La mer, gardienne des mémoires ! (15)

La nuit tombait lentement sur la campagne irlandaise.Une lumière dorée filtrait à travers les rideaux, dessinant sur le mur des ombres paisibles.Lou, assise près du lit, tenait toujours la main d’Arthur.Elle sentait la chaleur faiblir peu à peu, comme une flamme qui vacille avant de s’éteindre.

— Je suis là, murmura-t-elle. Je ne te laisserai pas.

Arthur ne bougea pas, mais ses doigts tremblèrent légèrement dans les siens.Un souffle, presque imperceptible, traversa ses lèvres.Lou se pencha, posa son front contre sa main, et laissa ses larmes couler sans bruit.

Dehors, le vent faisait frémir les branches du grand chêne.Dans une autre pièce, on entendait le rire lointain de Tristan, comme un écho venu du futur.

Alors, dans ce silence chargé de douceur, Arthur s’en alla.Sans douleur, sans peur, comme apaisé par la présence de Lou et par le souffle de son fils.

Lou resta un long moment immobile, la main toujours serrée dans celle d’Arthur.Elle sut, sans avoir besoin de mots, qu’il avait trouvé la paix.Elle ferma doucement ses yeux, puis se leva, les joues baignées de larmes mais le cœur empli d’une étrange lumière.Arthur était parti…Mais à travers Tristan, à travers tout ce qu’ils avaient partagé, il continuerait de vivre, quelque part, entre la mer, le ciel et leurs souvenirs.

A suivre…

La mer, gardienne des mémoires ! (14.)

Lou avait tourné la page, son père avait reçu Peter, il lui fallait pour fermer la boucle dire au-revoir à Arthur mais aussi lui présenter l’enfant de leur amour. Leur rêve s’arrêtait dans les yeux de leur bébé. Elle l’avait appelé du prénom inventé d’Arthur. Tristan…

Dans la chambre baignée d’une lumière douce, Arthur reposait enfin.
Lou s’approcha doucement, tenant son fils par la main, et s’assit près du lit.
Ses yeux croisaient ceux d’Arthur, fatigués, mais encore conscients.

— Arthur… murmura-t-elle, la voix tremblante. Je suis là… je t’ai retrouvé.

Un léger frisson traversa le corps d’Arthur. Il tourna lentement la tête, et ses yeux se posèrent sur Lou. Il tenta un sourire, faible mais sincère. Puis il tendit sa main.

Lou la prit délicatement. Leurs doigts se mêlèrent.— Je voulais te dire… tout ce que je n’ai jamais dit, ajouta-t-elle, presque un souffle.Arthur, avec un effort visible, hocha la tête et murmura son prénom d’une voix rauque :

— Lou…

Elle sentit une chaleur passer entre eux, un moment suspendu où le temps semblait s’arrêter.Le passé, les silences, les mots non prononcés… tout cela s’était effacé dans ce simple geste : la main qu’ils se serraient.

Quelques instants plus tard, Arthur ferma les yeux, apaisé.Il n’avait plus besoin de se battre contre le passé. Il pouvait partir, tranquille, avec la certitude que Lou était là, que le lien était rétabli, que son histoire avait été entendue et reçue. Et surtout, il avait reçu un baiser de son fils — celui que Lou avait appelé Tristan.C’était lui, désormais, qui vivait à travers ce bébé.

Lou rencontra les parents des deux garçons et fit connaissance avec Maureen, leur sœur.Cette dernière était en admiration devant son neveu, fascinée par son regard, par ce mélange de douceur et d’énergie qui lui rappelait Arthur.

Mais peu à peu, la santé d’Arthur se dégradait.Il avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts.Lou restait des heures à son chevet, lui parlant doucement, la main posée dans la sienne.Ses parents, discrets et attentionnés, s’occupaient du petit Tristan.

La maison vivait dans un silence apaisé, suspendu.Aucun bruit, sinon le rire de l’enfant qui, parfois, traversait les pièces et apportait une lumière nouvelle.Son père s’en allait… et lui, si petit encore, devenait ce lien fragile et merveilleux entre la mort et la vie

A suivre…

La mer, gardienne des mémoires ! (13)

Le lendemain matin, Peter gara sa voiture devant la petite maison en pierre, au bord du chemin creux.Lou lui avait donné l’adresse de son père, et il ressentait un léger trac, une gravité qu’il n’avait pas prévue.La porte s’ouvrit presque aussitôt.Un homme d’une soixantaine d’années, grand, au regard franc, se tenait là.

— Vous devez être Peter, dit-il. Lou m’a prévenu. Entrez donc.

Peter ôta sa casquette, légèrement intimidé. L’intérieur sentait le bois, la mer et le café chaud.

— Monsieur… commença-t-il doucement, je voulais vous saluer au nom de mon frère. Et aussi… m’excuser pour lui.Arthur… ou Tristan, comme Lou le connaissait… ne s’est pas confié à moi.S’il l’avait fait, j’aurais pu l’aider, peut-être même éviter tout cela.

Le père de Lou resta silencieux un moment, puis hocha lentement la tête.— Lou m’a parlé de lui. Je crois qu’il l’aimait vraiment, dit-il simplement.Il marqua une pause, son regard se posant sur Peter.

— Oui j’imagine…

— Vous savez, je ne lui en veux plus. On ne choisit pas toujours la manière dont les histoires se terminent.

Peter sentit sa gorge se serrer.

— Merci, murmura-t-il.

— C’est à moi de vous remercier, répondit le père en lui tendant la main. Vous avez pris soin d’eux. Et maintenant, grâce à vous, Lou peut avancer.

Ils restèrent un moment à parler, calmement, autour d’une tasse de café.Dehors, le vent faisait bouger les branches du vieux pommier.Peter leva les yeux vers la lumière qui entrait par la fenêtre — et il eut cette certitude paisible que, quelque part, Arthur aurait été fier de cet instant.

A suivre…

La mer, gardienne des mémoires ! (12)

Lou et Peter s’assirent sur un banc, un peu à l’écart du marché, l’enfant jouant à proximité. Le vent soufflait doucement, portant l’odeur salée de la mer.— Cette lettre… murmura Lou en tendant les mains vers celle que Peter avait gardée précieusement.Peter la lui passa, et elle la prit avec un mélange de respect et de nervosité.Elle parcourut les lignes, relisant chaque mot, sentant la voix de Tristan — ou plutôt d’Arthur — derrière chaque phrase.

— Je… je l’avais écrite pour Tristan, dit-elle enfin. Je croyais lui dire tout ce que je n’avais jamais osé.Elle releva les yeux vers Peter, le regard brillant.— Mais je ne savais pas qu’il s’appelait vraiment Arthur. Quand j’avais lu l’article sur l’accident… il y avait son vrai prénom. Alors je n’ai jamais fait le lien.Peter hocha lentement la tête.

— Je sais. Et c’est pour ça que je suis venu. Pour te dire la vérité. Pour qu’on comprenne tous ce qui s’est passé, et qu’on puisse… continuer, malgré tout.Lou inspira profondément.

— J’ai l’impression que j’ai raté tellement de choses. Les derniers mots, les gestes… tout ce que j’aurais pu lui dire.

— Tu ne les as pas ratés, répondit Peter doucement. Ces mots, cette lettre… ils existent encore. Et même si Arthur ne peut pas répondre maintenant, ils ont été entendus.Il pointa du regard l’enfant qui jouait à leurs pieds.

— Regarde-le. Il porte en lui une partie de lui. Ses yeux, son expression… tout ce qu’on aimait chez lui est là.

Lou baissa les yeux sur son fils, et un souffle léger traversa sa poitrine.

— Alors, peut-être que ce que j’ai écrit n’est pas perdu. Peut-être qu’il vit encore, d’une autre manière.Peter sourit, un peu maladroitement, mais sincèrement.

— Oui. Et maintenant, nous devons juste… trouver comment continuer. Pour lui. Pour lui et pour nous.Lou acquiesça, silencieuse. Le vent soulevait ses cheveux, et elle sentit que, pour la première fois depuis longtemps, le passé et le présent se rejoignaient enfin.Elle serra la lettre contre elle, consciente que ces mots, ces sentiments, étaient un pont — fragile mais solide — entre Tristan, Arthur, Peter et elle.

— En y réfléchissant… et si tu penses que tes parents sont d’accord, je vais aller voir Arthur.Car même s’il m’a menti, s’il a joué avec moi, il m’aimait réellement.

Nous avions des projets ensemble : fonder une famille, vivre en Irlande et, parfois, revenir en Bretagne… aller se promener à La Réunion. Une vie de rêve…Mais Tristan — c’est le prénom que j’ai donné à mon fils — est arrivé.Je l’ai aimé dès le premier jour. Il représentait à mes yeux tout ce que nous avions vécu pendant ces trois mois, Arthur et moi.

Peter hocha lentement la tête, ému par la douceur de ses mots.

— Est-ce que ton père est en Bretagne ? demanda-t-il après un silence.

— Oui

— J’aimerais le rencontrer, répondit-il simplement.Pour le saluer au nom de mon frère… et pour excuser Arthur de ne pas s’être confié à moi.Il aurait peut-être voulu le faire, mais il ne savait pas comment. Et moi, j’aimerais pouvoir expliquer son silence.

A suivre…

La mer, gardienne des mémoires ! (11)

Pour la première fois depuis son arrivée en Bretagne, il sentit que le fil fragile qui reliait tous les événements — Arthur, la lettre, la bouteille, Lou et maintenant cet enfant — se tissait enfin.Il n’y avait plus de hasard. Seulement des retrouvailles, lentes et précieuses, comme les vagues revenant toujours au rivage.

Lou observa Peter, les yeux fixés sur lui, mais son esprit revenait sans cesse à ce qu’elle avait lu dans le journal local en septembre 1981.Un accident à Roscoff. Un homme nommé Arthur. Rien de plus.

À l’époque, elle n’avait pas fait le lien. Elle pensait que c’était quelqu’un d’autre, un inconnu, et elle avait tourné la page, comme on le fait toujours avec les nouvelles trop douloureuses. Il était parti fin août, elle n’avait pas de nouvelles. Elle lui avait envoyé un premier courrier de l’île de la Réunion pour lui annoncer qu’elle était enceinte, aucune réponse, elle ne s’était pas faites à cette idée. Mais la vie suivait son cours. La naissance de son fils un matin de mai lui avait rappelé son amour… Puis trois années s’étaient écoulées. Et, son frère Peter était là.

Mais maintenant…Peter.Son nom, sa voix, son regard.Et surtout, le petit garçon, qui portait en lui quelque chose de profondément familier, ce même éclat qu’elle avait connu chez Tristan.

Tout se recomposa dans son esprit, en une fraction de seconde.

— Attendez… murmura-t-elle, la voix tremblante. L’accident… celui que m’avait raconté Erwan… c’était… Arthur ?

Peter hocha lentement la tête.

— Oui. Ton Tristan. Mon frère. Il est… chez nos parents, en Irlande. Il est vivant, mais dans le coma. Bien que depuis quelques jours, ma sœur me dit qu’il a ouvert par deux fois les yeux et prononcer votre prénom Lou…

Lou sentit un mélange de choc, de soulagement et de peine monter en elle. Elle se souvenait de Tristan, de cet été-là, des promesses inachevées, et maintenant, il y avait leur enfant. Elle regarda son fils jouer, et comprit. La vie avait trouvé un moyen de prolonger la présence d’Arthur, même dans son absence.

— Tout ce temps… murmura-t-elle. Je n’avais pas compris. Je n’avais jamais relié l’accident à lui…

Peter posa une main douce sur son épaule.

— Je sais. Et c’est pour ça que je suis venu. Pour que tu saches, pour que nous puissions… peut-être, commencer à comprendre ce qui s’est passé et ce que nous pouvons encore faire.

Lou inspira profondément, ses yeux brillants.

— Alors… c’est vrai. Tout était vrai.Elle se tourna vers son fils, puis de nouveau vers Peter.

— Et vous… vous êtes là, maintenant. Pour nous aider à le porter, même si… même si lui ne peut pas le faire.

Peter hocha la tête, silencieux. Le vent marin semblait les envelopper, et pour la première fois depuis longtemps, Lou sentit qu’une partie du passé pouvait enfin se relier au présent, comme si les fils de leurs histoires se rejoignaient enfin.

A suivre…