Une ombre sur le Causse

Flirt ou romance

Depuis cinq minutes je ronge mon frein, des femmes et des hommes virevoltent de ci de là, soudain une jeune femme entre, environ la trentaine, elle est magnifique avec ses cheveux dorés qui brillent sous la lumière du soleil et ses yeux qui semblent capturer chaque éclat du monde autour d’elle.

Mireille car c’est bien d’elle qu’il s’agit dégage un charisme que beaucoup de femmes doivent lui envier. A cette heure du matin il y a encore des places mais cette femme s’assoit à la table qui fait face à celle d’Olivier. Bien entendu ils se sont mis d’accord pour forcer le destin, maintenant c’est à Olivier de jouer son rôle. Il va d’abord l’observer avant de passer à l’attaque. La beauté de Mireille le fascine, mais ce n’est pas seulement les apparences sur lequel il s’arrête, c’est aussi sa façon de rire, la chaleur de sa voix et surement d’autres choses qu’il lui faudrait découvrir, Olivier quant à lui est l’antithèse de la beauté traditionnelle. Son visage porte différentes cicatrices récoltées au cours de différentes missions, une au-dessus de l’arcade sourcilière ainsi qu’une autre qui lui balafre la joue jusqu’à son oreille gauche. Sa mâchoire est carrée elle semble toujours en proie à une tension extérieure. Mais il a plein de choses à offrir à une femme, sauf qu’avec le métier qu’il a jusqu’à présent il n’y avait pas de place pour la bagatelle. Son patron lui en donne l’occasion, bien que l’amour téléguidé ce ne soit pas sa tasse de thé.

S’il n’a pas la beauté extérieure il a des atouts qui peuvent la séduire le temps d’une mission. Passionné par l’art, fervent amoureux des poètes, sa profonde sensibilité sont autant de trésors cachés qu’il espère montrer à sa nouvelle petite amie. Depuis six heures du matin où elle était partie récupérer ses affaires il avait rêvé d’avoir une conversation avec elle pour pouvoir assembler les morceaux afin de faire naitre cette nouvelle idylle. C’est au moment où il se lève pour la rejoindre à sa place qu’elle s’approche de sa table, un livre à la main et lui demande de sa voix si mélodieuse :

— Est-ce que ce siège est pris à côté de vous ? Demanda-t-elle dans un sourire lumineux.

— Non, non pas du tout, il regarde attentivement le livre qu’elle feuillette. C’est un recueil de poésie. Un frisson d’excitation parcourt son dos, voilà le point d’appui pour se rapprocher de Mireille.

— J’adore ce poète, il a cette façon de capturer les émotions…

Joue-t-elle le jeu ou est-elle charmée par sa délicatesse à lui parler de son poète de prédilection. Elle en reste sans voix, puis son rire cristallin résonne dans le bar où le ventilateur fait un bruit infernal comme s’il s’arrêtait pour reprendre son souffle. Elle se tourne vers lui, le regard pétillant d’intérêt et lui dit :

— Je trouve que sa manière de décrire l’amour est…Si poignante, si sensuel.

Olivier n’est plus le chasseur, il a ôté sa casquette de gendarme, il est un touriste ou peut-être un randonneur du chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Il se sent pousser des ailes, ce n’est plus Esméralda c’est Mireille rencontrée à Nasbinals un matin de juin en train de boire un café et prête à reprendre le chemin de randonnée qui monte au Lac des Moines. C’est ce que nous avons décidé lorsque je l’ai emmené dans mon appartement. Nous n’allons pas tarder à partir, bien que je trouve aberrant de faire cette randonnée en pleine chaleur. Mais nous n’avons pas trop le choix, vu que la première partie a été compromise par l’arrivée impromptue du frère et de l’amoureux transi de Mademoiselle. Mais nous n’en sommes pas encore là, je dois jouer mon rôle à la perfection, nous ignorons si nous sommes observés par un « faux touriste ». Grâce à notre poète commun nous quittons notre travail et nous plongeons tout droit dans une idylle, je sais qu’il est interdit pour deux agents en service de tomber amoureux, mais il a fallu se rendre à l’évidence nous n’avons pas trop le choix. Nous ignorons qui nous pourchassons et surtout quel est le trafic mis en place dans ce coin paisible de France. Bien qu’il y ait un très grand nombre de marcheurs, ceux-ci ne sont plus sur les terrasses de café, ils sont partis à l’aube afin de rallier l’étape suivante. Seuls restent ici les vacanciers possédant une voiture et d’autres pansant leurs pieds ensanglantés et s’accordant une halte bénéfique avant de repartir dès le lever du jour le lendemain.

Nous avons échangé des rires, des sourires, des pensées communes, je lui ai dévoilé mes passions, mes rêves j’en ai oublié où nous nous trouvons . Florence est sous mon charme, elle est captivée par mes mots et je vois dans ses yeux une pointe d’admiration. Elle, par contre ne se livrait pas ou si peu. Je connaissais la raison pour laquelle elle était devenue gendarme, son rêve de faire le tour du Monde et sa folie pour les chaussures, riant devant mon haussement de sourcils.

Au moment où nous nous levons, nous voyons la voiture des gendarmes s’arrêter devant le bar où nous sommes. En descende le frère et l’amoureux transi, nous voici pris au piège d’être resté à discuter.

A suivre…

Copyright Janvier 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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