Un passé bien encombrant. ( 22 )

Les mots dansent devant mes yeux. La lettre est écrite par Monsieur Maurice. Ce n’est pas beau, c’est vulgaire comme diraient mes parents. Je ne le ferait pas voir à Bastien. Mais je ne dois pas le dire à mon grand-père. Pourtant il est associé avec mon Grand-père, s’il le savait possible qu’il le renverrait. Pour l’instant j’admire la belle bague. C’est une bague de fiançailles que Maman avait rendu à son fiancé Maurice. Mais lui n’en a pas voulu et lui l’a renvoyé, avec le bracelet et le collier assorti.

Sur le courrier il est écrit je me vengerais sale garce… Il a mis va en enfer… C’est signé Maurice qui te déteste autant qu’il t’a adoré. Il faut que j’en parle à Papa, le sait-il? Aurélien doit venir demain j’essayerais de lui en parler. Je ne suis pas assez grande pour affronter seule ma grand-mère, quant à mon Papy j’ai peur de lui faire beaucoup de peine. Puis ce sont des histoires de grandes personnes.

J’en suis là de mes réflexions lorsque je vois surgir Bastien, rouge, avec des larmes qui lui coulent sur les joues. Je ne sais pas quoi lui dire.

  • Pourquoi pleures-tu ?
  • Mamie est complètement folle, elle m’a filé une gifle parce que je ne ramassais pas les haricots assez vite.
  • Oh ! Rien que pour ça.
  • Oui, c’est la première et dernière fois que je l’aide.
  • Bastien, regarde ce que j’ai trouvé dans la valise de Maman.
  • Quelle valise?

Je commence par expliquer à Bastien que le jour où je suis rentrée dans la chambre pendant que Rosette l’avait laissée ouverte. J’ai fureté un peu partout et dans la coiffeuse de notre maman j’ai trouvé une petite clef. Cette clef ouvrait la valise de poupée. Mais dedans maman avait enlevé tous les habits de ses poupées, et, à la place j’avais trouvé cet écrin où à l’intérieur il y avait une lettre pliée et je lui montre ce qu’il y avait dans cette boîte rouge. Il me regarde et me dit :

  • C’est une bague de fiançailles, et
  • Un collier et un bracelet oui ça je sais. Je connais même la pierre qui est serti dedans, c’est un rubis.
  • Celui de la bague est énorme. Et la lettre que contient-elle.
  • Tiens lis !
  • Sale type, il essaye d’être mon ami.
  • Moi, je ne trouve pas qu’il essaye d’être ami avec moi. Il m’a pincé et fait un croque en jambe. C’est à cause de lui que j’ai cette résine qui me gêne.
  • Pourquoi n’as-tu rien dit à Papy.
  • Je ne veux pas faire d’histoire.
  • Tu aurais dû le dire. Grand-mère fait que dire en parlant de toi. Cette gamine est véritablement maladroite. Intelligente mais vraiment pas futé.
  • Je m’en fiche, je préfère Papy.
  • Pourquoi ? Méfie:toi de lui il n’aime pas Papa, ni Grand-mère.
  • Il n’aime pas notre grand-mère .
  • Non notre papa.
  • Les grandes personnes sont compliquées

Nous cachons une nouvelle fois l’écrin et la lettre, mais Bastien veut que je mette dimanche prochain le collier offert par Maurice à notre mère. Il les observera tous pour voir leur réaction. Je ne suis pas convaincue. Si notre Maman l’a gardé sans le mettre sur elle c’est bien qu’elle n’en voulait plus. Mais Bastien sait se montrer persuasif. Je n’y pense plus en quittant ma chambre.

Lorsque nous arrivons au rez-de-chaussée, notre grand-mère est en grande conversation téléphonique. Pour l’instant j’ignore avec qui elle parle. Soudain elle me voit et semble mal à l’aise puis je l’entend dire. Finalement Charlotte est là je vous la passe.

  • Tiens petite c’est tes grands-parents paternels. Je te laisse.
  • Appelez Bastien, il sera déçu de ne pas pouvoir leur parler.
  • mmmmmmmm
  • Pardon, vous dites
  • Je vais le chercher
  • Allo, Mamie
  • Ecoute moi bien Charlotte, nous allons Papy, ton oncle et moi venir vous chercher dimanche, nous avons des choses importantes à vous dire. Ne fais aucune réflexion pouvant faire comprendre quoi que ce soit à ta grand-mère. Je lui ai dit que vous resterez chez nous une bonne semaine. Préparez votre valise. Laissez des vêtements dont vous pensez que chez nous, vous n’en aurez pas besoin. Maintenant passe- moi ton frère.
  • D’accord Mamy gros bisous et à bientôt.

Je cherche des yeux Bastien, mais je ne le voit pas. Je ne vois que ma grand-mère qui me fixe. Il va falloir que j’appelle Bastien. Mais je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’elle se précipite vers moi. M’arrache le combiné téléphonique et dit à la maman de mon papa: Bastien n’est pas là, dans deux jours il sera avec vous. Charlotte est bien capable de lui dire ce qu’il faut mettre dans sa valise. Au revoir.

A suivre…

Un passé bien encombrant. ( 21 )

À peine Bastien m’a dit ces horreurs que je vois Grand-père qui rentre dans la chambre, l’attrape par une oreille et lui dit d’une voix tonitruante :

  •  » File dans ta chambre, et je viendrais te voir, mais réfléchit bien à ce que tu viens de dire à ta sœur car je veux une réponse qui est du sens. Comment veux-tu qu’une petite fille de bientôt onze ans soit capable de diligenter des meurtres. Et surtout en être la cause. Ni toi, ni ta sœurs vous n’êtes en aucun cas responsables de quoi que ce soit. »

Bastien , quand Grand-père lui lâche l’oreille est rouge comme un coquelicot. Il a des larmes la pleine figure, la tête baissée, il ne me regarde pas et s’en va suivi de mon Papy. Je reste seule, cache à nouveau le téléphone rose dans ma pochette et regarde ma grand-mère qui marche dans son jardin. Elle frappe sur toutes ses fleurs. Je vois les pétales des roses qui éclaboussent le sol. Là des jaunes, des saumons, des rouges. Ici des marguerites et des glaïeuls. Pourquoi elle frappe les fleurs? J’en suis là de mes réflexions lorsque mon grand-père revient. Je le vois glisser dans sa poche la clef de Bastien. Il a dû l’enfermer dans sa chambre. Grand-père a sa tête en colère, un pli barre son front et il est triste. Je ne veux pas que Bastien soit puni, il n’a pas dû réaliser ce qu’il me disait. Jamais mon frère a été méchant avec moi. Pourquoi depuis que l’on est dans la maison de nos grands-parents il a une attitude étrange?

  • Charlotte tu vas bien, ton frère te demande pardon, il ne voulait pas te dire ça
  • Alors pourquoi le l’a -t-il dit. Mon frère n’a jamais été méchant, c’est parce qu’il y a le mauvais oeil.
  • Que veux-tu dire Charlotte?
  • En Afrique avoir le mauvais oeil, juste quand on te regarde ça t’apporte du malheur.
  • Voyons tu es assez intelligente pour ne pas croire à pareilles bêtises.
  • Papy en Afrique
  • Ça suffit hurle ma Grand-mère depuis le couloir. Tu as finis de raconter n’importe quoi. Comment votre père vous a-t-il élevé pour que tout soit vrai. Ce sont des croyances d’autrefois. Chez moi l’Afrique je ne veux plus en entendre parler. Je cherche Bastien ou est-il ?
  • Que lui veux-tu ?
  • Il.m’a dit il y a une heure qu’il était prêt à m’aider à ramasser les haricots. S’il est absent, Charlotte n’a qu’à le remplacer.
  • Tu te moques de moi, Charlotte est tombée et Aurélien m’a conseillé d’éviter qu’elle marche. Je viens juste de te le dire. Tiens voici la clef de Bastien, il t’aidera au jardin. J’espère que dorénavant il ne tiendra pas les horreurs qu’il a dit à sa soeur.
  • De quelles horreurs parle-tu?
  • Tu lui le demanderas et par la même occasion tâche de savoir pourquoi il agresse sa soeur de cette manière.

Grand-mère prends la clef et sort la tête haute de ma chambre. J’en profite pour demander à son mari si je peux descendre dans le jardin. Il me regarde d’un air bizarre et me dit qu’il va plutôt m’emmener dans sa cave. Il attend des visiteurs mais comme je suis sage je pourrais rester.

Je n’en n’ai pas envie, je lui dit :

  • Papy je préfère rester dans ma chambre, mais tu dois m’attraper la petite valise marron qui est à côté de la coiffeuse.
  • Elle est à toi?
  • Oui c’est celle que Maman m’a donné
  • Alors si c’est ma fille chérie qui te l’a donné, je vais me faire un plaisir de te l’apporter. Où veux-tu que je te la pose?
  • Sur le lit, je te remercie Papy.
  • Fais bien attention lorsque tu te déplaces, ne va pas tomber une seconde fois.
  • Pas de problèmes.

J’attends que mon grand-père s’éloigne pour attraper mes béquilles posées sur la chaise tout prêt de moi. Et je vais voir ce qu’il y a dans la valise de ma Maman. Heureusement que Papy n’avait jamais vu cette valise car il aurait pu m’empêcher de l’ouvrir. J’entends des voix, mais elles ne sont pas à l’étage. Je m’asseois sur le lit et ouvre la valise. Ô surprise!

A l’intérieur posé sur un coussin blanc il y a une bague magnifique, elle a un rubis énorme et d’un beau rouge. Une chaîne avec un coeur de la même couleur que la bague. Et dessous le petit coussin blanc il y a une lettre. Je me demande si j’ai le droit de lire le mot. Mais si avec Joseph nous enquêtons sur la disparition de Maman , il faut que je sache qui lui a écrit cette missive et si elle est signée.

J’ouvre délicatement l’enveloppe il n’y a que deux mots à l’intérieur et une signature. Je lis et je me mets à trembler, je pleure… Pourquoi?

A suivre…

Un passé bien encombrant. ( 20 )

Je ne comprends pas ce qu’attend la femme de chambre de ma grand-mère, elle me tourne autour, ouvre la bouche et la referme. Soupire, s’en va puis revient.

  • Qu’attendez-vous Madame?
  • Votre verre Mademoiselle Charlotte.
  • Ah ! Vous voulez mon verre, mais si je finis de boire dans une heure, vous allez attendre pendant tout ce temps.
  • Vous ne buvez pas d’un seul coup.

Elle m’énerve cette « Rosette », je vais le boire son verre de cette façon elle s’en ira et je serai tranquille. Je veux téléphoner en Afrique. Joseph saura ce qu’il est arrivé à mon Papa, enfin je l’espère.

  • Tenez Rosette j’ai tout bu.
  • Merci Mademoiselle Charlotte, si vous avez encore soif, vous pourrez m’appeler je viendrais vous apporter un verre d’eau.
  • D’accord

Ouf, la voilà partie, me voici tranquille. Bon le téléphone de Papa est dans mon petit sac, je vais appeler mon ami Joseph. Je ne dois pas lui poser des questions, il faut que je le mène là où je veux.

  • Allo, c’est Charlotte qui est à l’appareil ?
  • C’est moi Joseph, tu ne reconnais pas ma voix.
  • Si mais je voulais m’en assurer. Tu vas bien
  • Oui, mais…
  • Mais quoi?
  • Je ne sais pas si je dois te le dire.
  • Ne commence pas à faire des cachotteries.
  • De toute façon tu ne sembles pas au courant.
  • Au courant de quoi
  • Pour ton père
  • Oui et alors, que sais-tu?

Il tourne autour du pot, il va falloir que je me découvre si je veux en apprendre davantage.

  • Je sais qu’il y avait un problème. On était venu à l’aéroport récupérer une valise qui était restée au débarquement. Soudain on a vu pleins de gendarmes se jeter sur Papa.
  • Qu’as-tu vu de plus?
  • Rien, car Papy nous a emmené
  • Veux-tu que je te raconte ce que je sais
  • Vas y
  • Ton Papa est arrivé en Afrique dans un avion d’Air France, papa qui était venu le chercher l’a vu passé entre deux gendarmes. Ton père a fait comme s’il ne le connaissait pas.
  • C’est sûrement pour ne pas l’impliquer
  • Maus mon père ne comprends pas la raison.
  • Tu crois que moi je comprends .
  • Excuse-moi Charlotte , je ne voulais pas te faire de la peine
  • N’en parlons plus. Et après que c’est-il.passé?
  • Il est à la prison
  • Ton père est allé le voir
  • Il.n’a pas pu.

J’ai raccroché brutalement car j’ai entendu un bruit dans le couloir mais personne n’est entrée. Au moment où je vais rappeler Joseph, mon téléphone vibre, je regarde c’est écrit Papa.

  • Papa où es-tu ?
  • Je viens de sortir de prison , ne te fais pas de soucis, tout est prévu.
  • Mais le père de Joseph ne pouvait pas venir te visiter en prison.
  • Ah tu as parlé à ton ami. Écoute-moi , tu vas demander à ton frère la deuxième carte sim. Tu entends ce que je te dis.
  • Oui, je ne dois plus téléphoner à Joseph
  • Je sais que c’est ton ami, mais pour ma sécurité personne ne doit savoir que je suis hors de prison. Dès que j’ai raccroché, tu ôtes la carte sim et tu ne l’a remets jamais dans ton portable. Je vous appelle tous les deux ce soir sur le nouveau numéro vers 22 h. Dépêche-toi Charlotte.
  • Oui papa.

Je raccroche, ouvre mon téléphone , ôte la carte sim, referme le dos de mon téléphone cellulaire et appelle Bastien avec le téléphone de Grand-père. Celui-ci arrive et me demande ce qu’il.se passe. Dès que je parle de carte sim, il devient tout rouge et semble très en colère. Il me dit que c’est à cause de moi, tous ces meurtres.

A suivre….

Un passé bien encombrant. ( 19 )

Je n’aime pas ce regard insistant du copain des mariés. Ce type est étrange, bizarre. Il triture sa moustache, passe sa langue sur ses lèvres comme s’il voulait me croquer. Puis brusquement vient vers moi. Me prends par le bras et me dit pas très fort.

  • Arrête de me fixer sale gamine, je vois bien quel est ton petit jeu.
  • Je ne suis pas ta copine, je n’ai pas ton âge, je ne comprends pas de quoi tu parles et lâche-moi ou j’hurle et crois-moi tu vas t’en souvenir.

Ce dingue me serre davantage le bras aussi je commence à crier :

  • Arrête de me faire mal. J’hurle mon cri doit s’entendre loin car Aurélien se précipite sur Maurice lui file un coup de poing en plein visage. Il me lâche enfin le bras mais sous le coup il m’entraîne par terre et je chute malencontreusement sur le sol. Je continue à crier de plus belle. A la fois car j’ai mal, ensuite à cause de Monsieur Maurice qui me pince le bras et parce que je ne veux pas rester en sa présence.

Soudain je vois entrer en trombe mon grand-père, il vient vers moi et je l’entends dire:

  • Fiche le camp Maurice, disparaît de ma vue mais tu as intérêt de revenir une fois calmé et tu m’expliqueras ce qui vient de se passer.

Puis il me remet debout mais j’ai tellement mal que je me met à crier. Aurélien s’approche de moi, me fais asseoir sur le sol de la cave et descends ma socquette, me quitte délicatement ma ballerine et me demande si je suis douillette. Je lui fais signe que non. Il prend mon pied, m’explique chacun de ses gestes, et brusquement il tourne mon pieds, je pousse un cri, un seul. Aurélien me dit:

  • Bravo tu as été courageuse, pendant quelques jours tu ne peux pas courir ni même marcher.
  • Pourquoi? Je n’ai plus mal
  • Il faut que les ligaments se remettent à leur place, si tu me promets de ne pas poser le pieds par terre je ne te préconise pas de résine, juste un bandage. Par contre qu’en pensez-vous Monsieur?
  • Je ne connais pas bien ma petite-fille mais je pense qu’elle est en capacité de comprendre mais j’ai des doutes à ce qu’elle respecte tes consignes . Non seulement c’est le portrait craché de sa mère mais elle en a aussi la détermination et la capacité à ne pas nous écouter.

Aurelien et Bastien rigolent, je ne trouve pas ça très drôle. Mais je suis bien contente d’être comme Maman et surtout de lui ressembler aussi bien physiquement que mentalement. Peut-être que grand-mère est mal à l’aise en me voyant si elle a l’impression de revoir sa fille…

Aurelien a proposé de m’emmener à l’hôpital pendant que sa fiancée et Bastien restent. Grand-père attends des visiteurs, mais il a dit à Aurélien que contrairement à sa femme il avait toute confiance en lui. Aurélien a une vieille voiture verte je lui ai dit que c’était la même voiture que Columbo. Cela l’a encore fait rire. Son rire est communicatif, je n’ai plus pensé à mon pied j’ai ri tout le temps. Quand il m’a pris dans ses bras devant la clinique où il travaille j’ai crû que c’était mon papa. Je me suis mise à pleurer. Il m’a déposé sur un fauteuil roulant et il m’a demandé la raison pour laquelle je pleurais. J’ai juste dit c’est mon papa qui me manque. Dans tes bras j’ai pensé à lui. Il a souri, mais il était triste.

Aurelien m’a déposé chez son ami, futur témoin de mariage, lui aussi connait bien ma maman. Il est médecin orthopédiste comme lui. Il lui a expliqué que j’étais têtue comme Maman. Mais lui qui s’appelle Mathieu m’a laissé choisir la couleur de ma résine. Lorsque j’ai pris vert, il m’a dit, les filles en général prennent rose, toi tu es à part. Il faut toujours se démarquer dans la vie. Mais n’en fait pas trop. Aurélien va t’emmener récupérer une paire de béquille mais hélas j’en ai pas des vertes. Je m’en fiche je les veux rouges lui ai-je répondu. Comme ça les daltoniens les verront vertes. Et lui en riant m’a dit , certainement mais ta résine ils la verront rouge.

Je n’avais pas pensé que c’était le contraire. J’aurais dû la prendre rouge ma résine. Je ne connais pas de daltoniens. Mais si Maurice revient avec ma canne je me défendrait. Nous voilà de retour, Maryline discute avec ma grand-mère. Lorsqu’Aurelien me dépose sur le sol j’entends ma mamie lui dire :

  • Finalement la vie t’a permis de te racheter, ta fiancée m’a dit que tu étais chirurgien orthopédiste. Et bien c’est parfait.
  • Et il est doué
  • Mademoiselle s’y connait

Je baisse la tête, ma grand-mère est toujours sur mon dos. Vraiment je ne la connais pas, elle est aigrie cette femme, c’est ce qu’a dit Aurélien au téléphone avec une personne qui l’a appelé pendant que nous roulions vers sa clinique. Il m’a juste dit ne le répète à personne. J’ai très bien compris. Mais je lui ai répondu par l’affirmative. Déjà qu’elle ne m’aime pas je ne vais pas lui donner le bâton pour me battre.

Aurelien dit à mon grand-père :

  • Je viendrai dans dix jours lui retirer sa résine. Elle n’aura pas besoin de rééducation. Par contre veiller à ce qu’elle ne pose pas le pied au sol.
  • As-tu écouté Charlotte au lieu de bailler aux corneilles ce qu’Aurelien vient de dire?
  • Oui grand-mère je ne suis pas sourde.
  • Cette gamine est le portrait caché de sa mère, insolente, exaspérante, on a vu ce qu’il est arrivé à notre fille. Le temps que ton père est en Afrique je vais te serrer la bride.

Je prends les béquilles et sans dure au revoir a personne je file vers le perron où se trouve Papy. Il voit que je pleure mais il ne me dit rien. Il l’aide à monter les deux matches et me demande où je veux aller. Je ne veux rien, je veux juste appeler mon ami Joseph, mais je ne le lui dit pas. Juste qu’il faut que je monte dans ma chambre car je veux aller chercher un livre.

Il me prend dans ses bras vigoureux et en quatre enjambées il me dépose sur mon lit. Ouvre le battant de la terrasse, y installe un transat en rotin. Ouvre un parasol et le demande si je vais être capable d’y aller avec mes béquilles. Devant mon petit oui, il m’embrasse sur le front et me dit si tu as besoin de quoi que ce soit tu m’appelles avec ce téléphone. Et je viendrais m’occuper de ma princesse. Avant que je travaille dis-moi si tu as besoin de quelque chose en particulier. Je lui demande une citronnade. Il s’en va et m’envoie la bonne à tout faire comme dit Bastien.

A suivre…

Un passé bien encombrant. ( 18 )

Une fois Papy parti, un silence de plomb s’est installé dans le caveau. Maryline est ennuyée. Je vais vers elle et je lui dit.

  • Ne t’inquiètes pas, mon papy va régler son compte à sa femme.

Je ne sais pas pourquoi ils ont tous ri, même Bastien, lui en plus il en pleurait. Quant à Aurélien une fois qu’il s’est arrêté de rire il s’est approché de moi et m’a dit :

  •  » Cela fait bien longtemps que nous la connaissons ta grand-mère. Ne t’inquiètes pas cela lui aura passé, puis ce n’est pas de ta faute. »
  • Mon Papy ne va pas lui tirer les oreilles
  • Non, bien entendu, c’est juste qu’il n’etait pas très content.
  • Pour la charrue

Les voilà qui recommence à rire, Bastien me fait signe de ne rien dire de plus. Mais Maryline me donne l’explication.

  • Je vais t’expliquer Charlotte, ta Grand-mère s’est rendue compte que j’attendais un bébé. Ce qu’elle a dit mettre la charrue avant les boeufs cela veut dire avoir un bébé avant de se marier.
  • C’est défendu
  • Non, bien entendu on a le droit mais pour ta grand-mère selon sa manière de penser c’est une honte.
  • Merci. Tu l’auras quand ton bébé?
  • Dans six mois et demi.
  • Et tu te maries à quels moments?
  • Dans un mois.
  • Et bien ce n’est pas grave ton bébé va naître après ton mariage.

Bon les grandes personnes sont bizarres elles rient même pour des mots censés. Tant pis, cela ne me regarde pas. C’est surtout ma grand-mère qui m’inquiète. Bientôt on aura plus le droit de bouger ni pieds, ni pattes. J’en ai marre d’attendre.

Je fais diversion en demandant à Aurélien pourquoi ma Grand-mère paraissait très en colère contre lui au point que Papy en soit devenu tout blanc. Aurélien me dit je vais te raconter ce qu’il est arrivé à ta Maman. Ta Mamie m’en veut plus de vingt ans après que ce drame ait eu lieu. C’est une grosse bêtise. Promets-moi Charlotte de ne jamais faire une stupidité pareille. Car cette bêtise a eu des conséquences graves pour votre Maman chérie.

Notre Maman avait parié avec ses copines qu’Aurelien, Maurice et deux autres garçons seraient incapables de monter sur le noyer qui longeait la propriété de nos Grands-parents. Tous y étaient arrivés sans encombre. Puis Aurélien avait mis au défit les filles de monter. Deux amies de Maman très casse-cou étaient montés à mi-chemin. Maryline avait refusé prétextant porté des talons, elle s’était faite traitée de poule mouillée. Mais Maman qui était la petite amie de Maurice avait relevé le défi. A mi-parcours, applaudis par les garçons et les filles elle s’était arrêtée, avait levé les deux bras en signe de victoire. À ce moment-là, complètement déséquilibrée, elle avait commencé à glisser. Dans un premier temps elle s’était rattrapé d’une main à une branche, hélas cette dernière avait cassé et notre Maman était tombée de plus de trois mètres de haut. Fracture ouverte de la tête, trois mois dans le coma, les deux jambes cassées. En revenant à belle,celle ne se souvenait plus de ce qui lui était arrivé et n’avait jamais pu dire à nos grands-parents que c’était elle qui avait eu la première idée. Aurélien ne lui en voulait pas.

Une fois le récit d’Aurélien terminé je vois Monsieur Antoine qui me fixe bizarrement, dès que je le regarde il détourne la tête, puis à nouveau me fixe. Cela me fait froid dans le dos.

À suivre…