Une rencontre inattendue (29)

Deuxième partie

Nicolas et Stéphane avec les oncles de Charles et Claire sont penché sur un plan des corons. Paul l’aîné des oncles indique un chemin qui serpente par les jardins et va nous permettre de nous évader.

Evader est sûrement un bien grand mot, mais les deux plus vieux mineurs nous apprennent que ce chemin a déjà servi au cours des grèves passées.

Vous voyez ici il y a une porte dans notre jardin, elle communique avec le jardin de notre voisin mais sa porte à lui est située bien plus bas que la nôtre. Je vais vous donner le code pour les franchir tour à tour nous dit le Père de Chantal.

Devant nous s’étale un dessin d’enfants où il a été dessiné des personnages, chaque porte a une couleur différente de l’ensemble de la barrière. Elles sont représentés ici par des jouets colorés.

Charles avait remarqué la première fois qu’il était venu que dans le jardin de Chantal où les barrières étaient marron foncé, un morceau de barrière était hachuré en noir, cela lui avait paru bizarre, maintenant il le dit à Claire qui me le glisse à l’oreille. Et c’est à ce moment-là que leur Grand-père paternel nous explique la petite astuce.

  • L’ensemble des clôtures ont été refaites récemment car cela s’use au fil du temps. Attention à un oeil non observateur et sans ce papier vous allez tâtonner longtemps et surtout vous allez attirer les gendarmes. Certaines comme vous pouvez le voir sur le dessin sont hachuré en blanc, d’autres en noire. Pensez-vous y arriver ?

Charles se tourne vers son grand-père en lui disant :

  • Avec deux fins limiers nous passerons hors du filet.

Les fins limiers que nous sommes n’en mènent pas large, si on se fait prendre que vont devenir Marie-Cecile sans parler de Claire. Le vieux semble ne pas avoir beaucoup de scrupules. C’est à ce moment que l’on entend à la porte de grands coups. On est fait comme des rats. La fuite se termine dans la maison des Meignière. Quelle malchance ! Et dire que nos cartes de police sont dans la voiture.

Chantal ouvre la porte, ouf c’est leur voisin. Il comprend de suite ce qu’il se passe. C’est lui qui propose de nous accompagner. Les deux Grands-pères le remercient et nous voilà parti sans le plan sous la houlette de Monsieur Lebeau.

Claire donne le bras à Marie-Cécile, plusieurs fois elle manque de tomber, elle a aux pieds des talons hauts. Tous nos bagages sont dans les voitures, Claire aurait pu lui prêter une paire de ballerines. Finalement après avoir heurté une pierre, Marie-Cecile chute lourdement, elle pleure doucement, elle s’est fait mal. Avec la lampe à pile de Monsieur Lebeau nous eclairons le genou de Marie-Cécile, elle s’est ouvert la rotule, certes c’est superficielle mais Claire va devoir la soigner. Ma future femme est fort prévoyante, elle a sa malette d’infirmière. Elle nous demande de faire un rempart afin que la lampe ne soit pas vu au loin. Mais nous sommes dans le jardin d’un petit cousin des Meignière et lui a vu la lumière bougée, il comprend rapidement ce qu’il se passe et nous fait entrer dans sa maison.

Après m’être concerté avec Stéphane , nous décidons de passer à l’action afin de rejoindre nos voitures et de récupérer nos cartes de police. Enfin devrais-je dire celles que j’ai fabriqué avant de quitter le Domaine des parents adoptifs de ma bien-aimée. Nous ne pensions pas nous en servir mais là c’est une excellente raison pour voir si mes talents de dessinateur en herbe vont payer.

Nous avons laisser nos voitures à deux endroits différents, l’une est dans une rue proche du Coron, l’autre se trouve devant l’hôtel de ville. Bien nous en a pris, par contre il n’est pas certain que nous allons réussir à passer. Nous ignorons où se trouve les sentinelles. Le fils de Chantal qui nous accompagnait va nous servir de guide pour la dernière partie de notre fuite. Stéphane a mémorisé les couleurs et connait désormais le système ingénieux qui nous a permis de franchir les sept premiers jardins. Il nous en reste trois mais là ce sera difficile car nous aurons à ramper afin d’éviter la première patrouille qui bloque une des entrées du coron. Au bout de la ligne droite on aperçoit les grilles par lesquelles les mineurs accèdent. Mais auparavant nous avons deux cent mètres à découvert. Jules à mots couverts nous expliquent sa stratégie, nous l’approuvons et nous voilà embarqués pour jouer comme les gamins des corons au chat et à la souris.

Aores avoir rampé sur une bonne centaine de mètres, nous nous redressons, c’est là où nous quittons Jules. Je lui ai donné les clefs de la voiture et indiqué où se trouve nos cartes de police. Nous nous asseyons dos à un talus de charbon non prévu mais cela nous arrange bien. Nous sommes dans le noir complet. Mais nous voyons brillés une lumière. Nous nous concertons avec Steph et décidons d’attendre. Si c’est Charles et les filles accompagné de Monsieur Lebeau cela ne sert à rien de se planquer dans le tas de charbon. Dans le cas contraire nous rebrousserons chemin où nous nous jetterons dans la gueule du loup. Jules ne devrait guère tarder.

Un bruit de bottes se fait entendre, les gendarmes font évacuer les maisons et ensuite ils entrent et vérifient si les fugitifs que nous sommes ne sont pas planqué à l’intérieur , ce que nous apprendrons plus tard c’est que Paul qui avait été résistant avait fait honte aux policiers en leur demandant où était leur chef « le Commandant Himler » de son vrai nom Aymar. L’histoire avait dû faire le tour des corons n’en doutons pas.

Mais au moment des faits, nous n’en menons pas large, nous ne connaissons pas la solidarité entre mineurs. Personne nous a denoncé, les premières maisons ont été mises à sac par des policiers trop zélés à la botte de Monsieur de Bougainvilliers comme nous l’a dit sa fille.

En mon for intérieur je pense que l’image de marque de la police va s’en trouvé terni à cause d’un ou deux policiers véreux. Et je me jure d’être intègre jusqu’ à la fin de ma carrière. Et mon ami Steph me dira bien plus tard s’être fait la même réflexion.

Monsieur Lebeau éteint sa lampe et nous annonce qu’il va s’en aller chez lui pour éviter a sa femme et ses fils d’être ennuyé. Je lui dit qu’il n’a pas à subir ce genre de désagrément et que ça me dépasse de voir ce comportement.

  • ils ont des ordres ils les exécutent
  • Un jour on leur dira de descendre dans la mine et de tout faire sauter, le feront-ils ?

À suivre…

Une rencontre inattendue (28)

Nicolas et Claire repartent ensemble et moi je vais récupérer Charles chez sa cousine. Nous devons nous retrouver chez elle, afin que Claire puisse rencontrer sa famille. Il n’est pas très tard, mais nous ne nous attarderons pas, nous avons reçu un avertissement de Madame de Bougainvilliers, bien que nous ne sachions pas de quels côtés le coup pouvait venir et qui Claire gênait.

Il est 20 h et nous allons pour prendre congé, alors que ni Claire ni Nicolas nous ont rejoint lorsque nous entendons des éclats de voix.

  • Nicolas nous ne pouvons pas la laisser au milieu des corons, imagine ce qu’il peut lui arriver.
  • Claire, c’est impossible cette femme ne va que nous attirer des ennuis.

Chantal et sa famille sont interloqué par les propos que tiennent derrière leur porte Claire et Nicolas. Aussi son voisin et ami de son père ouvre la porte et leur demande d’entrer tout en leur disant :

  • De qui parlez-vous ?
  • D’une femme qui vous demande l’hospitalité
  • Elle la demande à qui …Personne n’a rien demandé à ma voisine et je ne connais pas cette personne. Rentrez et expliquez-vous.

C’est Claire qui intervient :

  • Je suppose que vous êtes mon oncle le frère de ma mère
  • Oui et vous Claire, que ce passe-t-il ?
  • Attendez-moi un instant je reviens.

Claire tourne les talons et disparaît, elle revient accompagnée d’une femme qui cache son visage sous une capuche alors que nous sommes en plein été. Tout le monde s’engouffre, y compris Nicolas qui semble fort en colère.

Bonjour à tous, je m’excuse de venir vous importuner mais cette jeune fille m’a lancé un vibrant appel au secours. Bien que nous devons repartir en Bourgogne je lui laisse le soin de vous rapporter ses propos. Et vous me direz ce que je dois faire. Je ne sais qu’une chose c’est qu’elle s’appelle Marie Cécile De Bougainvilliers.

La foudre serait tombé à nos pieds nous n’aurions pas plus réagis qu’aux propos tenus par Claire. Nous étions abasourdis, la demoiselle des houillères comme elle était surnommée dans les corons étaient là devant nous comme une mendiante. Le premier moment de stupeur passé, Chantal nous a tous invités à s’asseoir et elle a demandé à Marie Cécile et à Claire de s’asseoir côte à côte.

Marie Cécile a ôté sa capuche et devant nos regards incrédules nous avions la copie conforme de Claire. A ce moment Charles s’est levé et a dit :

Maus qui êtes-vous ?

  • Je m’appelle Marie Cécile de Bougainvilliers, j’étais jusqu’à l’ouverture du testament de celui que j’appelais Papa une jeune fille sans aucun souci. Je sais qu’ici dans les corons on m’appelait la demoiselle des houillères. Ce matin du mois dernier, le 9 mai plus exactement chez notre notaire j’ai appris que je n’étais pas la fille de Louis de Bougainvilliers mais la propre fille de mon grand-père, je suis désolée Claire, je vais vous faire du mal car je pense que vous ignorez votre propre histoire.
  • Ne vous inquiétez pas, je me doute qu’il y a autour de ma naissance un mystère et maintenant que je vous vois, même si je ne sais pas tout les aboutissants je sais que vous êtes ma demi-soeur et que votre mère avait raison en me disant qu’elle était ma belle-soeur. Mais cette affaire est fort compliqué. Votre mère et ma mère sont-elles allé de leur plein gré dans le lit de celui que vous considériez comme votre grand-père il n’y a pas si longtemps.
  • C’est là que l’affaire comme vous dîtes prends un côté sordide. Bien sûr que non que ma mère et la vôtre et sûrement beaucoup d’autres ne sont pas allés s’offrir en pâture au vieux. Le maître des houillères les a violé le même jour.

Claire reçoit la nouvelle brutalement, elle s’effondre. Nicolas ne sait même pas quoi faire. Il reste les bras ballants n’osant même pas prendre sa fiancée dans ses bras . Il faut que son grand-père maternel et son oncle la prenne dans leur bras pour qu’elle arrête de pleurer et entende la fin de l’histoire sordide de Marie Cécile.

  • Je vous demande pardon Claire, je pensais qu’au moins cela vous le saviez, votre mère ne vous a donc jamais rien dit.
  • Je n’ai pas connu ma mère elle est morte il y a 20 ans sur les routes de l’exode en me mettant au monde.
  • Ah en effet, votre mère était la femme de chambre de ma mère, mais c’était plutôt deux amies, elles s’étaient connus à l’école et avaient sympathisé Votre maman avait épousé Jean Meignière une semaine avant que ma mère épouse le fils des houillères, et c’est tout naturellement que ma propre mère avait demandé à mon père qu’elle puisse avoir une femme de chambre, mais elle n’avait pas osé dire à mon père qu’elle la connaissait depuis l’école. Maman me parlait souvent de votre mère, me disant qu’elle regrettait de ne plus avoir de ses nouvelles mais elle n’a jamais osé venir dans les corons demandés à vos grands- parents des nouvelles de leur fille.
  • Qu’avez-vous appris lors de l’ouverture du testament.
  • Des horreurs, mon père ne laissait rien à mon frère ainé.
  • Pourtant lui c’était son fils légitime
  • Oui mais il se comportait aux dires de mon père comme un soudard et il ne voulait pas que sa fortune soit dilapidé entre toutes ses maîtresses. Mon frère Jean-Marc est comme le vieux. C’est son portrait craché, mon père ressemblait à ma grand-mère.

Continuez Marie Cécile nous avons de la route à faire lui demande gentiment Charles.

  • Mon frère s’est levé et m’a jeté à la figure c’est donc la bâtarde qui va hériter de tout. Moi vivant tu n’auras rien du tout. Même si je dois te tuer pour hériter de la fortune de grand-père, car le vieux ne te reconnaîtra jamais et t’empêchera d’avoir des enfants. Tu vas croupir dans un couvent si tu acceptes un centime de l’héritage de mon père.
  • Quelle horreur ! Qu’avez-vous fait ?
  • Je suis partie en courant, au départ je pensais que ma chambre serait un excellent refuge mais mon frère m’a traqué des jours et des jours jusqu’à la semaine dernière où il a disparu pour tuer toutes les héritières. Je n’avais pas compris mais c’est maman qui m’a tout expliqué.

Claire et Charles se regardent serait-ce lui qui a tenté de tuer Annabelle et la tentative d’assassinat sur Claire. Détruit une parcelle de vignes. Cela coïnciderait tout à fait. Mais comment a-t-il appris que nous avions été adopté par Monsieur et Madame de la Roche Vineuse. Pour nous c’était une énigme. Aussi il nous fallait en avoir le coeur net.

  • Où se trouve votre frère en ce moment ?
  • Le vieux l’a envoyé chez vous
  • Comment savait-il ce que nous étions devenus ?
  • C’est il y a plus de dix ans que le patron des houillères a appris votre existence.
  • De quelles manières ?
  • A cause de la DDASS il faisait une enquête sur votre famille, dans les papiers qu’ils avaient en leurs possessions il était noté :  » s’il m’arrivait un malheur adressez-vous à Josianne de Bougainvilliers,( c’est le prénom de ma mère), elle aidera ma fille en souvenirs de nos années de jeunesse ».

Tout s’expliquait, les services sociaux avaient du communiquer au grand-père d’Annabelle l’existence d’un grand-père qui avait dû donner son consentement à son adoption, se débarrasser par la même occasion d’un cadeau empoisonné. Et maintenant il se servait de ce qu’il connaissait pour ordonner à son petit fils de se débarrasser une fois pour toute d’un objet encombrant qui pourrait venir réclamer une part d’héritage.

En effet le père de Marie Cécile léguait une somme coquette à la demi-soeur de sa fille qu’il avait chéri en tant que sa propre fille alors qu’il n’ignorait pas ce que son propre père avait fait. Claire et Marie Cécile étaient ses deux soeurs et la seule famille qu’il avait sur terre. C’était normal à ses yeux qu’elles aient une part de son héritage.

Lorsque Marie Cécile eu finit son récit il n’était pas loin de dix heures. Chantal nous avait servis un repas tout en écoutant. Au moment de partir Marie-Cécile nous avait montré un papier écrit de la main de sa mère qui demandait à Charles de venir en aide à sa fille. Nicolas s’était incliné, Marie-Cécile était comme la jumelle de sa fiancée, elle était du même jour et née avec peu de minutes d’écart. C’était rocambolesque mais tellement sordide cette histoire. Ce vieil.homme méritait d’être traduit devant la justice. Combien de filles, de femmes d’enfants avait-il violé. Mais il fallait avertir les parents adoptifs de Charles et Claire mais sa fiancée voulait les mettre devant le fait accompli.

Est-ce que cette rencontre inattendue allait mettre à feu et à sang la vie tranquille de la famille De La Roche Vineuse.

C’est au moment de notre départ que nous apprenons du fils aîné de Chantal qu’il y a à chaque sortie des corons un peloton de crs.

Le vieux a mis sa menace à exécution. La famille de Charles et Claire sont des hors la loi. Il va falloir compter sur la solidarité des mineurs pour sortir de ce piège.

Fin de la première partie.

À suivre…

Une rencontre inattendue (27)

Nicolas et Claire partent en direction de la demeure seigneuriale du patron des Houillères. Ils ont demandé leur chemin une fois à un Monsieur qui portait un haut de forme, une canne avec un pommeau doré, et une redingote. Il les a dévisagé comme s’il voyait un fantôme. Claire a eu l’impression que c’était elle qui l’intriguait. Mais il leur a montré en haut d’une petite colline une maison. Et il a ajouté  » c’est chez vous. »

  • Que voulait dire cet homme ? C’est chez vous.
  • C’est bizarre, je n’ai vraiment pas tout compris Claire. Par contre Steph m’a dit que la petite fille du patron te ressemblait. Je me demande s’il n’a pas pensé que c’était toi.
  • Moi ? Je serai elle.
  • Oui si tu lui ressemble tant.
  • Et pourquoi je lui ressemble à s’y méprendre. Elle n’est que sa petite fille. Sais-tu son âge ?
  • Non, ta cousine Chantal en a rien dit à ton frère et à mon ami.
  • C’est compliqué j’aurais préféré que la nièce de mon père soit ma tante.
  • C’est plutôt ta cousine
  • Ne m’embrouille pas
  • Peu importe, pour eux tu es leur petite fille et nièce. Tu fais partie de la famille Meignière. Il se fiche que le vieux est…
  • Est quoi ? Vas-y dis-le que ma mère trompait mon père.
  • On ne sait absolument rien de ce qui s’est passé
  • Toi, tu sais quelque chose.

Je ne pouvais pas dire à mon amour que le vieux avait violé sa mère. Ce n’était pas mon rôle et pour moi c’était même inconcevable. Aussi pour l’instant je ne lui ai rien dit.

Tout en devisant nous sommes arrivés devant la demeure du Patron des Houillères. J’avise un jardinier et je l’interpelle :

  • Et mon brave, je suis de la police
  • Oui

Mais au moment ses yeux se portent sur Claire il lui dit :

  • Mademoiselle, votre mère se faisait du souci, enfin vous voici de retour. Entrez Monsieur vous nous ramenez la petite.
  • Oui, mais je veux m’entretenir avec Monsieur De Bougainvilliers.
  • Monsieur n’est pas là, il n’y a que sa brue, la mère de la petite.
  • Et son père
  • Il est mort, Mademoiselle ne vous a rien dit.
  • Je ne l’ai pas interrogé à ce sujet
  • Je comprend, je vais appeler la femme de chambre de Madame et vous pourrez vous entretenir avec elle.

Claire est abasourdie, elle doit vraiment ressembler à sa quoi. Est-ce sa demi-soeur ou sa nièce. Mais elle n’a pas le temps de se poser plus de questions un jeune garçon d’à peine 12 ans se jette sur elle en la frappant de ces deux poings et l’apostrophe en criant :

  • Marie Cécile enfin tu es revenu Jean-Marc est parti à ta recherche.
  • Je pense jeune homme que votre soeur a perdu la mémoire. Qui est Jean-Marc ?
  • C’est notre frère
  • Où est votre mère
  • Je suis là, Louis retourne travailler , je m’occupe de cet inspecteur.
  • Oui maman

Et le petit garçon serre encore Claire dans ses bras et disparaît par le grand escalier. Sa mère nous fait entrer dans un boudoir, nous invite à nous asseoir, sonne et tout en se tournant vers nous, nous demande ce que nous buvons. Claire ne dit rien, quant à moi je prends un café. Et cette femme tout de noir habillé ajoute vous apporterez deux tasses de thé, Marie Cécile en prendra une tasse avec moi. Une révérence et la jeune bonne disparaît.

Celle qui est la mère du jeune garçon, ferme la porte à double tour et se tourne vers Claire et lui dit :

  • Vous n’êtes pas ma fille, mais je pense que je sais qui vous êtes, nous n’avons pas beaucoup de temps mon beau-père ne va plus guère tarder. Vous êtes ma belle-sœur, la demi-soeur de mon défunt mari. Nous avons découvert votre existence au moment de l’ouverture du testament de mon Marcel. Le notaire a réussi à vous retrouver à moins que ce soit Jean-Marc.
  • Non Madame c’est une coïncidence
  • Ne m’appelez pas Madame, je suis votre belle-soeur
  • Mais nous avons trente ans de différence.
  • Qu’importe ! Par contre il faut que vous partiez, mon beau-père ne veut pas de vous ici.
  • Mais je ne vous demande rien, de toutes façons je suis sûre que c’est le Monsieur que nous avons croisé en ville. Celui qui se dit mon père a-t-il une canne avec un pommeau
  • En or, oui!
  • En or, c’est pire que ce que j’imaginais. Viens Nicolas, nous partons je ne veux rien savoir de ce type.
  • Attends, j’aimerais savoir où est Marie Cécile ?
  • Mon beau-père a eu une altercation avec elle et je lui ai conseillé de s’éloigner. Elle est partie accompagnée par son frère chez ma sœur.
  • Pourquoi son petit frère nous a dit
  • Qu’importe ce qu’il.vous a dit. Tenez je vous donne le nom et l’adresse du notaire. Allez le voir. Maintenant suivez-moi, quittez rapidement Béthune car j’ai peur pour votre vie.
  • Qui veut ma mort ?

Mais au moment où celle qui se dit ma belle-soeur va pour me répondre, nous entendons une voix caverneuse et en colère hurler :

  • Où est cette fille de mauvaise vie, Marie-Cécile, c’est lui l’homme que tu aimes.

Ma belle-soeur est pâle comme une morte, elle nous pousse dans un petit couloir et nous dit le plus bas possible.

C’est par là que sort notre personnel , mon beau-père ne vous trouvera pas. Suivez le couloir jusqu’à une porte vitrée, ouvrez-là, vous allez déboucher sur un jardin. Allez jusqu’au mur d’enceinte. Vous trouverez une porte peinte en vert, ouvrez-là, vous serez à l’arrière de la maison. Ne revenez pas par la gauche. Descendez en direction de la mine, dites-moi où vous êtes descendu. J’y serais dans trente minutes.

Nicolas lui donne les coordonnées de notre hôtel. Elle disparaît dans un frou frou de sa longue jupe. Je prends la main de Nicolas et nous faisons en tout point ce que cette femme, je n’arrive pas à dire belle-soeur nous a dit.

Enfin nous voici à l’hôtel, nous rejoignons Stéphane, il est seul je vois Claire qui cherche son frère. Stéphane l’a tranquillise en lui disant qu’il l’a ramené chez Chantal.

Après avoir mis Stéphane au courant, nous attendons cette femme, mais la nuit est tombée et personne ne s’est présentée à l’hôtel. Je ne me vois pas repartir chez ce type. Tant pis nous nous décidons a partir récupérer Charles et nous voyagerons de nuit. Au moment où nous réglons les chambres d’hôtel je vois arriver le jardinier. Discrètement je le rejoint. Et il me dit :

  • Madame a fait un malaise mais elle avait donné à ma femme qui est sa femme de chambre ce papier il y a une adresse où vous pouvez lui ecrire.

Il tourne son béret dans ses mains, il doit attendre un pourboire. Je lui remet dix francs. Il me remercie et s’en va.

À suivre …

Une rencontre inattendue (26)

Nicolas préfère me raconter de vives voix ce qu’il s’est passé plutôt que de mettre dans l’embarras Charles, aussi je me tais concernant son état de santé. Nous aviserons sur place.

Le temps file à une lenteur d’escargots, j’ai regagné notre chambre. Charles est toujours agité, j’en veux à la fois à cet homme qui n’a pris aucun gant concernant son père et à Monsieur De La Roche Vineuse qui a mis Charles dans un état indescriptible. Tant qu’il sera sous sédatif je ne pourrai pas lui parler. Vivement que mes amis arrivent.

Il est plus de 20 h lorsque la réception m’annonce que l’on me demande. Nicolas me donne une accolade comme à son accoutumé et Claire m’embrasse. Ses yeux sont tristes. Que s’est-il passé là -bas au Domaine ? Mais il est temps d’aller prendre un repas. N’ayant pas trouvé de restaurant et vu l’heure j’ai demandé au Maître d’hôtel de nous préparer pour trois personnes une collation qu’il va nous servir dans ma chambre. Ce n’est pas le repas qu’ils attendaient mais ils sont tellement fatigué que nous remettons à demain les explications, y compris celles concernant le père de Claire et Charles.

Je me garde bien de parler de cet homme, ami de leur père qui a jeté une pierre au visage de Charles. Ses mots ont déclenchés tout ce drame. Eux deux pensent qu’à cause des propos de Jean De La Roche Vineuse, Charles a perdu le contrôle de ses nerfs. Pour ce soir nous en restons là.

Je leur laisse ma chambre et vais dormir un étage plus haut. Je dors comme un loir et c’est la femme de ménage qui me réveille en frappant à la porte.

  • Monsieur, j’ai un mot pour vous de l’hôpital
  • J’arrive, un instant

Moins de deux minutes plus tard je suis à peu près présentable et je récupère le mot.  » Votre ami peut rentrer, venez le chercher après la visite du médecin ».

  • Vous ne connaissez pas l’heure à laquelle je dois me rendre à l’hôpital.
  • Vers midi le médecin passe, mais comme votre ami est un « Monsieur » je pense que ce sera bien plus tôt.
  • A Marseille tout le monde va dans le même dortoir, il n’y a pas de différences entre les malades.
  • Ici c’est la famille De Bougainvilliers qui a fait construire l’hôpital, aussi il ne faut pas mélanger les mineurs et les gens de la haute.

Je ne dis rien mais je suis choqué. Je n’informe pas les tourtereaux et rejoint rapidement l’hôpital. Charles est d’une pâleur à faire peur, il est dans un mutisme total. Le médecin me fait signe et me demande si je suis de la famille. Voulant savoir ce qui est arrivé à Charles je lui répond que je suis son cousin. Il m’entraîne dans son bureau et me dit que Charles n’est pas réellement malade mais qu’il est tourmenté par son passé. Je l’interroge sur ce qu’il lui a dit et je l’entend me répondre :

  • Votre cousin a l’impression de vivre chez des menteurs et que sa vie est un mensonge permanent. Je l’ai un peu interrogé pour que je puisse l’aider et là il s’est muré dans le silence. J’espère qu’avec vous il se sentira en confiance.
  • Ne vous inquiétez pas Docteur, sa soeur vient d’arriver et je pense qu’il va pouvoir se sortir de sa léthargie.
  • Alirs bon retour chez vous et si j’ai un conseil à vous donner, dissuader votre cousin d’aller voir Monsieur de Bougainvilliers.
  • Ah ! Il vous en a parler.
  • Oui il veut aller le tuer, comme vous allez quitter immédiatement Béthune je me tais sur ses propos.
  • Ne vous inquiétez pas Monsieur je suis dans la police et j’y veillerais personnellement. Mon cousin est confus après avoir appris des nouvelles terribles.
  • Vous avez une heure pour quitter Béthune après j interpelle la police et j’avertis Monsieur De Bougainvilliers.
  • C’est une menace ?
  • Non

Je quitte rapidement l’hôpital en emmenant Charles, sous le regard énigmatique du médecin. Ils sont tous la coupe du vieux. Cela va être dur de les rencontrer et Nicolas et moi devons regagner notre affectation dès lundi prochain. À peine quatre jours… Cela nous laisse peu de temps entre notre retour sur Mâcon et mon départ pour Marseille.

De retour à l’hôtel j’expose les faits à mes deux amis , Charles s’agite mais sa sœur lui dit qu’ils ont la journée complète pour trouver une solution. Nous partirons dans la nuit. Nicolas et Claire qui ne sont pas connu du médecin vont aller se promener du côté de la demeure du patron des houillères. Charles ayant envie de dormir, ils partent immédiatement. Je reste pour surveiller le frère de Claire.

À suivre…

Une rencontre inattendue (25)

Charles a demandé le numéro de son père adoptif. Il tourne comme un lion en cage, ses mains tremblent, je ne le connais pas depuis longtemps mais jamais je ne l’ai vu aussi fébrile.

Enfin, la réception de l’hôtel a pu obtenir la communication. Au moment où je vais pour franchir le seuil de la porte, Charles me fait signe de rester. Cela m’ennuie mais devant son état agité j’acquiesce d’un hochement de tête. De suite je le vois fort soulagé. Il tremble, pourtant il a appris une excellente nouvelle, son père n’est pas mort sous les balles ennemies il y a 20 ans.

Je pense qu’il a peur de la réaction de Monsieur de la Roche Vineuse. En mon for intérieur je le demande si son adoption a été légale. En ces temps tourmentés ont-ils été bien informés de la procédure. A moins que… Mais je n’ose aller plus loin dans ma pensée. Puis je dois être attentif aux propos qu’ échangent Charles et son père.

Apres les formules de politesse entre un père et son fils , Charles apostrophe son père, de suite je réagis et fais signe à Charles de se calmer. Je vois rapidement que c’est peine perdue. Il est dans une rage folle et ce n’est plus du dialogue mais une confrontation entre deux êtres qui sont à des années lumières l’un de l’autre.

Je crains le pire et si je n’entends pas ce que son père lui dit j’assiste impuissant à la réaction de Charles. Il ne raccroche même pas le téléphone, il l’arrache à la prise et le jette contre la fenêtre. Sous le choc la vitre vole en éclat et je vois du sang qui s’écoule du visage de mon ami.

  • Charles, calme-toi mon vieux

Il ne réagit pas, il est hagard, murmure des mots sans suite et tombe raide au sol. Il n’est certainement pas évanoui, je ne réfléchi pas et ouvre à la volée la porte qui donne sur le couloir et appelle au secours. Une femme de chambre accourt.

Elle pousse un cri et à son tour appelle

  • Vite, vite il faut un médecin

Finalement je me ressaisi, pousse la soubrette à l’extérieur de la chambre et appelle la réception.

  • Bonjour, ici la chambre 42 j’ai besoin d’un médecin rapidement, mon ami s’est blessé.

Au même moment on frappe à la porte, je vois la femme de chambre accompagné d’un homme. C’est un client de l’hôtel, médecin, il a entendu les cris de Mélanie et s’est précipité pour en savoir davantage. Il a pris sa trousse de premier secours, et rapidement il voit l’étendu des dégâts sur le visage de Charles. Il faut l’emmener à l’hôpital il a besoin de points de sutures. J’apprends en même temps que j’ai moi aussi une plaie au visage. Je ne m’en suis pas aperçu dans le feu de l’action.

Je n’ai pas grand chose ma plaie a juste deux points de suture mais ce n’est pas le cas de Charles. Il a le visage tuméfié , et diverses coupures plus ou moins profondes, deux d’entre elles ont nécessités une petite anesthésie locale. Le médecin lui a administré un sédatif tant son état inspirait de l’inquiétude. Il est allongé sur un lit d’hôpital. Je ne puis rien faire pour lui, aussi après l’avis du médecin je suis rentré à l’hôtel.

J’ai à peine franchi la porte que le réceptionniste m’interpelle, vous avez eu deux appels.

  • Ont-ils laissé leurs noms ?
  • Oui, un émanait de Mademoiselle Claire, et l’autre de Monsieur Nicolas.
  • Dois-je les rappeler ?
  • Ils vous ont laissé un message
  • Le même message
  • Oui
  • Ou est-il ?
  • Je l’ai noté pour ne pas en oublier un seul mot.

Je me précipite vers l’homme qui me tend un papier à entête de l’hôtel .

 » Stéphane nous arrivons. Nous t’appellerons en cours de route, tu nous diras à quel hôtel vous êtes descendu. En attendant prends-nous deux chambres. »

  • Merci
  • J’ai signalé à mon chef que deux personnes voulaient deux chambres. Hélas il ne nous en reste qu’une seule. Nous sommes un modeste hôtel et actuellement a lieu la foire et cela draine beaucoup de va et vient.
  • Vous l’avez retenu
  • Bien entendu Monsieur
  • Et bien c’est parfait, par contre avez vous appris que la fenêtre de la chambre 42 avait volé en éclat.
  • Ne vous inquiétez pas j’ai appelé un vitrier, il doit être en ce moment dans votre chambre.
  • Et les morceaux de verres
  • Tout sera remis en état avant midi
  • C’est parfait. Comme vous l’avez noté von doit me rappeler et comme ma chambre n’est pas prête je vais me rendre au bar.
  • J’ai compris, Monsieur si vous avez un appel téléphonique je vous ferais appeler, n’ayez aucune crainte.
  • L’hôpital doit aussi me rappeler
  • Tout est noté

Le réceptionniste tape sur son front en même temps, il n’a pas besoin de l’écrire il a ce qu’il faut dans sa matière grise. Un sourire effleure mes lèvres, je ne suis pas condescendant, c’est juste que cet homme cherche à se justifier. Mais je le conçois très bien et du reste je lui en fait part. De suite je le sens moins inquiet. Une fois ce point réglé je me jette sur un verre de scotch, j’en bois un cul sec puis le second je le savoure.

Les heures passent, aucune nouvelle de l’hôpital et encore moins des deux amoureux. Que font ces deux-là ? J’espère qu’ils ne batifolent pas, alors que je les attends.Connaissant Nicolas il n’aurait aucun scrupule à déflorer claire avant le mariage. De plus j’ignore ce que leur a dit Monsieur de la Roche Vineuse pour les jeter sur la route sur un coup de tête. A moins qu’il se soit passé de son consentement.

Je suis perdu dans mes pensées lorsque j’entends que l’on m’appelle. Il est plus de 16 h et j’ai enfin Nicolas.

  • Tu nous as pris nos chambres !
  • Oui, mais
  • Il n’y en a qu’une seule
  • Comment peux-tu le savoir ?
  • Je n’en sais rien, mais je dors avec Claire, je suis déjà frustré chez son père sans en rajouter une couche à plus de 700 kilomètres.
  • Je trouvais ça étrange que tu ne dormes pas avec ta fiancée
  • Tu te doutes bien que l’on l’écoutait et je ne voulais pas que le vieux empêche Claire de m’accompagner.
  • Oui je trouve que leur père a accepté sans faire de vagues.
  • Bien entendu qu’il y a eu un combat verbal entre Claire et son père mais sa maman est intervenue et le père Vineuse n’a plus rien dit.
  • Vous pensez arriver à quelle ?
  • Je pense qu’à 20 h nous serons sur place. Cherche-nous un restaurant tranquille. Sinon comment va Charles ?
  • Je n’ai pas eu de nouvelles depuis dix heures ce matin, mais je pense qu’il dort encore.
  • Ce n’est pas grave
  • Non, juste une tension extrême et une nouvelle qui a dû le perturber. Et Annabelle comment va-t-elle ?
  • Elle est sortie du coma mais elle ne veut parler qu’à Charles.
  • Est-elle revenue au Domaine ?
  • Oui, seulement depuis hier matin.
  • C’est déjà une bonne nouvelle
  • Mais je ne comprends pas , Charles ne t’avais rien dit
  • Non
  • Bizarre, Annabelle lui a téléphoné plusieurs fois.

À suivre …