Une rencontre inattendue (15)

La journée chez mon parrain s’est super bien passée, malgré qu’Annabelle n’ait toujours pas repris connaissance. L’enquête avait été diligenté sur Lyon car la nièce et la fille du Vicomte de La Roche Vineuse méritait tout ce qu’il y avait de meilleurs pour retrouver celui qui avait voulu la faire disparaitre.

Nicolas avait réussi à joindre Stan qui faisait du bateau selon son père. En vérité il godillait de ci de là selon sa soeur et rentrait chaque soir au port. Aussi en rentrant notre Majordome nous informait que le père de Monsieur Nicolas d’Archambault voulait parler à mon père et qu’il rappellerait vers 18 h si cette heure convenait.

  • Ah je vois que le Général d’Archambault se souvient de moi.
  • Ah vous le connaissez Père
  • Oui, pendant la drôle de guerre je faisais parti de son État Major.
  • D’accord, donc vous avez d’autant plus confiance en son fils.
  • Rien ne peut m’assurer que son fils est aussi droit dans ses bottes que son père. Il suffit de voir Annabelle pour commencer à douter.

Avec des propos pareils je ne me sentais pas en capacité de l’affronter. Il ne me restait plus qu’à attendre l’entrevue entre « copains de régiment ».

À 17 h 30 j’étais non loin de l’Office lorsque mon père a eu son copain de régiment. Il a fait fermer la porte au bon vieux Nestor, surement voir que je n’entende pas ce qu’il disait. Je rageais intérieurement, mais la chance m’a souri lorsque notre cuisinière est arrivée du jardin avec un gros sac. Je me suis précipitée pour l’aider et j’ai laissé négligemment la porte entrebâillée.

Hélas mon père venait de raccrocher, aussi me suis-je sauver dans le jardin ne voulant pas être prise à l’écouter.

  • Ah je te cherchais Clairette, c’est donc là ton refuge
  • En quelques sortes Père
  • J’ai eu le Général c’est bon il.consent à ce que vous vous amusiez à découvrir qui est le coupable. Par contre il vous est interdit de faire valoir vos découvertes contre les instances de Lyon. Si vous découvrez avant eux un fait majeur tout le mérite en reviendra aux policiers de Lyon.
  • Mais Père
  • Il n’y a pas de « mais », Claire c’est ainsi et tu n’as pas a discuter mes ordres. Maintenant file te changer nous allons faire un tour dans les vignes.
  • Oui Père

Je me demandais bien ce que nous allions y faire, surtout qu’il était déjà tard, les ombres avaient envahis une partie du vignoble où s’était déroulé la fusillade. En redescendant de ma chambre je trouvais Charles en grande discussion avec notre Père. Il y avait aussi mon parrain et son plus jeune fils. Ils étaient en jeep, vingt ans d’âge mais qui nous servait pour nous déplacer dans les chemins de terre.

  • Claire mets-toi à côté de ton parrain, Charles Tristan et moi nous nous entasserons à l’arrière. Jean nous allons à la cadolle.

Cahin-caha nous filons au travers des chemins qui parcourent nos vignes. Une demi-heure plus tard nous arrivons à la cadolle de Grand-père. Elle s’est effondrée sur un côté mais la porte est toujours accessible. Seuls mon parrain et mon père entrent. Charles a une paire de jumelles, je me demande ce qu’il scrute au loin. Tristan âgé de 15 ans tire une tête d’adolescent qui s’ennuie. Mais lorsque son père sort avec un fusil en bandoulière ses yeux s’illuminent.

Mon père est en colère et il apostrophe Tristan en lui disant :

  • Qui était avec toi ?
  • Mais personne, j’ai expliqué à Papa que j’avais vu Julien et un saisonnier avec une petite barbe sortir de la Cadole avec Annabelle.Julien a mis son poing dans la tête du saisonnier, et l’autre lui a dit le jour où je te braquerais tu seras mort car les Mausers je les connais ils tirent 12 à 18 coups en rafale.
  • Charles va chercher Julien
  • Je prends la jeep j’irais plus vite
  • Attends je t’accompagne

Claire tu restes, ton enquête vient de commencer. Tu ne t’étonnes pas que je savais que des armes allemandes étaient cachées là.

À suivre…

Une rencontre inattendue (13)

– Votre frère qui a fait les vendanges l’an passé, est allé en prison. Qu’a-t-il fait ? Père disait que c’était un bosseur.

– Cela n’a rien à voir avec le travail, c’est au bal

– Il a participé à une bagarre ?

– Oui

– Vous ne me dites pas tout Hilda, en quoi une bagarre a des conséquences sur votre place ? Mon père ne songe pas tout de même que votre frère aurait pu tirer sur ma sœur.

– Je ne peux pas vous dire quoi que ce soit à ce sujet Mademoiselle, mon frère n’est même pas venu me rendre visite. C’est Monsieur qui vient de m’apprendre qu’il est sorti de prison.

– Ne vous inquiétez pas Hilda, je vais de ce pas me rendre chez mon père et l’implorer pour que je vous garde à mon service.

– Je vous remercie Mademoiselle mais ne vous faites pas gronder à cause de moi.

– N’ayez crainte, tout va bien se passer.

J’ai à peine descendu trois marches que je me heurte à ma Mère, elle pleure, mais discrètement je détourne la tête, ne voulant pas la blesser dans son amour propre.

– Où vas-tu Claire de ce pas si pressé

– Je ne veux pas qu’Hilda soit renvoyé, son frère n’est pas un mauvais garçon, il aime se battre mais papa a toujours vanté son travail. Pourquoi aurait-il tiré sur Annabelle ?

– Ton père fait esclandre sur esclandre. Il tourne en rond dans la bibliothèque comme un ours en cage. Je vais dire à Hilda de ne pas partir.

– Oh merci Maman, elle était désespérée. Son frère se nomme comment ?

– John

– Cela fait plutôt anglais.

– Oui tu as raison, mais je pense que la fille est née d’un soldat allemand et le garçon d’un anglais.

– Ils sont compliqués dans leur famille. Où est sa mère ?

– Elle travaille chez ton parrain, enfin elle travaille est un bien grand mot, elle aide car à 50 ans c’est déjà une vieille femme.

Maman que penses-tu du coup de feu qui a blessé Annabelle ? Pourquoi cela a un rapport avec Hilda ? Où est son père ?

Je n’en sais rien et si j’ai un conseil ne va pas enquêter et ne t’en mêle pas. Mais je te connais tu vas passer outre.

– Écoutez ma petite maman chérie laissez-moi téléphoner à deux amis de bonne famille. L’un est le fils d’un général des armées, l’autre son père est chirurgien à Marseille. Ils viendront me donner un coup de main. A nous trois nous trouverons sûrement des indices. Mais il faut que Papa me dise tout . Surtout ses doutes et suspicions.

– Tu rêves ma Clairette, jamais ton père ne va se confier à toi. Je pense que ses secrets il va les emporter dans sa tombe.

– S’il ne me les dit pas à moi, il les dira ou à Charles ou à mes collègues. Alors je peux téléphoner.

– Oui mais fais attention à ton père

– Merci ma petite Maman

Je me jette dans ses bras, la fait virevolter et l’embrasse fougueusement sous l’oeil goguenard de mon père. Je suis certaine qu’il a tout entendu. Je verrais bien s’il me suit à l’Office où se trouve notre téléphone.

Père me talonne et me suis, il me laisse décrocher le téléphone.

Bonjour je voudrais le 20 à Orléans, oui merci j’attends. Oui Famille Fourchambault. Merci, bonne journée.

Bonjour Madame, je voudrais parler à Nicolas Fourchambault. Oui de la part de Claire De La Roche Vineuse. Merci j’attends.

Nicolas

Oui c’est toi Claire. Bon anniversaire

Tu t’en es souvenu

Oui, je t’ai envoyé un petit colis, tu ne l’as pas reçu.

Non hier je ne sais pas si nous avons pensé à regarder le courrier, je vérifierai. Mais je voulais te demander, es-tu disponible ces jours-ci ?

C’est à ce moment que mon père m’arrache le téléphone et demande à Nicolas tout son pedigree

Vous êtes le fils d’Archambault , le Général

Oui Monsieur, donc ma fille va vous propose d’enquêter sur la tentative de meurtre sur sa sœur aînée.

Elle est dans le coma

Vous venez avec un ami car vous êtes tous les trois indissociables. Nous sommes pressés vous êtes les bienvenus chez nous je vous fais préparer des chambres. Au revoir Monsieur d’Archambault.

Et bien Clairette vous ne m’aviez pas dit que ce Nicolas vous plaisait

Ce n’est pas mon amoureux Père

Hum, allez nous partons chez votre parrain.

À suivre…

Une rencontre inattendue (12)

Mon père est furieux, le chirurgien lui a interdit de revenir et choses troublantes il y a deux pandores devant la porte où l’on a transporté ma sœur. Pourquoi sont-ils là ? Craignent-ils pour sa vie ? Ou alors ils ont peur qu’elle s’enfuie ou que mon frère vienne la chercher. Ce qui est carrément impossible à réaliser, il n’est pas loin de midi et elle n’a pas ouvert les yeux. Elle ne risque rien sauf que l’assassin vienne s’assurer de sa mort et la voyant vivante mais dans le coma l’achève.

J’ai envie de demander à papa ce qu’il en pense puis je me ravise et ne lui demande pas. Il est tellement en colère contre Annabelle que je risque d’en faire les frais. Depuis toujours je partageais tous mes secrets avec Annabelle et réciproquement elle me disait tout. Jusqu’à ce matin où j’ai appris qu’elle nous a trompé sur sa grossesse. Trois mois d’écart, certes cela ne se voyait pas. Le chirurgien a dit qu’elle se comprimait le ventre avec une bande. Bizarre que mon frère n’ait rien vu.

  • Claire je te parle
  • Ah pardon, je…
  • Tu te poses des questions sur ta sœur, je te comprends, ta mère ne va pas apprécier que sa fille u… Aînée ne lui ait pas confié ses secrets. Une mère et sa fille ça se dit tout. Vraiment je ne comprends ni sa grossesse ni ce qu’elle faisait si tôt dehors et je me demande qui elle allait rejoindre en robe de mariée. Vraiment Claire tu n’as pas une petite idée. Depuis ton retour de l’école de police tu as passé de longues heures avec ta soeur, elle ne t’a jamais confié quoi que ce soit.
  • Non
  • Tu n’as jamais vu un homme lui tourné autour
  • Non
  • Tu ne l’as jamais laissé seule
  • Non
  • Et bien elle mériterait de retourner au pensionnat des bonnes soeurs de la Charité pour apprendre à tenir son rang.
  • Elles nous apprenaient à tenir une maison avec de nombreux domestiques, elles ne nous ont jamais dit quoi que ce soit par rapport aux relations hommes et femmes.
  • Elles auraient dû
  • Est-ce qu’elles les connaissent ?
  • Ce ne sont pas des oies blanches
  • En tous les cas Mère Marie Cécile est entrée au couvent à 15 ans
  • Comment le sais-tu ?
  • L’année avant de partir au lycée elle m’a demandé si je voulais rentrer dans les ordres, lorsque je lui ai dit que je voulais entrer dans l’armée elle a été horrifié.

Père s’est mis à rire lorsque je lui ai raconté cet anecdote. Je me souviens de son courroux lorsqu’à 17 ans je lui ai dit que je voulais m’engager. Il était dans une colère épouvantable. C’est ainsi que mon parrain m’a donné des leçons de pilotage pour me changer les idées et surtout parce que je voulais être pilote d’hélicoptère.

Maintenant je ne conduis pas d’hélicoptère et je tape des rapports ou des procès verbaux de meurtres ou de vol à l’arrachée et de cambriolage au Commissariat de Mâcon. Et parfois j’accompagne un de mes collègues si on nous fait un signalement pour enfants en danger.

  • Tu descends Clairette, que fais-tu perdue dans tes pensées. Tu ne veux plus aller chez ton parrain pour ton anniversaire.
  • Ah nous y allons quand-même
  • Bien entendu mon frère n’est pas au courant pour ta sœur à moins que Charles ou ta mère l’ait averti. Mais cela m’étonnerait, je leur ai dit en partant de ne rien dire.
  • Pourtant mon parrain a dû être averti par les gendarmes
  • Effectivement, allez rentrons et va te faire belle.
  • Est-ce que je peux aller à travers les vignes chez
  • Non, il n’en est pas question avec ce fou qui tire sur tout ce qui bouge, je n’ai pas envie de te voir gisant dans une mare de sang.

Mon père n’a pas terminé sa phrase que je revois Annabelle et je ne puis empêcher de laisser couler mes larmes.

Mon père me prends dans ses bras et me console puis me cajole. Il essuie mes larmes et m’entraîne dans son bureau. Et me dit :

  • Je sens qu’il y a quelques choses qui ne va pas, tu veux m’en faire part ou préfères-tu en parler à ton frère.
  • Oui je vais d’abord voir avec Charles, mais je vous promets Père que je ne ferais rien qui mérite votre courroux.
  • Va ma fille adorée.

Je monte quatre à quatre dans ma chambre, Hilda est en train de terminer de ranger ma chambre. Tiens c’est bizarre Hilda c’est allemand comme prénom. J’associe la tentative de meurtre à cette brave fille mais un enquêteur ne doit rien laisser au hasard. Pour l’instant je ne lui demande rien mais je verrais avec les collègues.

Lorsque je rejoins Charles il parle avec Julien, je suis étonnée qu’il soit entré dans notre demeure. Mais Charles m’explique qu’il la fait monter par la glycine et que du reste il repartira de la même manière.

  • Pourquoi êtes-vous là
  • J’ai appris par un des saisonniers invité à la noce qu’il y avait eu un drame ce matin. J’ai intercepté Charles qui errait hagard dans les vignes pour savoir ce qu’il s’était passé.
  • Et ? C’est vous le père de l’enfant
  • Mais pas du tout j’aime bien votre soeur mais jamais je ne me serais permis de la
  • Violer
  • Vous êtes pire que votre frère Mademoiselle, ni violer ni soumettre à mon bon gré. Je ne suis pas de la haute mais je suis un homme d’honneur.

Je ne dis plus rien, je vois que j’ai offensé le beau brun comme l’appelait Annabelle. C’était donc pas lui son amoureux, mais alors qui était-il ?

Je quitte Charles sans lui avoir demandé de m’accompagner chez mon parrain et vais m’habiller. Hilda est dans ma chambre les yeux rouges, elle pleure.

  • Qu’avez-vous Hilda ?
  • Mademoiselle je suis venue vous dire adieu, votre père m’a renvoyé
  • Renvoyé mais pour quelles raisons ? Qu’avez-vous fait ?
  • Je ne sais pas, mais ce serait à cause de mon frère.
  • Votre frère, il ne travaille pas chez nous.
  • Non mais il vient de sortir de prison

À suivre…

Une rencontre inattendue (11)

A l’hôpital, mon père fait un esclandre car il veut voir sa fille et ce n’est pas l’infirmière de nuit qui va réussir à lui interdire la porte des opérés. Bien que dans cette salle il n’y est que sa fille. Comme elle ne veut pas se battre avec cette armoire à glace, elle le laisse entrer, lui donne une chaise et lui interdit de faire quoi que ce soit lui disant en substance qu’elle risquait sa place.

Mon père lui promet tout ce qu’elle veut , tant il est heureux d’avoir réussi à entrer dans ce lieu stérile. Par contre il doit s’habiller avec je ne sais quoi car je n’ai même pas le droit de regarder par le hublot.

Pourquoi suis-je venue si je ne sers à rien ? Père a toujours su nous mettre au pli. Ce qu’il veut il l’obtient. Le suivre me faisait plaisir mais je ne pensais pas qu’Annabelle serait complètement endormie. Le chirurgien a dit qu’elle était tombée dans le coma au moment du réveil. Combien de temps va-t-elle rester ainsi ?

J’ai dû m’endormir car on me tape sur l’épaule, c’est un Monsieur tout de vert vêtu. Je sursaute, il rit et me dit :

  • Je ne suis pas un diable vert, je suis le chirurgien qui a opéré votre sœur.
  • Dans combien de temps ma soeur va pouvoir nous parler
  • J’espère assez rapidement mais pour les comas c’est difficile de connaître l’heure du réveil.
  • Mais la balle c’était quoi ?
  • Que voulez-vous dire ? Vous vous y connaissez
  • Je veux savoir si c’est une balle qui aurait pu tuer un lapin ou…
  • Ou une femme
  • Oui
  • Pourquoi cela vous interesse de le savoir ?
  • Je suis à l’école de police
  • Vous pensez devenir policière, mais jamais on vous enverra sur le terrain vous êtes une femme
  • Je suis au courant mais j’ai réussi tous les examens et même des examens créés tout spécialement pour moi pour me dissuader de rentrer dans la police. Mais Monsieur le chirurgien ne détournez pas mes propos pouvez-vous me dire ce qu’il en est . Balles ou chevrotines ?
  • C’est une balle d’un « Mauser »
  • Une balle allemande !
  • Oui je me suis renseigné c’est une balle appelée K 98, les Allemands en avaient fait leur fusil de prédilection pendant la deuxième guerre mondiale. Votre soeur a eu de la chance car cette arme tire 10 à 13 coups à la minute. Elle a dû s’enrayer car à l’heure qu’il est elle devrait être morte. Elle en a reçu qu’une seule mais elle a fait des dégâts.
  • De qu’elle nature les dégâts, parlez je suis capable d’encaisser.
  • Votre soeur n’a plus de sein côté gauche, nous lui en reconstituerons un mais ce sera long. De plus elle a perdu son bébé. Elle était enceinte de 5 mois. C’était un petit garçon.
  • Cinq mois !
  • Oui pourquoi ce cri
  • Elle nous a dit de tout juste deux mois. Mais ça change tout.
  • Qu’est-ce que ça change ?
  • Ce n’est pas l’enfant de Julien
  • Julien son mari
  • Non son je ne sais pas ce qu’il faut dire,
  • Son amant

A ce moment je me sens rougir, je ne devrais pas parler de ça avec ce chirurgien. Il est vraiment curieux. Les gendarmes vont être mauvais de savoir que je suis au courant pour leur enquête. Je devrais informer ma hiérarchie de ce qu’il vient d’arriver dans notre famille. J’ai des collègues qui aimeraient sûrement mener l’enquête en parallèle de la gendarmerie. Surtout que la guerre sévie entre les deux . Puis je voulais aller dans la gendarmerie et on m’a signifié que je n’étais qu’une merde dixit le Commandant. Et pourtant j’étais pilote d’hélicoptère. J’ai intégré l’école de Melun grâce à mon parrain. On a dû fermer les yeux en haut lieu. Je serais une inspectrice sociale en attendant que les consciences évoluent…

Le chirurgien me regarde, il a vu que j’étais perdue dans mes pensées, il m’a pris la main, je me dégage car je vois arriver mon Père mais il ne prends pas garde au geste amical du médecin. Il se jette sur lui et lui assène cette phrase lourde de sens :

  • Un « Bosch » a tiré sur ma fille c’est ce que vient de me dire les gendarmes. Il ne se serait pas trompé de cibles.
  • Pourquoi Père vous faites allusion à quoi ou à qui ? Dans une robe de mariée tout le monde savait que votre fille, la fille du Domaine se mariait. Vous devez plutôt chercher qui vous en voulait au point de vouloir assassiner votre fille.

Mon père vacille et sans la présence du chirurgien il serait tombé. Il sait quelque chose que j’ignore. Je vais mener ma propre enquête. J’en suis capable. Même si je suis reléguée à un rôle subalterne. Nous avons eu droit à deux semaines de repos. Je vais faire appel à deux de mes camarades avec qui je m’entend à merveille. Ils ne m’ont jamais pris pour une moins que rien comme la plupart. Je suis leur camarade. Je suis dans un dortoir avec les dactylos du service et peu pourront intégrés l’école des officiers. Nous sommes les petites mains de la police. Les papiers à taper ou répondre au téléphone. Voilà notre rôle en attendant que cela change.

Annabelle ne s’est toujours pas réveillée, aussi le chirurgien nous conseille d’aller dormir. Il nous appellera si son état s’améliore. Je me demande si mon père est au courant pour la grossesse beaucoup plus avancée que ce qu’elle nous avait dit. Je le saurais très rapidement car nous repartons au Domaine de La Roche Vineuse.

  • Claire peux-tu me dire ce que tu as appris de ce beau chirurgien qui avait l’air de te faire la cour
  • Quoi ? La cour, vous rêvez Père
  • Nous sommes entre nous tu peux me dire tu et m’appeler Papa
  • Oui Papa, mais ce chirurgien me parlait que du coma d’Annabelle
  • Tu es bien sûr qu’il n’a pas mentionné autres choses
  • Comme quoi ?
  • Que ta sœur est une menteuse, j’allais avoir un petit fils et ce n’est sûrement pas de ce Julien.

À suivre …

Une rencontre inattendue (10)

  • Mais où est Annabelle et que s’est-il passé?
  • Je ne vais pas te raconter notre nuit de noce
  • Je ne t’en demande pas tant, mais Annabelle n’a pas eu
  • Eu quoi ?
  • Annabelle n’a pas perdu son bébé
  • Tu es bête je lui ai ôté sa robe de mariée, donc je ne comprends pas pourquoi sa robe est pleine de sang.
  • Et bien elle l’aura remise
  • Mais pourquoi faire ?
  • Je n’en sais rien, c’est à elle que tu dois le demander. Puis que faisais-tu dehors à pareille heure ?
  • J’ai entendu comme un coup de feu
  • Quoi ? Un coup de feu
  • Ne répète pas ce que je dis, oui tu as bien entendu, on a tiré
  • Mais es-tu allé voir si Annabelle ne gît pas sous sa robe de mariée
  • Non

Je n’attend pas la suite de la réponse de mon frère, je me précipite dans la rangée de vigne et là stupéfaite je vois Annabelle qui gît sur le sol, exsangue, le teint cireux. Mais sa poitrine se soulève doucement. Il s’écoule de sa poitrine du sang. On lui a tiré dessus.

  • Charles appelle Père et téléphone à notre médecin de famille. Annabelle est blessée.

Charles s’effondre sous le choc de la nouvelle, je ne peux rien faire pour Annabelle et encore moins pour lui, je me précipite à l’étage et tambourine à la porte de la chambre de mes parents.

Mon père sort courroucé et me dispute mais devant mes larmes il se radouci et me demande ce qu’il se passe.

  • Papa appelez vite notre médecin, Annabelle gît inconsciente dans la vigne elle a reçu une balle, le sang s’échappe de sa poitrine.

Mais mon père n’est plus là pour m’écouter, il est déjà au téléphone et je l’entend dire que sa chère fille va mourir. Puis il m’entraîne et me demande où se trouve Annabelle. Nous retrouvons Charles et un saisonnier qui a pris l’initiative de comprimer la blessure ce qui permet de ralentir et d’arrêter que le sang s’écoule. Le médecin arrive suivi de prêt par les gendarmes ainsi qu’une ambulance. Notre médecin est efficace. Ma sœur aînée est prise en charge rapidement et emmenée à l’hôpital de Mâcon.

Les gendarmes observent le sol et commencent à nous poser des questions, mais à part Charles qui peut donner à peu près le moment où il a entendu le coup de feu tous les autres nous ne sommes à ce stade de l’enquête d’aucune utilité.

Les gendarmes suivent notre père et montent dans la chambre des jeunes mariés. C’est une chambre tout ce qu’il y a des plus ordinaires, du linge gît au sol. Il n’y a pas de sang sur les draps. Rien qui puisse conduire à ce drame.

Notre père ne comprends vraiment pas ce qu’il s’est passé, il va falloir attendre qu’Annabelle se réveille pour en savoir davantage.

Les gendarmes repartent et disent à mon père que dans la matinée un inspecteur viendra prendre nos dépositions. Mon père lui dit qu’à part son gendre il ne voit pas qui va pouvoir répondre à quoi que ce soit. La noce c’est terminée à 4 h, tout le monde dormait. Même Charles puisque c’est le coup de feu qui l’a réveillé et l’absence de sa femme qui l’a fait sortir.

Devant ces constatations , ils repartent et nous demandent de ne pas quitter la propriété. Mon père refuse catégoriquement et leur dit qu’il va se rendre à l’hôpital de Mâcon avec ses deux enfants et sa femme. Il n’est pas question qu’il attende le doigt sur le pantalon.

Mon père sait se faire entendre quand il est dans son bon droit et même quand il a tort. Le gendarme ne réplique rien et s’en va. Maman est réveillée et comprend qu’un drame a eu lieu a quelques mètres de notre maison. Elle qui a le sommeil fragile dit n’avoir rien entendu. Notre père nous dit que pour l’instant à l’hôpital nous serons d’aucune utilité. Aussi décide-t-il de s’y rendre seul et Charles nous conduira lorsqu’il en saura davantage.

Personne ne contrarie papa, car à part tourner en rond il ne fera pas avancer l’enquête. Mais au dernier moment il se ravise et me demande de l’accompagner.

  • Ta soeur se confiera plus a toi, entre filles ce sera plus facile. Elle doit nous cacher quelques choses sinon pourquoi est-elle partie en robe de mariée à travers les vignes.
  • Je ne sais pas, j’espère que comme tu dis elle se confiera à moi.
  • Je l’espère aussi.

Nous traversons rapidement la campagne et atteignons vers 6 h 45 les faubourgs de Mâcon. A l’accueil il n’y a personne. Mon père s’en fiche et appelle notre Docteur pour savoir où elle se trouve. Mais il nous sera impossible de la voir tant qu’elle ne sera pas sorti du bloc opératoire.

Ce n’est que vers 10 h que mon père réussi à rencontrer un médecin. Annabelle ne pourra pas nous parler ni raconter aux gendarmes ce qu’il s’est passé. Elle est dans le coma. Et elle a perdu son bébé.

À suivre…