Une ombre sur le Causse

Enfin ! Il va y avoir de l’action !

Il est trois heures du matin lorsqu’ Olivier reçoit son premier message, c’est un sms laconique, mais auparavant il avait été réveillé, en fanfare. Il avait hésité entre les cloches de l’église voisine ou la sonnerie de son téléphone qu’il avait choisi fin mai lorsque l’arrivée de son binôme semblait imminente.

Pour être discret cela était raté, j’avais réussi mon coup. La fenêtre et les volets grand ouvert le meuglement de la vache avait réveillé mon voisin d’en face, un homme bourru et pénible à souhait. Je ne lui avait pas laissé le temps de déverser un flot d’injures sur moi, j’ avais rapidement fermé les volets.

Olivier réécoute le message vocal où il apprend que son binôme sera une femme surnommée Esmeralda et que cette dernière est arrivée ce jour dans le village. Il est en colère à part le type avec son chapeau et sa canne immense, il n’a pas vu de femme.

Bien je verrais lorsqu’elle sera en face de moi. Par contre je n’apprécie pas du tout que ce soit une femme avec un prénom digne de la cour des miracles. Bonjour la discrétion. En se baladant dans le village à visage découvert cela va vite jaser et leur mission sera vite compromise. Pourtant le lieu avait été choisi méticuleusement, plaque tournante de plusieurs chemins de randonnées, et cela drainait une foule considérable de marcheurs. Ces deux-là se fondraient parmi les randonneurs, mais de retour au village tous s’étonneraient de le voir en compagnie d’une nana. Il en était là de ses réflexions lorsque son téléphone émet le bruit caractéristique d’un nouveau message Une phrase laconique ne lui en apprend pas énormément. « Esmeralda attends Bozo le clown (ce sera ton nom pour cette mission) dans la maison située en face de l’ancien café des Morin.« Il avait ajouté (n’oublie pas d’effacer le message). Il me prend pour qui le chef, un blaireau, il aurait dû me donner ce nom. Ce qui m’ennuie le plus dans ce message c’est que j’ignore où se trouve l’ancien café des Morin. Mon ami d’enfance s’appelle Pierre Maurin, mais ils sont garagistes de père en fils, puis cela ne s’écrit pas pareil, quoique le Commandant n’est pas de la Région, les noms propres il doit les écrire comme à Paris. Alors que je me préparais pour me confondre avec la nuit je me souvenais qu’à l’école du village il y avait une autre famille de Morin, le gamin avait notre âge à Pierre et à moi, il était souvent malade et sa famille avait dû quitter le village il y avait quelques années. Léon Morin il s’appelait, cependant je ne me souvenais pas qu’ils avaient eu un café. Bon assez tergiverser, il faut que je rejoigne la souris grise que l’on m’a attribué. Souris ou Esmeralda qu’importe c’est une nana, moi qui les fuis plutôt que de leur courir après, me voilà bien lotis avec une femme. En haut lieux ils ont dû le faire exprès.

Lorsque Bozo sort il est tout de noir vêtu, une cagoule noire sur le visage où seuls ses yeux apparaissent, quoique ses yeux bleus peuvent être remarqués, mais il n’est pas le seul. A sa ceinture il a passé une arme dissimulée derrière son sac à dos noir. Il n’a aucun papier, ni même ses clefs, seul un téléphone vierge sans contact.

Sous la latte du plancher de sa chambre il avait trouvé un plan du village, bien entendu son chef l’avait averti où ces papiers avaient été planqués ; Il y avait un chemin de tracé, il l’avait parcouru il y avait à peine quinze jours. Seules deux maisons étaient signalées, celles du vieux parti en maison de retraite et une autre qu’ Olivier avait trouvé en mauvais état, certes habitable mais que sur une partie. Le café des Morin était sûrement en face d’une de ses deux bicoques. Ça y est l’aventure peut commencer, Bozo avance furtivement dans les rues désertes de Nasbinals. Ses pas sont silencieux, mais il a le cœur qui bat à tout rompre, l’aventure va commencer, il a, à la fois hâte et il est s fébrile, cette souris ne me dit rien qui vaille. J’ai l’impression que tout le village me suit des yeux. En face de la première maison entourée d’un rond rouge il n’y a qu’un pré, bien entendu que cela ne veut pas dire, qu’autrefois dans les années 80 il ne pouvait pas y avoir un café. Repris par personne on l’avait abattu. J’ai tout de même des doutes, et, je fais le rapprochement avec le type croisé l’autre soir, il y a pris une clef dans la boite à lettres. Mais c’était un homme. Mon sixième sens se met en alerte, avec un bon déguisement on peut changer la plus belle des nanas en épouvantail à moineaux, alors pourquoi pas en un homme très visible par son accoutrement. Du reste depuis décembre on avait vu dans le village plusieurs personnes le traverser, voire s’y attarder, comme le fou des burons. Quant à l’autre maison, elle me paraissait en plus mauvais état que celle où je m’étais arrêté il y a tout juste cinq minutes. En face une maison refaites assez récemment, je récupère ma lampe afin de voir s’il n’y a pas un indice sur la façade. Les volets sont fermés il ne doit y avoir personne, je peux me permettre d’en éclairer sa façade. Hélas je dois me rendre à l’évidence il n’y a rien qui peut me mettre sur la voie. Toutefois sur le côté il y a un couloir, la porte est ouverte, je me dirige vers celui-là et la chance est avec moi car je me heurte à un morceau de bois ressemblant à s’y méprendre à une enseigne. J’éclaire l’objet et surprise il est noté café MORIN. Le patron a bien orthographié le nom. La maison d’en face est la bonne.

Olivier à ce moment précis sent comme une présence dans son dos. Doucement il se retourne, il n’y a personne. Le lieu de rendez-vous ressemble plus à un coupe-gorge surtout si on la compare à la maison située en face. C’est un vieux bâtiment dont les fenêtres devaient être autrefois ornées de persiennes, aujourd’hui elles sont usées par le temps.

L’air est nimbé de mystère, une tension palpable flotte autour de lui. Un frisson parcourt son échine alors qu’il lève les yeux vers une des fenêtres, où une silhouette semble se dissimulée derrière les lamelles de bois

Olivier qui se confond avec la nuit est calme, déterminé. Il se tient immobile, observant le mouvement furtif de l’ombre à l’intérieur. Une présence qui scrute, surveille mais qui se tient à l’écart, comme une proie qui connaît le danger mais ne peut fuir. Le regard perçant de l’homme vêtu de noir se fixe sur la silhouette, ses pensées tourbillonnent autour de la raison de sa présence ici.

A suivre…

Copyright janvier 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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