le payer, mais le jeune gardien de la paix l’avait tranquillisé :

Ne vous inquiétez pas Madame tout est pris en charge. Voulez-vous un lit pour votre petit.

Il l’avait pris d’autorité dans ses bras à sa descente de la voiture. Sa mère suivait avec une valise. Lulu avançait tel une automate, son mari n’était pas le prince charmant, il était brutal, parfois même le petit ramassait à la place de sa mère. Elle s’en voulait de rester avec lui, mais il ramenait de l’argent et ajouté au sien il rêvait de s’acheter un petit appartement.

Maintenant elle était seule avec son bébé. Bien sûr elle avait ses parents, mais accepteraient-ils de l’aider ? Pécuniairement elle était à l’abri du besoin, ils avaient une belle somme sur un compte à la poste. Heureusement elle avait tout mis à son nom pas plus tard que le mois dernier. Tonio n’en savait rien et il ne reviendrait pas de l’au-delà pour lui demander des comptes.

Après une énième dispute, elle était partie faire des courses et avait décidé brutalement de mettre un peu d’argent de côté car, elle trouvait que son mari devenait aigri et méchant. Puis de fil en aiguille sur le compte commun elle avait laissé juste de quoi payer les dépenses courantes et un millier d’Euro l’argent que Tonio rapportait parfois sur une semaine, d’autres fois en quelques jours.

Elle ignorait d’où provenait cet argent. Elle avait pensé qu’il gagnait au quinté et qu’il ne lui disait rien.

Parfois quand elle rentrait au petit matin il y avait des cadavres de bouteilles qui jonchaient la table et le plancher de leur petit salon. Il dormait affalé soit sur le sol soit dans leur lit. Lulu en était sûr il invitait en son absence des copains et ils buvaient à crouler par terre, de ça aussi elle n’en n’avait rien dit à l’inspectrice Goujon.

Possible que son fils ait été témoin d’une bagarre entre ces types et Tonio. Elle verrait demain, perdue dans ses songes elle n’a pas vu que le policier l’observait et lui demandait:

A la réception ils vous ont préparé un repas, descendez le prendre, je veille sur votre fils. Elle n’a pas véritablement faim mais elle doit appeler Raymond le patron de la boîte de nuit.

Allo c’est Lulu, c’est toi Raymond

Non c’est le videur, je vous l’appelle Madame Lulu.

Lulu que se passe-t-il ? Ne me dit pas que mardi tu vas me faire faux-bond ?

C’est Tonio !

Il a fait quoi ce vieux brigand ?

Il est Mort !

Quoi, Lulu , ne te moque pas de moi.

La police m’a dit qu’il avait été Poussé.

Où es-tu?

A l’hôtel de la gare, c’est la police qui m’offre la nuit. Je ne sais pas combien de jours je vais pouvoir rester. La femme de la police qui m’a interrogé, je lui ai dit que j’avais rencontré Tonio il y a 4 ans.

Ne t’inquiètes pas ma Lulu je dirais comme toi. Tu n’as personne à qui confier ton fils, car tu pourrais dormir chez moi.

Non !

Attends pas dans mon appartement mais dans des appartements que je loue, j’en ai un qui vient de se libérer mais pour le petit il faut trouver une solution. Je t’appellerai dans l’après-midi de lundi.

Je vais aller grignoter je n’ai pas réellement faim, mais je ne veux pas laisser mon bébé tout seul.Lulu se garde bien de lui dire qu’un policier est avec son enfant. Raymond et la police ce ne sont pas de grands copains.

Finalement elle mange comme jamais elle n’a mangé, il y a même une carafe de vin, du rosé très frais. Elle en boit rarement mais là elle s’en est servi deux verres.

Puis elle prend l’ascenseur, mais au moment où les portes vont se refermer, un homme l’a rejoint.

A suivre….

Le grand retour ! /3

Après ce que sa voisine lui avait dit, elle s’était empressée de demander à parler à cette femme qui allait emmener son enfant.

Bonsoir, je suis Lulu la maman de Tony

Où étiez-vous Madame ?

Je travaillais et son père s’occupait de notre petit garçon. Cette femme elle ne la connait pas, elle ne va pas lui raconter sa vie. Tonio, son homme n’est pas le père du petit, mais il s’en est occupé.

Mais vous travaillez où donc ?

Je suis chanteuse et danseuse.

Ah !

Lulu ne voit pas le drôle de regard que lui lance cette femme.

Vous êtes sortie à quelle heure de votre… Travail ?

En général j’attends que le public parte. Ce soir mon mari partait travailler pour la distribution de journaux dans les bureaux de tabac. Il commençait à trois heures du matin. Je suis partie plus tôt.

Votre petit garçon n’a pas dis un mot depuis que votre voisine de palier nous a indiqué que vous n’étiez pas là. Comme personne ne pouvait vous joindre j’ai fait appel aux services sociaux.

Mais pourquoi ? Vous auriez pu lui demander à ma voisine, elle connaît mon numéro de téléphone, de plus elle l’a déjà gardé lorsque mon mari travaillait comme videur dans le cabaret où je me produis. Et c’est elle qui m’a dit que mon fils hurlait.

Les pompiers ont récupéré votre fils par la fenêtre, car votre porte était fermée à clefs.

Et vous pensez qu’un enfant d’à peine trois ans va vous raconter ce qu’il s’est passé. Il a eu peur.

Il ne veut pas répondre à nos questions.

Vos questions mais je rêve, il n’a pas 13 ans juste un tout petit, encore un bébé pour certaines choses. Mais Madame regardez ce remue ménage vous croyez qu’un enfant plus grand ne serait pas intimidé. Avec tout ces gens, les gyrophares, la police il ne dit rien c’est normal, il n’est pas très expressif.

Il va à l’école ?

Non il commence en Septembre. Mais pourquoi mon mari était sur le sol ? Il n’a pas pu se suicider, il était tellement heureux d’avoir trouvé ce travail.

En effet, mais venez , prenez votre enfant nous allons aller au poste de police pour discuter tranquillement.

Qui êtes-vous ?

Je suis l’inspectrice chargé d’enquêter sur les circonstances de la mort de votre compagnon.

La mort ! Il n’est pas mort, ce n’est pas possible.

Venez Madame.

Lulu se sent mal, elle titube et s’agrippe à la jeune policière, sans son aide elle se serait étalée sur la chaussée.

La voici installée dans le bureau de l’OPJ Myriam pour les intimes, OPJ Goujon pour Lulu. Elle lui a offert un verre d’eau, son mascara a coulé sur sa joue. Son fils est endormi sur ses genoux. Un policier lui a proposé de l’allonger sur un lit de camp. Elle a refusé.

Myriam lui a bien dit que ce n’était pas un interrogatoire, juste savoir ce qu’il s’était passé avant qu’elle parte travailler.

Elle lui avait raconté une journée ordinaire de mai. Lever à sept heure, elle n’avait pas réveillé son mari pas plus que son enfant. Elle avait lavé sa vaisselle. Lu une des revues que son mari lui laissait. Fait des mots croisés. A 10 h son petit garçon l’avait appelé. Elle lui avait préparé son biberon, elle s’était même excusée de lui donner un biberon.

Myriam avait souri et demandé de continuer.

J’ai fais prendre un bain au petit. Puis son mari s’était levé. Il avait pris un café et était parti faire le quinté comme tous les dimanches. Il était rentré sur le coup des 14 h. Elle et le petit avaient mangé. Son fils s’était endormi.

Son mari ne voulait pas manger tant qu’il n’avait pas fait son devoir conjugal comme elle lui avait dit. Il avait trouvé sa femme pas assez convaincante dans sa jouissance. Alors il avait recommencé et elle lui avait joué la comédie ce qu’elle aurait dû faire dès la première étreinte.

Il avait mangé ( elle s’était bien gardée de dire qu’il l’avait giflé car les haricots étaient froids et la viande dure).

Puis ils étaient partis tous les trois au Parc de la Tête d’or voir les animaux. Puis rentrés sous le coup des 18 h. Un repas rapide. Et elle était partie au Cabaret.

A pieds ?

Non jamais le dimanche, il m’a emmené en voiture, il a bu un whisky avec mon patron. C’est là que je l’ai rencontré il y a quatre ans. Il était videur. Là aussi elle avait menti, cela ne faisait que deux ans. Le patron la couvrirait.

Elle avait signé sa déposition et un gardien de la paix l’avait emmené à l’hôtel car son appartement avait les scellés, car Tonio ne s’était pas tué volontairement on l’avait poussé par la fenêtre.

A suivre

Le grand retour !

Un vrai mic mac

A l’angle de la rue lorsque débouche Lulu, elle voit son inconnu qui s’éloigne. Elle aimerait le suivre mais depuis dix jours elle n’a jamais osé.

L’homme marche d’un pas vif, s’engouffre dans une traboule et disparaît aux yeux des noctambules.

Lulu en est sûr, on l’a suis, elle n’ose regarder derrière. Elle sent une odeur de pipe. C’est un homme ! Elle court, paniquée, elle entend une toux, puis des pas, elle perd une de ses chaussures, la ramasse et court de plus belle. Elle longe le trottoir et au 125 de la rue Lafayette une main lui fait signe d’entrer dans la traboule.

Elle s’y jette à corps perdu, en échappant à celui qui l’a suit. Ne s’est-elle pas jetée dans la gueule du loup ? Elle n’a pas le temps d’aller plus loin dans ses pensées, un bras l’attrape et la colle contre son torse. Elle lève les yeux c’est l’homme du cabaret.

Embrasse-moi, on nous prendra pour deux amoureux et celui qui vous suivait s’en ira.
Lulu n’est pas farouche mais cet homme l’inquiète, elle en a pas vraiment peur, il ne lui a jamais fait de mal. Mais elle sent son parfum et c’est de la marque si son vieux la renifle quand elle sera chez elle, elle aura droit à des torgnoles le vieux grigou est fort jaloux. Mais l’argent qu’elle rapporte les aide bien. Et le vieux n’y crache pas dessus.

Celui qui l’a suivi est à l’entrée, c’est l’homme au chapeau qui lui le murmure à l’oreille. Mais il fait demi-tour et s’en va.
L’homme au chapeau en a profité, elle s’est laissée faire. Ce n’est pas la peine de le contrarier, il ne lui a pas fait de mal. Il la relâche et lui dit à demain.

Lulu ne comprends pas comment l’inconnu du cabaret savait qu’elle était suivie. Il marchait devant elle. Étrange…
Elle reprend ses esprits, remets ses chaussures à talons et quitte la traboule, ce n’est pas ici qu’elle habite. Elle regagne son domicile un trois pièces sous les toits dans un immeuble cossue de la place Carnot non loin de la gare de Perrache.

A son arrivée, la rue est noire de monde, il y a la police, les pompiers, la grande échelle. Qu’a-t-il bien pu se passer ? Elle avise sa voisine de palier et l’interpelle :

Que s’est-il passé ?

C’est votre homme !

Mon mari Qu’a-t-il fait ?

On l’a retrouvé les bras en croix sur le trottoir. Votre petit garçon hurlait dans l’appartement, la femme qui est là-bas va l’emmener je ne sais où.


A suivre…

Un vrai mic mac

Si à ma question vous m’avez répondue je ne suis pas avancée… Et non !

Trois d’entre-vous pour l’instant ont joués le jeu. Du coup trois thèmes différents mais je reste dans le suspense…

  1. Trouille et Psychose…
  2. Au nom de mon retour
  3. La danseuse ( classique)

Si une ou plusieurs personnes me donnent d’autres titres j’aviserais.

Je ne vous demande pas de voter pour l’un ou l’autre… Je vais m’en inspirer.

Voici le premier chapitre, pour l’instant sans titre…

Nous l’appellerons Clara, c’est le nom qu’elle nous a donné plus de cinquante ans après. Elle nous a déballé son histoire sur ces drames successifs qui se sont produits dans les quartiers du Vieux Lyon. Elle les aurait juste vu de sa fenêtre, et, pourtant…

Il est 22 heures comme chaque nuit Lulu quitte la boîte où elle s’est produite. Ce n’est pas une grande chanteuse, elle a un mince filet de voix. Mais elle a fière allure lorsqu’elle monte sur la scène. Les hommes qui viennent la voir préfèrent à son jeu de hanche ses seins voluptueux qu’elle laisse entrevoir lorsqu’elle salue son public.

Il faut dire qu’autrefois c’était des entrechats qu’elle faisait. Son rêve est parti en fumée alors qu’elle allait être une jeune première de l’opéra. Elle dansait le lac des cygnes avec le grand et majestueux Sergeï Poponoff, un Russe qui faisait déplacer des foules.

Maintenant son public parlons-en, quelques ivrognes qui finissent leur dure soirée après avoir picolé dans les bars qui entourent la place aux fleurs.

Ici ou là dans des alcôves quelques couples illicites se comptent fleurette.

Puis comme tous les soirs, depuis dix jours, il y a un homme au teint pâle, la mine renfrognée, taciturne, un chapeau mou sur la tête, tout de noir vêtu. Il n’a d’yeux que pour Lulu. Selon ses chansons il sourit, mais quand elle esquisse un pas de danse il essuie ses larmes discrètement.

Devant lui un verre de vin blanc, toujours le même, le premier prix de l’ aligoté. Certains soirs il ajoute du cassis, et boit son kir. Lorsque Lulu a terminé il l’invite à sa table, dans ses yeux de la peur mélangée a du dégoût. Pourtant l’homme est bien mis.

Qu’est-ce que deux êtres totalement opposés ont-ils de commun ?

Elle s’assoit, sa bretelle descend, l’homme la lui remet. Puis, il lève le bras comme un écolier et lui dit:

Comme d’habitude

Elle acquiesce avec un hochement de tête. Le barman pose un verre de whisky, attend son argent et s’en va.

Il se regarde dans les yeux. L’homme lui soulève le menton et lui plaque un baiser sur la bouche. Il y a comme un effet de succion, elle ne dit rien mais elle boit d’un trait son verre.

Lulu se lève et sort par l’entrée des artistes situés derrière le bar. L’homme regarde sa montre et à son tour sort.

A suivre…

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