OÙ EST PASSÉ MADELEINE ? 13

J’ai à peine quinze ans. La lettre qui est devant moi, coincée dans ce dossier si mince, ne doit être ouverte que le jour de mes dix-huit ans.

Il faudrait donc que j’attende trois ans. Trois longues années, je ne pourrai pas. Seul dans cette petite pièce, je parcours le dossier. Il est succinct,juste quelques mots :

« Déposé à la DDASS de Paris le 15 octobre 1969. »

Moi, je suis né le 10 du même mois. Ma mère m’aurait gardé cinq jours. Qui était-elle ? Qui suis-je ? Il y a trois pages c’est sur la dernière où je lis que je suis né à Lyon, dans le 1er arrondissement. Cela me donne la chair de poule. La Croix-Rousse chevauche le 1er et le 4e, je frémis ; est-ce une coïncidence ?

Soudain, des pas, est-ce Margot ? Le responsable des archives ? Je referme le dossier, laisse la lettre sur la table mais malgré moi, je la plie et la glisse dans la poche arrière de mon jean et sors.

Dehors, une jeune femme converse avec Margot et Maud. Léo et mon oncle sont à l’accueil. À ma hauteur, la jeune femme me demande si j’ai trouvé ce que je cherchais. Je reste évasif. Elle sourit : « Beaucoup espèrent, peu sont satisfaits. »

Nous rejoignons mon oncle et mon copain. Il propose un en-cas. Mes amis se taisent : aucun ne me presse. Nous déjeunons au bord de la Seine, la Tour Eiffel est en face je l’ai déjà visitée avec mes parents. Je suis avec eux mais mes pensées volent ailleurs, je sens la lettre contre ma peau, comme une brûlure.

La lettre est dans ma poche, et je sens son poids, son épaisseur, comme un secret qui me brûle la main. Je devrais la remettre, la reposer, tout effacer, partir sans un mot, c’est mal, c’est interdit, j’ai honte, vraiment honte d’avoir fait ça, d’avoir osé, et pourtant…

Et pourtant, je me surprends à frissonner, à imaginer ce qu’elle contient, mon cœur qui bat plus fort rien qu’en y pensant, la vérité, enfin, peut-être, tout ce que j’attendais depuis toujours, là, sous mes doigts. Comment puis-je être à la fois si coupable et si impatient, si terrifié et déjà joyeux, comme si une part de moi jubilait de mon audace alors qu’une autre se rétracte, se cache, voudrait disparaître ?

Je respire doucement pour me calmer, mais ça ne marche pas, je ne peux pas calmer ce mélange, ce vertige, et je marche, je m’éloigne, la lettre contre ma cuisse, et chaque pas est un tiraillement : si quelqu’un voit, je devrai tout rendre, m’excuser, disparaître, et pourtant, si je ne l’ouvre pas maintenant, je devrai attendre, et attendre, et je ne suis pas sûr de tenir, je ne tiendrai jamais, pas trois ans, pas trois jours, alors pourquoi attendre ?

Et si tout ce que je cherchais était là, plié dans cette feuille, mon nom, le sien, ce qu’elle n’a jamais dit, ce qu’on a jamais voulu me dire, et je ris presque malgré moi, une petite folie, parce que ce secret, ce trésor, ce danger, je l’ai entre mes mains, je le tiens, je le possède presque, et c’est mal, et c’est magnifique, et je tremble, et je ris, et je me sens vivant comme jamais.Je m’assois sur un banc, les doigts serrés autour de la lettre, la honte toujours là, tapie dans un coin, mais je la repousse, je la sens mais je m’en moque, je ne peux plus attendre, je ne veux plus attendre, je dois savoir, je dois ouvrir, et même si tout s’écroule après, même si tout change, je vais l’ouvrir. Et en même temps, je voudrais disparaître, disparaître avant d’avoir osé, parce que je n’ai pas le droit, parce que c’est volé, parce que j’ai peur, parce que j’ai trop envie, parce que c’est tout à la fois et que je ne sais plus où je suis dans ce mélange de honte et d’excitation et je sens la lettre battre contre ma main comme si elle savait tout avant moi.

Je respire un grand coup, je me fais presque mal à moi-même en serrant la lettre, mais je ne peux plus reculer, je ne veux plus reculer, et mes doigts tremblent alors que je défais le pli, que j’écarte doucement le papier, comme si chaque mouvement pouvait tout casser, tout révéler ou tout effacer. La honte me serre encore la poitrine, je sens que je n’ai pas le droit, que ce que je fais est interdit, que je devrais m’arrêter, poser, partir, mais l’autre part de moi, la plus vive, la plus brûlante, me pousse, me hurle de continuer, de savoir, de regarder.

La lettre s’ouvre enfin et je plonge mes yeux dans les mots. Chaque ligne m’accapare, me retient, et je souris malgré la peur, je ris presque de ce mélange de honte et de bonheur. Il y a mon nom, il y a le sien, il y a des dates, des lieux, des détails que je n’aurais jamais imaginés, et mon cœur bondit, et une chaleur étrange m’envahit, parce que c’est réel, parce que c’est là, parce que j’ai osé et que c’était juste, que c’était moi qui devais le lire.

Et en même temps, je voudrais me cacher, disparaître sous ce banc, que personne ne voie mes yeux brillants, que personne ne sache que j’ai volé ce moment, que j’ai osé. Mais je ne peux pas arrêter de lire, chaque mot me rapproche de la vérité, chaque phrase me fait vibrer et trembler, et je sais, je sens, que rien ne sera plus jamais comme avant. La lettre est entre mes mains, la vérité est devant moi, et je suis à la fois coupable et heureux, effrayé et vivant comme jamais.

Je referme la lettre doucement, presque avec révérence, comme si elle pouvait s’échapper ou exploser si je la pliais trop vite. Mon cœur bat encore à tout rompre, et mes mains sont moites, tremblantes, mais je ne peux pas m’empêcher de sourire, d’un sourire tremblant, fragile et incontrôlable. Tout ce que je pensais savoir de moi-même s’ébranle et, en même temps, tout semble s’éclairer, comme si chaque mot que j’ai lu jetait de la lumière sur ce vide que j’avais toujours senti au fond de moi.La honte est là, tapie, silencieuse, parce que j’ai volé ce moment, parce que j’ai osé, parce que ce secret n’était pas pour moi encore, et pourtant… pourtant je n’échangerais rien pour ce que je viens de découvrir. Une part de moi voudrait courir, crier, le montrer à quelqu’un, mais une autre se recroqueville, trop fragile, trop intimement attachée à ce qui vient de m’être révélé. Je me sens à la fois plus léger et plus lourd que jamais, comme si la vérité avait posé une main chaude sur mon épaule, et que la peur, la honte et la joie se battaient dans mon corps.Je replie la lettre et la glisse à nouveau dans ma poche, mais cette fois ce n’est plus un secret que je cache avec culpabilité : c’est un trésor que je protège, une part de moi que je dois comprendre avant de la montrer au monde.

Et tandis que je me lève pour rejoindre mes amis et mon oncle, je sens ce mélange étrange, ce frisson permanent, cette impatience et cette peur mêlées… et je sais déjà que je ne serai plus jamais le même.

Margot me regarde avec cette curiosité douce, presque inquiète, et me demande la première si j’ai trouvé ce que je cherchais.

Je la regarde un instant, la lettre toujours dans ma poche, et je murmure, à mi-voix, presque pour moi-même :

— Je sais… mais je ne comprends pas pourquoi elle n’est pas revenue me chercher. Il nous faut rentrer, mon père doit savoir…

Les mots sortent, simples, mais derrière eux, tout mon tumulte reste invisible. La honte de l’avoir subtilisée, la brûlure de l’excitation, la certitude que c’est bien elle, ma mère, tout cela se mélange dans mon ventre comme un feu qui ne s’éteint pas. Margot hoche doucement la tête, et pour la première fois depuis que j’ai pris la lettre, je sens que je peux respirer un peu, même si rien n’est clair, même si tout est encore confus et fragile.

A suivre…

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OÙ EST PASSÉ MADELEINE ? 12

J’avais commis, un jour, ce que j’appelais alors la plus belle erreur de ma vie. Elle m’avait laissé à terre, vidé de toute énergie. Plus rien n’avait de goût : ni le travail, ni les petits plaisirs ordinaires de l’existence. Je n’étais plus qu’une silhouette perdue, traînant ma fatigue de trottoir en trottoir, la main tendue pour survivre

C’est là que j’ai croisé Mireille. Elle s’est arrêtée, a planté ses yeux dans les miens, et m’a simplement dit :

— Venez, vous n’allez pas rester dehors.

Elle m’a conduit à son association, Aux Sans Logis. Ce jour-là, j’ai pu prendre une douche, me redécouvrir dans le miroir, et surtout parler. Je lui ai raconté ma pauvre vie, sans fard ni embellissement. Elle écoutait en silence, et je ne savais pas encore qu’à ce moment précis, elle venait de tomber amoureuse. Elle me l’avouera des années plus tard.

De fil en aiguille, l’amitié est devenue complicité, la complicité tendresse, et la tendresse amour. Nous nous sommes mariés. Deux êtres cabossés par la vie, mais soudés par la certitude d’avoir trouvé enfin un foyer l’un dans l’autre.

Les années passaient, mais un vide persistait : aucun enfant ne venait remplir la maison. Alors, un jour, nous avons décidé de tourner nos regards vers l’adoption.

Quand Mireille fut mutée à Paris, nous avons poursuivi les démarches là-bas. Nous avions demandé un bébé de trois mois. L’attente dura un an. Puis un appel :

— Accepteriez-vous un enfant plus grand ?

Pas une hésitation. Qu’importait l’âge ? C’était un enfant. Et déjà, nous savions que nous l’aimerions.

C’est ainsi que Pedro est entré dans nos vies. Un petit garçon au regard profond, qui a trouvé en nous ses parents, et en qui nous avons découvert un fils.

— Et pourquoi Pedro ?

— Parce que c’était le prénom que j’aurais donné à mon fils, autrefois, avec Madeleine. Alors, tout naturellement, j’ai proposé ce nom. Mireille a été enthousiaste.

Ainsi, Pedro est devenu bien plus qu’un enfant adopté : il est le trait d’union entre ce que j’ai perdu et ce que j’ai reconstruit.

Depuis ce jour, je n’ai plus jamais douté : il n’y a pas d’erreurs, il n’y a que des chemins. Et le mien, cabossé et inattendu, m’a mené jusqu’à eux.

Un grand silence s’installa après les confidences du père de Pédro. Nous n’avions pas encore retrouvé Madeleine, mais nous éprouvions la joie d’avoir entendu une belle histoire. Pédro était profondément ému par les paroles de son père. Tous deux se tenaient dans les bras l’un de l’autre. Plus tard, Margot dira à ses amis :

« C’est comme si Pédro était né une seconde fois. »

— Papa, je veux savoir qui sont mes parents biologiques. Il doit y avoir des informations aux services sociaux de Paris… On pourrait y aller, ou tu pourrais envoyer quelqu’un de confiance pour vérifier, dit-il d’une voix ferme.

Alajero le fixa un instant, puis hocha la tête.

— Très bien, mais je veux que tu comprennes que certaines réponses peuvent être difficiles à entendre, répondit-il doucement.

Pour accompagner Pedro, Margot et Léo étaient prêts à partir à ses côtés. Et l’oncle de Pedro, le frère de sa mère, homme de confiance d’Alajero, allait les guider et veiller sur eux. Sa présence rendait l’aventure plus sûre, et Pedro sentit un mélange de nervosité et de soulagement.

— On y va ensemble, dit Margot, le sourire rassurant.

— Oui, avec moi, ajouta l’oncle, posant une main sur l’épaule de Pedro. Je vous guiderai et veillerai à ce que tout se passe bien. Pedro hocha la tête, déterminé. Pour la première fois, sa quête vers ses origines semblait réellement pouvoir commencer, entouré de ceux en qui il avait confiance.

La voiture s’arrêta devant le bâtiment sobre des services sociaux à Paris. Pedro, Margot et Léo descendirent rapidement, le cœur battant. L’oncle de Pedro les suivait de près, son regard vigilant balayant les alentours.

À l’intérieur, l’atmosphère était sérieuse et calme. Les adolescents suivirent l’oncle jusqu’au comptoir. Il expliqua la raison de leur visite, il voulait retrouver des informations sur une adoption passée, et il fut accueilli par un fonctionnaire habitué à traiter ce genre de demandes avec prudence.

Pedro sentit son estomac se nouer. Chaque couloir, chaque porte fermée semblait garder des secrets qu’il brûlait de découvrir. Margot posait des questions avec douceur, Léo notait tout mentalement, et l’oncle veillait à ce que rien ne déborde.

— On va commencer par les archives des années passées, indiqua le fonctionnaire. Il y a peut-être des dossiers qui pourraient vous éclairer. Pedro sentit son cœur s’emballer. Chaque document, chaque registre pouvait contenir un indice, un petit bout de vérité sur ses origines. Il sentait qu’ils étaient sur le point de toucher quelque chose de concret.

Margot posa une main sur son bras, comme pour lui transmettre son soutien. Léo échangea un regard complice avec Pedro. Ensemble, avec l’oncle à leurs côtés, ils allaient pouvoir explorer ce passé mystérieux. Et pour la première fois, la quête semblait avoir un début tangible, un chemin réel vers la vérité.

L’oncle conduisit les adolescents jusqu’à une salle où étaient conservés les archives. Des étagères débordantes de dossiers s’étendaient de chaque côté, silencieuses gardiennes des secrets de nombreuses vies.

Pedro s’approcha d’un registre portant son prénom. Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’il souleva la couverture poussiéreuse. Margot et Léo se penchèrent avec lui, silencieux mais attentifs.

— Regardez ça ! Murmura Pedro en ouvrant le dossier. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il tomba sur une enveloppe marquée « À remettre le jour de ses dix-huit ans ».

A suivre…

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OÙ EST MADELEINE 11

L’idée l’obsédait. Elle expliquait trop de choses : les silences, les regards détournés, certaines phrases qu’il croyait anodines mais qui, maintenant, prenaient un sens nouveau.

Comment en parler à Margot et Maud ? Comment leur avouer que sa fuite n’était pas seulement un caprice, mais un vertige intime ? Il avait peur qu’elles ne comprennent pas. Peur surtout de confirmer ce pressentiment insupportable : celui d’avoir été abandonné dès le premier jour. Alors il continuait à les éviter. Non par mépris, ni par jeu, mais parce qu’il n’était pas encore prêt à affronter ce qu’il commençait à découvrir sur lui-même.

Le lendemain Pedro perdu dans ses pensées n’avait pas vu arriver Margot ils se croisent chez le boulanger, Pedro ne peut pas repartir, il doit se faire servir. Quant à Margot, elle sort mais s’arrête vers la bicyclette de Pedro et l’attend. Ce dernier sort, hésite et finalement accepte de rencontrer Margot. Elle est sa confidente, son amour, son amie, elle seule peut le comprendre.

— Tu m’attends

— Oui, tu ne peux pas toujours nous fuir.

— Je sais mais comment t’expliquer, ne te fais aucune idée. Je ne te l’ai jamais dit j’ai été adopté, et…

—. Tu as peur d’être le fils de Madeleine, mais il a été adopté à la naissance, toi aussi ?

— Je n’ai jamais demandé

— Commence par le demander à ton père.

— Merci Margot de ta compréhension.

— Mais de quoi avais-tu peur ?

— Je ne te l’avais jamais dit, pourtant nous sommes proches et je me sens bien avec toi.

— Quand on se mariera tu m’en diras encore plus. Et Margot éclate de rire, Pedro en fait tout autant et ça détend l’atmosphère.

La décision fut prise presque sans un mot : il fallait aller à Lyon. Margot et Maud avaient réussi à convaincre Pedro, malgré ses réticences, que les services sociaux pourraient éclairer la part d’ombre qui entourait Madeleine et son mystérieux passé.

Lyon, ses rues grouillantes et ses immeubles anciens, semblait à la fois vivante et indifférente à l’angoisse des trois jeunes gens. Margot et Maud guidaient Pedro à travers le dédale des quartiers jusqu’aux services sociaux, leur carnet de notes serré contre elles comme un talisman.

Les archives départementales étaient froides et impersonnelles. Derrière le guichet vitré, une employée les écouta d’une oreille distraite. Après quelques recherches dans de vieux registres, elle haussa les épaules : aucun document officiel ne confirmait la présence d’un enfant attribué à Madeleine et à son compagnon.

— Mais peut-être que le médecin qui la suivait pourrait vous en dire plus, suggéra-t-elle finalement, notant un nom dans un petit carnet : « Docteur V., Croix-Rousse. » L’appartement du médecin, un espace encombré de livres et de papiers, dégageait une chaleur inattendue. Les trois jeunes entrèrent, hésitants. Le médecin, désormais retraité, les accueillit avec une bienveillance mesurée. À l’évocation de Madeleine, son visage s’éclaira d’une mémoire précise.

Oui, je me souviens de cette jeune femme… Fragile, réservée. Elle venait souvent seule, angoissée… Tkoujours soucieuse de cacher quelque chose. Pedro sentit son cœur se serrer. Il ne savait pas s’il voulait entendre la suite.— Y a-t-il eu un enfant ? demanda-t-il finalement, la voix presque étranglée. Le médecin se tut longuement, comme pesant chaque mot. Puis il soupira :

— Je n’ai pas le droit de vous révéler tous les détails. Mais ce que je peux dire, c’est que l’enfant n’est pas resté auprès d’elle. Il a été adopté.

Pedro resta immobile. Le souffle coupé. Les mots résonnaient comme une clé qui tournerait dans une serrure invisible. Le cahier d’écolier retrouvé dans la cabane lui revint en mémoire, cette phrase : « Celui qui refuse de voir la vérité finit toujours par s’y perdre. »Margot et Maud échangèrent un regard inquiet. Rien n’était clair. Tout était à la fois plus simple et plus troublant : Pedro avait été adopté. Mais l’enfant qu’elles cherchaient… C‹e n’était pas lui. Et pourtant, ce secret de naissance venait bouleverser tout ce qu’ils croyaient savoir sur leur enquête… et sur Pedro lui-même.

Le retour à Lyon s’était fait dans un silence lourd. Pedro marchait entre Margot et Maud, mais son esprit était ailleurs, prisonnier d’un labyrinthe de questions qu’il n’avait jamais osé se poser. L’annonce du médecin résonnait encore dans ses oreilles : « Il a été adopté… »

Lorsque le père de Margot leur avait demandé si la pêche avait été bonne, il s’était enfoncé dans son siège et avait regardé ailleurs. C’est sa fille qui.lui avait répondu.

Il revivait chaque instant de son enfance, chaque sourire de son père adoptif, chaque mot échangé avec sa mère trop tôt disparue.

Peu à peu, une inquiétante hypothèse s’infiltra dans son esprit : et si… et si son père adoptif n’était pas seulement un père pour lui, mais portait aussi un secret lié à Madeleine ? Cette idée, à la fois vertigineuse et terrifiante, le cloua sur place.Il se mit à douter de ses propres souvenirs. Ses silences, ses fuites, ses hésitations : tout prenait désormais un sens nouveau, inquiétant. Était-ce de la prudence, de la peur, ou quelque chose de plus profond qui le poussait à éviter Margot et Maud ?Assis sur un banc, la tête entre les mains, il sentit pour la première fois le poids de son histoire. La fuite qu’il croyait nécessaire pour protéger les autres ne servait en réalité qu’à se protéger lui-même de la vérité. Et si la vérité le dépassait, il risquait de perdre non seulement Margot et Maud, mais aussi l’image qu’il avait de sa propre famille.Pour la première fois, Pedro comprit que sa quête de réponses sur Madeleine et son enfant allait bientôt se transformer en quête de réponses sur lui-même. Et que, tôt ou tard, il devrait affronter son père, affronter les secrets de sa naissance… Et affronter la vérité qu’il fuyait depuis toujours.

Le soir tombait sur le Beaujolais lorsque Margot et Pedro s’installèrent sur une petite butte surplombant le plan d’eau. Maud était restée un peu à l’écart, occupée à ranger leurs affaires. L’air était doux, chargé de l’odeur de l’herbe et de l’eau, et le silence semblait inviter Pedro à parler.Il regarda ses mains, hésitant, puis souffla enfin :

— Tu sais… je n’ai jamais été très à l’aise avec tout ce qu’on cherche à découvrir…Margot tourna légèrement la tête vers lui, l’encourageant d’un simple regard.

— Parfois, je crois qu’en cherchant des réponses pour les autres, on se perd soi-même, la voix à peine audible. Moi… Je me pose beaucoup de questions sur moi-même, sur ma famille… Et j’ai peur de découvrir des choses que je ne pourrais pas gérer.Margot sentit son cœur se serrer. Elle savait qu’il ne parlait pas encore de tout, mais ce qu’il venait de dire était déjà un pas immense.

— Tu n’as pas à tout dire tout de suite… murmura-t-elle doucement. Tu peux me faire confiance.

Pedro la regarda, surpris par la chaleur de ses mots, et un léger sourire fendit son visage.

— Merci… Margot. C’est juste… compliqué… Mais je crois que j’ai envie de te le dire un jour. Quand je serai prêt…Ils restèrent là un moment, silencieux, regardant le ciel s’assombrir et les premières étoiles apparaître. Pedro savait qu’il pourrait s’ouvrir peu à peu, et Margot, elle, comprenait qu’il y avait des secrets qu’il fallait laisser venir, à leur rythme.Pour la première fois depuis longtemps, il sentit qu’il n’était plus seul dans ses doutes.

— Au lieu de te poser toutes ces questions, mets cartes sur table avec ton père. Demande-lui où as-tu été adopté, la date , et surtout le lieu, de quel orphelinat tu venais ?

— Tu as raison, au moins je serais fixé.

Pedro m’a fait un bisou à la jointure de mes lèvres et il s’est sauvé. C’était doux, tendre, affectueux mais surtout plein d’amour.

Tout en pédalant Pedro se remémore ses instants magiques passés avec Margot. Maintenant il.lui fallait discuter avec son père. Depuis la mort de sa mère adoptive, son père s’était muré dans sa peine. Ensuite on lui avait mis le feu à sa vigne. Et il avait décidé de rentrer au village.

Je rentre chez nous et je trouve mon grand-père et mon père. Ce n’est pas souvent que mon Papé est chez moi. Ce n’est pas le père de mon père mais celui de ma mère.

Ils se regardent et Papé Joseph dit à mon père :

— Courage mon fils; et il nous quitte.

Mon père a les cheveux très court, il passe sa main plusieurs fois dans ses cheveux et me dit de venir dans le salon. Il a des révélations à me faire. De suite je pense que c’est le moment décisif, je vais tout savoir.

Mais son père est complètement abattu et Pedro est en quête de sa propre adoption et de celle de cet enfant. Comment comprendre les deux si la sienne est floue.

— Papa… commença-t-il, hésitant. On est complètement désespérés. L’enfant de Madeleine… c’est un garçon, mais personne ne sait où il est. On ne trouve aucune piste.Son père le regarda un long moment, le visage fermé, puis soupira. Il semblait peser ses mots avec soin.

— Pedro… il est temps que tu comprennes quelque chose. Sa voix, habituellement si calme, portait un ton grave. Je crois qu’il vaut mieux que je rencontre tes amis. Je dois leur parler directement.

Pedro sentit son cœur battre plus vite. Pourquoi maintenant ? Que pouvait-il leur dire ?

Quelques heures plus tard, la bande se retrouva dans un petit parc, curieuse et méfiante. Le père de Pedro apparut, sérieux et imposant, et les salua.

Je sais que vous cherchez l’enfant de Madeleine… commença-t-il. Les regards se braquèrent sur lui, attentifs. Et je crois que vous méritez de connaître la vérité. Je suis celui qui a semé des indices sur votre chemin. Je suis Alejandro, mais Pedro je l’ai adopté sur Paris avec sa mère qui est morte des suites d’une longue maladie. Elle s’appelait Mireille.

A suivre…

Copyright Septembre 2025

OÙ EST MADELEINE ? 10

Margot et Maud accompagnés de Léo ont décidé de se rendre à Lyon dès jeudi toute la journée. Margot a une bonne raison, celle d’accompagner son père qui travaille pour une grande maison de couture. Dès lundi elle lui a demandé s’il pouvait emmener Maud et Léo. Elle lui a expliqué la raison pour laquelle, elle voulait se rendre à la Croix Rousse. Monsieur Bartholdi connaissait les enquêtes que faisait sa fille. Jusqu’à présent elles étaient factices, c’était juste pour développer son flair que son grand-père lui en proposait. Mais aujourd’hui elle y était jusqu’au cou. C’était imagé, son père n’était pas dupe.

Mais c’est ce jour-là que Maud appris à Margot le retour de Pédro. Cela faisait deux jours que Léo l’avait croisé, mais bizarrement ce dernier ne s’était pas arrêté, ni un signe de la main, ni un appel téléphonique. De plus Léo venait d’apprendre qu’il partait chez son oncle une petite semaine, il ne pourrait pas les accompagner sur Lyon.

Cet événement inattendu va bientôt leur rappeler le proverbe énigmatique lancé par l’un des témoins rencontrés au cours de leur enquête. Jusqu’alors, elles n’y avaient pas prêté une attention particulière, mais ces mots résonnent à présent comme un avertissement dont le sens leur échappe encore.

Début août, Pedro est revenu de vacances. Pourtant, contrairement à ce qu’elles espéraient, il ne cherche pas à les recontacter. Margot s’inquiète, se surprend même à scruter son téléphone toutes les heures, comme si un simple message pouvait dissiper ses doutes. Les silences de Pedro lui paraissent plus lourds que n’importe quelle explication. Maud partage ses inquiétudes, mais son intuition la pousse ailleurs : et si le père de Pedro avait mis un terme brutal à son implication ? Cela expliquerait pourquoi il évite désormais de se montrer.

Ces interrogations se heurtent au décor estival du Beaujolais. Au plan d’eau de Bel Air, l’air sent l’herbe sèche et la crème solaire. Des éclats de rire résonnent, des jeunes plongent du ponton, indifférents à l’angoisse qui mine Margot et Maud. Le contraste entre cette insouciance environnante et leur trouble intérieur ne fait qu’accentuer leur malaise. Pourquoi Pedro n’est-il pas là, parmi eux, comme à son habitude ? Qu’est-ce qui le retient vraiment ?Et puis, au détour d’une conversation, l’écho du proverbe leur revient brutalement, comme si l’absence de Pedro en était déjà la première manifestation concrète.

Margot n’arrivait pas à chasser cette phrase de son esprit :

« Celui qui détourne les yeux de la vérité finit toujours par s’y brûler. »

C’était le proverbe qu’un vieil homme, rencontré au hasard d’un chemin de vigne, leur avait lancé comme une énigme, presque un avertissement.

Plus Pedro tardait à se manifester, plus les mots prenaient une résonance inquiétante. Margot se demandait si Pedro avait découvert quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir. Maud, de son côté, s’efforçait de garder la tête froide, mais ses doutes grandissaient : son père était peut-être derrière tout cela.

Assises au bord du plan d’eau de Bel Air, elles observaient la foule joyeuse. Des enfants éclaboussaient les promeneurs, des adolescents bronzaient sur les serviettes, les radios crachaient des tubes d’été. Tout semblait simple, léger, presque banal. Pourtant, dans ce décor de vacances, un silence pesant les séparait de Pedro. Comme s’il appartenait déjà à un autre monde, inaccessible. Soudain, Maud tourna la tête vers Margot :

— Et si cette phrase parlait de lui ?

Un frisson parcourut Margot. Elle n’avait pas osé formuler cette idée à voix haute, mais désormais, elle n’allait plus pouvoir l’ignorer.

Margot et Maud retournèrent à la cabane où elles avaient déjà passé tant d’heures à discuter avec Pedro. L’endroit en cette fin d’après-midi était lugubre, mais les jeunes adolescentes furent rapidement intrigués par des pas de chaussures sales, elles suivirent les pas pour se trouver dans la grande salle où à l’intérieur d’un des placards il y avait des dossiers apportés par une personne qui devait penser la cabane vide. Sinon pourquoi entasser tout ces papiers.

En fouillant un peu, Margot remarqua un cahier d’écolier oublié dans un coin, entre deux planches disjointes. Les pages cornées semblaient griffonnées à la hâte, certaines couvertes de ratures. Elle en ouvrit une, et leurs regards se figèrent en découvrant la phrase tracée d’une écriture nerveuse :« Celui qui refuse de voir la vérité finit toujours par s’y perdre. »

Leur respiration se suspendit. Ce n’était pas exactement le proverbe du vieil homme, mais l’écho était trop troublant pour être un hasard.

Tu crois que c’est Pedro qui a écrit ça ? demanda Maud, la voix tremblante.

— Ou alors quelqu’un voulait qu’on le trouve… répondit Margot, en sentant un frisson glisser le long de son dos.

L’absence de Pedro prenait soudain une dimension nouvelle. Était-ce un avertissement ? Une confession ? Ou le signe qu’il s’était enfoncé plus loin qu’elles ne l’imaginaient dans leur enquête ?

Rien d’autre n’apparaissait dans la cabane, comme si la phrase sur ce cahier avait été laissée là volontairement, unique et suffisante pour semer le doute. Car les papiers entassés n’avaient aucune ecriture. Ils étaient tous vierge. Pas de carnet secret, pas de signe clair de passage récent. Juste ces mots, et le silence qui pesait sur les planches.

Margot et Maud ressortirent, le cœur battant. Dès lors, elles n’eurent plus qu’une idée : retrouver Pedro. Le comprendre. Lui demander pourquoi il s’éloignait d’elles. Mais chaque fois qu’elles tentaient de le croiser – sur la place du village, au terrain de sport, ou même dans les vignes qu’il arpentait souvent – il disparaissait avant qu’elles n’aient le temps de l’approcher.

Plus troublant encore, Pedro semblait anticiper leurs mouvements. Comme s’il savait toujours où elles se trouvaient, et qu’il prenait un malin plaisir à leur échapper. Parfois, elles croyaient apercevoir sa silhouette au détour d’une rue, mais il s’évanouissait aussitôt dans une ruelle adjacente. D’autres fois, des camarades assuraient l’avoir vu au plan d’eau, mais lorsqu’elles y arrivaient, il n’était plus là.Cette fuite calculée les désorientait, les agaçait, mais aussi les inquiétait. Était-ce un jeu cruel de sa part, ou un moyen détourné de leur transmettre un message ? Et dans leurs esprits, la phrase du cahier revenait en boucle : « Celui qui refuse de voir la vérité finit toujours par s’y perdre. »

Pedro fuyait les regards, les questions, mais surtout lui-même. Depuis qu’il avait retrouvé ce cahier dans la cabane, avant même que Margot et Maud ne tombent dessus, il ne dormait plus. Ces mots griffonnés, si proches du proverbe entendu, résonnaient comme une clef. Mais pas seulement pour leur enquête : pour sa propre histoire.

Car Pedro avait toujours su, au fond de lui, qu’il avait été adopté. Ses parents ne le lui avaient jamais caché. Pourtant, il n’avait jamais osé chercher plus loin, de peur d’ouvrir une blessure qu’il ne saurait refermer. Mais depuis quelque temps, un doute terrible s’était insinué : et si Madeleine, cette femme dont l’ombre planait autour de leur enquête, était sa mère biologique ?

A suivre…

Copyright Septembre 2025

OÙ EST MADELEINE ? 9

Nous voici arrivés à Port Rivière, en bord de Saône. Une grande barque verte repose dans les herbes, attachée à un anneau de fer rouillé.

Le père de Thomas et Hugo descend de sa vieille camionnette et en sort une paire de rames. Dans l’embarcation, une autre les attend déjà. C’est Hugo, l’aîné, qui prend place à l’avant.

La barque s’élance, légère, sur cette portion tranquille de la rivière. Autour d’eux passent parfois des canots à moteur qui laissent derrière eux de longues traînées d’écume, et les fait danser. Vers dix-neuf heures, comme chaque soir, descend le grand bateau à passagers qui file en direction de Lyon, avant de poursuivre sa route vers la Camargue par le Rhône, là où la Saône se jette, à la Mulatière. Le temps s’écoule doucement, au rythme régulier des rames. Les reflets dorés du soleil couchant dansent sur l’eau. Cette journée, Margot devait s’en souvenir longtemps, comme d’une parenthèse enchantée au fil du courant.

Le lendemain, ils prirent la route vers Gleizé. La camionnette du père cahotait sur le chemin bordé de haies, et bientôt, ils s’arrêtèrent devant une maison basse, aux volets verts, avec un petit jardin fleuri. Une femme d’une cinquantaine d’années les accueillit.

— Vous cherchez mon père ? Entrez, il est dans le salon. Vous venez sans doute pour qu’il vous parle de ses années de Résistance.

Ils pénétrèrent dans une pièce claire où un vieil homme, mince et voûté, était assis dans un large fauteuil. Une canne reposait à son côté. Ses yeux vifs s’illuminèrent à la vue du père de Thomas et Hugo.

— Eh bien, si ce n’est pas le petit Duval ! Ça fait une éternité, lança-t-il avec chaleur. Les deux hommes échangèrent une poignée de main ferme, comme deux amis de longue date. Puis, d’un signe, le père invita ses fils à s’approcher.

— Monsieur Ballinger, dit-il, les garçons ne sont pas venus pour entendre vos récits de Résistance… Ce qu’ils ont à dire est autre chose, grave, mais pas moins, mais pas plus…

Il s’interrompit, hésitant, puis se tut. Ses yeux se posèrent sur Thomas et Hugo.Le vieil homme, intrigué, redressa légèrement la tête. Ses doigts se crispèrent un instant sur l’accoudoir du fauteuil, mais son regard restait vif, attentif.

— Grave, dites-vous, dit-il d’une voix rauque mais ferme. Alors, je veux les écouter. Quand on a traversé la guerre, on apprend à reconnaître l’importance des silences et des confidences. Parlez, les garçons.

— Monsieur Ballinger, dit Thomas avec respect, nous enquêtons sur une vieille histoire, celle de Madeleine. Vous étiez à la gare de Villefranche en 1968, n’est-ce pas ? Le vieil homme fronça les sourcils, puis un sourire triste se dessina sur son visage ridé.

— Madeleine… oui, je me souviens. Une jolie gamine, toujours polie. Toute l’histoire du village a été marquée par sa disparition. Maud sortit alors le vieux ticket de train qu’ils avaient retrouvé dans la chambre d’Alejandro et le posa devant lui.

— Vous souvenez-vous de ce trajet ? Lui demanda-t-elle doucement. Monsieur Ballinger saisit le papier entre ses doigts tremblants, le caressa comme une relique précieuse.

— Oui… ce billet, ou un similaire je l’ai vu de mes propres yeux. Alejandro, le jeune Espagnol, l’avait à la main. C’était un matin d’octobre.

Les adolescents se penchèrent, suspendus à ses paroles.

— Il n’était pas seul, reprit-il lentement. Madeleine était avec lui. Elle portait une robe claire avec une veste si fine qu’elle grelottait. Elle avait beaucoup grossis , cela se voyait qu’elle attendait un bébé . Elle avait une petite valise. Ils avaient l’air pressés… mais heureux aussi. Comme deux oiseaux prêts à s’envoler.

Le cœur des jeunes bondit. L’histoire des amoureux continuaient, malgré l’énorme différence d’âge.

— Donc… ils sont bien montés ensemble dans le train pour Lyon ? s’exclama Inès ! Le vieil homme hocha la tête.

— Oui. Je les ai vus monter dans le wagon. Après je n’ai jamais revus la petite ou je ne l’ai pas reconnue.Il s’interrompit, baissa les yeux, puis ajouta d’une voix plus grave, enfin, pas tout à fait. J’ai oublié de vous dire. Quelques semaines plus tard, je travaillais comme contrôleur sur la ligne Villefranche–Lyon Perrache. Et là, j’ai revu Alejandro. Il voyageait seul, assis près de la fenêtre. Mais il n’avait plus rien du garçon joyeux de l’autre jour. On aurait dit qu’il portait tout le poids du monde sur ses épaules. Alejandro était assis près de la fenêtre. Son costume était élimé, sa casquette rabattue sur la tête, et ses chaussures couvertes de poussière. Son visage était fermé, tiré, comme si chaque pensée lui pesait. Il tenait ses mains serrées sur ses genoux, les doigts crispés, et parfois, d’un geste presque imperceptible, il passait la main sur son front comme pour chasser un poids invisible.

— Est-ce que vous vous souvenez de la date ? Lui demande Maud.

Le vieil homme semble réfléchir puis il compte sur les doigts de sa main.

— En février 1970.

Alors pensa Inès , Madeleine avait déjà eu son bébé. Et si le petit était mort ? Cette idée la fit frissonner. Elle chassa la pensée, mais elle ne put s’empêcher d’y revenir en silence, sans rien dire aux autres.

Les ados sortirent, le cœur en tumulte. Ils tenaient enfin une certitude : Madeleine et Alejandro avaient pris le train ensemble. Leur piste les menait désormais à Lyon. Cependant Alejandro devait travailler puisque personne ne l’avait revu au village. Cependant Monsieur Ballinger était certain qu’il l’avait croisé en fin d’année 1969. Et comme disait Monsieur Duval dans la voiture à Inès qui les avait accompagné, vu que Margot avait un cours de tennis. Vous y croyez vous Inès que ce jeune serait revenu au village s’il avait tué sa petite copine. Elle n’osa pas à nouveau sa pensée profonde. Elle verrait ça avec Margot

Mais le soir même les parents d’Inès, et Pedro leur demandèrent de profiter de leurs vacances plutôt que de remuer le passé. Car selon le père de Pedro toute cette histoire sentait mauvais. Il avait même dit à son fils que s’ils avaient le malheur de retrouver Alejandro, il irait en prison car il avait séduit une mineure. Et si par malheur cette Madeleine était morte va savoir si ce n’est pas lui qui l’a tué.

Perdant la moitié des copains compte tenu que les frères Duval partaient dans le midi ils mirent entre parenthèse leur enquête Contre mauvaise fortune bon cœur, les jeunes décident de lever le pieds en attendant des jours meilleurs.

Quelques jours plus tard, Inès, la cousine de Pedro, ressent une forte frustration. Elle a envie de continuer l’enquête, de comprendre ce qui s’est passé avec Madeleine et Alejandro, mais se heurte à l’autorité de ses parents et au fait que certains de ses camarades arrêtent. Elle se sent freinée, incapable d’agir, ce qui la met en colère et inquiète en même temps.

Pédro est mal à l’aise. L’attitude de son père le perturbe profondément et le met dans le doute : pourquoi réagit-il de façon aussi extrême ? Qu’est-ce qu’il sait exactement ? Pedro se pose plein de questions sur les conséquences possibles, sur la légalité, sur le danger que représente cette histoire,sans trouver de réponses immédiates. Cela crée un mélange de peur et de perplexité.

Maud qui rentrait de vacances en montagne vient sonner à la porte de Margot afin de savoir où en est leur quête de la vérité, quant sa copine lui fait part des interdictions de continuer, elle trouve ça étrange et Margot lui fait part de ses réflexions et elles décident toutes les deux de continuer à enquêter. Elles font preuve de détermination et d’un sens du devoir qui dépasse les restrictions imposées par les adultes. Leur attitude contraste avec la frustration d’Inès et le malaise de Pedro : elles prennent les choses en main. Comme ceux qui ne partaient pas en vacances passaient leurs après-midis à la rivière, plongeant du vieux pont dans la Saône fraîche et large. Cela a permis à Maud et Margot de continuer leur quête de la vérité sans être ennuyés par les parents d’Ines et Pedro.D’autres fois, Pedro et Inès enfourchaient leurs vélos pour filer jusqu’aux carrières, où l’eau turquoise les attiraient comme un secret.

— Franchement, souffla Léo en s’allongeant sur l’herbe un soir, on a trouvé quelque chose d’énorme. Mais si nos parents savaient qu’on veut continuer… ils nous cloueraient à la maison.

— C’est clair, approuva Inès. Les miens m’ont dit que remuer le passé, c’était inutile. Qu’il valait mieux oublier cette histoire de Madeleine.

— Oublier ? s’indigna Margot. Alors qu’on sait qu’elle a pris le train pour Lyon ?Hugo leva les mains pour calmer le jeu.

— On n’oublie pas. Mais on fait semblant. On se baigne, on rigole, on fait comme si de rien n’était… et quand le moment sera venu, on reprend.Thomas sourit.

— Exactement. On les endort.

La bande éclata de rire, même si, au fond, chacun sentait une tension grandir. Le mystère de Madeleine planait toujours au-dessus d’eux. Mais pour l’instant, ils profitaient du soleil de juillet, comme si l’été pouvait durer éternellement.

Fin de la première partie

A suivre…

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