Une ombre dans l’escalier 13

Deux jours plus tard, lorsque Shana arrive dans la kitchenette , elle découvre Myriam en train de lire le journal devant son petit-déjeuner. Elle a la main figée sur la tasse, et les yeux perdus dans le vide. Sur son front une ride s’est formée signe d’une perplexité énorme.

Shana s’avance, le bébé dans les bras. Elle perçoit immédiatement le changement dans l’air.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

Myriam tourne lentement le journal vers elle.

En bas de la une, encadré de rouge un entrefilet :

Journaliste agressée : — « Jeanne Berthier retrouvée inconsciente dans une ruelle du 10e arrondissement. Son état est stable mais elle dit ne se souvenir de rien. — »

Shana blêmit.

— C’est elle… celle qui est venue ici ?

Myriam hoche la tête.

— Oui. Elle s’approchait trop près. Et quelqu’un l’a arrêtée.

— Tu crois qu’elle ment ?

Un long silence. Myriam plisse les yeux.— Absolument. Elle ne souffre pas d’amnésie. Elle sait exactement ce qu’elle fait.

— Pourquoi elle ferait semblant ?

Myriam repose sa tasse.

— Parce qu’elle a compris que ce qu’elle a découvert est plus dangereux que ce qu’elle voulait révéler. Et que la prochaine fois… elle ne se réveillera peut-être pas.

Le bébé pleure doucement.Shana, troublée, le berce sans répondre.Elle repense à l’homme au chapeau. À la cave. À la photo de la mère morte.Et maintenant, une journaliste silencieuse, presque complice par peur. Tout semble s’enfoncer dans une ombre épaisse. Mais quelque chose en elle s’allume. Une colère tranquille.

— On va pas se taire. Pas toujours.

Myriam la regarde. Pas tout de suite, semble-t-elle dire, mais bientôt.

L’hôpital dort à moitié. Les couloirs sont calmes, les pas étouffés. Alain, blouse encore froissée, sort de la salle de garde et prend l’ascenseur jusqu’au 2e étage. Il a en mémoire l’appel téléphonique de Myriam.

Chambre 207. Jeanne Berthier.

Il frappe doucement.

— Jeanne ? C’est Alain. On s’est croisés plusieurs fois à l’hôpital. Je suis… l’ami de Myriam.

La porte s’ouvre à peine. Il entre. Jeanne est allongée, le visage marqué de bleus. Un œil encore gonflé, des points de suture à la tempe.

Elle lui sourit faiblement.

— Myriam m’a appelé , je vous attendais.

Il tire une chaise.

— J’ai appris ce qui s’est passé. Vous avez eu de la chance.

Elle le fixe un moment. Puis fouille sous l’oreiller.Elle sort une clé USB, minuscule, scotchée à une compresse.

— Elle contient tout ce que j’ai trouvé… Et ce que je n’ai pas eu le temps d’écrire.

Il prend la clé, lève les yeux vers elle.

— Pourquoi me la donner à moi ?

— Parce que vous êtes médecin. Vous êtes censé protéger la vie, pas la vendre.

Un silence, plus lourd s’installe. Alain le médecin tourne la clef dans sa main, il attend sûrement d’autres confidences.

Puis elle murmure :

— J’ai connu la fille morte. Elle s’appelait Yasmine. Elle n’avait pas 17 ans. Elle est tombée enceinte dans une structure « d’accueil » pour mineures étrangères.

— Elle s’est échappée ?

— Oui, elle a réussi à s’enfuir, juste assez longtemps pour qu’elle me parle. Elle avait peur. Elle avait vu des femmes qui accouchaient sans nom, sans visite. Et les bébés… n’étaient jamais enregistrés.

Alain serre la clé dans sa main, lJeanne s’assombrit. Elle chuchote la dernière chose, comme un coup de scalpel.

— Méfiez-vous de l’avocate. Elle sait bien plus qu’elle ne dit.

A suivre…

Copyright juin 2025