Une rencontre inattendue (25)

Charles a demandé le numéro de son père adoptif. Il tourne comme un lion en cage, ses mains tremblent, je ne le connais pas depuis longtemps mais jamais je ne l’ai vu aussi fébrile.

Enfin, la réception de l’hôtel a pu obtenir la communication. Au moment où je vais pour franchir le seuil de la porte, Charles me fait signe de rester. Cela m’ennuie mais devant son état agité j’acquiesce d’un hochement de tête. De suite je le vois fort soulagé. Il tremble, pourtant il a appris une excellente nouvelle, son père n’est pas mort sous les balles ennemies il y a 20 ans.

Je pense qu’il a peur de la réaction de Monsieur de la Roche Vineuse. En mon for intérieur je le demande si son adoption a été légale. En ces temps tourmentés ont-ils été bien informés de la procédure. A moins que… Mais je n’ose aller plus loin dans ma pensée. Puis je dois être attentif aux propos qu’ échangent Charles et son père.

Apres les formules de politesse entre un père et son fils , Charles apostrophe son père, de suite je réagis et fais signe à Charles de se calmer. Je vois rapidement que c’est peine perdue. Il est dans une rage folle et ce n’est plus du dialogue mais une confrontation entre deux êtres qui sont à des années lumières l’un de l’autre.

Je crains le pire et si je n’entends pas ce que son père lui dit j’assiste impuissant à la réaction de Charles. Il ne raccroche même pas le téléphone, il l’arrache à la prise et le jette contre la fenêtre. Sous le choc la vitre vole en éclat et je vois du sang qui s’écoule du visage de mon ami.

  • Charles, calme-toi mon vieux

Il ne réagit pas, il est hagard, murmure des mots sans suite et tombe raide au sol. Il n’est certainement pas évanoui, je ne réfléchi pas et ouvre à la volée la porte qui donne sur le couloir et appelle au secours. Une femme de chambre accourt.

Elle pousse un cri et à son tour appelle

  • Vite, vite il faut un médecin

Finalement je me ressaisi, pousse la soubrette à l’extérieur de la chambre et appelle la réception.

  • Bonjour, ici la chambre 42 j’ai besoin d’un médecin rapidement, mon ami s’est blessé.

Au même moment on frappe à la porte, je vois la femme de chambre accompagné d’un homme. C’est un client de l’hôtel, médecin, il a entendu les cris de Mélanie et s’est précipité pour en savoir davantage. Il a pris sa trousse de premier secours, et rapidement il voit l’étendu des dégâts sur le visage de Charles. Il faut l’emmener à l’hôpital il a besoin de points de sutures. J’apprends en même temps que j’ai moi aussi une plaie au visage. Je ne m’en suis pas aperçu dans le feu de l’action.

Je n’ai pas grand chose ma plaie a juste deux points de suture mais ce n’est pas le cas de Charles. Il a le visage tuméfié , et diverses coupures plus ou moins profondes, deux d’entre elles ont nécessités une petite anesthésie locale. Le médecin lui a administré un sédatif tant son état inspirait de l’inquiétude. Il est allongé sur un lit d’hôpital. Je ne puis rien faire pour lui, aussi après l’avis du médecin je suis rentré à l’hôtel.

J’ai à peine franchi la porte que le réceptionniste m’interpelle, vous avez eu deux appels.

  • Ont-ils laissé leurs noms ?
  • Oui, un émanait de Mademoiselle Claire, et l’autre de Monsieur Nicolas.
  • Dois-je les rappeler ?
  • Ils vous ont laissé un message
  • Le même message
  • Oui
  • Ou est-il ?
  • Je l’ai noté pour ne pas en oublier un seul mot.

Je me précipite vers l’homme qui me tend un papier à entête de l’hôtel .

 » Stéphane nous arrivons. Nous t’appellerons en cours de route, tu nous diras à quel hôtel vous êtes descendu. En attendant prends-nous deux chambres. »

  • Merci
  • J’ai signalé à mon chef que deux personnes voulaient deux chambres. Hélas il ne nous en reste qu’une seule. Nous sommes un modeste hôtel et actuellement a lieu la foire et cela draine beaucoup de va et vient.
  • Vous l’avez retenu
  • Bien entendu Monsieur
  • Et bien c’est parfait, par contre avez vous appris que la fenêtre de la chambre 42 avait volé en éclat.
  • Ne vous inquiétez pas j’ai appelé un vitrier, il doit être en ce moment dans votre chambre.
  • Et les morceaux de verres
  • Tout sera remis en état avant midi
  • C’est parfait. Comme vous l’avez noté von doit me rappeler et comme ma chambre n’est pas prête je vais me rendre au bar.
  • J’ai compris, Monsieur si vous avez un appel téléphonique je vous ferais appeler, n’ayez aucune crainte.
  • L’hôpital doit aussi me rappeler
  • Tout est noté

Le réceptionniste tape sur son front en même temps, il n’a pas besoin de l’écrire il a ce qu’il faut dans sa matière grise. Un sourire effleure mes lèvres, je ne suis pas condescendant, c’est juste que cet homme cherche à se justifier. Mais je le conçois très bien et du reste je lui en fait part. De suite je le sens moins inquiet. Une fois ce point réglé je me jette sur un verre de scotch, j’en bois un cul sec puis le second je le savoure.

Les heures passent, aucune nouvelle de l’hôpital et encore moins des deux amoureux. Que font ces deux-là ? J’espère qu’ils ne batifolent pas, alors que je les attends.Connaissant Nicolas il n’aurait aucun scrupule à déflorer claire avant le mariage. De plus j’ignore ce que leur a dit Monsieur de la Roche Vineuse pour les jeter sur la route sur un coup de tête. A moins qu’il se soit passé de son consentement.

Je suis perdu dans mes pensées lorsque j’entends que l’on m’appelle. Il est plus de 16 h et j’ai enfin Nicolas.

  • Tu nous as pris nos chambres !
  • Oui, mais
  • Il n’y en a qu’une seule
  • Comment peux-tu le savoir ?
  • Je n’en sais rien, mais je dors avec Claire, je suis déjà frustré chez son père sans en rajouter une couche à plus de 700 kilomètres.
  • Je trouvais ça étrange que tu ne dormes pas avec ta fiancée
  • Tu te doutes bien que l’on l’écoutait et je ne voulais pas que le vieux empêche Claire de m’accompagner.
  • Oui je trouve que leur père a accepté sans faire de vagues.
  • Bien entendu qu’il y a eu un combat verbal entre Claire et son père mais sa maman est intervenue et le père Vineuse n’a plus rien dit.
  • Vous pensez arriver à quelle ?
  • Je pense qu’à 20 h nous serons sur place. Cherche-nous un restaurant tranquille. Sinon comment va Charles ?
  • Je n’ai pas eu de nouvelles depuis dix heures ce matin, mais je pense qu’il dort encore.
  • Ce n’est pas grave
  • Non, juste une tension extrême et une nouvelle qui a dû le perturber. Et Annabelle comment va-t-elle ?
  • Elle est sortie du coma mais elle ne veut parler qu’à Charles.
  • Est-elle revenue au Domaine ?
  • Oui, seulement depuis hier matin.
  • C’est déjà une bonne nouvelle
  • Mais je ne comprends pas , Charles ne t’avais rien dit
  • Non
  • Bizarre, Annabelle lui a téléphoné plusieurs fois.

À suivre …

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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