Peter avançait sur le sentier côtier, le vent chargé d’embruns et de sel fouettant son visage.Chaque village, chaque ruelle semblait lui murmurer le nom de Lou, mais il ne savait où la chercher.
À un détour du chemin, un petit marché de village s’étalait sur la place pavée. Des étals de légumes, de fruits, quelques artisanats, et des gens qui riaient ou marchaient en parlant fort. Peter ralentit, scrutant chaque visage.
C’est alors qu’il vit un enfant assis sur un banc, les yeux grands ouverts et attentifs, observant les passants.
Quelque chose dans ce regard le frappa immédiatement. Une couleur, une expression, une manière de fixer le monde qui lui rappela Arthur.
Peter s’approcha, le cœur battant. L’enfant leva les yeux, et pendant un instant, le temps sembla se suspendre.Il y avait là quelque chose de familier, de profondément intime. Un éclat, une lumière qu’aucune distance ni aucune année n’avaient pu effacer.
Peter sentit sa gorge se nouer.C’était impossible, et pourtant… il reconnaissait son frère, ou plutôt une partie de lui, dans cet enfant.Un fragment de l’âme d’Arthur, un éclat de ses yeux, maintenant transmis à la prochaine génération.Le souffle court, Peter recula légèrement, ne voulant pas effrayer l’enfant.
Et tout à coup, il comprit : Lou était là, quelque part dans le marché, ou juste derrière lui.L’enfant était le signe, le lien vivant, celui qui permettait de retrouver la trace de ceux qu’on croyait perdus.
Peter fit quelques pas prudents, serrant son sac sur son épaule, et sentit une étrange certitude l’envahir : il allait la retrouver.Lou.
Et avec elle, tout ce que Arthur avait laissé derrière lui, transmis dans ce regard innocent, comme un pont entre hier et aujourd’hui.
Peter avançait doucement entre les étals du marché. Son regard revenait sans cesse vers l’enfant, assis sur le banc. Il avait reconnu en lui quelque chose de profondement familier, un éclat qu’il connaissait bien… celui d’Arthur.
Il suivit du regard la direction que prenait Lou, ou du moins ce qu’il devinait être elle : une femme dont les gestes étaient précis, rapides, habitués aux responsabilités. L’enfant courait près d’elle, riant, et la femme le rattrapait avec un sourire tendre.
Peter s’arrêta à quelques mètres. Son cœur battait à tout rompre.Il ne savait pas comment l’aborder, ni comment dire ce qu’il avait découvert. Mais il y avait dans l’air une évidence qu’il ne pouvait ignorer.
Lou se retourna et leurs regards se croisèrent.Elle s’immobilisa, surprise, presque méfiante.Peter s’avança doucement, levant les mains légèrement, pour ne pas effrayer l’enfant.
— Lou ? dit-il enfin, sa voix basse, hésitante.
— Oui ? répondit-elle, sur la défensive mais curieuse. Qui êtes-vous ?
Peter inspira profondément.
— Je… je m’appelle Peter. Peter O’Donnell. Votre lettre… enfin, celle que vous avez écrite à Tristan…Enfin à Arthur… Je suis son frère.
Le silence tomba un instant. Lou cligna des yeux, confuse. Puis son regard glissa vers l’enfant qui courait autour d’eux.Peter sentit son souffle se bloquer. Il savait. Il savait dans ce regard, dans la manière dont l’enfant se tenait, dans son expression… qu’Arthur vivait encore en lui.
Lou baissa les yeux vers Peter, hésitante, touchée par quelque chose qu’elle ne comprenait pas complètement.
— Vous… vous êtes son frère ? murmura-t-elle
— Oui. Je cherchais… je cherchais à vous retrouver, et lui… enfin, Arthur… il est toujours vivant, mais… il ne peut pas le dire.
L’enfant courut vers eux, riant, et Lou le rattrapa doucement.Peter sourit, un peu maladroitement, les yeux brillants.
— Je crois que… votre fils… il a quelque chose de lui. D’Arthur.
Lou le regarda longuement, un mélange de surprise, de reconnaissance et de tristesse traversant son visage.Elle posa une main sur le bras de Peter, doucement.
— Alors… vous êtes venu pour lui… et pour moi, dit-elle enfin.Peter hocha la tête, incapable de parler davantage.
— J’ignorais tout pour l’enfant…
A suivre…
