Une ombre sur le Causse

UNE OMBRE FURTIVE

A quelques temps de là, alors que le soleil se couchait sur le petit village de Nasbinals un homme solitaire fit une entrée discrète. Le village, connu pour sa tranquillité et son charme pittoresque, accueillait en cette saison de nombreux vacanciers venus des quatre coins de France, ainsi que de l’Europe. Parmi eux des marcheurs parcourant l’Aubrac, d’autres des pèlerins arpentant le chemin de Saint Jacques de Compostelle, d’autres comme cet homme cherchant un havre de paix, pour se reposer d’un long périple.

L’homme, vêtu de vêtements ordinaires, semblait vouloir se fondre dans la masse des estivants. Il portait un chapeau de paille légèrement incliné, ses lunettes de soleil masquant partiellement son visage. Sa démarche était tranquille, délibérément lente, comme s’il ne voulait pas attirer l’attention. Tout d’abord le voici longeant l’office du Tourisme, c’est là où Myriam la jeune fille en stage le remarque en ce premier jour de juin, mais il y a tellement de touristes qu’elle n’y prête peu d’attention, seul son chapeau de paille attire son attention, il y a deux belles cerises, qui lui feront dire, bien plus tard c’était des fausses mais je les aurais bien mangés tant elles me paraissaient délicieuses.

L’homme s’était arrêté, avait hésité, puis finalement il avait continué son chemin, s’arrêtant auprès de l’étendue d’eau admirant les reflets dorés du soleil jouant sur la surface car des enfants pataugeaient encore sous les yeux de leurs parents. Le vieux Maurice quant à lui l’avait croisé lorsqu’il sortait du bar « Au rendez-vous des randonneurs, lieux prisés par de nombreux touristes, mais rarement par les habitants du village. Ceux-ci se retrouvant en d’autres lieux où l’on taillait la bavette jusqu’à tard le soir. Le village en cette fin d’après-midi bruissait de discussions animées des touristes venus pour la plupart à pied. Tout contribuait pour ce solitaire à lui permettre de se noyer au milieu de ceux qui affluaient pour se loger.

La boulangère l’avait, elle aussi remarqué, il lui avait acheté une baguette, il avait refusé le dernier pain au chocolat que, gentiment elle lui offrait. Ils avaient échangé des banalités, puis il était reparti, ne voulant laisser aucune trace de son passage, aucun souvenir marquant. Il avait continué sa route s’arrêtant de temps en temps pour admirer les vitrines des boutiques artisanales, semblant s’intéresser aux produits locaux. Puis, il cherche dans sa poche un carnet sur lequel il a dû noter l’adresse du gîte où il compte passer la nuit.

Mais nul ne le voit s’approcher d’une boîte à lettre légèrement entrouverte, il glisse sa main et en sort une clef. C’est à cet instant précis qu’Olivier rentre chez lui après une balade vivifiante. De suite il remarque cet inconnu et le suit des yeux quelques instants, le voit mettre la main dans la boîte à lettres de l’ancien du village, qui, pas plus tard qu’hier est parti à l’EHPAD du coin. Bizarre se dit Olivier, qui a laissé cette clef, mais l’homme ne semble pas vouloir ouvrir la porte, au contraire il s’éloigne du village qu’il n’a fait que traverser selon les quelques témoins qui le diront quelques semaines plus tard. Si Olivier avait continué à regarder, il aurait connu sa destination, c’était une vieille maison à la sortie du village, à quelques encablures de celle d’Olivier, il l’avait louée sous un faux nom, une fois à l’intérieur, il referme soigneusement la porte ainsi que les volets. Il vérifie auparavant que personne ne l’a suivi, il fait le tour de la maison, comme demandé il voit les paquets entassés dans la chambre du fond sous la courte-pointe rouge matelassée. On aurait dit qu’un corps gisait dessous. Il s’assoit sur une chaise en bois, et sort de sa poche un carnet ancien élimé, il griffonne quelques mots, arrache la page et note sur les pages suivantes les évènements de cette journée qui font suite à tant d’autres. Puis il ouvre plusieurs portes afin de trouver une chambre donnant sur la rue. Il se déshabille rapidement et s’allonge dans les draps sentant bon la lavande. Il met son réveil sur une heure avancée de la nuit, et il s’endort.

A suivre…

Copyright janvier 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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