Hum! Une famille tuyau de poêle !

Nous entrons dans la salle comme deux jeunes, insouciantes, nous papotons, c’est juste le cri de la mère de Cécile qui nous alertent. Elle est debout, pâle comme une morte, elle ne peut pas parler car après son cri elle n’a plus de voix. Mère s’est précipitée vers elle, la soutient, lui propose de s’asseoir, mais elle est dans un état d’agitation extrême et n’arrive même plus à marcher. C’est Cécile qui va vers elle et lui demande ce qui lui arrive .

Mais Père entre accompagné de Charles et dit d’un ton glacial :

  • Elle a compris
  • Compris quoi Papa demande Annabelle et Charles

Puis notre mère rajoute car elle entre derrière Père, mais enfin mon ami qu’avez-vous fait en autorisant ces demoiselles à porter ces robes ?

Papa s’asseoit et sonne la clochette ni il répond à notre mère ni il attend une réponse de la mère de Cécile. Il appelle pour que l’on passe à table et que le repas soit servi. Cécile a réussi à faire asseoir sa mère, mais elle semble perturbé. Nous mangeons dans un silence impressionnant. Qu’attends mon père pour demander ce qui a provoqué ce séisme dans notre salle à manger ? Pourquoi Madame de Bougainvilliers est d’une pâleur inquiétante ? Cécile ne comprend rien, elle attend et n’ose apostropher Monsieur de la Roche Vineuse. Mais au moment où nous terminons les aspies concoctées par notre cuisinière et comme à son habitude excellente, elle n’y tient plus et demande à notre père de prendre la parole. Elle connait déjà les règles bien établies par nos parents

  • Monsieur puis-je vous demander la raison pour laquelle vous vouliez que Claire et moi nous portions la même robe, car tout comme moi vous voyez que ma maman est fort perturbé.
  • Je ne pensais pas Mademoiselle Cécile que cela ferait un choc à votre maman. Je vais appeler Constance pour la féliciter sur son entrée et regardez bien sa réaction.

Père sonne à nouveau la clochette mais ce n’est pas Constance qui apparaît mais notre Majordome.

  • Monsieur désire
  • Appelez-moi Constance je veux la féliciter pour son entrée.
  • Monsieur je peux le lui dire
  • Gerard vous n’avez pas à contester mes ordres, allez chercher votre femme.
  • Mais… Monsieur j’ai peur qu’elle est un choc en voyant les deux demoiselles. Claire est restée son bébé vous le savez autant que moi. Elle l’a nourri au sein en même temps que notre fille.
  • C’est tout à fait pour cette raison que je veux voir sa réaction. Par contre vous apporterez vous-même le plat principal. Je ne veux pas qu’elle lâche le plat.

Pendant qu’il s’adresse au Majordome , Madame de Bougainvilliers est fort agité. Le mari de Constance va la chercher, ils reviennent tous les deux, Constance râle pour la forme mais soudain elle me fixe et bredouille :

  • C’est pas dieu possible ma petitoune vous avez une doublure. D’où sort cette demoiselle et surtout qui est-elle ? Charles dites-moi où vous aviez caché cette petite demoiselle ?
  • Mamoune, la soeur jumelle de Claire était morte c’est celui que j’appelais Papa qui me l’a dit. Je n’en n’ai.pas parlé à ma sœur d’abord bébé puis petite fille choyée par tout le monde ici ayant peur de lui faire encore plus de peine. Mais si comme le pense Père c’est sa jumelle, seule Madame de Bougainvilliers va pouvoir nous répondre.
  • Si Monsieur le permet je repars dans ma cuisine, Claire tu viendras me raconter la suite et vous Monsieur ne me refaites jamais un choc pareil. Heureusement que j’avais déjà vu Mademoiselle Cécile sinon j’aurai pu tomber dans les pommes.

Constance est fort en colère, elle a joué enfant avec mon père et habituellement elle le tutoie très familièrement. Mon père est son frère de lait comme moi je le suis avec la fille de Constance et Gérard. L’histoire c’est répétée car mon père d’adoption et moi avons perdu notre mère lors de notre naissance. Et non loin de là dans le Morvan beaucoup de femmes de la campagne nourrissait l’enfant des autres en même temps que le leur. Constance et son mari sont là depuis déjà longtemps, ils sont natifs du Morvan. Leur village s’appelle La Chapelle sous Uchon.

Mon père devait espérer que la mère de Cécile allait nous expliquer la raison pour laquelle nous étions jumelle car c’était un fait qui s’avérait être le bon. Personne n’en doutait autour de la table. Mais elle avait les yeux perdus, et ne disait mots. Car aucun son ne sortait de sa bouche. Elle entendait c’est certain mais pour nous adresser la parole c’était impossible.

A la fin du repas, Mère étant partie car elle avait un rendez-vous en ville. Sylvaine de Bougainvilliers s’est levée , mon père lui a dit :

  • Vous pensez partir sans une explication.
  • Non je voulais vous demander de prendre la parole.
  • Nous vous écoutons chère Sylvaine

Il mettait tout en oeuvre pour qu’elle se sente bien et non jugée. Papa a juste ajouté :

  • Claire et Cécile bien que mineures vont rester car c’est de leur histoire que vous allez nous entretenir.
  • En effet, même si je ne comprends pas pourquoi elles ont été séparé
  • Alors nous vous écoutons, nous sommes en juin 1940 aux alentours de Lyon. Vous y étiez ?
  • Oui, tout comme mon époux et mon fils âgé de dix ans, moi aussi j’étais enceinte. Nous étions dans la voiture de mon mari. J’étais sur la banquette arrière très fatiguée car mon terme était dépassé. Jules notre fils pleurait. A un moment donné dans la campagne nous nous sommes arrêté. Il y avait un attroupement et mon beau-père a dit tiens mais qui donc est là. Si mes mineurs s’enfuient qui va sortir le charbon pour nous chauffer cet hiver. Mon époux a reconnu votre papa Monsieur Charles.
  • Ensuite
  • J’ai accouché comme une mendiante à même le sol, ma fille est née n’a pas pleuré, elle était morte. A ce moment-là j’ai entendue un bébé qui vagissait faiblement. J’étais agitée, je ne comprenais pas. André mon époux s’est avancé vers l’attroupement et là il a vu allongé sur le sol une femme et au creux de son bras un bébé qui pleurait doucement. La mère était morte, le bébé était chétif, tout petit, enveloppé dans une écharpe. Personne ne le prenait , aussi mon mari m’a rapporté l’enfant. Moi dans ma tête au moment je n’ai pas réagis, il avait ramené à la vie ma fille.
  • Personne ne s’est opposé à votre mari, les gens de l’attroupement n’ont pas réagis.
  • Non car mon mari leur a dit, ma femme a du lait je veux lui emporter l’enfant et je la déposerais dans une église dès que nous le pourrons.
  • Et c’est tout
  • Non, mon mari m’a donné l’enfant que j’ai mis à mon sein et pendant ce temps il a emporté ma fille.
  • Et l’a mis dans les bras de ma mère s’est écrie Charles
  • Oui
  • Voila pourquoi papa a pensé que ta jumelle était morte.
  • Je ne peux pas te répondre Charles et notre papa n’est plus là pour nous le raconter.
  • Je me souviens aussi que sur son foulard qui l’enmaillottait il était écrit à la mine noire sur un papier je me nomme Cécile.
  • Pourquoi avoir ajouté Marie devant ? Parce que c’est mon beau-père qui l’a voulu.
  • Vous étiez corvéable à souhait, vous ne vous êtes jamais opposé à lui, demande Annabelle.
  • La seule fois que je l’ai fait il m’a battu
  • Oh !
  • Alors j’ai courbe la tête.
  • Ceci n’explique pas ce qu’il s’est réellement passé. Pourquoi un des bébés étaient seules avec sa mère et l’autre avec son père. Charles étais-tu vers ta mère où ton père t’a éloigné ?
  • Je ne me souviens de pas grand chose juste que maman était allongée dans l’herbe et que papa m’a mis Claire dans mes bras, puis a dit ça se complique pour le deuxième bébé et ta maman ne va pas y arriver toute seule. Ensuite rien, cela duré longtemps puis un bruit tout petit d’un autre bébé qui pleure. Et à ce moment un avion est passé, tout le monde s’est mis à courir. Je me suis trouvé tout seul avec ma petite soeur et j’ entendais les pleurs qui s’éloignaient, puis, plus rien. Maintenant je pense que c’était toi Cécile.
  • Et ton père tu te souviens qu’il a dit que l’autre bébé était mort.
  • Oui mais pas tout de suite
  • Comment ça , explique toi
  • Mais Papa, Charles n’avait que cinq ans, vingt ans se sont écoulé comment voulez-vous qu’il se souvienne de tous les détails ?
  • Puis vous Madame votre mari a-t-il parlé à notre père.
  • Je ne m’en souviens pas
  • Jamais au cours du reste de sa vie votre mari vous a dit quoi que ce soit.
  • Avant de mourir il m’a dit :  » Marie Cécile a une jumelle qui comme notre fille restera à tout jamais mes demi-soeur, j’ai fait une enquête, j’ai réussi à retrouver sa trace grâce à notre avocat. N’en parle jamais à notre père mais fait tout ton possible pour qu’elles se retrouvent un jour et demande à leur père de me pardonner de lui avoir laissé croire que Cécile était décédé, j’ai mis notre fille morte dans les bras de sa femme. Et il est mort.

A suivre…

Avatar de Inconnu

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

3 réflexions sur « Hum! Une famille tuyau de poêle ! »

  1. Eh bien voilà l’explication du pourquoi et du comment ! Les pauvres petites… Il va maintenant que le vieux pervers se fasse à l’idée qu’il a une fille de plus !

    Bises et bon mardi – Zaza

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire