AUTOMNE

L’Automne est le soupir doré de l’année. La saison où la terre exhale sa gratitude avant de s’endormir.

C’est la grande transition, l’instant où la lumière, devenue oblique et miel, décide de se faire rare.

C’est la fête des couleurs flamboyantes où le vert ardent de l’été se retire laissant derrière lui un incendie lent sur les cimes, une palette d’ocres, de carmins profonds et de cuivre rouillé.

Automne dans les bois

Les feuilles tombent en danses de feu,

Rouges et or, un tapis sous mes yeux.

L’air frais caresse, léger et doux,

Et la brise murmure un chant à nous

Sous les arbres, les châtaignes se cachent,

Dans leur coque piquante, un petit trésor se fâche.

Je les ramasse, chaudes dans mes mains,

Promesse de soirées au parfum ancien.

Les champignons surgissent, secrets de la mousse,

Colorés ou discrets, sous les fougères qui s’émoussent.

La forêt respire, riche et mystérieuse,

Chaque pas réveille une vie silencieuse

Et moi, je marche, emplie d’émerveillement,

Goûtant la saison, la douceur du moment.

L’automne m’invite à sentir, voir, toucher,

Et à savourer ce monde avant qu’il ne soit figé.

L’Automne est un tableau magnifique, peint avec une sagesse qui nous murmure que pour renaître, il faut d’abord apprendre à lâcher prise.

EvaJoe Copyright Octobre 2025

La Politique

Au vu de ce que je lis sur les réseaux sociaux… Cela me fait bondir, alors j’ai réfléchi à ce qu’est réellement la politique. J’ai cherché des citations d’hommes connus ou non et je vous livre mes pensées philosophiques sur la fragilité du vivre ensemble.

La politique est ce lieu incertain où les êtres humains apprennent à coexister. Elle n’est pas seulement affaire de lois ou d’élections : elle naît, plus simplement, du moment où des voix différentes décident de chercher un monde commun.

C’est là son origine la plus noble — non pas le pouvoir, mais le partage.Aristote voyait dans l’homme un animal politique : un être qui ne se suffit pas à lui-même, et dont la parole relie la solitude individuelle au destin collectif.

Mais ce lien est fragile.

La politique révèle ce que nous portons de plus intime : nos peurs, nos colères, nos rêves de justice.

C’est pourquoi elle divise parfois ceux qui s’aiment : elle touche à ce que chacun a de plus sacré — sa vision du bien.

Ainsi, les débats politiques, même en famille, sont rarement neutres. Ils réveillent des blessures anciennes, des mémoires collectives, des convictions forgées dans la douleur ou l’espérance.

Faut-il dès lors s’en détourner ? Peut-être pas.Car fuir la politique, c’est aussi renoncer à une part de notre humanité civique.

La politique est un lieu où les hommes apparaissent les uns aux autres. Parler, écouter, agir ensemble, c’est ce qui nous rend visibles, vivants, responsables.

Certes, la politique n’est pas un monde d’anges. Machiavel nous rappelle qu’elle doit composer avec la réalité : avec la passion, l’intérêt, la faiblesse humaine.Mais c’est justement parce que l’homme est imparfait que la politique est nécessaire — comme un art fragile du compromis, un effort pour transformer le conflit en dialogue plutôt qu’en violence.

Alors, peut-être faut-il réapprendre à parler politique autrement :non plus pour convaincre, mais pour comprendre ;non plus pour triompher, mais pour se rencontrer.La politique pourrait redevenir ce qu’elle fut avant de devenir un champ de bataille : une place, une agora, un espace où des êtres différents se risquent à construire ensemble le monde qu’ils habitent.

Penser la politique sans prendre parti, ce n’est pas s’en désintéresser.C’est au contraire chercher, derrière les idéologies et les slogans, le cœur battant du vivre-ensemble : cette question ancienne et toujours neuve — comment faire tenir l’humain dans la multitude ?

Bonne lecture ( je ne suis pas machiavélique )

Le Charmant Som

Juste pour le plaisir et pour faire suite à l’épilogue de ma saga voici un sommet de la Chartreuse en Isère appelé – Le Charmant Som -.

Je l’ai gravi en d’autres temps. Je dédie mon texte à Agnès

Il est des montagnes qu’on ne gravit pas seulement avec les jambes, mais avec le cœur.
Le Charmant Som, modeste et majestueux à la fois, fait partie de ces lieux où le temps se suspend.
Là-haut, au-dessus des forêts de la Chartreuse, le vent parle bas, les nuages frôlent les crêtes, et la lumière change comme une respiration.
Ce n’est plus une marche : c’est une ascension vers le silence.
Une manière d’aller vers soi, à travers la beauté du monde.

Au matin clair s’élève une lente ascension,

Dans l’air pur résonnant d’une douce chanson.

Sous l’éclat des sapins, la lumière s’effile,

Et le pas pèlerin devient presque docile.

Chaque pierre conduit vers un rêve d’azur,

Chaque souffle arraché se fait plus clair, plus pur.

Les cœurs battent ensemble au rythme du silence,

Et la terre, en secret, promet la délivrance.

Quand s’ouvre enfin le ciel, au bord du firmament,

Le monde est suspendu dans un émerveillement.

Les monts bleus s’étendent, nobles, immuables trônes,

Et l’ombre des vallons s’efface en sombres couronnes.

Grenoble au loin scintille, au creux des horizons,

Comme un joyau brûlant sur l’or des frondaisons.

La Chartreuse respire, immense, souveraine,

Et le vent pur s’enroule autour des âmes pleines.

Alors l’homme s’incline, ému, silencieux,

Car son cœur reconnaît la demeure des dieux.

Un rayon d’or descend, glisse sur la croix claire

—Et l’esprit s’ouvre au ciel, humble, vaste, et sincère.

Le monde semble neuf, lavé de tout vacarme,

Et la paix, sur le front, dépose une larme

Le Charmant Som s’endort, gardien du firmament,

Dans la gloire du soir et l’éternel présent.

Redescendre du Charmant Som, c’est toujours un peu revenir de soi-même.Les bruits reprennent, le monde se remet à tourner, mais quelque chose demeure.Une paix discrète, un éclat d’air pur, une lumière qu’on garde en soi.On ne quitte pas vraiment la montagne : on la porte, silencieuse, dans le creux du cœur.Et lorsque, plus tard, la vie se fait trop bruyante, il suffit de fermer les yeux.Alors revient le souffle du vent sur les crêtes, le pas sûr sur la roche tiède,et ce moment suspendu où le ciel et la terre ne faisaient plus qu’un.

EvaJoe Copyright Octobre 2025

Quelque part là-haut vers les sommets (28)

Les Valgrange étaient venus passer quelques jours au chalet, ravis de découvrir Clara et de partager un peu de ce nouveau bonheur.La mère de Mélanie les avait rejoints, discrète et souriante.

Dans le grand séjour Armand avait posé une banderole où l’on pouvait lire :

Bienvenue à Antoine et Clara !

Il y avait des ballons et Antoine dans sa chambre ignorait qu’il allait faire connaissance avec ses grands-parents Valgrange. Alors qu’il regardait par la fenêtre, il vit une voiture s’arretée, en descendit un couple dont l’homme ressemblait trait pour trait à son père. Antoine se fit la réflexion qu’il venait enfin pour rencontrer sa soeur. Il devait rejoindre tout le monde.

Passées les embrassades, très vite, tout le monde trouva sa place : Madame Valgrange berçait la petite dans le salon, tandis que son mari montrait à Antoine comment aiguiser un vieux couteau de poche pour tailler un bâton de marche. La mère de Mélanie, assise près de la fenêtre, observait la scène, apaisée.

Armand et Mélanie se regardèrent, émus.Pour la première fois, leurs familles n’en formaient plus qu’une seule.Une famille simple, unie, rassemblée, autour de Clara et ses premières vocalises, et d’un adolescent, grand mais au visage rieur comme sa petite sœur.

Le lendemain, à l’aube, Antoine et Armand partirent ensemble vers les alpages. Mélanie n’était pas seule, sa fille tenait une place fort importante. Mais elle était entourée de ses beaux-parents et de sa mère.

Le soleil d’août se levait sur les pentes rocailleuses au-dessus du chalet. L’air sentait la pierre chaude et les herbes sèches.Antoine ajusta son baudrier, les mains un peu moites. En bas, Armand vérifiait les cordes avec sa rigueur habituelle.

— Tu es prêt ?

— Oui… enfin, je crois, répondit Antoine, le regard fixé sur la paroi.Ils avaient gravi plusieurs mètres déjà. Le vent soufflait doucement, et le silence des montagnes enveloppait leurs voix.

— Regarde toujours où tu poses le pied, mais surtout, fais confiance à la corde, lança Armand.

— Facile à dire ! Antoine tenta une prise, glissa un peu. Son cœur s’emballa.

— Je vais tomber !

— Non, tu es assuré. Regarde-moi, Antoine. Regarde-moi.

Le garçon leva la tête. Armand le fixait calmement, les bras tendus sur la corde, solide, prêt à tout retenir.

— Respire. Je suis là. Tu ne tomberas pas. Antoine inspira profondément, ferma un instant les yeux, puis se remit à grimper. Pas à pas, il retrouva l’équilibre. À chaque geste, il sentait la corde vibrer légèrement, comme un lien vivant entre eux.

Arrivé sur une petite vire, il se retourna et vit la vallée en contrebas, immense et lumineuse. Armand le rejoignit quelques minutes plus tard, haletant mais souriant.

— Tu vois ? Tu l’as fait.

— Ouais… mais sans toi, je crois que je serais encore accroché là-bas, dit Antoine en riant.

— C’est ça, être une équipe, répondit Armand en s’asseyant à côté de lui. On avance, on se rate, on se rattrape. Mais on lâche pas la corde.

Antoine resta silencieux un moment, les yeux perdus dans le paysage.

— Tu sais, j’ai compris un truc… Avant, j’avais l’impression que personne ne serait là si je tombais. Il tourna la tête vers Armand.

— Maintenant, je sais que tu tiens la corde. Armand posa une main sur son épaule, ému.

— Et je la tiendrai, aussi longtemps que tu grimperas. Et même chaque fois sur tu auras besoin de moi. Le vent se leva, frais et pur. Antoine leva les yeux vers le sommet, quelques mètres au-dessus.

— On y va ? demanda-t-il.

— Allons-y, répondit Armand.

Ils reprirent leur ascension, ensemble, dans la lumière dorée du matin.La montagne s’ouvrait devant eux, vaste et claire — comme une vie nouvelle.

FIN

Une réflexion personnelle

Cette histoire, je l’ai écrite comme on remonte un sentier après la pluie.Pas à pas, avec parfois la peur de glisser, mais toujours le désir d’aller un peu plus haut.

Antoine, Mélanie, Armand, Clara… ils sont nés de cette envie de croire qu’après les blessures, il reste la possibilité d’aimer, de reconstruire, de respirer à nouveau.

La montagne, pour moi, n’est pas seulement un paysage. C’est un refuge, une épreuve, et un lieu où le silence finit par apaiser ce que les mots ne peuvent plus dire.

À ceux qui se battent pour se relever,à ceux qui apprennent à faire confiance,et à ceux qui continuent d’avancer malgré tout…

Puissiez-vous trouver, vous aussi, votre lumière,quelque part vers les sommets.

EVAJOE

Quelque part là-haut vers les sommets (27)

La chambre baignait dans une lumière douce de fin d’après-midi. Mélanie, allongée sur le lit, tenait Clara contre elle. La petite dormait, paisible, le visage à moitié caché dans une couverture rose pâle.

Un coup discret à la porte, puis une tête passa dans l’entrebâillement, Mélanie vit son aîné, elle se pencha vers sa fille et lui dit :

— Clara ma petite fille voici ton frère, comme si elle comprenait , Clara esquissa un sourire.

Antoine s’approcha lentement, presque sur la pointe des pieds. Il ne savait pas vraiment quoi faire, ni quoi dire. Tout semblait fragile, suspendu.

— Tu veux la voir de plus près ? demanda sa mère avec un sourire fatigué mais tendre.

Il hocha la tête et s’assit prudemment sur le bord du lit. Mélanie écarta légèrement la couverture pour lui laisser voir le minuscule visage de Clara. Antoine resta muet, fasciné. Il n’avait jamais rien vu d’aussi petit, d’aussi calme.

— Elle est… toute légère, murmura-t-il.

— Oui, répondit Mélanie en riant doucement. C’est normal, elle pèse 2,800 kg et elle a deux jours. Bientôt elle sera dans ta chambre à attraper tes livres, tes jeux. Antoine riait aux mots de sa mère, il était revenu pour passer du temps avec sa Maman et sa petite soeur. Son père était parti à la Clinique, il avait des rendez-vous à honorer.

Antoine tend un doigt, hésitant, et Clara referme ses minuscules doigts autour de lui. Ce simple geste fit battre le cœur du garçon plus fort.

— Elle me tient, dit-il à mi-voix, comme s’il avait peur de rompre le charme.

— Oui, confirma Mélanie, elle s’accroche déjà à toi. Elle te tiendra toujours, Antoine. Tu es son grand frère. Antoine leva les yeux vers sa mère. Il sentit une vague de chaleur monter, une émotion qu’il ne parvint pas à nommer. Peut-être de la joie, peut-être du soulagement. Il comprit simplement qu’ici, dans cette chambre, tout ce qu’il avait perdu, tout ce qu’on lui avait volé, reprenait sens. Il se pencha un peu plus, caressa doucement la joue de Clara.

— Salut, petite sœur… C’est moi, Antoine. Ton grand frère. Clara remua un peu, sans ouvrir les yeux. Antoine esquissa un sourire, puis leva la tête vers sa mère.

— Elle est parfaite.

Mélanie hocha la tête, les larmes aux yeux.

— Oui. Et toi aussi, mon grand.Antoine resta encore un moment, silencieux, à regarder Clara dormir. Pour la première fois depuis des années, il sentit la paix. Pas celle qu’on impose, mais celle qu’on retrouve quand on sait enfin qui l’on est, et où l’on appartient.

Sur le coup des dix-sept heures, Armand était de retour. Il arrivait avec sa belle-mère, demain c’était la fête pour l’arrivée de Clara mais Antoine ne Le savait pas, lui aussi serait célébré. Ses grands-parents paternels viendraient découvrir leurs deux petits enfants Antoine et Claire Valgrange, sa grand-mère paternelle avait dit à Antoine au téléphone qu’elle attendait de faire la connaissance de ses deux petits-enfants. Antoine était fier d’appartenir à la famille Valgrange.

Le soleil de mai inondait le parking de la maternité d’une lumière douce et fraîche. L’air sentait la neige fondue et les premières fleurs des montagnes. Antoine tenait le cosy , très concentré, presque solennel. Clara dormait paisiblement, emmitouflée dans une couverture blanche bordée de dentelle, sur sa tête une capuche verte d’un petit ensemble pour le ski avait dit Rosemonde en l’offrant à Mélanie.

D’une histoire sordide, elles rn avaient fait une force, les deux amies s’étaient retrouvées.

— Attention aux marches, murmura Armand avec un sourire.

— Je fais attention, répondit Antoine sans lever les yeux. Son ton était sérieux, comme s’il portait un trésor fragile. Mélanie, encore fatiguée mais rayonnante, suivait doucement, soutenue par Armand. La petite famille rejoignit la voiture garée à l’ombre des sapins.Antoine installa le cosy sur le siège arrière, vérifia deux fois la ceinture, puis s’assit à côté de sa sœur.Le moteur ronronna, et la route commença à serpenter vers les hauteurs de la Plagne.

À mesure qu’ils prenaient de l’altitude, les souvenirs douloureux semblaient s’éloigner dans la vallée. Mélanie regardait par la fenêtre, Armand conduisait d’un air concentré, et Antoine observait Clara, fascinée par le moindre de ses gestes. De temps en temps, il lui murmurait quelques mots qu’elle n’entendait pas encore, mais qu’il avait besoin de dire :

— Tu verras, là-haut, c’est beau. On va bien s’occuper de toi.Quand ils arrivèrent enfin devant le chalet, la lumière du soir baignait la façade de bois doré. Antoine descendit le premier, prit délicatement le cosy et franchit la porte d’entrée.Le feu crépitait déjà dans la cheminée : Armand y tenait toujours, même au printemps. L’air sentait le pin, le linge propre, la maison.

Antoine posa le cosy sur la table basse, se pencha, et observa Clara qui s’agitait à peine.

— Bienvenue chez toi, souffla-t-il.

Mélanie s’assit sur le canapé, Armand posa une main sur son épaule.Le silence du chalet était plein de vie, un silence de paix.

Antoine leva les yeux vers eux, un sourire timide aux lèvres.

— Vous savez… j’ai l’impression que c’est vraiment chez moi, maintenant.

Armand croisa son regard et répondit simplement :

— C’est chez toi, Antoine. Pour de bon.Le garçon hocha la tête, puis se pencha encore une fois vers le cosy. Clara ouvrit brièvement les yeux, un instant suspendu.Antoine sentit une bouffée de chaleur lui monter au cœur.La page était tournée. Et, pour la première fois, il se sentait prêt à écrire la suivante.

À suivre…